18/07/2013

Voile à l'école: un hérétique courageux

Le blogueur de la Tribune, auteur de la note "Élections: quand les politiques faseyent", ignore trois choses. Même s'il est un fin lettré polyglotte qui connait le hollandais et le sens du verbe "faselen", qui a donné faseyer en français. Même s'il est courtois au point de ne pas citer mon nom. Même s'il suppose avec la générosité amicale qui le caractérise que je serai réélu cet automne et que je n'avais pas besoin de lancer l'idée d'un projet de loi, dans la foulée du récent arrêt du Tribunal fédéral concernant l'absence de base légale cantonale en Thurgovie qui empêche une commune d'imposer un code vestimentaire à des élèves musulmanes, en l'occurrence de leur interdire le port du voile islamique.

Primo, il ignore (ou se trompe) sur mon intention qui n'est pas d'interdire le seul voile, ce qui serait effectivement "discriminatoire et inéquitable", mais d'interdire de façon plus générale le port de signes religieux ostentatoires, quelle que soit la religion concernée. Il ne s'agit pas du tout pour moi de m'en prendre au port de croix chrétiennes, souvent offertes à l'occasion de la communion, d'étoiles de David ou de main de Fatima portées autour du cou. En me référant spécifiquement à la loi française sur l'éducation dans la note initiale de mon blog sur cette question, je croyais avoir été clair. http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2013/07/13/voile-a-l-ecole-une-loi-cantonale-est-necessaire-pour-l-inte.html(http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_française_sur_les_signes_religieux_dans_les_écoles_publiques)

Secundo, il ignore (ou se trompe) sur la position du parti dont il attend le soutien pour siéger au Grand Conseil dès cet automne, après avoir été constituant élu de GE Avance, la liste des milieux économiques. En effet, Christophe Darbelley, opposant de longue date au voile islamique à l'école et surtout président de son nouveau parti, le PDC, a été on ne peut plus clair en déclarant dans le Temps du 13 juillet 2013:

"La présidence du PDC veut permettre aux écoles de décréter l’interdiction de porter le foulard. C’est une question d’intégration, et nous allons déposer une motion dans ce sens», indique Christophe Darbellay. En 2009, le président du PDC était resté tout seul avec son idée d’interdire la burqa. Il assure aujour­d’hui avoir une majorité très nette. «Nous en discuterons au sein du groupe parlementaire. On verra alors si c’est le groupe qui dépose une motion ou une seule personne et, dans ce cas, ce serait bien que ce soit une femme.»

Je sais par expérience personnelle le courage qu'il faut pour défendre une position contraire à celle de son parti. Je l'avais fait dans la question du prix unique du livre, convaincu de la nécessité de soutenir les éditeurs, libraires et auteurs romands. Mais en deuxième ligne, par respect de la position opposée de mon propre parti. En cela, l'auteur de la note sur le faseyage des politiques est un hérétique courageux en attaquant frontalement son propre président central. Par bonheur, notre époque ne brûle plus les hérétiques; j'espère toutefois pour lui que Christophe Darbelley pardonnera chrétiennement cet écart, disons, de jeunesse politique.

Tertio, il ignore (ou se trompe) sur le fait que, à tort ou à raison, l'école est un "lieu de joutes pré-électorales". Et pas seulement. De joutes post-électorales aussi.

Je me réjouis donc de nos échanges futurs au Grand Conseil dès cet automne, en français ceux-ci !

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Commentaires

Votre voie est bien meilleure que celle du candidat UDC au Grand Conseil. Adopté comme il est son texte se ferait annuler par le Tribunal fédéral. Tout les signes ostentatoires doivent être visés. De plus, pour réussir l'examen par le Tribunal fédéral et la CourEDH, il faut veiller à ce qu'existe la possibilité d'enseignement à distance. La France a été sauvée par le CNED.

Écrit par : CEDH | 18/07/2013

Cher Monsieur Weiss,

Avec tout le respect que je vous porte, pourquoi monter en épingle un non-sujet?

Écrit par : Grégoire Barbey | 18/07/2013

@ Grégoire Barbey

Avec toute l'estime que j'ai pour les autodidactes, je me réjouis de voir comment vous aller expliquer votre position au président du PDC suisse, au vice-président du PLR suisse, et surtout au 82% des 4000 Genevois qui sont pour l'interdiction du voile à l'école, par leurs réponses au sondage de la Tribune.

Écrit par : Pierre Weiss | 18/07/2013

@Pierre Weiss

Vous surfez donc sur un effet de levier: tout le monde est a priori d'accord selon un sondage publié par la Tribune de Genève.

Permettez-moi de douter de la crédibilité du 82% des 4000 Genevois qui ont répondu favorablement à ce sondage: il suffit de lire le nombre de commentaires racistes, antisémites et haineux qui pullulent à foison sur les articles de presse et les blogs.

D'ailleurs j'ai à mes côtés le rapport de la Cicad, qui émet exactement le même constat...

Écrit par : Grégoire Barbey | 18/07/2013

@ Grégoire Barbey

Je n'avais aucune idée de la popularité de ma proposition avant de prendre le risque de me lancer dans ce combat. J'ai agi mû par mes convictions fondées sur mes valeurs (humanistes) d'égalité entre les sexes et de respect de la femme, convictions qui font que je refuse, comme l'a dit hier à la RTS le rabbin Garai, d'être considéré comme un prédateur. Je suis convaincu que vous vous inscrivez aussi dans cette ligne.

Écrit par : Pierre Weiss | 18/07/2013

@Pierre Weiss

Totalement. Je suis humaniste et libéral au point de voir les choses différemment de vous: d'une part, je refuse que l'Etat puisse légiférer sur mes vêtements. D'autre part, je ne pense pas qu'on fasse le bien des autres malgré eux.

Je m'explique. Ce que vous considérez comme une atteinte à l'intégrité des femmes, pour nous Occidentaux, semble aller de soi. je nuance toutefois ce constat. Ces femmes n'ont pas l'impression d'être soumise (à tort ou à raison, c'est un débat que justement l'Etat n'a pas à faire). Si elles n'aiment pas porter le voile, alors qu'elles dénoncent aux autorités la contrainte qu'elles subissent, et là, c'est du ressort de l'Etat. Mais sinon, c'est une ingérence des autorités publiques dans la vie privée des individus, de surcroît en leur faisant croire que c'est pour leur bien.

Écrit par : Grégoire Barbey | 18/07/2013

@ G. Barbey

N'êtes vous pas l'idiot de service ? (Remarquez qu'il s'agit d'une expression consacrée et que donc je ne vous qualifie pas d'idiot. Par contre de naïf, oui).

Si l'Etat n'intervient pas, l'Etat sera détruit. Et vos libertés chéries avec. M. Barbey, les libertés -vos liberté chéries- sont, à Genève et aujourd'hui, limitées pour certainEs !

Pour s'en convaincre, il suffit de rappler qu'il est un groupe scolaire de niveau post-obligatoire situé près de la mosquée saoudienne et monumentale de Genève, au Petit-Saconnex. Les élèves femmes ne peuvent plus y pratiquer librement et selon leurs horaires scolaires le sport en plein air. En effet, elles encourrent les foudres des fidèles de la mosquée, qui ont terrorisé jusqu'à une enseignante en balançant (UNE enseignante selon les médiats, mais il en PLUSIEURS, omerta au DIP), en balançant, disais-je, des cannettes sur les jeunes femmes et en les injuriant, ce en toute impunité.

Evidemment si elles changeaient de tenue vestimentaire, adoptant les canons vestimentaires de la mosquée, celle-ci les laisserait tranquilles.

Elle ne peuvent plus exercer leur liberté. L'Etat, en ne sanctionnant pas pénalement ces débordements délictueux a capitulé. Le DIP en s'assurant pas que le droit soit rétabli, aussi. Cette école est devenue une zone de non-droit, ou plus exactement, une zone où le droit démocratiquement adopté ne prévaut plus et ou prévaut un autre droit.

En ce qui me concerne, je soutient les jeunes femmes, l'école et considère que la mosquée est la pertubatrice, pas l'école de la République !

Écrit par : CEDH | 18/07/2013

Si vous arrivez à en faire une Loi, il faudrait qu'elle soit accompagnée de peines très fortes, pour dissuader clairement les familles.

Juste un cas d'école, au sujet du viol des femmes.

Combien de femmes ne déposent pas plainte à cause des peines insignifiantes ?
(cela pour faire comprendre à ceux qui se déclarent autodidactes qu'ils ont tort).

L'État n'existe plus dès lors qu'il ne fait pas son Travail.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 19/07/2013

S'il existait une réciprocité de droits et de tolérance entre les différentes cultures/communautés/civlisations, cette histoire de voile ne se discuterait pas. Les musulmans respecteraient les us et coutumes du pays qui les accueille. Tout comme le font ou doivent le faire les occidentaux dans les pays musulmans où ils se rendent.

Petit exemple chez nous où la tolérance fonctionne: les naturistes ne font pas forcément l'unanimité dans la population. Pourtant, ils ont leurs endroits réservés où les «textiles» ne vont pas les enquiquiner. Et, il ne viendrait pas à l'idée d'un naturiste de se promener à poil dans un lieu public.

La liberté s'arrête où commence celle des autres, dit-on. On ne peut pas transiger là-dessus.
En conclusion, M. Weiss vous avez parfaitement raison de mener ce combat.

Écrit par : petard | 19/07/2013

@CEDH
Combien de fois faudra-t-il rappeler ce genre de faits pour que les naïfs (et quelques "vendus") de la République comprennent les enjeux de ces débats?

Écrit par : Mère-Grand | 19/07/2013

C'est bizarre cette histoire de foulard,plus on en parle et plus j'ai l'impression de vivre comme en Israel ou si vous ne portez ni bas ni chapeau vous êtes lapidé par des Ultra-Orthodoxes ,les pires qui soient pour la paix déjà bien difficile à obtenir.On est pas obligé de les imiter !

Écrit par : lovsmeralda | 19/07/2013

et quand on sait les nombreuses mouvances secto-religieuses qui fabriquent des pédophiles ,l'histoire des foulards semble un moindre mal contre cette gangrène qui a tendance et ce de plus en plus à prendre nombre d'hommes en otage.Quand on sait la naiveté de beaucoup d'hommes divorcés qui se font piéger ,ou fragilisés et conditionnés par les membres même de ces groupes,
Comment éradiquer les sectes à caractère religieux devraient aussi être pris en compte par les Politiciens.Le foulard serait il l'excuse qui sert à se donner l'air d'avoir bonne conscience?

Écrit par : lovsmeralda | 19/07/2013

Concernant la possibilité de dénoncer ceux qui obligent une femme à porter le voile :
Imaginer un instant qu'une femme dans cette situation de contrainte aurait le courage et le savoir-faire nécessaires au dépôt d'une plainte me semble tenir de l'angélisme.
Déclarer cela équivaut à dire aux femmes voilées contre leur gré : Débrouillez-vous, au risque de vous attirer les pires ennuis. Ceux qui vous forcent à porter le voile n'aimeront vraiment pas que vous portiez plainte, mais tant pis. Vous faites les frais de mon libéralisme et de mon désir d'ouverture aux autres cultures.

Écrit par : Calendula | 19/07/2013

si on parle de liberté, on ne peux parler d'égalité.
si on revendique l'égalité, on ne peux plus parler de liberté.

Il y a longtemps que tous pays démocratiques avancés se sont organisés en droit, stabilisant une ligne entre les deux, via lois et amendements "la liberté des uns limite celle des autres",
ligne basée sur une constitution. constitution adoptée par ses contribuables.

constitution garante de sa souveraineté, fédérale ou nationale.
Aux US comme en Suisse.

juste pour dire. par amour de la liberté.

citoyen CH
qui fait honneur à ses ancêtres ayant défendu la Suisse depuis avant 1200
ayant défendu x individus au péril de ma vie.

Écrit par : Pierre à feu | 20/07/2013

@G. Barbey: vous prétendez un constat

"Si elles n'aiment pas porter le voile, alors qu'elles dénoncent aux autorités la contrainte qu'elles subissent, et là, c'est du ressort de l'Etat."

sauf qu'en l'occurrence, le dernier arrêt du TF délègue aux cantons le droit de préciser la situation!

et vous continuez à mésestimer cette situation de fait:

"Mais sinon, c'est une ingérence des autorités publiques dans la vie privée des individus,"

quand il s'agit ici de la gestion de demandes religieuses et restrictives de libertés pour causes religieuses, au sein d'écoles publiques,

ce qui est du ressort public.


J'ai proposé une approche de bon sens: donner le droit à nos institutions d'enseignement public, à tout établissement d'enseignement financé par les contribuables, d'instaurer tout règlement intérieur lui permettant d'assurer le bon fonctionnement de ses prérogatives.

Ces règlements internes de nos institutions d'enseignement publics devraient reprendre les règles de base de notre société.

car je défends (et on devrait être plusieurs) qu'en Suisse aucune liberté individuelle ou communautaire ne devrait pouvoir se prévaloir d'un droit d'égalité ni se revendiquer supérieure en droit à la collectivité de l'enseignement public helvétique,

face à nos principes constitutionnels cantonaux et fédéraux de liberté religieuse et d'obligation de droits laïcs,

que ce soit pour la liberté d'exercice d'une religion d'un fils de financeur qatari ou de l'exigence morale ancestrale du fils d'un chef de province chinoise,

comme pour toute mineure nouvelle -ou de peu- en Suisse mais vraiment désireuse de faire son buzz à voile

Écrit par : Pierre à feu | 20/07/2013

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