23/08/2013

IUFE (suite): quelques précisions pour éviter de faux espoirs

Je suis sceptique quant à l'issue du combat initié par le PDC, mais peu importe. À cause des atermoiements du DIP et des dysfonctionnemts au sein de l'Uni qui continuent, soit dit en passant, il vaut la peine de le mener. On verra bien. Tous les gagnants ont tenté leur chance...

Sur la reconnaissance fédérale de l'IUFE, tant de fois annoncée, elle devrait être finalement là cet automne, selon les informations données au Grand Conseil. Même si, ensuite, le fait de l'avoir obtenue ne devrait pas être un obstacle dirimant au démantèlement de cet institut.

À souligner que le Grand Conseil ne peut supprimer l'IUFE, qui est un institut interfacultaire de l'université, en tant que tel, mais peut créer une HEP et diminuer d'autant le budget alloué à l'uni.

L'obstacle le plus difficile car le plus coûteux est que le statut de la fonction publique protège les profs nommés au sein de l'IUFE par les facultés (des profs qui font surtout de la recherche). Il ne suffit pas de supprimer les fonctions pour les supprimer eux, il faut attendre la fin de leur mandat de 7 ans. À ce moment-là, s'il n'y a plus d'enseignement aux futures enseignants, leurs postes deviennent superflus. Les facultés seront libres de les garder ou de les remercier.

Ce sera le cas échéant un coût de la transition à supporter pour l'uni, si nous avons une majorité au Grand Consei pour ce projet, ce qui est possible. Car à la fin, il faudra aussi faire les comptes, et là ce sont évidemment des choix politiques. Une façon de trouver les moyens pourrait être d'augmenter les taxes, notamment pour les étudiants étrangers, comme l'ont fait ou le projettent plusieurs unis suisses. Question politique s'il en est ! MBG l'avait voulu, elle, et même gagné en référendum.

Reste que la grande majorité des enseignants n'a pas un statut de profs, mais de chargés d'enseignement. Pour ceux-là, la création d'une HEP serait une aubaine car ils devraient alors passer de classe 20 (salaire de 106 000 F à 143 000 F) à classe 26 (salaire de 138 000 F à 187 000 F), comme dans les HES. J'en connais qui trouvent que ce serait le moment, même si la plupart des enseignants ne sont pas d'abord motivés par l'argent, comme vous le savez bien !

Enfin, et c'est le plus inquiétant, changer de structures ne signifie pas encore trouver d'autres têtes pour enseigner. Le réservoir des compétences locales est limité, à telle enseigne que l'on a nommé à l'IUFE pour former des enseignants du secondaire - dont un bon nombre a une formation académique nettement supérieure - force personnes formées pour le primaire (qui n'y avaient même pas toutes enseigné !). Ces engagements ont été un ballon d'air structurel pour les docteurs de la LME (formation pour les enseignants primaires) qui n'avaient pas d'autre perspective professionnelle, du point de vue académique, à la FAPSE.

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Commentaires

Ce sont les arguments du dernier paragraphe qui sont les plus problématiques, en effet. Rien ne sert de débaucher des idéologues en classe 20 pour embaucher les mêmes idéologues en classe 26. A moins de les chasser de ce travail.

Écrit par : Jean Romain | 23/08/2013

Merci M. Weiss pour ces précisions...qui démontrent bien le poids et le prix d'une grave erreur au départ. Dommage d'en être arrivé là alors que ce n'était pas faute d'avoir été prévenu.
Mais, bon, la formation des enseignants est trop importante pour ne pas payer, maintenant, le prix fort. C'est peut-être cher payé mais les retombées bénéfiques qui en découleront en valent la peine.

Écrit par : Duval | 23/08/2013

Vous avez raison M. Weiss de rappeler que, « changer de structures ne signifie pas encore trouver d'autres têtes pour enseigner ».
Si bien que l’on peut fort bien penser que créer une HEP pour remplacer l’IUFE risque d’être, “pédagogiquement” parlant, blanc bonnet ou bonnet blanc !
Les professeurs et chargés de cours de l’IUFE seront transvasés dans une HEP qui elle, par contre, ne serait financée que par le canton sans subvention fédérale comme le sont les facultés universitaires.
Donc s’il ne s’agit que de changer l’enveloppe tout en conservant le même contenu englué d’une idéologie “collectiviste”, mieux vaudrait avoir un peu d'empathie pour le contribuable genevois !
Maintenant reste à résoudre cette situation ubuesque d’une formation genevoise, prétendument plus exigeante, car universitaire (IUFE), et qui ne donne un titre reconnu nulle part, sauf à Genève !

Écrit par : Michèle Roullet | 23/08/2013

@ Michèle Roulet

C'était d'ailleurs la raison pour laquelle j'avais soutenu l'IUFE: j'avais même dit à la Tribune de Genève, sauf erreur, qu'il ne valais pas la peine de mettre de nouvelles bouteilles pour les remplir du même vin. C'est mon côté Académie du Cep !

La question du titre est effectivement à la fois la plus inquiétante et la plus rassurante. Genève aura formé pendant des années des instituteurs sans reconnaissance fédérale, mais celle-ci devrait vraiment arriver en automne. Ou alors on demande la tête du directeur de l'IUFE... Qui a démissionné. La nomination de son successeur sera un réel enjeu. Certain se pointe qu'il conviendra absolument d'éviter,

Écrit par : Pierre Weiss | 23/08/2013

"...il faut attendre la fin de leur mandat de 7 ans. À ce moment-là, s'il n'y a plus d'enseignement aux futures enseignants, leurs postes deviennent superflus. Les facultés seront libres de les garder ou de les remercier"
Eh bien, il faudra peut-être 7 ans pour les voir disparaître. 7ans à comptés depuis quand? Si c'est depuis qu'ils y sévissent, ils sont faits.
Genève ne peut pas rester embourbé dans cette gadoue, il FAUT trouver une solution. Sinon, cet IUFE deviendra une faculté fantôme, tous les étudiants finiront par aller en HEP chez nos voisins. D'autant plus quand on voit comment les deux lascards chargés des entretiens de fin de 1ère année se comportent ce qui impliquent que, privés de stage,un grand nombre d'étudiants se retrouvent bloqués et ne peuvent tout simplement pas finir leur cursus!!! Une honte!....voir les témoignages dont j'ai fait état dans plusieurs de mes billets.

Écrit par : Duval | 24/08/2013

Pourrait-on rappeler qui ou quels partis sont à l'origine de la création de la machine que l'on envisage enfin de démanteler maintenant? Quels ont été ses plus fervents partisans et au nom de quoi?

Écrit par : Mère-Grand | 24/08/2013

Puisque les moyens d'enseignements et les programmes sont désormais unifiés dans nos cantons romands, Genève ne pourrait-elle pas, dans un période de transition faciliter la formation de ses enseignements dans le canton de Vaud, par exemple, en apportant à ce canton des moyens financiers gagnés par le démantèlement progressif de l'institut? Certains de ses formateurs pourraient de plus être intégrés dans l'enseignement primaire genevois (ou autre), où ils bénéficieraient des conseils et de l'appui de leurs collègues expérimentés.

Écrit par : Mère-Grand | 24/08/2013

@ Duval

Il semble qu'il y ait une confusion entre la formation primaire dont l'IUFE prend en charge les formations au niveau master et dont les professeurs sont rattachés à la FPSE et la formation secondaire dont les professeurs sont nommés par et dépendent des facultés de rattachement de leurs disciplines.

De même, il ne faut pas confondre les stages pour le primaire qui se font dans les classes d'enseignants confirmés et les stages pour le secondaire dont une partie se fait en tant qu'enseignants responsables de classes et pour lesquels il manque des classes à attribuer selon les disciplines (un enseignant d'histoire ne peut pas enseigner l'allemand).

L'enjeu des entretiens est donc plus fort au secondaire car la disponibilité de classes est une condition sine qua non pour pouvoir finir la formation, alors que dans certaines disciplines le nombre des postulants est plus grand que le nombre de places. Il faut donc des critères sélectifs pour choisir entre les candidats, de même qu'il faut mettre des notes pour sélectionner les bons élèves !

Il faut bien se rendre compte de la disproportion entre le nombre de postulants pour le primaire (peut-être de 2 candidats pour une place) et celui pour certaines disciplines bouchées du secondaire où il peut y avoir plus de 10 candidats pour une place. On ne peut pas certifier de futurs chômeurs !

Écrit par : Pierre Weiss | 25/08/2013

On a comme l'impression, qu'à Genève, n'ayant rien de sérieux à corriger, les magistrats et fonctionnaires redoublent d'imagination afin de compliquer ce qui devrait rester élémentaire.

Ne connaissant absolument pas les turpitudes dans lesquelles certains technocrates se complaisent, j'imagine après lecture du blog de Pierre Weiss que Genève ne soit pas encore sorti de l'auberge.

Monsieur Weiss, vous me faites penser Don-Quichotte face à des moulins à vent, comment voulez-vous qu'avec de tels budgets, que les "gestionnaires" de cet empire ne fassent pas d'absurdités telles que vous les décrivez ?

Comment feriez-vous avec tant de milliards sans tomber dans le chaudron ?

Impossible !!

Écrit par : Corto | 25/08/2013

Chaque année, chaque département s'efforce à ne pas réduire les budgets afin de ne pas voir baisser les budgets prochains, comment voulez-vous dés-lors ne pas tomber dans la logique décrite dans votre note ne faisant que refléter ce qu'il se passe dans tous les autres départements.

Dans un de vos précédent billet, vous mettiez au jour le nombre de secrétaires travaillant dans le même département, plus de 120, sauf erreur dans une seule section, y a t-il encore besoin de vouloir entreprendre des changements, qu'ils continuent dans cette logique, ils y sont accoutumés et irrécupérables, c'est tout !

Écrit par : Corto | 26/08/2013

@M.Weiss
Merci pour ces explications.
A propos des critères de sélection dont vous parlez...le problème, c'est que justement ils ne dépendent que de deux individus... qui fixent des critères pour le moins flous et surtout douteux si l'on en croit les témoignages reçus.
Le mandat des chargés d'enseignement à l'IUFE est de 7 ans. Pouvez-vous me dire s'il court depuis la création de l'institut ou pas? Parce que si c'est le cas, logiquement, l'échéance est alors dans 2 ans. Est-ce un faux calcul?
Par ailleurs, est-il impossible de penser "revenir", pour le secondaire, à une formation proche de ce qui se faisait auparavant:
On avait aussi des "études pédagogiques". Il fallait après la licence décrocher une suppléance dans le secondaire (mi-temps) et l’autre mi-temps était consacré à des cours généraux, suivi par un méthodologue (pourquoi pas dans le cadre d'une HEP).
Deux ans, mais la deuxième année était plus axée sur la pratique (3/4 de poste en classe)
L’avantage était la légèreté du système et son côté assez bon marché.

Écrit par : Duval | 26/08/2013

@ Duval

Vous et moi, en tant qu'anciens enseignants (pour moi la retraite sonne vendredi) savons fort bien qu'il faut être prudent avec les affirmations des étudiants. Les profs sont injustes, trop sévères. Vieux comme l'école !

Les mandats des chargés d'enseignement sont de 3 ans; sont nommés pour 7 ans renouvelables les PO. Ne vous réjouissez pas pour autant de la durée plus courte. L'uni est libre de les garder sauf si le Grand Conseil coupe les vivres de l'IUFE par le vote du budget. Pour les profs c'est encore plus difficile car ils émargent du budget des facultés (prof de didactique d'anglais = lettres)..

Savoir si un retour dans le passé est possible. En théorie oui. En pratique,il faut trouver une majorité, ce qui risque d'être nettement plus difficile dans le prochain GC.

Écrit par : Pierre Weiss | 27/08/2013

@ Duval

Precision : Le GC peut supprimer une partie de la subvention de l'uni correspondant au coût de l'IUFE, pas de l'IUFE spécifiquement. C'est l'uni qui répartit les sacrifices à sa guise. Elle pourrait même épargner complètement l'IUFE !!!

Écrit par : Pierre Weiss | 27/08/2013

Il faut que je vous dise que je suis étonné que vous ayez consenti à publier mes posts. Je sais par expérience qu'assez souvent vous ne laissez pas passer des messages qui ne vous conviennent pas.

Écrit par : Dan | 27/08/2013

Merci encore pour ces précisions, M. Weiss.
Espérons donc que la théorie rattrape la réalité...
Je vous rejoins tout à fait en ce qui concerne les témoignages d'étudiants, mais on ne peut néanmoins les ignorer, d'autant plus lorsqu'ils sont nombreux et surtout concordants.

Écrit par : Duval | 27/08/2013

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