08/09/2011

Bellum pro lingua latina continuat (bis)

Le latin a gagné une victoire, mais pas la guerre. Voilà ce que démontre sa place en forme de strapontin en 1ère année du Cycle d'orientation. En clair, il n'a pas disparu du programme, grâce à la pétition déposée par 17000 valeureux et au soutien d'une large majorité du Grand Conseil, tous partisans du maintien de l'enseignement de la langue et de la culture latines. Mais il n'y occupe désormais plus qu'une place congrue qui ne garantit en rien sa survie réelle dans la suite des études. C'est pourquoi il est essentiel que la mobilisation en sa faveur continue. Notons toutefois qu'il aurait pu disparaître complètement, pour éviter de jouer aux esprits chagrins !

A ce titre, l'arrivée dans les classes - qui a suivi de quelques jours à peine sa découverte par les enseignants désignés à son enseignement - d'un manuel, en fait une brochure de 160 pages joliment illustrées, a ainsi démontré qu'il était possible de fournir un matériel pédagogique aux élèves. Même au forceps. A contrario, qu'étaient infondées les craintes, exprimées dans les hautes sphères du DIP, selon lesquelles il était quasiment impossible de se plier à la volonté des députés et à la vox populi de maintenir le latin en 7ème du CO (9è HarmoS).

Pour l'avoir feuilletée, j'en conclus qu'elle correspond très bien à l'intention du DIP de dispenser une sensibilisation à la culture latine. A la culture certes, mais pas vraiment à la langue. Réussir à maîtriser une phrase avec subordonnée telle que "corvo decepto, vulpes gaudet" (après avoir attrapé le corbeau, le renard se réjouit), au  terme de 14 étapes de grammaire ne paraît pas relever des sept premiers travaux d'Hercule. Mais au moins ceux qui n'auront été que sensibilisés à la civilisation de Rome auront appris quelque chose de la conception de la famille, de l'éducation du jeune Romain et du panthéon des dieux de ce temps-là.

N'empêche que des problèmes se posent, car la situation actuelle n'est pas satisfaisante. Loin de là.

Passons sur cette rentrée, et le stress des enseignants qui l'a accompagnée. Des enseignants dont la formation n'est pas nécessairement adéquate puisque pour certains d'entre eux, ils n'ont jamais étudié le latin, du moins à l'université, mais seulement sa fille aînée, le français. Gageons qu'ils réussiront à étendre leurs compétences en quatrième vitesse. Car le défi qui leur a été imposé est d'intéresser à notre héritage latin les regroupements R1 et R2, c'est à dire les futurs apprentis et élèves des écoles de culture générale. Après un an, voire deux, il sera possible de dresser un premier bilan de cette volonté de démocratisation de la culture, à raison d'une heure par semaine pendant un an. En fait un simple apéritif culturel.

Un deuxième problème est l'importance que vont accorder les élèves à un enseignement qui ne comptera que pour 10% de la note de français du troisième trimestre. "Ils font semblant de me payer, je fais semblant de travailler". Ce qui était une plaisanterie de l'ex-URSS risque de trouver un nouvel emploi au CO genevois.

Troisième problème ou troisième défi, le sens qui sera donné par les élèves du regroupement le plus élevé (classé en troisième lieu dans lA "novlangue" orwellienne du DIP, où les premiers sont les derniers - pour ne pas trop ambitionner à dépasser les derniers ?...) à la seconde heure de latin dont ils bénéficieront en troisième trimestre. Vont-ils accepter de gaîté de coeur d'étudier une heure de plus, méritant ainsi l'excellence supposée de leur regroupement, ou ne se mettront-ils pas plutôt à détester une matière qui les éloigne de leurs divertissements favoris ? La réponse, empirique, sera donnée en 10ème HarmoS, par le pourcentage d'élèves qui choisiront de poursuivre l'étude du latin.

On peut toutefois nourrir quelques craintes, quand on voit la facilité avec laquelle les signatures contre le rétablissement d'une matinée d'enseignement le mercredi ont été réunies. Tous dans notre société ne privilégient ni l'effort, ni l'étude, ni la culture. Il est nécessaire de le... savoir.

 

 

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Commentaires

Le premier développement est la Motion de commission qui vient d'être déposée.

Écrit par : Jean Romain | 07/09/2011

Votre note est ce qui m'a incité à formuler mes sentiments à propos de la cause qu'elle défend, et qui jusque là n'avaient eu d'expression que par le nom choisi au début de l'été pour mon propre blog ouvert à la TG. Comme vous pourrez le voir, je me trouve ici assez radicalement opposé à vous, mais j'ose espérer de votre part la démocratie de laisser à vos lecteurs le lien vers mon opinion sur mon blog - lien que constitue ou comporte le présent commentaire.

Écrit par : Boris Borcic | 10/09/2011

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