11/06/2012

Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité

 Aggravation de la crise mondiale de l’emploi des jeunes. En tirant le tocsin d’alarme, l’Organisation mondiale du Travail (OIT) ne fait pas dans la nuance. Les pays développés auraient même engendré « une génération traumatisée de jeunes travailleurs confrontés à un dangereux mélange de chômage élevé, d’inactivité accrue et de travail précaire ». Cette réalité dramatisée justifie, aux yeux des responsables de cette vieille dame parmi les organisations internationales (OI) ayant leur siège à Genève, de mettre ce thème à l’ordre du jour de sa conférence annuelle.

 

Reste à espérer que le résultat des discussions menées par  des délégués représentant tant les gouvernements que les syndicats et les organisations d’employeurs - plus de  3 000 délégués sont réunis en ce mois de juin à Genève – soit à la fois moins apocalyptique et plus pondéré. Par exemple en donnant au « miracle » suisse l’attention qu’il mérite, singulièrement à l’efficacité du système de formation professionnelle qui commence avec l’apprentissage en entreprise, continue avec les écoles et hautes écoles spécialisées (ES et HES) et se termine avec la formation continue.

 

En évaluant le nombre des sans-emploi dans le monde à 200 millions,dans son Rapport sur le travail dans le monde en 2011, en présentant un nouvel index des troubles sociaux pointant sur un risque d’agitation sociale accru dans 45 pays – notamment ceux de l’UE – sur 118 pris en considération, en soulignant l’insatisfaction des travailleurs quant aux emplois qui leur sont proposés, particulièrement en Europe centrale et du sud, le BIT, dans son rôle de messager de nouvelles inquiétantes, trace un cadre général qui exige une réponse des gouvernements comme des partenaires sociaux.

 

Et la première urgence, à ses yeux, concerne la jeunesse. En témoigne le point de départ, sur cette question, de la conférence de l’OIT, La crise de l’emploi des jeunes : il est temps d’agir[1]. Car il en va non seulement de la capacité de l’économie de marché à assurer un futur à la jeunesse, mais aussi de sa crédibilité que trop d’esprits chagrins mettent en cause. Sans savoir comment la remplacer. Ne serait-elle pas, comme la démocratie, le pire de tous les systèmes, à l’exception de tous les autres ?

 

Avec quelque 75 millions de jeunes chômeurs, soit un taux de presque 13% ou encore un jeune sur huit, sans compter ceux que les statistiques ne saisissent plus en raison de leur retrait du marché du travail, l’économie mondiale fait face à un défi considérable. L’Irlande, avec 28% de jeunes chômeurs, l’Espagne où ce taux dépasse officiellement 40%, témoignent du drame vécu par trop de jeunes, souvent formés. D’autant que la proportion des chômeurs de longue durée (plus d’un an) est jusqu’à trois fois plus élevée parmi les jeunes que parmi leurs aînés !

 

Que faire ? D’abord comprendre les raisons de ce chômage. Or les explications sont multiples, et différentes selon que les jeunes sont qualifiés ou non[2]. Ensuite agir. Sur les conditions-cadre de l’économie. Sur le marché du travail. Et, en amont, sur la formation.  Trois dimensions où le cas suisse peut contribuer à rendre le futur moins glauque pour les jeunes.

 

Avec une hausse du nombre d’actifs occupés de 2,6% en 2011, à 4,7 millions de travailleurs, avec 94% des Suisses satisfaits de leur travail et 85% de leur salaire selon un sondage de la télévision alémanique, avec, à fin avril 2012, un taux de chômage de 3,1% pour l’ensemble de sa population active, et même de 3% pour les 16 669 jeunes concernés entre 15 et 24 ans, avec surtout un chômage de longue durée quasi inexistant pour les jeunes (453 cas), la Suisse peut se targuer, en toute modestie, d’une réussite enviable. Mieux : d’un succès qui amène ses représentants à la conférence de l’OIT à parler à l’unisson du sésame de la formation professionnelle.

 

Certes, la recette n’est pas exportable sans conditions. Mais à coup aussi de rigueur, d’effort, bref, de valeurs qui ont fait le succès de ce pays, il y aurait de quoi sortir de leur blues de nombreux jeunes hors des frontières nationales. Et même les rédacteurs des rapports de l’OIT…

(Editorial paru dans Entreprise romande du 9 juin 2012)

 

  

 

 

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