20/09/2011

La Grèce exclue de l'espace Schengen

Avant son exclusion possible de la zone Euro, voici la Grèce déjà exclue de facto de l'espace Schengen. Tel est l'un des effets de la proposition de révision, présentée par la Commission européenne, des règles de fonctionnement de l'espace Schengen. Tentant de reprendre la main, après les décisions danoise de rétablir de façon permanente les contrôles à sa frontière et française de fermeture temporaire de la sienne avec l'Italie, à Ventimiglie, dans la foulée de la révolution tunisienne dite de jasmin, la Commission européenne n'est pourtant pas au bout de ses peines. Certains pays se rebellent déjà contre un renforcement du pouvoir de l'UE. Quant à la Suisse, membre dudit espace, elle avait fait part avant l'été de son opposition formelle à toute cession de compétences à Bruxelles. Précisions.

Deux pas en avant, un pas en arrière. Voilà le résumé de la proposition de la Commission européenne. D'un côté, elle raccourcit de 30 à 5 jours la durée de fermeture exceptionnelle des frontières nationales, en cas d'urgence. Et pour prolonger ces périodes, les Etats devront demander l'autorisation à Bruxelles et justifier leurs requêtes. En contrepartie, les raisons pour les Etats de demander une fermeture exceptionnelle sont augmentées : outre les menaces terroristes et de grands événements, sont désormais aussi comprises une vague d'immigration massive et des défaillances d'un Etat membre de l'espace dans la surveillance de sa frontière. Soit une disposition qui vise directement la Grèce, incapable d'assurer la surveillance de la frontière extérieure de l'UE avec la Turquie et, accessoirement, avec la Bulgarie.

C'est peu dire que ces propositions, qui doivent encore être entérinées par les Etats membres de l'UE et par le Parlement européen, n'enthousiasment pas certains des 27. Dont notamment la France, l'Allemagne et l'Espagne qui craignent l'entrée dans Schengen de la Roumanie et de la Bulgarie. Les propositions de la Commission risquent fort d'être retoquées, au nom des intérêts nationaux. Ce n'est en tout cas pas la Suisse qui s'en plaindra.  

Car même si l'espace Schengen est une réalisation spectaculaire "tangible, populaire et qui fonctionne", selon la commissaire européenne Malmström, en charge du dossier, permettant à des centaines de milliers de personnes de franchir chaque jour les frontières intra-schengeniennes, des effets collatéraux sont à mettre à son passif. Singulièrement l'utilisation de cette liberté facilitée de déplacement par des délinquants transfrontières. Cette liberté est d'autant plus grande que l'UE a connu une croissance forte voire peut-être trop rapide du nombre de ses membres. Et assurément trop laxiste quant aux facilités qui leur ont été offertes. De la monnaie unique, proposée à des Etats tricheurs telle la Grèce, à un espace de libre circulation insuffisamment.

Ce contexte justifie encore plus la décision de la Suisse de poser des dispositifs électroniques de surveillance des véhicules à certains points de passage de la frontière nationale. Mais pas encore à tous. Or c'est là un objectif indispensable. Aux membres du futur Parlement fédéral de s'y atteler en votant les crédits nécessaires.

   

 

  

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Commentaires

Parmi les effets collatéraux à mettre au passif de Schengen, la complication faite aux extra-européens. Par exemple, hors du mariage point de salut pour un couple mixte Suisse et Maghrébin. Un(e) jeune maghrébin(e) n'a aucune chance d'obtenir un visa, c'est une chose, mais avec Schengen le couple ne peut pas non plus se retrouver à mi-chemin sur une île de la Méditerranée - tout est fermé jusqu'aux rivages de l'Afrique ou du Moyen-Orient.

Il est alors révoltant de tomber dans des textes administratifs ou légaux, sur des définitions comme "mariage contracté pour échapper aux dispositions de la loi sur l'immigration" pour ce que le commun des mortels appelle "mariage blanc", puisqu'en fait bien des mariages qui n'on rien de blanc - les couples étant réels - sont finalement contractés exactement pour la raison susdite. Que ces couples ne le revendiquent pas et que l'Etat ne les poursuive pas, ne change rien au fait que pareille définition fait violence au réel d'une façon qui a peu à envier à la langue de bois soviétique des plus belles années.

Écrit par : rachid | 20/09/2011

"la Suisse de poser des dispositifs électroniques de surveillance des véhicules "

Peut-on savoir en quoi consistent ces dispositifs? Merci.

Écrit par : Johann | 21/09/2011

Dégréçons donc l'espace Schengen...

Écrit par : Urs Anker | 21/09/2011

Ventimiglia... Ou Vintimille en français

Écrit par : Séraphin Lampion | 21/09/2011

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