31/07/2012

Augmenter les taxes universitaires ? Oui, mais avec plus d'audace que ça!

Les écoles polytechniques fédérales (EPF) font face à une insuffisance de moyens en raison, notamment, d'une explosion du nombre d'étudiants (60% de plus en dix ans). Un de leurs dirigeants propose donc (NZZ am Sonntag du 29 juillet 2012) d'y doubler les taxes universitaires en demandant des étudiants 2 600 F, et plus seulement 1 300 F par an, pour y entreprendre leur formation. Avec à la clé une promesse d'affecter ces moyens supplémentaires en faveur des bourses d'études. Reste au conseil des EPF et aux autorités politiques de prendre une décision, dans un domaine où la pusillanimité l'emporte en général à l'aune de l'ancienneté des institutions de formation. 

Cette proposition, dont on admet le bien fondé, frappe pourtant par sa modestie. Doubler les taxes aux EPF n'augmenterait les recettes des polys que de 1%. En effet, elles ne représentent que 30 millions, un montant dérisoire par rapport au total des recettes (2 907 millions en 2010) de ces fleurons de la formation supérieure suisse. Si les EPF ont besoin d'argent, ce n'est donc pas à coup de mesurettes de ce type qu'elles résoudront leurs problèmes financiers. Elles doivent au contraire exiger beaucoup plus des étudiants et, dans le même temps, élargir leur champ de contributeurs. Inutile de préciser que ce qui vaut pour les polys vaut aussi pour la plupart des universités suisses, dont celles de Lausanne et Genève. Dans cette dernière, les taxes, dont sont exemptés un tiers des étudiants, pour des raisons sociales essentiellement, n'ont apporté dans le grand pot des recettes totalisant 746 millions que 11 malheureux millions en 2011.

Certes, la torpeur estivale ne risque guère d'être secouée par cette proposition qui tient en effet plutôt d'un « vésuve » du 1er août. Certains, du côté des associations d'étudiants, s'indigneront par la mise en cause d'un tabou: la formation supérieure fait partie de la démocratisation des études et doit tendre vers la gratuité. Sauf que ce qui est gratuit a quand même un prix. Outre que les diplômes universitaires peuvent rapporter gros, comme le démontrent les recherches en économie de l'éducation. C'est ainsi que rapporté au nombre d'étudiants, y compris de ceux qui vont abandonner en cours de route, la formation coûte près de 50 000 F par an et par étudiant à l'uni de Genève qui en compte 15 000. Nettement moins que dans les polys où ce montant dépasse 120 000 F par an pour chacun de leurs 24 000 étudiants du début de la décennie. Certes, ce calcul a le défaut de ne pas séparer les dépenses pour la recherche et l'administration des dépenses de formation stricto sensu. Sauf qu'il n'y aurait jamais, ou presque, de dépenses pour la recherche fondamentale si les polys et les unis ne formaient pas d'abord des étudiants.

On prend ainsi vite conscience que la contribution de la collectivité, pour l'essentiel, pèse d'un autre poids que l'apport actuel ou potentiel des étudiants. On comprend aussi mieux pourquoi, au passage, dans une université aussi privée et prestigieuse que celle d'Harvard, les taxes y atteignent 36 000 $ pour les études de master ou qu'à la célèbre London School of Economics, il faille y débourser jusqu'à 37 000 £ par an pour un master ou 15 000 £ pour un doctorat si on a le malheur d'y être suisse, c'est-à-dire non membre de l'UE. 

Dès lors donc que les universités et autres institutions de formation supérieure ont besoin de moyens, que les finances de l'Etat ont des limites, que le financement par le secteur privé - encore une hydre pour certains, les mêmes souvent qui refusent la hausse des taxes - est davantage soumis aux aléas de la conjoncture économique, que l'apport des anciens élèves, des alumni, relève plus de l'amicale symbolique que de la réalité anglo-saxonne, que les fonds en faveur de la recherche n'ont pas pour vocation de financer l'enseignement, il s'agit donc d'ouvrir de manière décidée la porte de la hausse des taxes. D'autres exemples suisses plaident en l'occurrence en ce sens. L'université de Lucerne, la plus récente de Suisse, demande 1 600 F par an à ses étudiants résidents, celle de Saint-Gall 2 400 F, et l'USI tessinoise 4 000 F, doublant même la mise pour les étudiants résidant à l'étranger, en fait en Lombardie et Piémont voisins. A Genève l'IHEID, qui est une fondation privée, demande 3 000 F des résidents, 5 000 F des non résidents. Apparemment, ces décisions n'ont pas entraîné de difficultés majeures pour les étudiants de ces institutions. Mieux: elles y auraient attiré des candidats. Le snobisme n'est pas toujours absent de l'esprit des étudiants ou de leurs parents...

Les moyens financiers non plus. Car de deux choses l'une. Soit la hausse des taxes met en péril la poursuite des études d'une large proportion d'étudiants, soit elle est tout à fait absorbable par les milieux des classes moyennes et supérieures dont ils proviennent toujours en majorité. Si la première hypothèse devait s'avérer, une attention particulière, via une augmentation des bourses et prêts d'études s'imposerait. Si la deuxième au contraire devait l'emporter de manière claire, les responsables des EPF et des universités suisses seraient irresponsables de différer une augmentation des taxes, pour autant que l'insuffisance de leurs moyens soit irréfutable. Et que les possibilités d'optimiser leur gestion interne grâce à la mise à contribution de leurs enseignants spécialisés en la matière aient été épuisées. Mais ça, c'est une autre histoire...  

Alors, à quand et où des taxes de l'ordre de 1 000 F... par mois ?

 

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Commentaires

Si on voit l'enseignement supérieur comme un bien public à financer, proposer d'augmenter son taux de financement par les taxes étudiants revient à utiliser la moins équitable des solutions, à savoir la fameuse polltax si chère au coeur de grands humanistes, telle Mme Thatcher.

Écrit par : Djinus | 31/07/2012

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