11/10/2011

Du plein emploi à la pénurie

 Les statistiques suisses de l’emploi sont actuellement excellentes, notamment en comparaison internationale. La crise devrait certes provoquer un ralentissement de la croissance, mais la tendance au quasi plein emploi va s’accentuer d’ici à 2020. Pure provocation, surtout aux yeux de ceux qui sont à la recherche d’un emploi ? Non, analyse factuelle du Département fédéral de l’économie[1] qui identifie un défi de fond pour ce pays : la pénurie de main-d’œuvre qui, si rien n’est entrepris, pend au nez des entreprises privées et publiques de ce pays. Et qui en frappe déjà certaines.

 

Un problème, sept solutions aux yeux du DFE. Sauf à vouloir recourir systématiquement à la main-d’œuvre étrangère, elles passent par davantage de présence sur le marché du travail de certaines catégories de la population nationale et davantage de formation, professionnelle comprise, pour tous. Cette analyse est à mille lieues des critiques irresponsables de la croissance comme des maniaques du protectionnisme.

 

Le paradoxe veut que la pénurie résulte des succès de la politique du marché du travail suisse (voir encadré). Comment agir ? D’abord en exploitant tous les potentiels du marché du travail suisse. Et là, des actions pour permettre aux femmes de 25 à 54 ans de concilier vies familiale et professionnelle s’imposent (743 000 personnes concernées). Mais aussi en direction des travailleurs plus âgés (420 000 personnes concernées), pour les inciter à ne pas prendre une retraite anticipée. Avec à la clé des avantages pour leur prévoyance professionnelle.

 

Ensuite en améliorant le niveau de formation de l’ensemble des travailleurs, les futurs comme les actuels. Certes, le pourcentage (90%), parmi les Suisses, de diplômés au minimum du secondaire II (CFC ou équivalent) est stratosphérique, mais ça ne suffit pas : l’objectif est de passer à 95% (164 000 personnes concernées) ! Une marge de progression plus forte existe aussi parmi les anciens émigrés étrangers. Ces actions pour élever le niveau de formation sont d’autant plus nécessaires que le nombre d’étudiants des Hautes écoles devrait baisser dès 2014, celui des futurs apprentis aussi, pour cause de baby-crash. Et là, les étudiants potentiels au sein de la population active sont au nombre de 1,5 million.

 

Les options du DFE sont pertinentes. En revanche, les potentiels indiqués ne sont que… des potentiels. C’est dire si des mesures incitatives, d’accompagnement, seront nécessaires. Crèches, horaires d’école, financement, fiscalisation et reconnaissance de la formation continue, assurances sociales, immigration, politique de la formation ne sont que quelques uns des domaines concernés.

 

L’enjeu pour la population est le maintien voire l’amélioration de son niveau et de sa qualité de vie. Il est, lui, tout sauf théorique. Car la pénurie est d’ores et déjà une réalité. Outre les enseignants, elle concerne les ingénieurs comme les professions de la santé – des infirmiers aux médecins. C’est d’ailleurs la critique principale que l’on peut adresser à cette initiative du DFE : de venir tard. Mais à point nommé pour tous les acteurs de la formation. Voilà un secteur que la crise épargnera. « Pourvou que ça doure », aurait dit la mère de Napoléon !

 


 

 

 

Le marché suisse du travail en 2011 : de records en amélioration continue

 

Au 2ème trimestre 2011, la Suisse comptait 4,708 millions de personnes actives, soit 2,6% de plus qu’un an auparavant ; depuis 2006, la hausse - 400 000 travailleurs de plus – est spectaculaire. La progression de l’emploi pour les Suisses a été de 1,8% (3,394 millions), le complément étant apporté par les travailleurs étrangers.

 

Les plus récentes données sur le chômage qui frappait 111 344 personnes en septembre 2011 (2,8%) font état d’une baisse de près de 30 000 personnes en un an ; la baisse bénéficie aussi aux jeunes de 15 à 24 ans dont le taux de chômage est certes légèrement moins bas (3,2%), mais surtout nettement moins long que celui des travailleurs plus âgés. Seul 606 d’entre eux figurent au nombre (21 116) des chômeurs de longue durée (plus d’un an). Genève, éternelle lanterne rouge, passe désormais sous la barre des 5% (4,8%), avec 11 700 chômeurs, soit le pourcentage le plus bas depuis septembre 2002.

 

Tous les indicateurs sont positifs : un taux d’activité des 15 à 65 ans qui constitue un record européen (79% contre 64% en France et 57% en Italie) et ce même pour les travailleurs plus âgés (68% pour les 55-65 ans), un taux de chômage parmi les plus bas, y compris pour les jeunes, une croissance annuelle de 1,3% de la population active de 1999 à 2009 (0,5% pour la population résidente). Mais le rythme des nouveaux arrivants sur le marché du travail va ralentir vers 2020, pour cause de « baby-crash ».

 

 

 (Editorial d'Entreprise romande du 14 octobre 2011)

 

 

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