21/09/2012

Budget genevois pour 2013 : Le Conseil d’Etat préfère la douceur à la rigueur

« Vers un atterrissage en douceur ». Au terme d’une analyse correcte des nuages présents dans le ciel entre Jura et Salève, le Conseil d’Etat genevois baptise ainsi son projet de budget. Il est pourtant marqué par un fort déficit de 278 millions, pour un total de charge de 8 112 millions (+1,8%) et une dette poursuivant une hausse amorcée dès 2010 pour atteindre 11,9 milliards. Alors que la facture annuelle de l’assainissement des caisses de pension – 130 millions – ne commencera à être payée qu’à partir de 2014, le pointillisme des mesures prises pour traduire ses priorités en termes d’actions politiques le dispute à l’absence d’anticipation du prochain défi que le gouvernement devra affronter. Un défi nommé chute, en centaines de millions de francs, de ses recettes fiscales à partir de 2017-2018, conséquence de la réforme forcée par l’UE de la fiscalité des entreprises.

L’exécutif annonce certes son ouverture à toutes mesures d’économies ou de recettes nouvelles que le Grand Conseil pourrait lui proposer. Toutefois, patelin en diable, David Hiler, son ministre des finances sur le départ, évoque d’ores et déjà le recours au frein à l’endettement en 2014, au cas où un déficit marquerait les comptes 2013, après ceux de 2012. Or, le contribuable a tout à craindre de la façon dont les questions lui seront posées. Le principe de précaution impose donc de refuser, en l’état, pareil budget. Précisions.

La douceur se traduit tout d’abord l’incapacité de gouvernement de maintenir l’augmentation des charges en dessous de celle du PIB cantonal. Ou encore par une amélioration de 72 millions seulement (moins de 1% du budget) du déficit prévu par rapport à 2012. A noter que ce calcul fait l’impasse sur la contribution extraordinaire en faveur des caisses publiques de pension (758 millions) qui a pour effet de mettre à mal la réserve conjoncturelle et pour sens de faire bénéficier les seuls fonctionnaires de l’essentiel des surplus comptables dégagés par la bonne marche de l’économie cantonale. Seuls sont épargnés de la politique de douceur les investissements publics, à 526 millions (nets), soit près de 30% en moins qu’en l’année record 2012. L’Université en sera la première victime et les trams auront un garage couvert tout beau tout neuf. Ces symboles sont forts.

Conscient des risques macro-économiques posés par la conjoncture mondiale et notamment européenne, prenant en compte le fléchissement de la croissance de l’économie suisse, le Conseil d’Etat genevois n’en espère pas moins un redressement plus favorable pour le canton en 2013. L’avenir proche dira si les effets de la disparition de Merck Serono ne sera pas aussi accompagnée d’une baisse affectant la marche des affaires chinoises de l’horlogerie locale, sans même évoquer les attaques, pas toujours extérieures, pesant sur le secteur financier. Auquel cas la progression des recettes fiscales (5,5% pour les entreprises, à 1 240 millions, 3,3% pour les personnes physiques, à 3 700 millions) devrait subir une opération jivaro. Pour sa part, le gouvernement annonce d’ores et déjà une appréciation plus réaliste des recette fiscales pour mi-octobre.

Du côté des dépenses, outre un montant de 41 millions affecté notamment aux mécanismes salariaux qui devra faire l’objet d’une attention parcimonieuse et diverses propositions d’économies engendrées par le traitement parlementaire du projet de budget, les priorités mises sur la sécurité et le logement s’imposent, certes. Mais pourquoi donc la politique de l’énergie devrait-elle les dépasser ? Comment expliquer encore à la population qu’aucun effort ne soit fait pour augmenter`de son socle de vingt le nombre d’élèves par classe d’une ou de deux unités, alors que des économies financières en dizaines de millions de francs sont à la clé ?

 

Bref, le temps de reprendre de la hauteur s’impose, en prévision d’un atterrissage que personne ne souhaite d’urgence. En se rappelant que d’un plan financier quadriennal à l’autre, l’année du retour à l’équilibre s’éloigne systématiquement. En septembre 2010, le déficit pour 2013 ne devait être que de 120 millions et l’équilibre atteint en 2014. Trois ans plus tard, il faudra attendre 2016. Sauf nouvelles mauvaises nouvelles…

 

Chronique parue dans l'Agefi du 21 septembre 2012

09:34 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.