15/09/2011

Pour pallier la pénurie d’ingénieurs, rien ne vaut les ingénieures !

Genève vient d’héberger le congrès mondial des ingénieurs. Le constat qui y a été fait pour la Suisse ne manque pas d’inquiéter. Ce pays, avec un taux d’ingénieurs de 2,7 pour mille employés, supérieur à la moyenne des pays européens (1,9), en manque cruellement. Pire : le déficit va empirer pour cause de départs massifs à la retraite et de diminution relative du nombre d’étudiants en ingénierie. De plus, hommage rendu à leurs compétences, les ingénieurs sont particulièrement appréciés des entreprises pour y faire autre chose que de l’ingénierie. Une chose est sûre : en 2009, la pénurie était déjà de 14 000 personnes.

Si cette tension du marché du travail pousse globalement, à quelques exceptions sectorielles près, les salaires des ingénieurs à la hausse, elle pèse en revanche sur les possibilités des entreprises d’accepter des mandats. Sur un plan macro-économique, la croissance du PIB est freinée, à hauteur de 2 à 3 milliards par an (environ 0,5% du PIB). 

Deux solutions sont proposées pour sortir de ce problème structurel : attirer davantage d’étudiants et surtout d’étudiantes vers les formations d’ingénieurs ; importer des ingénieurs formés à l’étranger. La première est meilleure que la seconde, en raison notamment de l’excellence de la qualité des hautes écoles de ce pays, mais aussi parce que plus sûre. Les pays proches savent en effet aussi courtiser leurs diplômés en ingénierie, raison pour laquelle les entreprises suisses doivent recruter toujours hors de l’UE, non sans rencontrer des difficultés pour obtenir des permis de travail.

Paradoxalement, un chiffre offre une lueur d’espoir : la part des femmes actives dans ces professions n’est que de 9% par rapport au total des ingénieurs, nettement moins que dans la plupart des pays européens. La marge de progression est donc fortissime. Des frémissements sont d’ores et déjà observés : la proportion des étudiantes en ingénierie a ainsi passé 20% en 2000 à 27% en 2009. Pour renforcer cette timide tendance, des mesures claires permettant de concilier vie professionnelle et familiale auront un impact certain.

Plus généralement, le regard porté sur les sciences et les techniques à l’école obligatoire doit évoluer. Du côté des enseignants comme des parents. Et puis, dans un monde de peur du lendemain, savoir qu’un emploi est quasi garanti à la sortie n’est pas un mauvais argument. Enfin, ne serait-ce que pour contrecarrer des baisses récentes, les budgets publics affectés aux sciences de l’ingénieur méritent de prendre l’ascenseur. Améliorer les conditions-cadre, c'est-à-dire investir pour le futur, ce n’est pas gratuit, mais ça rapporte gros.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 16 septembre 2011)

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