06/11/2013

Mauro Poggia, le dénonciateur dénoncé par la CICAD

Le texte qui suit est un communiqué de presse de la Cicad paru le 25 octobre 2013 sur son site (www.cicad.ch). Malheureusement, aucun media ne l'a repris. Hypothèse: l'incertitude électorale en inquiète plus d'un, et les médias peuvent craindre sinon des représailles, du moins de la mauvaise humeur d'un possible vainqueur du scrutin de dimanche. Alors motus et bouche cousue. Je dirais même plus: botus et mouche cousue....

Il est toutefois intéressant car révélateur d'un mode étonnant de faire de la politique que semble affectionner Mauro Poggia. Par insinuation. Par sous-entendu. Par amalgame. Par absence de vérification de ses affirmations. Comme celle, dans l'Illustré, concernant mon prétendu judaisme.

Je n'entends pas entrer ici dans un coming out religieux, faisant plonger le lecteur de cette note dans l'histoire d'une famille venue d'Alsace en Suisse après la Guerre de 1870. L'Ordre professionnel, ancêtre d'Entreprise romande, l'avait fait jadis en interviewant mon grand-père, alors directeur (on ne disait pas général) de Sodeco, une fabrique de compteurs électriques ayant appartenu au groupe zougois aujourd'hui disparu Landis & Gyr qui se trouvait au Grand-Pré.

Je laisse le lecteur curieux fouiller dans les archives de l'ex-BPU pour en savoir plus sur notre saga familiale. Peut-être remontera-t-il plus loin dans le temps et s'intéressera-t-il aux lois de Vichy pour calculer des fractions. Une chose est certaine: ma mère est suisse, d'origine savoyarde; elle est aussi catholique-romaine. Or comme "sola mater certa est", Mauro Poggia et ses émules feraient bien de méditer le sens de ce proverbe latin avant de sauter aux conclusions comme on dit cette fois en anglais.

Au moins, Éric Stauffer est plus franc de collier, qu'il a épais...



"Mauro Poggia désigne des personnalités politiques juives : La CICAD déplore cette prise de position publique.
Dénonçant à juste titre la question des medias sur son appartenance religieuse, Mauro Poggia, candidat MCG au Conseil d’État, n'hésite pourtant pas à désigner des personnalités politiques appartenant ou supposées appartenir à la communauté juive.

Le politicien a argué à de multiples reprises que cette question relève de la sphère privée tant qu'elle n'interfère pas dans la vie politique. La CICAD partage ce point de vue. Dès lors, comment ne pas être consterné lorsque ce dernier use du même procédé comme stratégie de défense.

Pour preuves les propos tenus lors de l’émission Mise au Point (RTS1) du 6 octobre 2013.

Le Journaliste : Mauro Poggia, vous êtes candidat au Conseil d’État à Genève, vous avez un parcours un peu atypique [...] Autre caractéristique : je crois que vous êtes musulman. C’est juste ? Vous êtes de confession musulmane ?
Mauro Poggia : Oui, vous n’avez rien trouvé de plus intéressant à mettre sur le tapis? [...] Effectivement, concernant ma religion, si j’étais Mme Brunschwig-Graf vous ne me demanderiez certainement pas si je suis de confession juive…

Plus récemment, dans le magazine L’Illustré en date du 16 octobre, répondant à une question sur ses orientations religieuses, il rétorque:
« Pour moi, c’est une chose privée. Je ne suis pas pratiquant, je ne vais pas à la mosquée et ne m’arrête pas de travailler pour prier. La religion est dans le coeur des gens. Je n’aime pas trop en parler, car je sais que mes adversaires politiques l’utilisent avec malveillance en allant racler une islamophobie ambiante. On ne demande pas à Pierre Weiss comment il vit son judaïsme. »

Quelles curieuses réponses d’un candidat se disant offusqué lorsqu’il est interpellé sur sa religion. Une position que la CICAD déplore. Mauro Poggia opte ainsi pour la nomination de nouvelles cibles, étonnamment juives ou supposées l’être. Le public aura-t-il droit à de nouvelles révélations sur l’appartenance au judaïsme d’autres personnalités politiques ?

La CICAD s’interroge face à de telles prises de positions d’un candidat briguant un siège au Conseil d’État. Elle rappelle que les élus auront pour mission d’assumer des responsabilités visant au bien-être de tous les Genevois, sans distinction et sans discrimination, quelle que puisse être leur appartenance religieuse. Elle espère que Mauro Poggia saura accueillir avec lucidité cette réaction, pour prendre de la hauteur et ne pas tomber dans de viles et pitoyables désignations.

La CICAD attend une réaction et une prise de position ferme de sa part."


- See more at: http://www.cicad.ch/fr/cicad-news-press-releases-and-feedback/mauro-poggia-d%C3%A9signe-des-personnalit%C3%A9s-politiques-juives-la#sthash.1jX9UCav.dpuf

02:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je n'ai aucune raison particulière de défendre M. Mauro Poggia tout en relevant que la question de la journaliste de la RTS était consternante à propos de l'appartenance religieuse du sieur susmentionné.

A mon avis, si on cherche des poux à Poggia, il faudrait aussi, en l'occurrence, en chercher à la journaliste qui a posé une question dépassant largement le cadre de l'émission !

Écrit par : MIchel Sommer | 06/11/2013

Quoi qu'il en soit la question posée à M. Poggia au sujet de ses convictions religieuses par une journaliste retors, relève d'une attitude scandaleuse. C'est aux téléspectateurs de se rebiffer et de demander la démission de la Belle, au moins des excuses. Que Diable, la RTS joue-t-elle à revenir à l'Inquisition ou à une dictature stalinienne ? Cela donne la nausée.

Écrit par : Dominique | 06/11/2013

Si la question de la journaliste paraissait tellement inconvenante à Me Poggia, il aurait dû s'abstenir de citer le nom de Mme Brunschwig-Graf, comme il aurait dû s'abstenir de faire référence au cas de M. Weiss.
Ou bien la religion d'un candidat peut avoir son importance ou bien elle n'en a pas. Pourquoi, d'ailleurs, ne pas prendre le Christianisme comme exemple, religion bien plus répandue chez nos candidats et qui lui aurait évité de désigner des personnes précises.
En fait, Me Poggia est dans une situation difficile, comme le montre sa juxtaposition de l'islam et du Judaïsme. Ce n'est d'ailleurs pas en affirmant qu'il est mauvais musulman (selon les prescription de l'Islam) qu'il peut établir une sorte d'égalité entre la vision qu'une grande partie de notre population a de ces deux religions.
Il se trouve qu'une proportion importante des Musulmans d'Occident sont en faveur de l'instauration complète ou partielle de la charia, ce dont attestent non pas seulement le témoignage de quelques exaltés fraîchement convertis de nos contrées, mais les exemples des "quartiers chauds" de France, ainsi que la réussite de ce genre de mouvement en Grande-Bretagne et au Canada.
Rien de pareil n'existe dans le cas du Judaïsme, pour diverses raisons qu'il est inutile d'évoquer ici. En effet, les exceptions à nos traditions et partiellement à nos lois (cimetières juifs et abattage rituel) se sont faits avec une discrétion et à un rythme (et dans un contexte international) qui ont évité les suspicions de colonisation que referme la prétention de l'Islam à convertir le reste du monde à sa vision. C'est d'ailleurs cette prétention, quotidiennement affirmée dans le monde d'une manière ou d'une autre, qui rend la question de la journaliste légitime, à mon sens. Comme l'ont été légitimes les méfiances (autrefois surtout) exprimées envers les candidats dont les liens avec l'Eglise catholique étaient trop évidents.
Bon ou mauvais Musulman donc, Me Poggia ne peut pas se mettre à l'abri de la méfiance que sa conversion suscite chez une partie de la population, et en tout cas pas en prenant le Judaïsme comme exemple. Mais c'est de bonne guerre que de vouloir jeter un tabou sur un sujet qui risque d'affaiblir les chances d'élection d'un parti ou d'un candidat.

Écrit par : Mère-Grand | 06/11/2013

j'aime bien l'idée qu'un Pierre Weiss existe.

Mais une faute au premier mot, ça fout tout le reste en l'air.

Dommage.

Écrit par : greg | 06/11/2013

@ Greg

Merci. Corrigé. Errare humanum est, surtout la nuit.

Écrit par : Pierre Weiss | 06/11/2013

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