07/02/2012

Personnel qualifié : la vraie pénurie menace

 Compter d’abord sur ses propres forces en les musclant. Voilà le principe par lequel le Conseil fédéral entend affronter la pénurie de personnel et le manque de qualifications menaçant les entreprises suisses à l’horizon 2020[1]. Le principe est bon, pour autant que la main droite économique du gouvernement n’ignore pas ce que fait en catimini sa main gauche fiscale. Dernier exemple en date à corriger au Parlement : la tentative de transformer en salaire les contributions des employeurs pour la formation continue des collaborateurs dépassant 6000 francs.

 

Pourquoi cette pénurie et ce manque ? Les raisons en sont simples : la proportion d’actifs diminue par rapport à la population totale et celle de porteurs de diplômes (du CFC aux formations supérieures) est insuffisante pour les besoins de l’économie.

 

L’Etat n’est certes pas le seul responsable de cette situation, mais il lui revient de prendre des mesures. Il peut le faire en ses différents niveaux (Confédération, cantons et communes), comme dans ses diverses politiques (formation, emploi, social, migration). Certes, la libre circulation des travailleurs a permis de répondre, lors des phases de croissance récente, aux besoins en personnel qualifié, voire très qualifié. Mais cette aide venue de l’extérieur, au-delà même de l’UE pour des qualifications très pointues, ne saurait servir de solution de facilité. Il faut donc explorer toutes les niches de personnel potentiel et toutes les possibilités d’augmenter les qualifications de la population résidente.

 

Parmi les niches, il y a incontestablement un potentiel important parmi les femmes entre 25 et 54 ans qui élèvent ou ont élevé des enfants et qui ne travaillent pas, plus ou qu’à temps partiel. C’est là où les crèches sont le plus nécessaire et, de façon générale, toutes les mesures conciliant vies familiale et professionnelle. En outre, il y a à faire pour améliorer les qualifications professionnelles de travailleurs nés à l’étranger. Les perspectives spectaculaires de gain supplémentaire devraient convaincre les intéressés, car elles sont plus fortes que pour les formations académiques. 

 

Paradoxe. La peur du chômage est la première préoccupation des Suisses, selon le baromètre 2011 de Credit suisse[2]. Or ils devraient plutôt craindre l’absence d’une stratégie globale de lutte contre la pénurie de main-d’œuvre et le manque de qualifications. Mais c’est vrai que, dans le premier cas, il y a une crainte individuelle, ici et maintenant, alors que dans le second, où il en va du maintien de notre niveau de vie à long terme, la préoccupation se fait collective et lointaine. Sauf que 2020, c’est demain et concernera chacun.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 3 février 2012)



[1] « Du personnel qualifié pour la Suisse, une initiative du Département fédéral de l’économie », 2011, 58 p., http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/24189.pdf.

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Commentaires

Vous mentionnez le besoin de crèches. Dans ce domaine il y a manifestement pénurie,comme dans bien d'autres à Genève, il y a manifestement pénurie de main d'oeuvre, puisqu'une proportion relativement élevée des cadres et des travailleurs de cette branche viennent d'ailleurs. Or les employés des crèches sont considérés comme d'autres travailleurs sociaux chez nous, et passent donc une partie plus ou moins importante de leur temps en colloques et recyclages divers. Nombre de ces heures servent essentiellement à justifier des fonctions hiérarchiques et à donner le change sur les qualifications théoriques de plus en plus pointues que l'on exige de ces personnes.
En mettant un accent plus grand sur le savoir faire pratique nécessaire à l'accomplissement des tâches, il serait possible non seulement de gagner chaque année des heures qui pourraient être utilisées à meilleur escient et sans nuire ni à la qualité du travail ni aux conditions de celui-ci, mais aussi de faciliter le recrutement local pour ces tâches indispensables.

Écrit par : Mère-Grand | 07/02/2012

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