29/09/2011

Budget genevois 2012 : du rouge incarnat au sang de bœuf

 Vu de gauche, le budget 2012 de l’Etat de Genève est « désolant », à cause d’un déficit de 429 millions, alors que le Plan financier quadriennal, vieux d’à peine douze mois, le prévoyait à 236 millions. Vu de droite, avec une augmentation de 600 millions de la dette, explosant à 11,4 milliards, il témoigne d’une « absence étonnante de réactivité » de la part du Conseil d’Etat. Seul point positif, malgré les coûts de fonctionnement qu’ils induisent, la hauteur inégalée des investissements, caressant le milliard (986 millions).

 

Le renversement de la conjoncture, au fil d’un été pourri pour les entreprises, semble n’avoir suscité que des regrets de l’exécutif pour cause de recettes à la peine, mais aucune action face à l’explosion des charges. Mettant en avant des contraintes, il déclare « n’avoir aucune prise » sur les augmentations. Or le pire est que… le pire est possible, d’ici au vote du budget, à la fin de l’année. Du rouge incarnat, le déficit budgétaire pourrait en effet passer au cramoisi, voire au sang de bœuf[1].

 

A ce stade, trois solutions s’offrent au parlement : s’inscrire dans le dérapage incontrôlé de l’exécutif, second aveu d’impuissance ; renvoyer le budget au Conseil d’Etat, décision lourde d’incertitudes et loin de garantir une meilleure copie ; procéder à une réduction globale des dépenses, avec des indications de priorités à respecter (sécurité, emploi et logement, par exemple). Cette dernière option, douloureuse pour les victimes des coupes, est la seule responsable. Même si elle n’est pas la plus probable. 

 

A ce stade toujours, une tâche s’impose au gouvernement. Au début de la législature précédente, il avait lancé les programmes P1 et P2 pour rationaliser l’administration, avec des effets non négligeables. Puis, en tirant le bilan, il avait affirmé être arrivé au bout du possible. On peine à le suivre. Avec ses myriades de service, avec ses états-majors à la mexicaine, le canton  a tout intérêt et nécessité de s’inspirer des solutions retenues par d’autres cantons. La dureté des temps fait obstacle à l’autosatisfaction. Cent fois, remettre l’ouvrage sur le métier. En avant pour P3 plutôt que de couper dans les prestations !   

 

A ce stade, évidemment, les menaces à peine voilées de nouvelles recettes pour les années 2012 à 2014 semblent incongrues. Tant la volonté populaire de rendre la fiscalité cantonale moins exotiquement élevée que la nécessité de réviser celle des entreprises, pour répondre aux pressions de l’UE, ferment toute possibilité, ne serait-ce que d’entrouvrir cette voie.  

 

Pour l’heure, le seul bénéfice réel découlant de la présentation de ce budget catastrophique est la cryogénisation des partisans de la décroissance. Il n’y a jamais de petites satisfactions…

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 30 septembre 2011)

 

 



[1] On mentionnera au passage que les tapissiers distinguent 500 nuances de rouge…Pour les non-daltoniens, voir http://www.kasylum.com/dictionnaire-couleurs-1-rouge.html.

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Commentaires

Pierre Weiss,
merci de partager votre analyse de cet état de la situation avec tout citoyen lambda

que vous concluez avec ce terme fort - qui sera retenu: "la cryogénisation"

en précisant que:
"pour l’heure, le seul bénéfice réel découlant de la présentation de ce budget catastrophique ..."


... on est d'accord.

Écrit par : graphycs | 29/09/2011

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