25/11/2011

Face au déficit genevois, un Conseil d’Etat mal barré

 Une bonne analyse de la crise ne garantit pas le succès des mesures budgétaires imaginées pour en combattre les effets sur les finances publiques. Surtout si ces mesures commencent par des hausses d’impôts, obligatoirement soumises au vote du peuple, et finissent avec des risques de départ d’entreprises multinationales et de mise sous tutelle des caisses de pensions publiques, des risques se chiffrant en milliards. C’est donc peu dire que le Conseil d’Etat genevois est mal barré, au sens populaire du terme en tout cas, au lendemain d’une révision déchirante de son plan financier quadriennal (PFQ) pour les années 2012 à 2015. Une de plus, car le destin des PFQ, de vrais miroirs aux alouettes, n’est autre que d’être corrigés, au fil de bilans montrant leur distance d’avec la réalité.

 

Cette révision du PFQ était indispensable. Car en laissant le budget évoluer en stabulation libre, à 2,8% en moyenne de croissance annuelle, le déficit aurait explosé de 175 millions, prévus pour 2011, à 499 millions en 2012 et plus de 600 millions pour les trois années successives. Hors toute contrainte de retour à l’équilibre imposé par la constitution, la cagnotte virtuelle portant le doux nom de réserve conjoncturelle et forte d’un petit milliard en aurait vite été épuisée.

 

On ne disputera pas ici le Conseil d’Etat sur le choix de ses taux de croissance (1% en 2012, 1,5% en 2013, 1,9% en 2014 et 2015), car le pire n’est que possible. On notera simplement que le scénario le plus optimiste scotche le déficit à un peu moins d’un demi-milliard jusqu’en 2015, et que le pire le fait déraper jusqu’à 900 millions en 2015. En revanche, premier reproche d’importance, le taux de croissance des charges de l’Etat, à 7,3% pour les quatre ans du PFQ, est d’un pour-cent supérieur à celui retenu pour l’économie cantonale. Un pour-cent de trop.

 

La seconde faiblesse de ce PFQ est son côté pour le moins aléatoire. Faute de consensus politique sur les mesures à prendre, la somme que l’exécutif espère trouver pour revenir à l’équilibre d’ici à 2015, tient du fantasme. Dame, 303 millions, « quelle que soit l’évolution de la conjoncture », voire un complément de 349 millions en cas de plongée encore plus profonde dans la crise, ça ne se trouve plus si aisément dans les bénéfices des entreprises, surtout financières, les grandes pourvoyeuses de la richesse genevoise.

 

Il y a pire. Ce fantasme est transformé en cauchemar pour le contribuable, surtout s’il est aisé (fin « provisoire » du bouclier fiscal de 60%, attaque à la fortune des indépendants, imposition des collections artistiques – dont la mobilité n’est même pas imaginée) ou a l’idée incongrue d’être propriétaire (augmentation de 20% de la valeur fiscale de ses biens). Voilà quelques unes des idées jetées sur la table – à quoi s’ajoutent des centimes additionnels supplémentaires pour lui soutirer potentiellement 255 millions sur 652 d’ici à 2015.

 

Or ces idées risquent de finir dans la poubelle du Parlement sinon du peuple. D’autant plus qu’en 2012, elles compteraient pour plus d’un tiers (46 millions) des efforts proposés (123 millions). Parallèlement, les 39 424 équivalents temps plein – en fait, un nombre supérieur de fonctionnaires, en augmentation de 424 unités entre 2011 et 2012 –  ne seraient appelés à contribuer à l’assainissement du ménage collectif que pour quelque 15 millions. Cherchez l’erreur d’un Conseil d’Etat tétanisé face à la moindre grève hospitalière et déliant désormais les cordons d’une bourse vide !

 

D’où un conseil qui pourrait rapporter gros et qui s’adresse surtout aux partis de gauche amateurs de hausses d’impôt – pour les autres. Pour éviter que les efforts analytiques de l’exécutif ne soient vains, une modification… radicale vers le bas du seuil d’imposition des Genevois s’impose. Dans les circonstances présentes, il n’est en effet plus tolérable qu’en 2009, 77 684 contribuables (31,7%) soient autant de « Gratis-Bürger » ne payant pas d’impôt sur le revenu.

 

Si l’on ajoute encore à ce tableau noir une dette qui repart à la hausse, de 1,6 milliard, d’ici à 2015, pour atteindre12,4 milliards, beaucoup de sagesse fiscale et pas mal de modération dépensière s’imposent. Y compris pour des investissements – en gros un milliard par an est programmé – dont on ne rappellera jamais assez l’impact en dépenses structurelles de fonctionnement (environ 10%).

 

Bref, ce PFQ était méritoire. Mais il exige d’être révisé d’urgence. Dès après le vote d’un budget pour 2012 autrement ficelé que le menu indigeste concocté par l’exécutif. Car en poussant l’audace jusqu’à en augmenter, au nom du PFQ, le déficit de 429 à 437 millions, il a tout simplement poussé le goût du bouchon trop loin.

 

Mal barré, cet exécutif aspiré à bâbord ? Oui, pour qui aime les litotes.

(Chronique parue dans l'Agefi du 25 novembre 2011)

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Commentaires

Certains ont dû faire de sacrées études pour arriver a dépenser 5 milliards pour une population de 400'000 habitants !!

Ce qui équivaut à 12'500 sfr par habitant, si l'on retire les enfants et les retraités sans fortunes et que l'on fait le calcul pour la population active, il en faut du boulot à nos fonctionnaires syndiqués pour faire péter autant de ponions !

Ce sont des bêtes de travail ces conseillés nationaux, communaux et municipaux, arriver à dépenser autant, c'est pas donné à tout le monde !!

Écrit par : Corto | 25/11/2011

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