30/09/2011

Le MCG et les élections fédérales: l'Hôpital qui se moque de la Charité

Le candidat Lüscher voit son nom accolé à un prénom erroné sur les bulletins de vote du conseil aux Etats. Du coup, le MCG demande l'annulation du scrutin au motif que cette bourde ferait trop de publicité au candidat PLR. En affirmant, mais sans évidemment pouvoir le prouver, que cette publicité pourrait jouer un rôle positif, alors qu'elle pourrait tout aussi bien exercer un effet négatif. Un recours serait en voie de rédaction. Le sera-t-il par un avocat MCG candidat aux Etats, au demeurant ex-libéral et ex-PDC ? Ou par un autre avocat MCG candidat au Conseil national, au demeurant ex-radical puis ex-UDC ? 

Cette affaire clomerlesque, quels qu'en soient les responsables, illustre deux facettes confondantes de l'hypocrisie des dirigeants de ce "mouverment".

Primo, le MCG n'aime pas, mais alors vraiment pas, que d'autres que ses chefs puissent éventuellement bénéficier de publicité, même involontaire. M. Stauffer se fait opérer ? Et hop, un article renseignant sur la santé de ses viscères. Il claque la porte d'un conseil d'administration ? Et hop, un autre article, qui ne permet pas de comprendre s'il a réellement envoyé une lettre de démission ou simplement eu un nouveau coup de sang. Il est appelé à comparaître devant un juge ? Et hop, il annonce par communiqué de presse son refus d'obtempérer, car "je n’accepte pas que le pouvoir judiciaire interfère dans le pouvoir politique", ose affirmer cet élu qui se croit au dessus des lois. Il vient armé au Grand Conseil ? Et hop, il se dit poursuivi par la mafia. Bref, tout est sujet à communication de la part de ce parti, qui n'a pas encore compris que trop de communiqués de presse tuent l'intérêt des lecteurs pour ses communiqués de presse. Il est vrai que tant qu'il trouvera des médias complaisants, il aurait tort de se gêner.

Secundo, le MCG commence à avoir peur et en devient encore plus agressif à l'égard de ses concurrents depuis qu'un article de la Tribune de Genève du 28 septembre a titré, à juste titre, sur le risque d'isolement de Mauro Poggia s'il était élu à Berne. Effectivement, à gauche et à droite à la fois, qui en voudrait ? Contre le CEVA à Genève, avec force recours, et d'ores et déjà pour davantage de crédits pour le CEVA à Berne, qui peut lui faire confiance ? Certainement pas le PDC, dont il est un transfuge. En aucun cas l'UDC qui le considère de gauche-gauche, contrairement à la Lega, notamment en raison de ses positions sur l'assurance maladie. 

Il est grand temps que les Genevois se rendent compte que voter MCG, c'est voter inutile, car être élu sans possibilité de siéger en commission n'a aucun sens. Sans même mentionner le fait que le candidat en question aspire à siéger dans une Chambre dont les sénateurs parlent en majorité une langue qu'il ne comprend pas et qui n'y est pas traduite...   

Petite question : qu'aurait fait le MCG si la bourde l'avait concerné ? Il aurait évidemment publié un communiqué de presse, assurant que l'erreur lui était néfaste, et que la publicité le mettait en difficulté.

18:02 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

29/09/2011

Budget genevois 2012 : du rouge incarnat au sang de bœuf

 Vu de gauche, le budget 2012 de l’Etat de Genève est « désolant », à cause d’un déficit de 429 millions, alors que le Plan financier quadriennal, vieux d’à peine douze mois, le prévoyait à 236 millions. Vu de droite, avec une augmentation de 600 millions de la dette, explosant à 11,4 milliards, il témoigne d’une « absence étonnante de réactivité » de la part du Conseil d’Etat. Seul point positif, malgré les coûts de fonctionnement qu’ils induisent, la hauteur inégalée des investissements, caressant le milliard (986 millions).

 

Le renversement de la conjoncture, au fil d’un été pourri pour les entreprises, semble n’avoir suscité que des regrets de l’exécutif pour cause de recettes à la peine, mais aucune action face à l’explosion des charges. Mettant en avant des contraintes, il déclare « n’avoir aucune prise » sur les augmentations. Or le pire est que… le pire est possible, d’ici au vote du budget, à la fin de l’année. Du rouge incarnat, le déficit budgétaire pourrait en effet passer au cramoisi, voire au sang de bœuf[1].

 

A ce stade, trois solutions s’offrent au parlement : s’inscrire dans le dérapage incontrôlé de l’exécutif, second aveu d’impuissance ; renvoyer le budget au Conseil d’Etat, décision lourde d’incertitudes et loin de garantir une meilleure copie ; procéder à une réduction globale des dépenses, avec des indications de priorités à respecter (sécurité, emploi et logement, par exemple). Cette dernière option, douloureuse pour les victimes des coupes, est la seule responsable. Même si elle n’est pas la plus probable. 

 

A ce stade toujours, une tâche s’impose au gouvernement. Au début de la législature précédente, il avait lancé les programmes P1 et P2 pour rationaliser l’administration, avec des effets non négligeables. Puis, en tirant le bilan, il avait affirmé être arrivé au bout du possible. On peine à le suivre. Avec ses myriades de service, avec ses états-majors à la mexicaine, le canton  a tout intérêt et nécessité de s’inspirer des solutions retenues par d’autres cantons. La dureté des temps fait obstacle à l’autosatisfaction. Cent fois, remettre l’ouvrage sur le métier. En avant pour P3 plutôt que de couper dans les prestations !   

 

A ce stade, évidemment, les menaces à peine voilées de nouvelles recettes pour les années 2012 à 2014 semblent incongrues. Tant la volonté populaire de rendre la fiscalité cantonale moins exotiquement élevée que la nécessité de réviser celle des entreprises, pour répondre aux pressions de l’UE, ferment toute possibilité, ne serait-ce que d’entrouvrir cette voie.  

 

Pour l’heure, le seul bénéfice réel découlant de la présentation de ce budget catastrophique est la cryogénisation des partisans de la décroissance. Il n’y a jamais de petites satisfactions…

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 30 septembre 2011)

 

 



[1] On mentionnera au passage que les tapissiers distinguent 500 nuances de rouge…Pour les non-daltoniens, voir http://www.kasylum.com/dictionnaire-couleurs-1-rouge.html.

15:52 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

28/09/2011

Une rue pour les réfugiés? Non à la société sans mémoire !

Birmensdorf, aimable bourgade zurichoise du district de Dietikon, à 3h06 de train de Genève, a son chemin du Petit-Paradis (Paradiesliweg). Birmensdorf, avec ses presque 6000 habitants, a aussi son chemin des réfugiés, pour l'heure sans appellation contrôlée mais bientôt à utilisation forcée. Un chemin illuminé et construit pour l'usage exclusif de 24 "Asylanten", qui conduit directement à la gare CFF sans traverser les rues de la commune.

Cette solution a été retenue par la municipalité pour satisfaire des communiers, pour moitié étrangers, selon une estimation, et nouveaux habitants de la commune. Ceux-là voulaient en effet éviter une mixité entre ces containers et leur zone fraichement construite.

Ce type de réaction initiale "nimby" (not in my backyard - pas dans mon jardin) n'est pas surprenant. Ni la quarantaine de recours émanant de membres de l'association de quartier créée en réaction à ce projet. Autant de recours rejetés par l'instance cantonale. Il est en revanche plus surprenant que les revendications initiales aient été suivies par les autorités communales : outre le chemin séparé, des buissons pour cacher les containers peints en vert pour ne pas détoner avec les bâtiments de la proche caserne. Car au-dessus des aspects purement pratiques, il y a le symbole. 

Ces autorités se rendent-elles tout simplement compte de l'image que Birmensdorf va désormais devoir assumer ? Certaines de nos villes ont encore leurs rues des Juifs, souvenirs du Moyen-Âge et de ses ghettos. Birmensdorf s'inscrit dans cette lignée. En ce jour de nouvelle année 5772 pour nos compatriotes juifs, voilà qui laisse de l'amerture dans mon coeur. Voilà aussi qui montre que notre mémoire a trop de trous. Du pain sur la plage pour les enseignants d'histoire de ce pays, comme pour toutes les associations, comme la LICRA, qui se battent pour que les leçons du passé ne soient pas vaines. 

12:33 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

26/09/2011

un budget 2012 inacceptable

Un déficit de 429 millions de francs dû notamment à une progression des charges de 3%, une explosion de la dette, à 11,4 milliards de francs, l’absence d’une réflexion stratégique se traduisant en une mise à jour du Plan financier quadriennal 2011-2014, pour tenir compte de la crise traversée par la Suisse et singulièrement le canton de Genève. C'est peu dire que le budget 2012 est, en l’état, inacceptable. Pour sortir de l'ornière où l'a conduit son dérapage non contrôlé, le Conseil d'Etat serait avisé de collaborer à un réexamen des charges plutôt que de proposer des augmentations d'impôt. Sinon, le vote du budget 2012 par le Grand Conseil, en décembre 2011, risque d'être chahuté. Il est vrai que Genève a déjà connu des régimes de douzièmes provisoires, et y a économisé plus que des fifrelins.

 

Certes, on peut noter avec satisfaction, dans le projet soumis à l'examen des députés, l’accent mis en faveur des politiques publiques de sécurité et de justice. Ou encore la poursuite, à un niveau historiquement inégalé, de la politique d’investissement de l’Etat, avec des dépenses prévues de 986 millions, afin d’améliorer les conditions-cadre offertes aux habitants de ce canton.

 

Mais la présentation du budget  par le Conseil d’Etat genevois a surtout mis en évidence, les effets de la crise économique et financière mondiale sur les recettes cantonales par rapport aux prévisions du Plan financier quadriennal (PFQ) 2011-2014. Cela se traduit par une différence de près de 150 millions, que le Conseil d'Etat qualifie de déficit structurel. On relèvera toutefois que si les recettes fiscales provenant des entrepriss sont à la peine, celles qu'offrent à l'Etat les personnes physiques continuent de progresser. La croissance économique et les l'attractivité fiscale ont décidément du bon !

On pe peut toutefois passer sous silence, dans la recherche des éléments explicatifs de l'importance du déficit prévu pour 2012, les différentes hausses des dépenses proposées par ce Conseil d'Etat ou son prédécesseur. Elles ont eu en effet pour conséquence d'augmenter les charges salariales,  du passage au 13ème salaire à l'engagement de plusieurs centaines de collaborateurs. Ce projet de budget se caractérise ainsi par une forte croissance des charges de fonctionnement, fort délicate dans la conjoncture présente. Quand d’autres pays sont plongés dans la crise, le conseil d’Etat croit encore possible d’augmenter de 3% les charges de l’Etat, bien au-delà des engagements figurant dans son PFQ du 29 septembre 2010 (2,4%) !

 

Plus inquiétant encore: la volonté exprimée par le Conseil d’Etat de résorber le déficit structurel, estimé à hauteur de 150 millions de francs, par des mesures affectant aussi les recettes, et pas seulement les dépneses. Si ça ne ressemble pas à une annonce de hausse d'impôt, on se demande ce qui peut se cacher derrière cette annonce. Or, sans même insister sur les initiatives annoncées par le parti socialiste genevois qui auraient pour conséquences de priver le canton de recettes fiscales pour plus d’un demi-milliard de francs, on connaît l'opposition des Genvevois à toute augmentation d’impôts, voire les plébiscites avec lesquels ils ont accueilli les propositions de baisse de la fiscalité.

Bref, un réexamen rapide des effectifs non affectés à des prestations à la population s'impose. Après P1 et P2, à quand P3 ? Car il y a encore à élaguer sans toucher aux prestations ni aux service à la population.

14:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

20/09/2011

La Grèce exclue de l'espace Schengen

Avant son exclusion possible de la zone Euro, voici la Grèce déjà exclue de facto de l'espace Schengen. Tel est l'un des effets de la proposition de révision, présentée par la Commission européenne, des règles de fonctionnement de l'espace Schengen. Tentant de reprendre la main, après les décisions danoise de rétablir de façon permanente les contrôles à sa frontière et française de fermeture temporaire de la sienne avec l'Italie, à Ventimiglie, dans la foulée de la révolution tunisienne dite de jasmin, la Commission européenne n'est pourtant pas au bout de ses peines. Certains pays se rebellent déjà contre un renforcement du pouvoir de l'UE. Quant à la Suisse, membre dudit espace, elle avait fait part avant l'été de son opposition formelle à toute cession de compétences à Bruxelles. Précisions.

Deux pas en avant, un pas en arrière. Voilà le résumé de la proposition de la Commission européenne. D'un côté, elle raccourcit de 30 à 5 jours la durée de fermeture exceptionnelle des frontières nationales, en cas d'urgence. Et pour prolonger ces périodes, les Etats devront demander l'autorisation à Bruxelles et justifier leurs requêtes. En contrepartie, les raisons pour les Etats de demander une fermeture exceptionnelle sont augmentées : outre les menaces terroristes et de grands événements, sont désormais aussi comprises une vague d'immigration massive et des défaillances d'un Etat membre de l'espace dans la surveillance de sa frontière. Soit une disposition qui vise directement la Grèce, incapable d'assurer la surveillance de la frontière extérieure de l'UE avec la Turquie et, accessoirement, avec la Bulgarie.

C'est peu dire que ces propositions, qui doivent encore être entérinées par les Etats membres de l'UE et par le Parlement européen, n'enthousiasment pas certains des 27. Dont notamment la France, l'Allemagne et l'Espagne qui craignent l'entrée dans Schengen de la Roumanie et de la Bulgarie. Les propositions de la Commission risquent fort d'être retoquées, au nom des intérêts nationaux. Ce n'est en tout cas pas la Suisse qui s'en plaindra.  

Car même si l'espace Schengen est une réalisation spectaculaire "tangible, populaire et qui fonctionne", selon la commissaire européenne Malmström, en charge du dossier, permettant à des centaines de milliers de personnes de franchir chaque jour les frontières intra-schengeniennes, des effets collatéraux sont à mettre à son passif. Singulièrement l'utilisation de cette liberté facilitée de déplacement par des délinquants transfrontières. Cette liberté est d'autant plus grande que l'UE a connu une croissance forte voire peut-être trop rapide du nombre de ses membres. Et assurément trop laxiste quant aux facilités qui leur ont été offertes. De la monnaie unique, proposée à des Etats tricheurs telle la Grèce, à un espace de libre circulation insuffisamment.

Ce contexte justifie encore plus la décision de la Suisse de poser des dispositifs électroniques de surveillance des véhicules à certains points de passage de la frontière nationale. Mais pas encore à tous. Or c'est là un objectif indispensable. Aux membres du futur Parlement fédéral de s'y atteler en votant les crédits nécessaires.

   

 

  

17:49 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

16/09/2011

Isabel Rochat chez les Experts Manhattan

En apparence, Isabel Rochat est allée à New York pour comprendre pourquoi la ville de la Statue de la liberté avait gagné la guerre contre le crime. Et surtout pour en importer les meilleurs pratiques, "the best practices", du moins celles qui peuvent traverser l'Atlantique. Les aspects techniques de cette visite sont importants, mais ils concernent avant tout les spécialistes sur le terrain, soit les responsables de la police cantonale, sans oublier ceux des polices municipales et des gardes-frontière. 

En réalité, Isabel Rochat est allé à New York pour donner à la population genevoise le symbole et le message attendus de sa conseillère d'Etat. Le symbole, c'est un voyage dans la ville dont un maire, Rudolph Giuliani, a retourné, a transformé l'insécurité en sécurité pour ses habitants. Et le message donné aux citoyens honnêtes comme aux hors-la-loi, c'est que les ans sinon les mois de l'insécurité, à Genève, sont comptés parce que la responsable politique en a décidé ainsi.

"(Le ministère de) la Guerre est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux généraux", comme disait Clémenceau, « premier flic de France ». De même, la sécurité est une affaire trop grave pour être laissée aux seuls policiers. Isabel Rochat a compris que c’est d’abord son sa responsabilité, sa mission. Contrairement au chef de la police jurassienne qui prétend que la guerre contre l'insécurité est perdue  (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/09/04/1.html).

Quels enseignements a-t-elle probablement tiré de ses entretiens? Primo, que la répression est essentielle, pour autant qu'elle puisse être mise en œuvre, de l'arrestation du délinquant à sa condamnation puis à l'exécution de sa peine en prison. Des lois doivent certes être modifiées, mais un état d'esprit offensif doit régner. Secundo, que la collaboration transversale et entre niveaux des pouvoirs est importante, notamment pour la prévention du crime. La sécurité, c'est l'affaire de tous, et pas seulement de la police cantonale. De l'école comme de la police municipale et des juges. Tertio, que la tolérance zéro, dès le premier délit, même mineur, est un message fort. Même si, dans certains cas, la sentence semble lourde. Mais il faut savoir ce que l’on veut, et être prêt à en assumer les conséquences. Les jérémiades, ça suffit. Quarto, que l'augmentation des forces de police, présente à toute heure sur le terrain, est nécessaire pour faire passer le message aux délinquants: les zones ou les moments de non-droit, c'est fini. 

Si telles devaient être les suites de sa visite, il y a fort à parier que la traduction sonnante de cette volonté politique dans le budget 2012 sera entendue d'une majorité de députés, en tout cas à droite. Quitte à ce que ce soit au détriment trébuchant d'autres politiques publiques, en ces temps d'incertitude économique, de probable baisse des recettes fiscales et donc de déficit public... explosif.    

 

11:27 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

15/09/2011

Pour pallier la pénurie d’ingénieurs, rien ne vaut les ingénieures !

Genève vient d’héberger le congrès mondial des ingénieurs. Le constat qui y a été fait pour la Suisse ne manque pas d’inquiéter. Ce pays, avec un taux d’ingénieurs de 2,7 pour mille employés, supérieur à la moyenne des pays européens (1,9), en manque cruellement. Pire : le déficit va empirer pour cause de départs massifs à la retraite et de diminution relative du nombre d’étudiants en ingénierie. De plus, hommage rendu à leurs compétences, les ingénieurs sont particulièrement appréciés des entreprises pour y faire autre chose que de l’ingénierie. Une chose est sûre : en 2009, la pénurie était déjà de 14 000 personnes.

Si cette tension du marché du travail pousse globalement, à quelques exceptions sectorielles près, les salaires des ingénieurs à la hausse, elle pèse en revanche sur les possibilités des entreprises d’accepter des mandats. Sur un plan macro-économique, la croissance du PIB est freinée, à hauteur de 2 à 3 milliards par an (environ 0,5% du PIB). 

Deux solutions sont proposées pour sortir de ce problème structurel : attirer davantage d’étudiants et surtout d’étudiantes vers les formations d’ingénieurs ; importer des ingénieurs formés à l’étranger. La première est meilleure que la seconde, en raison notamment de l’excellence de la qualité des hautes écoles de ce pays, mais aussi parce que plus sûre. Les pays proches savent en effet aussi courtiser leurs diplômés en ingénierie, raison pour laquelle les entreprises suisses doivent recruter toujours hors de l’UE, non sans rencontrer des difficultés pour obtenir des permis de travail.

Paradoxalement, un chiffre offre une lueur d’espoir : la part des femmes actives dans ces professions n’est que de 9% par rapport au total des ingénieurs, nettement moins que dans la plupart des pays européens. La marge de progression est donc fortissime. Des frémissements sont d’ores et déjà observés : la proportion des étudiantes en ingénierie a ainsi passé 20% en 2000 à 27% en 2009. Pour renforcer cette timide tendance, des mesures claires permettant de concilier vie professionnelle et familiale auront un impact certain.

Plus généralement, le regard porté sur les sciences et les techniques à l’école obligatoire doit évoluer. Du côté des enseignants comme des parents. Et puis, dans un monde de peur du lendemain, savoir qu’un emploi est quasi garanti à la sortie n’est pas un mauvais argument. Enfin, ne serait-ce que pour contrecarrer des baisses récentes, les budgets publics affectés aux sciences de l’ingénieur méritent de prendre l’ascenseur. Améliorer les conditions-cadre, c'est-à-dire investir pour le futur, ce n’est pas gratuit, mais ça rapporte gros.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 16 septembre 2011)

12:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

12/09/2011

Knie retranché dans Fort Plainpalais

Dans toute les 41 villes suisses où le cirque national fait sa tournée annuelle, Knie peut se contenter de mesures de sécurité normales. Mais pas dans la 42ème. A Genève, en effet, les responsables du cirque sont forcés de mettre des barrières de sécurité spéciales autour du zoo, des caravanes et des voitures du personnel, selon le Matin du 11 septembre 2011. Non sans humour, une caissière prend acte de cette situation: "aujourd'hui, ce ne sont plus nos animaux qui sont en cage, mais les humains". C'est situation, unique, est inacceptable.

Elle est inacceptable non pas - ou pas seulement - parce qu'elle implique une dépense de 20 000 francs supplémentaires pour la seule sécurité. Elle l'est aussi parce que la Ville de Genève a l'indécence de demander à Knie de payer 49 0000 F pour la remise en état du ghorr (grrrr....), le sol rougeâtre qu'elle a fait venir du Beaujolais sans se soucier des coûts d'entretien. Bel exemple de privatisation du coût des erreurs de gestion. Ou encore à cause d'un prix du terrain public loué à un prix de plus en plus fort. C'est vrai qu'en Ville, les PME, on n'aime pas. Et les problèmes de gestion, on ne connait pas.

Cette situation est surtout inacceptable parce que la Ville n'est pas capable d'assurer la sécurité de ses hôtes. Après les tournées dans les hôtels pour conseiller aux touristes de rester à l'abri, voilà revenu le temps des camps retranchés. A quand le retour des portes de ville fermées la nuit ?... Une chose est sûre. Avec la plaine de Plainpalais transformée en Fort Alamo, et les Knie en tuniques bleues, les enfants n'ont plus besoin d'aller voir des westerns. La réalité genevoise dépasse désormais la fiction. Il ne manque plus que des poursuites avec chevaux, voire éléphants courant derrière les voleurs...

Dans cette réalité, les forces de l'ordre sont une nouvelle fois trop peu nombreuses pour faire régner l'ordre que connaissent les autres villes suisses. Même Zurich ou Bâle qui ne sont pas des bourgs, quand même. A propos, les agents municipaux pourraient bien faire quelques heures supplémentaires, non ? Juste pour compenser l'effet désastreux de l'abandon du domaine public à la chienlit. Juste pour sauver l'image de la Ville. A moins que les lions ne soient plus dissuasifs... Re-grrrr !

00:16 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

08/09/2011

Bellum pro lingua latina continuat (bis)

Le latin a gagné une victoire, mais pas la guerre. Voilà ce que démontre sa place en forme de strapontin en 1ère année du Cycle d'orientation. En clair, il n'a pas disparu du programme, grâce à la pétition déposée par 17000 valeureux et au soutien d'une large majorité du Grand Conseil, tous partisans du maintien de l'enseignement de la langue et de la culture latines. Mais il n'y occupe désormais plus qu'une place congrue qui ne garantit en rien sa survie réelle dans la suite des études. C'est pourquoi il est essentiel que la mobilisation en sa faveur continue. Notons toutefois qu'il aurait pu disparaître complètement, pour éviter de jouer aux esprits chagrins !

A ce titre, l'arrivée dans les classes - qui a suivi de quelques jours à peine sa découverte par les enseignants désignés à son enseignement - d'un manuel, en fait une brochure de 160 pages joliment illustrées, a ainsi démontré qu'il était possible de fournir un matériel pédagogique aux élèves. Même au forceps. A contrario, qu'étaient infondées les craintes, exprimées dans les hautes sphères du DIP, selon lesquelles il était quasiment impossible de se plier à la volonté des députés et à la vox populi de maintenir le latin en 7ème du CO (9è HarmoS).

Pour l'avoir feuilletée, j'en conclus qu'elle correspond très bien à l'intention du DIP de dispenser une sensibilisation à la culture latine. A la culture certes, mais pas vraiment à la langue. Réussir à maîtriser une phrase avec subordonnée telle que "corvo decepto, vulpes gaudet" (après avoir attrapé le corbeau, le renard se réjouit), au  terme de 14 étapes de grammaire ne paraît pas relever des sept premiers travaux d'Hercule. Mais au moins ceux qui n'auront été que sensibilisés à la civilisation de Rome auront appris quelque chose de la conception de la famille, de l'éducation du jeune Romain et du panthéon des dieux de ce temps-là.

N'empêche que des problèmes se posent, car la situation actuelle n'est pas satisfaisante. Loin de là.

Passons sur cette rentrée, et le stress des enseignants qui l'a accompagnée. Des enseignants dont la formation n'est pas nécessairement adéquate puisque pour certains d'entre eux, ils n'ont jamais étudié le latin, du moins à l'université, mais seulement sa fille aînée, le français. Gageons qu'ils réussiront à étendre leurs compétences en quatrième vitesse. Car le défi qui leur a été imposé est d'intéresser à notre héritage latin les regroupements R1 et R2, c'est à dire les futurs apprentis et élèves des écoles de culture générale. Après un an, voire deux, il sera possible de dresser un premier bilan de cette volonté de démocratisation de la culture, à raison d'une heure par semaine pendant un an. En fait un simple apéritif culturel.

Un deuxième problème est l'importance que vont accorder les élèves à un enseignement qui ne comptera que pour 10% de la note de français du troisième trimestre. "Ils font semblant de me payer, je fais semblant de travailler". Ce qui était une plaisanterie de l'ex-URSS risque de trouver un nouvel emploi au CO genevois.

Troisième problème ou troisième défi, le sens qui sera donné par les élèves du regroupement le plus élevé (classé en troisième lieu dans lA "novlangue" orwellienne du DIP, où les premiers sont les derniers - pour ne pas trop ambitionner à dépasser les derniers ?...) à la seconde heure de latin dont ils bénéficieront en troisième trimestre. Vont-ils accepter de gaîté de coeur d'étudier une heure de plus, méritant ainsi l'excellence supposée de leur regroupement, ou ne se mettront-ils pas plutôt à détester une matière qui les éloigne de leurs divertissements favoris ? La réponse, empirique, sera donnée en 10ème HarmoS, par le pourcentage d'élèves qui choisiront de poursuivre l'étude du latin.

On peut toutefois nourrir quelques craintes, quand on voit la facilité avec laquelle les signatures contre le rétablissement d'une matinée d'enseignement le mercredi ont été réunies. Tous dans notre société ne privilégient ni l'effort, ni l'étude, ni la culture. Il est nécessaire de le... savoir.

 

 

12:31 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

04/09/2011

Sécurité: le défaitisme inacceptable du chef de la police jurasienne

Olivier Guéniat, chef de la police jurasienne, est probablement un excellent organisateur quand il propose la mise sur pied d'une police romande qui pourrait dégager "plusieurs centaines d'agents pour Genève" (Le Matin du 4 septembre 2011). Mais un organisateur qui a baissé les bras face à l'augmentation de la criminalité. Et qui semble faire fi des expériences étrangères démontrant que l'on peut juguler la ciminalité, comme à New York (http://fr.wikipedia.org/wiki/New_York). Il est vrai que la Cité de la pomme est par la taille inférieure (789 km2) à la République et Canton du Jura (838 km2). Mais pas par la population... C'est dire si son analyse de la criminalité est partielle quand il n'évoque que les éléments en expliquant la crue, et aucun pour en attendre la décrue.

Admettons donc qu'"il ne soit pas nécessaire d'être un policier genevois pour travailler à Genève", que la création d'un pool de plusieurs centaines de policiers soit une approximation correcte et qu'au surplus le nouveau code de procédure pénale rende cette perspective possible. On ne boudera pas son plaisir devant tant de bonnes nouvelles, du moins sur le plan théorique.

On reste en revanche plus sceptique face à son analyse de l'augmentation de la criminalité en Suisse. Le développement démographique, l'"européanisation", la vie nocturne sont mis en cause. "L'augmentation de la criminalité est une conséquence logique de tous ces changements". Il est vrai que New York, pour en rester à cette comparaison, se dépeuple, se "démétisse" et va au lit à 10:00 p.m., surtout à Broadway, autant de raisons qui en expliquent la baisse de la criminalité...

Et arrive son constat qui troue l'air comme une balle de Smith & Weson. Question: "On ne va donc jamais retrouver une Suisse paisible?" Réponse: "Non, il faut accepter qu'on ne revienne pas en arrière".

Eh bien non, je n'accepte pas. Je n'accepte pas cette vision de l'histoire linéaire. Je n'accepte pas ce défaitisme. Je n'accepte pas qu'un chef de police cantonale annonce haut et fort que les citoyens doivent s'adapter, s'habituer la violence ambiante. Je n'accepte pas que la rue appartienne à ceux qui l'envahissent, en en chassant le citoyen lambda, surtout s'il est âgé ou de sexe féminin. Je n'accepte pas cette banalisation de la violence.

Comme je n'accepterais pas que l'hypothétique mise à disposition d'un pool de plusieurs centaines de policiers romands soit sans effet sur la criminalité vécue par les Genevois. Car de deux choses l'une. Soit la présence policière, sous diverses modalités d'intervention, a un effet, soit elle n'en a aucun. Or je n'ai entendu personne conseiller la suppression de la police au motif que cela ne changerait rien à l'insécurité.

Il faut donc davantage de forces de l'ordre dans la rue, patrouillant sur l'ensemble du territoire cantonal, de jour et surtout de nuit, et surtout les nuits de fin de semaine. Avec actuellement 90 à 100 personnes (voir ma note sur ce blog "La nuit, la plupart de nos gardiens dorment"), on admettra que l'on est loin, mais vraiment loin du compte.

Et il faut à la tête des forces de police des responsables qui justifient la confiance que la population suisse en général, genevoise en particulier, place en ses policiers cantonaux, municipaux ou ses gardes-frontière. Après de telles déclarations, Olivier Guéniat a un sacré déficit à combler s'il entendait postuler au commandement d'une police romande.

23:58 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

02/09/2011

L’école opaque: non merci ! par Pierre Weiss

L’école fait sa rentrée. Dans tous les cantons romands, il y a l’entrée en vigueur d’HarmoS, l’harmonisation des contenus  de l’école obligatoire ; dans le canton de Vaud, le vote sur l’organisation en filières de l’école secondaire obligatoire. Cette actualité renvoie à un enjeu capital, la qualité de la formation. Qui en cache un autre, la transparence des résultats obtenus par l’outil étatique le plus important pour l’avenir du pays, qui pèse de plus de 30 milliards sur les finances publiques helvétiques, le deuxième poste derrière les dépenses sociales.

 

Car comment être sûr de la qualité de l’école si le voile du secret la recouvre ? Faut-il laisser les entreprises faire le tri lors de la signature des contrats d’apprentissage ou, plus tard, lors de l’engagement des diplômés des HES, EPF et autres universités ? Faut-il attendre que des fuites permettent d’être informés de résultats que les directeurs d’école enfouissent des coffres-forts à combinaison inviolables ? Car le paradoxe est que les évaluateurs par excellence que sont les enseignants n’aiment pas être évalués et que les responsables de l’éducation, du moins en Suisse, refusent voire dénigrent, sous mille prétextes, la pertinence des comparaisons.

 

Cette situation n’est plus tenable. Les justifications du secret bancaire, fiscal ou médical ne peuvent leur servir d’analogie ; ces élus se trompent qui refusent le contrôle démocratique permis par la publicité des classements des écoles.    

 

Une chose est certaine s’agissant de la qualité de la formation. Ce ne sont pas les structures seules qui garantissent une acquisition efficace des connaissances, mais un climat général de respect, de la part des parents et des élèves, face au savoir et à ceux qui le dispensent, de même que des programmes exigeants et des enseignants compétents (voir aussi http://www.strategie.gouv.fr/content/que-disent-les-reche...).

 

Pour les programmes, le temps viendra où l’ensemble du système de formation devra rendre des comptes, d’HarmoS aux masters et programmes doctoraux impulsés par la réforme de Bologne en passant par la maturité à options hyper-multiples. Pour les enseignants, confrontés à une baisse de leurs effectifs pour des raisons démographiques, mais aussi parce que le prestige rattaché à leur profession s’est délité, la crainte d’un bradage de la formation, exprimée par le président des enseignants romands (Tribune de Genève du 31 août) mériterait d’être entendue. Encore faudrait-il pour cela qu’il mette aussi en avant une élévation des exigences, et pas simplement un allongement quantitatif de la durée de la formation. Une fois de plus. Une fois de trop.   

(Editorial paru dans Entreprise romande du 2 septembre 2011)

12:42 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |