07/02/2012

Personnel qualifié : la vraie pénurie menace

 Compter d’abord sur ses propres forces en les musclant. Voilà le principe par lequel le Conseil fédéral entend affronter la pénurie de personnel et le manque de qualifications menaçant les entreprises suisses à l’horizon 2020[1]. Le principe est bon, pour autant que la main droite économique du gouvernement n’ignore pas ce que fait en catimini sa main gauche fiscale. Dernier exemple en date à corriger au Parlement : la tentative de transformer en salaire les contributions des employeurs pour la formation continue des collaborateurs dépassant 6000 francs.

 

Pourquoi cette pénurie et ce manque ? Les raisons en sont simples : la proportion d’actifs diminue par rapport à la population totale et celle de porteurs de diplômes (du CFC aux formations supérieures) est insuffisante pour les besoins de l’économie.

 

L’Etat n’est certes pas le seul responsable de cette situation, mais il lui revient de prendre des mesures. Il peut le faire en ses différents niveaux (Confédération, cantons et communes), comme dans ses diverses politiques (formation, emploi, social, migration). Certes, la libre circulation des travailleurs a permis de répondre, lors des phases de croissance récente, aux besoins en personnel qualifié, voire très qualifié. Mais cette aide venue de l’extérieur, au-delà même de l’UE pour des qualifications très pointues, ne saurait servir de solution de facilité. Il faut donc explorer toutes les niches de personnel potentiel et toutes les possibilités d’augmenter les qualifications de la population résidente.

 

Parmi les niches, il y a incontestablement un potentiel important parmi les femmes entre 25 et 54 ans qui élèvent ou ont élevé des enfants et qui ne travaillent pas, plus ou qu’à temps partiel. C’est là où les crèches sont le plus nécessaire et, de façon générale, toutes les mesures conciliant vies familiale et professionnelle. En outre, il y a à faire pour améliorer les qualifications professionnelles de travailleurs nés à l’étranger. Les perspectives spectaculaires de gain supplémentaire devraient convaincre les intéressés, car elles sont plus fortes que pour les formations académiques. 

 

Paradoxe. La peur du chômage est la première préoccupation des Suisses, selon le baromètre 2011 de Credit suisse[2]. Or ils devraient plutôt craindre l’absence d’une stratégie globale de lutte contre la pénurie de main-d’œuvre et le manque de qualifications. Mais c’est vrai que, dans le premier cas, il y a une crainte individuelle, ici et maintenant, alors que dans le second, où il en va du maintien de notre niveau de vie à long terme, la préoccupation se fait collective et lointaine. Sauf que 2020, c’est demain et concernera chacun.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 3 février 2012)



[1] « Du personnel qualifié pour la Suisse, une initiative du Département fédéral de l’économie », 2011, 58 p., http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/24189.pdf.

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27/01/2012

Genève: une laïcité crispée et crispante

Semaine de l'unité des chrétiens. Sur France 2, chaîne publique française, des représentants religieux chrétiens se présentaient ensemble, dimanche passé, à l'heure des émissions où d'habitude ils se succèdent. Réformés, chrétiens orientaux, orthodoxes et catholiques romains s'exprimaient même depuis le salon d'apparat de l'Hôtel-de-Ville de Lyon. Et pourtant la France vit un régime de séparation de l'Eglise et de l'Etat depuis 1905 qui se traduit par la non intervention de la première dans le domaine de compétences de l'autre, et réciproquement. Non intervention, mais pas hostilité, contrairement aux débuts houleux qu'avait connus cette relation, imposée par les anticléricaux, entre l'Eglise catholique et la République.

A Genève, il en va tout autrement. Depuis 1907, il n'y a plus de budget des cultes ni de religieux salariés par l'Etat. A l'époque, des libéraux et les catholiques s'en étaient notamment réjouis: moins de dépenses, et surtout moins de dépenses inefficientes, s'agissant en particulier des prêtres catholiques-chrétiens qui ne rassemblaient pas beaucoup de fidèles dans leurs églises confisquées à "Rome", à la suite du Kulturkampf, contrairement aux prêtres romains, qui avaient été exilés dans de petites chapelles bondées.

Sauf que les relations sont ici et maintenant plus basées sur une sorte d'ignorance voire une certaine impolitesse. Imaginer la mise à disposition de la Salle de l'Alabama pour une émission religieuse diffusée par la TSR réunissant les différentes confessions chrétiennes tient ainsi du fantasme. En revanche, ne plus aller aux cultes du Jeûne genevois, de la Réformation ou de la Restauration, comme la tradition l'imposait, ne pas prendre part aux funérailles d'un évêque, comme le protocole le prévoyait, déléguer un fonctionnaire à la cérémonie d'accueil de son successeur, voilà qui semble peu urbain et pourtant correspond à la réalité. Une réalité vécue aussi dans les relations entre l'Etat et les juifs genevois.

Et pourtant, la présence officielle des autorités politiques à certaines cérémonies religieuses phares pourrait répondre à la participation protocolaire des autorités ecclésiastiques aux moments majeurs de la vie politique. Les prestations de serment du Conseil d'Etat, des maires et adjoints et du pouvoir judiciaire à Saint-Pierre en font partie. Or le moins que l'on puisse dire est que notre Conseil d'Etat a réduit les contacts à une portion encore plus congrue. Dernier exemple en date, la rétrogadation des représentants religieux derrière les représentants de l'armée à Saint-Pierre, pour mentionner un exemple d'éloignement supplémentaire tiré de la mise à jour du règlement sur le protocole.  

Face à pareille attitude, l'église protestante est bien bonne d'inviter des élus à s'exprimer dans ses temples, comme celui de la Fusterie, et l'église catholique-chrétienne bien... chrétienne de leur donner la parole dans son église de la rue des Granges. Peut-être faut-il y voir, à défaut du pardon des offenses, une expression de l'espérance...

Quant aux autorités politiques, elles feraient bien de songer que le respect qu'elles souhaitent à leur égard, compte tenu de leur rôle institutionnel, serait conforté si elles accordaient un peu plus de considération à d'autres acteurs institutionnels, non-étatiques mais néanmoins respectueux de la démocratie. Ce renforcement mutuel - qui prend appui sur la séparation, positive à la vie démocratique, entre les églises et l'Etat, comme l'avait bien compris John Locke - est au passage une antidote de premier ordre contre la prise de pouvoir rampante menée par des mouvements communautaristes qui rêvent de mettre leurs propres lois au dessus des lois de la République. 

 

 

   

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12/12/2011

Pisa 2009 : Genève un peu moins à la traîne

 Un an après la présentation des résultats nationaux de Pisa 2009[1] touchant essentiellement la lecture, voici le palmarès des résultats cantonaux. Pour les cantons romands, il n’est pas brillant pour Vaud et surtout Genève, surtout en mathématiques et en sciences, contrairement aux parties francophones de Fribourg et Valais.

 

Le défi d’Harmos n’en devient que plus écrasant, car l’entreprise « Ecole suisse Sàrl » est désormais sous la loupe publique pour qui sait lire. Or c’est un exercice difficile pour 12% des élèves romands et 20% des alémaniques au terme de leur école obligatoire, du coup mis en difficulté pour affronter leur avenir scolaire et professionnel. Rappels et faits nouveaux.

 

Comparés aux 65 autres pays participant à l’enquête, Pisa 2009 marquait une amélioration absolue de la position de la Suisse, mais pas relative. Il ne suffit pas d’avoir passé la barre de la moyenne en lecture pour se tresser des couronnes. La Finlande, championne en 2000, n’est plus « la » mais simplement « une » référence ; la Genève pédagogique n’en a pas encore pris conscience, faute peut-être de cours de lecture rapide…

 

Premier enseignement de Pisa 2009 : il n’y a pas de progrès statistiquement significatif depuis les enquêtes précédentes dans les trois domaines de compétences examinés, quelle que soit la région linguistique. Secundo : les résultats romands et pire encore tessinois continuent d’être significativement moins bons que les alémaniques en mathématiques et en sciences[2]. Tertio, Genève rejoint certes la moyenne suisse en lecture, mais est en avant-dernière position du peloton des cantons romands ; pire : ses résultats en mathématiques et en sciences sont toujours aussi déplorables sur le plan national. Quarto, il y a un peu plus de bons élèves en lecture.

 

A ce sujet, les mesures de soutien, mises en œuvre depuis le coup de semonce de Pisa 2000, peinent à démontrer leur efficacité, au vu de la proportion constante des mauvais résultats, contrairement à ce que prétend la Conférence intercantonale (latine) de l’instruction publique. A fortiori, les réformes dues à Harmos doivent encore faire leurs preuves.

 

En revanche, les résultats meilleurs qu’attendus pour 20 à 30% des élèves originaires de milieux modestes, immigrés ou ne parlant pas une langue nationale jettent une lueur d’espoir pour qui croit en l’école comme instrument de liberté. Mais aussi de désespoir pour qui ne jure que par la reproduction sociale.

(chronique parue dans Entreprise romande du 9 décembre 2011)

 

 

 

 

 

 

 



[1] Relire « Les résultats de Pisa 2009 se lisent en jaune » dans Entreprise romande du 10 décembre 2010.

[2] Pour des exemples d’exercice, affronter www.pisa2009.ch/dyn/11559.php.

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08/12/2011

Un budget moins déficitaire grâce au PLR

Adoption du budget 2012 par la commission des finances du Grand Conseil :

Le PLR salue un budget moins déficitaire

 

Dans un contexte de crise financière et d’envolée du franc suisse pesant sur la compétitivité des entreprises, et au terme d’une quarantaine d’heures de débat (!), la commission des finances du Grand Conseil a adopté le budget 2012 de l’Etat de Genève. Ce budget prévoit des dépenses de fonctionnement de 7 970 millions, un déficit de 352 millions, ainsi que des investissements pour 973 millions. La contribution du PLR a été déterminante ; elle a notamment permis de réduire le déficit qui avait été fixé à 437 millions par le Conseil d’Etat après l’adoption de son plan financier quadriennal (PFQ) 2012-2015.

 

En effet, grâce à un accord intervenu entre trois des quatre partis gouvernementaux (PLR, PDC et Verts), leurs commissaires aux finances ont adopté un budget 2012 amendé par 10 voix contre les 5 voix du PS, du MCG et de l’UDC. Le PLR remercie ceux qui ont compris sa détermination de réduire le déficit sans porter préjudice aux missions fondamentales de l’Etat et en permettant au Conseil d’Etat de mettre en œuvre ses priorités pour 2012, dont la sécurité, la formation, la protection sociale et la mise à niveau des infrastructures cantonales. 

 

A la demande expresse du PLR, d’ultimes ajustements budgétaires, promis par le conseiller d’Etat David Hiler d’ici au vote en séance plénière du Grand Conseil du 16 décembre 2011, devraient permettre de porter le déficit à moins de 350 millions, soit le montant requis par les commissaires PLR pour adopter ce budget. A noter que ce montant se situe à mi-chemin des déficits prévus par le précédent PFQ et par le nouveau.

 

Les commissaires aux finances du PLR ont préféré amendé le budget 2012 en en réduisant le déficit plutôt que d’adopter des douzièmes provisoires, car ceux-ci n’auraient réduit le déficit initial que de 15 millions.

 

Le PLR entend souligner que l’adoption de ce budget ne signifie en aucun cas son appui aux mesures fiscales prévues par le PFQ 2012-2015 à hauteur de 255 millions. Il présentera d’autres propositions pour rétablir l’équilibre des finances cantonales. Il entend en outre rappeler que l’assainissement des caisses de pension des fonctionnaires devrait coûter quelque 4 milliards de francs aux contribuables, selon une estimation non mise à jour du Conseil d’Etat.

 

(communiqué de presse du PLR du 8 décembre 2011)

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27/11/2011

La gauche à terre. Avant celle du budget, mort d'un impôt obsolète, d'une prestation sociale inefficace et d'un cauchemar pour les travailleurs

Les votes de ce dimanche 27 novembre 2011 sonnent le tocsin sinon le glas pour la gauche dépensière et ses alliés inconscients des déficits publics. Le peuple genevois a mis à mort ce qui subsistait du droit des pauvres, conscient de la concurrence fiscale vaudoise. Plus important encore, il a mis fin à une prestation sociale inefficace, le RMCAS, au profit d'un nouveau système d'aide exigeant d'emblée des chômeurs la preuve par l'acte. Faisant d'une pierre deux coups contre le chômage, il a aussi refusé un salaire minimum au mieux inopérant, au pire créateur de pertes d'emploi pour les travailleurs et de faillites pour les entreprises. A ceux qui doutaient de sa capacité à choisir, il apporte un démenti cinglant. Et une leçon aussi à un Conseil d'Etat qui, à chacun de ses pas, s'enfonce plus profondément dans les déficits.

On peut mettre en cause les sondages de la Tribune, voire les manipuler, une tentation qui a apparemment atteint les militants de plusieurs partis. Celui que la Tribune a consacré aux choix face au déficit abyssal du canton ne semble pas tomber sous cette critique. Or ses résultats sont éclatants:

Nombre de votants : 1804

Pour 56% des 1804 votants, il s'agit de réduire les prestations, et rien d'autre. David Hiler, le ministre des finances, ferait bien de méditer ces données au lieu de se livrer à une "intox" indigne de lui. En prétendant dans la Tribune de Genève du 26 novembre 2011, en réponse à une question sur le refus du budget au déficit inacceptable présenté et aggravé par le conseil d'Etat, que

"Techniquement, le budget 2011 serait reconduit. Cela signifierait qu’on ne pourrait que reproduire l’existant, sans opérer de véritables choix de priorités. Nous aurions notamment un gros problème avec la sécurité car nous ne pourrions engager de nouveaux policiers. En résumé, nous perdrions un an pour rien, sans même réaliser des économies",

il affirme sans preuve un élément et démontre son refus de composer.

L'affirmation sans preuve concerne les économies réalisées en choisissant le voie des 12èmes provisoires. A ce jour, il n'existe aucun calcul ni donc aucune totalisation de ce que représenterait cette option. D. Hiler peut certes prétendre qu'elle n'entrainerait pas d'économies, il ne l'a pas prouvé à ce stade ni face à la Tribune, ni ailleurs. Il n'a même pas anticipé que cette question pourtant évidente lui serait posée. Ce reproche est certes moins grave que celui d'avoir choisi un taux de croissance des dépenses pour le plan financier quadriennal (PFQ) de loin supérieur à celui de l'économie ou à celui qu'il avait retenu lors de de la précédente crise (1% aulieu de 2%).

Il refuse aussi de composer. On peut comprendre sa lassitude de voir les faits se rebeller devant son optimisme et son travail. On ne peut concevoir qu'il refuse, au cas où la voie des 12èmes serait choisie, de laisser le conseil d'Etat venir devant la commission des finances pour présenter une demande de crédit complémentaire en faveur de la police.

Bref, l'heure est à la raison et à la modestie budgétaires. Moins de dépenses que ce qui a été retenu par un conseil d'Etat qu'il convient d'aider dans sa réflexion inachevée par des coupes supplémentaires d'importance et d'éventuelles ponctions sur des entités publiques autonomes qui regorgent de moyens et de réserves. A défaut, le couperet tomberait au terme de deux comptes déficitaires. Et comme pour le RMCAS, d'autres Genfereien non finançables passeraient à la trappe.

Deux remarques pour conclure. La liste des hausses d'impôts que le conseil d'Etat annonce dans son PFQ mis à... nuit (sinon à nuire) pourrait s'allonger. Comment en effet vouloir revenir sur certaines des avancées de la dernière révision de la LIPP sans en toucher d'autres, comme l'explosion du nombre de Gratis-Bürger? Avec 80 000 personnes ne payant pas la moindre quote-part à leur participation à la vie cantonale (près d'un contribuable sur trois), Genève atteint des sommets. Là aussi, il y a des corrections à opérer.

D'autre part, le vrai défi pour cette législature va être, au-delà du déficit budgétaire et des augmentations salariales pour les fonctionnaires qu'il ne cesse de proposer, la réforme du financement des caisses de pension. Là aussi, une révision déchirante s'impose.

Le temps des vaches grasses est bel et bien révolu.

 

 

 

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25/11/2011

Face au déficit genevois, un Conseil d’Etat mal barré

 Une bonne analyse de la crise ne garantit pas le succès des mesures budgétaires imaginées pour en combattre les effets sur les finances publiques. Surtout si ces mesures commencent par des hausses d’impôts, obligatoirement soumises au vote du peuple, et finissent avec des risques de départ d’entreprises multinationales et de mise sous tutelle des caisses de pensions publiques, des risques se chiffrant en milliards. C’est donc peu dire que le Conseil d’Etat genevois est mal barré, au sens populaire du terme en tout cas, au lendemain d’une révision déchirante de son plan financier quadriennal (PFQ) pour les années 2012 à 2015. Une de plus, car le destin des PFQ, de vrais miroirs aux alouettes, n’est autre que d’être corrigés, au fil de bilans montrant leur distance d’avec la réalité.

 

Cette révision du PFQ était indispensable. Car en laissant le budget évoluer en stabulation libre, à 2,8% en moyenne de croissance annuelle, le déficit aurait explosé de 175 millions, prévus pour 2011, à 499 millions en 2012 et plus de 600 millions pour les trois années successives. Hors toute contrainte de retour à l’équilibre imposé par la constitution, la cagnotte virtuelle portant le doux nom de réserve conjoncturelle et forte d’un petit milliard en aurait vite été épuisée.

 

On ne disputera pas ici le Conseil d’Etat sur le choix de ses taux de croissance (1% en 2012, 1,5% en 2013, 1,9% en 2014 et 2015), car le pire n’est que possible. On notera simplement que le scénario le plus optimiste scotche le déficit à un peu moins d’un demi-milliard jusqu’en 2015, et que le pire le fait déraper jusqu’à 900 millions en 2015. En revanche, premier reproche d’importance, le taux de croissance des charges de l’Etat, à 7,3% pour les quatre ans du PFQ, est d’un pour-cent supérieur à celui retenu pour l’économie cantonale. Un pour-cent de trop.

 

La seconde faiblesse de ce PFQ est son côté pour le moins aléatoire. Faute de consensus politique sur les mesures à prendre, la somme que l’exécutif espère trouver pour revenir à l’équilibre d’ici à 2015, tient du fantasme. Dame, 303 millions, « quelle que soit l’évolution de la conjoncture », voire un complément de 349 millions en cas de plongée encore plus profonde dans la crise, ça ne se trouve plus si aisément dans les bénéfices des entreprises, surtout financières, les grandes pourvoyeuses de la richesse genevoise.

 

Il y a pire. Ce fantasme est transformé en cauchemar pour le contribuable, surtout s’il est aisé (fin « provisoire » du bouclier fiscal de 60%, attaque à la fortune des indépendants, imposition des collections artistiques – dont la mobilité n’est même pas imaginée) ou a l’idée incongrue d’être propriétaire (augmentation de 20% de la valeur fiscale de ses biens). Voilà quelques unes des idées jetées sur la table – à quoi s’ajoutent des centimes additionnels supplémentaires pour lui soutirer potentiellement 255 millions sur 652 d’ici à 2015.

 

Or ces idées risquent de finir dans la poubelle du Parlement sinon du peuple. D’autant plus qu’en 2012, elles compteraient pour plus d’un tiers (46 millions) des efforts proposés (123 millions). Parallèlement, les 39 424 équivalents temps plein – en fait, un nombre supérieur de fonctionnaires, en augmentation de 424 unités entre 2011 et 2012 –  ne seraient appelés à contribuer à l’assainissement du ménage collectif que pour quelque 15 millions. Cherchez l’erreur d’un Conseil d’Etat tétanisé face à la moindre grève hospitalière et déliant désormais les cordons d’une bourse vide !

 

D’où un conseil qui pourrait rapporter gros et qui s’adresse surtout aux partis de gauche amateurs de hausses d’impôt – pour les autres. Pour éviter que les efforts analytiques de l’exécutif ne soient vains, une modification… radicale vers le bas du seuil d’imposition des Genevois s’impose. Dans les circonstances présentes, il n’est en effet plus tolérable qu’en 2009, 77 684 contribuables (31,7%) soient autant de « Gratis-Bürger » ne payant pas d’impôt sur le revenu.

 

Si l’on ajoute encore à ce tableau noir une dette qui repart à la hausse, de 1,6 milliard, d’ici à 2015, pour atteindre12,4 milliards, beaucoup de sagesse fiscale et pas mal de modération dépensière s’imposent. Y compris pour des investissements – en gros un milliard par an est programmé – dont on ne rappellera jamais assez l’impact en dépenses structurelles de fonctionnement (environ 10%).

 

Bref, ce PFQ était méritoire. Mais il exige d’être révisé d’urgence. Dès après le vote d’un budget pour 2012 autrement ficelé que le menu indigeste concocté par l’exécutif. Car en poussant l’audace jusqu’à en augmenter, au nom du PFQ, le déficit de 429 à 437 millions, il a tout simplement poussé le goût du bouchon trop loin.

 

Mal barré, cet exécutif aspiré à bâbord ? Oui, pour qui aime les litotes.

(Chronique parue dans l'Agefi du 25 novembre 2011)

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23/10/2011

Nouveau Testament: l'angélisme de Charles Beer fait un miracle

Etre présent en étant absent. C'est le miracle qu'entend réaliser Charles Beer en faisant de la présence du Nouveau Testament une telle "évidence" que le DIP peut se dispenser d'inclure une mention du christianisme dans son recueil de textes destiné aux élèves de 9ème du Cycle d'orientation (CO) et consacré aux questions existentielles (l'origine du monde, la condition humaine, la mort et l'au-delà). Et laisser entendre, dans la Tribune du 22 octobre 2011, qu'un extrait du Nouveau testament serait prévu dans le recueil de 10ème, centré sur le fondement du lien social, ou dans celui de 11ème, axé sur l'altérité, les droits de l'homme et la "distanciation à la règle" (la déviance?), c'est prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.

Il a un moment où la reconnaissance de l'oubli - qui est une erreur - s'imposerait, sauf à vouloir transformer l'un et l'autre en faute. Sauf que ce n'est pas d'un oubli factuel qu'il s'agit pour l'heure, mais d'une mise à l'écart délibérée. Car le discours du DIP est à plusieurs niveaux selon le locuteur.

Pour le responsable politique, Charles Beer, il n'y a même pas oubli, car la non-mention n'est que le prélude à la présence, à défaut de la signifier. Peu importerait donc l'absence du Nouveau Testament dans le recueil actuel de 9ème, dans la présentation par power-point de ce nouvel enseignement aux médias, ni dans un "document de liaison vraisemblablement destiné aux enseignants" présentant une sélection "exemplative" et donc non exhaustive des textes pour la 10ème et la 11ème années du CO.

Sauf que l'on voit difficilement la pertinence de l'accroche néo-testamentaire pour traiter du "fondement du lien social". La diversité des coutumes y sera illustrée par Hérodote, les premières formes de lois par le Code d'Hammourabi, les règles sociales par la Bible, les lois de Calvin et le Coran (lapidation incluse?). Sauf que l'on voit encore plus mal l'inclusion du Second Testament dans la liste des auteurs convoqués pour "fonder les notions d'altérité et de droits humains et la distanciation à la règle" tels que Voltaire, Rousseau, la Déclaration des droits humains et citoyens de 1789 - je propose ici mon adaptation du titre de ce texte au vocabulaire du DIP - Zola, Primo Levi et Gandhi.

Le problème surgit quand on met face à face les déclarations de Charles Beer et la présentation de son travail par le professeur Borgeaud, le responsable scientifique de ces recueils.

En effet, le premier affirme que "le Nouveau Testament est depuis le départ au programme du fait religieux, c'est tellement évident. Sa place parmi les Grands textes n'a jamais fait aucun doute, on ne peut pas les présenter sans prendre en compte le Nouveau Testament".

Or le discours du second est d'un tout autre ordre. Dans son "Avertissement" bien nommé au lecteur, il veut d'abord "tenir réellement compte de la diversité des cultures humaines, en évitant de tout ramener à nous".

Et là vient la phrase qui prépare la mise à l'écart du Nouveau Testament : "Il s'agissait de réfléchir au dosage le plus judicieux entre un héritage historique occidental conduisant des méthologies et pensées de l'Egypte ancienne, du Proche-Orient mosopotamien et biblique, de Grèce, de Rome jusqu'au judaïsme, au christianisme et à l'islam, et un apprentissage plus anthropologique (et comparatiste), lui aussi nécessaire, introduisant à une altérité plus radicale dans le champ de vision de nos élèves. [...] C'est cette ouverture sur l'humanité globale, dans la potentialité de ses diversités, qui est apparue fondamentale pour échapper à un regard trop européo-centré (avec une attention trop exclusive portée aux trois traditions monothéistes)".

On peut admettre, sans pour autant la partager, cette vision comparatiste qui entend éviter le péril de la hiérarchisation des différences entre civilisations. On ne peut comprendre en revanche la contradiction entre la présence systématique de deux des trois traditions monothéistes (judaïsme et islam) et l'absence tout aussi systématique de la troisième (christianisme) dans ce premier recueil. On ne peut en aucun cas accepter que l'"altérité plus radicale" implique la négation de soi. Comment comprendre et connaître l'autre sans se connaître soi-même dans ses racines, ses traditions, ses textes fondateurs, du Nouveau Testament à la Déclaration de 1789 - et à l'école philosophique qui l'a inspirée ?

Bref, quand Philippe Borgeaud prétend que "s'extérioriser par rapport à une tradition religieuse (la sienne y comprise) est un grand pas en direction du vivre ensemble", on peut le suivre, pour autant que ce pas soit aussi accompli par des représentants de courants plus intolérants, moins au fait des vertus théologales que sont l'espérance, la charité et la foi, auxquelles l'on peut encore ajouter la tolérance. Encore faudrait-il que sa volonté comparatiste d'altérité radicale ne déséquilibre pas son propos au point de le délégitimer.

Bref, si le Nouveau Testament doit à l'évidence être présent, que Charles Beer accomplisse alors le miracle de l'inclure dans la seconde édition de ce recueil de textes traitant de questions exsitentielles pour les élèves de 9ème du CO. Et que Philippe Borgeaud accepte que la compréhension de l'altérité implique une connaissance non culpabilisée de soi. En ce jour d'élections fédérales, il y aurait là matière à dépasser la politisation dont le premier voit trop facilement la trace et le catéchisme que semble craindre le second, dans un pays et surtout un canton où le concept d'héritage n'est apprécié à gauche que sous l'angle de sa fiscalisation...

 

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20/10/2011

Adoptons les maladies orphelines pour éviter le rationnement des soins

Faut-il rationner les soins? La question n'est pas théorique s'agissant des maladies dites orphelines ou rares qui sont souvent héréditaires. Certes, ces maladies - dont ne souffrent qu'au plus une personne sur 2000 - ont depuis peu le soutien d'une communauté d'intérêts, présidée par la conseillère nationale argovienne Ruth Humbel (PDC), qui regroupe notamment la FMH, des fédérations de pharmaciens et de l'industrie pharmaceutique ainsi que des organisations de patiens. Elles le méritent (voir le site www.orpha.net pour en savoir plus). Mais cela ne suffit pas.

Car il est grand temps de mettre sur pied une stratégie nationale en faveur des quelque 500 000 personnes qui souffrent de l'une de ces innombrables maladies - évaluées en fait à 7000 - pauvres en attention et rares en cas. Des cas dont la prise en charge, du diagnostic au traitement, peut être chère et difficile, voire impossible pour le malade.

D'autant que les caisses-maladie, grâce notamment à un arrêt du Tribunal fédéral (du 23 novembre 2010) concernant la maladie de Pompe, peuvent désormais ne pas rembourser systématiquement les frais de médicament qu'elles occasionnent. Des signes plus encourageants sont toutefois venus de l'Office fédéral de la santé publique qui a autorisé, depuis le 1er avril 2011, le remboursement des frais liés aux maladies génétiques rares. En l'état, le coût total des médicaments pour les maladies orphelines a été évalué par une caisse-maladie entre 2,5% et 3% du coût des médicaments, soit environ 0,025% des dépenses totales en faveur de la santé. Mais ces chiffres, auquels il faudrait ajouter les coûts indirects, n'épuisent pas la question. 

Car peu de ces maladies peuvent être soignées pour le moment par des médicaments. Le temps mis pour les diagnostiquer de façon correcte a même été évalué entre 5 et 30 ans pour un quart des patiens européens qui en souffrent, sans évoquer ici les diagnostics erronés et leurs conséquences. Toute une réglementation, concernant la recherche et le développement de diagnostics comme de médicaments appropriés -doit donc être mise sur pied au sujet de ces maladies orphelines.

Les USA, souvent décriés dans le domaine de la santé, et l'UE l'ont fait. Le tour de la Suisse est venu. Il y a des adoptions qui sîmposent.

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17/10/2011

La guerre contre l’insécurité ne sera gagnée qu’avec le retour du sentiment de sécurité

Il était une fois un canton sûr. Tous les Genevois en étaient convaincus. Puis une machine infernale s’est mise en route, celle de la délinquance. Comme la calomnie, elle a gonflé, emportant d’abord sur son passage la croyance que l’on vivait en sécurité, puis la réalité de la sécurité. Les vols à la tire ou à l’arraché, le deal de la drogue sur des scènes ouvertes, comme dans le parc de Saint-Jean, à la Place des Volontaires ou sur les quais, les brigandages et même les attaques à main armée, ce n’était plus ni du cinéma, ni des exceptions, ni pour les autres. Non, cela devenait une réalité fréquente, une expérience personnelle. Comme le téléphone portable, avec des photos du mariage de mon fils, que l’on m’a volé dans le train. On a alors commencé, statistiques à l’appui, à compter les coups de l’insécurité ambiante. Avec pour conséquence que le sentiment d’insécurité, parfois obsédant mais basé sur des faits irréfutables, s’est ajouté à cette insécurité réelle. 

Deux Genève ont ainsi commencé à se côtoyer, même en plein jour. Comme dans le tram 17, à 2 heures de l’après-midi, où un cocaïnomane monté à Cornavin sniffait sa drogue sans la moindre vergogne, au vu et au su de tous les passagers incrédules ou prudents, sait-on jamais. Et la première Genève, l’honnête, s’est mise à raser les murs, à ne pas se faire remarquer pour ne pas se faire attaquer, à baisser la tête. Le monde à l’envers. Et les personnes âgées et les femmes, surtout, ont commencé à craindre de sortir le soir, à éviter les parkings souterrains, à avoir peur pour leurs enfants. Le principe de précaution, ça maintient en vie, mais ça pourrit la vie. Bref, les clés de la Ville sont passées des mains des citoyens à celles des délinquants. Avec pour effet que des milices de citoyens privés commencent à pointer leur nez, par exemple pour contrer la présence des joueurs de bonneteau.

Revenir à la sécurité que nous avons tous connue, mission impossible ? C’est ce que prétend le chef de la police jurassienne. Outre que ses propos sont d’un défaitisme irresponsable, ils sont faux. Ce policier n’a jamais fait le voyage des villes qui ont gagné la guerre contre le crime. Certes, il aura raison tant qu’il n’y aura que 100 gendarmes et gardes-frontière plus environ 100 agents de sécurité privés pour garder le canton la nuit. Mais il aura tort dès que les peines de prison auront remplacé les jours-amende, dès que les autorités auront donné les moyens nécessaires à toutes les forces de l’ordre, fédérale, cantonale et même communales, de travailler de manière coordonnée, sur le terrain. Les moyens et aussi la volonté d’appliquer la loi, toute la loi, pour regagner pas à pas l’espace public occupé par les délinquants.

Ce jour-là, les Genevois pourront commencer à respirer à nouveau sereinement. Le sentiment d’insécurité s’évanouira au fur et à mesure que l’insécurité réelle perdra du terrain et que la sécurité, tout aussi réelle, reprendra le dessus. Mais gagner cette bataille ne suffira pas. Seul le retour au sentiment de sécurité consacrera la victoire de la sécurité. Une victoire où les querelles politiques ne sont plus permises. Car si le chemin est sacrément raide, l’enjeu est prioritaire pour l’autorité de l’Etat comme pour le bien-être des Genevois.  

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Pour le DIP, le Nouveau Testament n'est qu'un "petit texte"

L’enseignement des Grands Textes au Cycle d’Orientation (CO) semble mû par un étrange hasard. Un hasard si singulier qu’il exclut la possibilité d’identifier et de comparer des textes issus de la tradition chrétienne pour les élèves des écoles publiques genevoises (9ème année). Et pourtant, leur école n’entend-elle pas permettre « d’identifier et de comparer les réponses données par différentes civilisations aux questions existentielles » ? A moins que le Nouveau Testament ne soit indigne de figurer parmi les Grands Textes.

 

Si « Ra’aroa », le chant tahitien de la création, a certainement sa place (au titre de l’exotisme relativiste ?) dans ce recueil de « Grands Textes » « préparé par des enseignantes du CO sur la base d’un dossier réalisé par l’unité d’histoire des religions de la Faculté des Lettres de l’Université de Genève, sous la direction du Professeur Philippe Borgeaud qui en a conçu le choix et dirigé l’élaboration », si, dans chacune de ses trois parties (1. La naissance du monde ; 2. Le déluge et la condition humaine ; 3. La mort et l’au-delà), le Coran est présent, s’il en va de même pour l’Ancien Testament, pas une page, pas une ligne, pas un mot en revanche issu du Nouveau Testament.

 

Je saurais donc gré au Conseil d’Etat d’identifier les raisons qui ont poussé à ce choix négatif et d’indiquer s’il entend, dans une nouvelle édition de ce recueil de textes, permettre aux élèves genevois primo d’apprendre que la tradition chrétienne les concerne autant sinon davantage que l’épopée de Gilgamesh, secundo de découvrir, au-delà de sa simple existence, la teneur d’au moins un extrait du Nouveau Testament.

 

Ce serait, à n’en pas douter, respecter l’esprit et la lettre du Plan d’études romand (PER) qui se fixe entre autres buts « la transmission des valeurs fondatrices de la vie commune dans une société démocratique » et entend que l’école publique « prenne en compte et rende accessible la connaissance des fondements culturels, historiques et sociaux, y compris des cultures religieuses, afin de permettre à l’élève de comprendre sa propre origine et celle des autres ».

 

A titre gracieux, je me permets de suggérer d’ajouter sans supprimer – on pourrait voir là un nouveau slogan pour la didactique des mathématiques… – un texte issu d’un des Evangiles, dans la partie sur la mort et l’au-delà, traitant de l’apparition, après sa résurrection, de Jésus marchant sur l’eau à ses disciples. Voilà qui ne devrait pas manquer de frapper l’esprit des élèves. Et ce d’autant que, selon un sondage certes français, la moitié des catholiques de l’Hexagone ne croient pas en la résurrection.

 

Enfin, profitant de cette grande question pour en poser une petite, je souhaite savoir si la présence côte à côte du Coran et de l’Ancien Testament, dans la partie consacrée à la naissance du monde, permet de mettre en lumière que pour le premier la femme est inférieure à l’homme, alors qu’elle est son égale dans le second. En d’autres termes, il s’agit de savoir si ce recueil de textes entend borner le relativisme ou s’y complaire.

 

(Question écrite déposée au Grand Conseil le 13.10.2011)

 

 

 

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14/10/2011

Le devoir de vote

 

La sollicitude verbale dont bénéficient les entreprises en période électorale ne trompe personne. Là comme dans d’autres domaines de la vie sociale, seuls les actes des élus comptent, surtout s’ils sont validés par des effets positifs dans les domaines qui les concernent au premier chef, de la formation aux infrastructures de transport, des assurances sociales et de la fiscalité au poids de la bureaucratie. Mais dès lors que ceux-là sont constatés et que ceux-ci sont vérifiés, la responsabilité de l’entrepreneur, de ses cadres sinon de tous ses collaborateurs est engagée. Une responsabilité qui s’appelle devoir de vote.

 

Cette responsabilité les oblige en effet à remplir leur part d’un contrat implicite : tu as compris mes problèmes passés, je t’appuie pour résoudre mes difficultés futures. Sinon, faute de mobilisation, les places au parlement seront occupées par d’autres, aux vues indifférentes au succès de l’économie de marché, voire divergentes. A cet égard, l’échéance des élections fédérales du 23 octobre 2011 apporte son lot de préoccupations.

 

Même si le passé ne prédit pas le futur, comme il est dit en substance sur les recommandations de placement des établissements bancaires, la prise en considération des votes effectifs est éclairante dans le domaine politique.

 

A cet égard, l’analyse systématique de 386 votes portant sur 36 décisions concernant les PME[1] met en évidence le soutien en premier lieu du PLR (avec des scores allant de 80,4 à 64,2, mais en occupant les 16 premiers rangs de façon compacte) suivi de l’UDC (de 77,7 à 72,4). LE PS (de 30,6 à 28) et plus encore les Verts (de 31,5 à 26,8) confirment leur posture négative envers les PME ; quant au PDC,  il se place en position en apparence intermédiaire, mais plus proches par la majorité de ses scores des intérêts des entreprises (de 71,6 à 42,5).

 

Cette analyse, présentée en janvier 2011 aux Journées de l’USAM de Klosters, est confirmée par une recherche plus récente de la NZZ am Sonntag du 14 août 2011. « So liberal ist das Parlament » souligne le libéralisme économique des trois grands partis bourgeois, PLR (indice 82,9), de l’UDC (75,3) et du PDC (62,2), comme l’illibéralisme du PS (20,9) et surtout des Verts (16,8).

 

Pour autant, il ne faut pas négliger certaines indications fondamentales concernant le futur. L’initiative « contre l’immigration de masse » lancée par l’UDC témoigne ainsi d’une volonté de dénonciation spectaculaire de l’Accord bilatéral sur la libre circulation des travailleurs conclu avec l’Union européenne.

 

Sans même évoquer les effets en cascade sur les autres Accords déjà en vigueur ainsi que sur les difficiles négociations en cours, cette initiative est porteuse d’un risque considérable. Sans polémiquer ici sur la peur de l’étranger qu’elle véhicule, il convient de rappeler l’apport des centaines de milliers de collaborateurs que les entreprises suisses ont pu recruter au sein des pays de l’UE depuis l’entrée en vigueur de ces Accords. Des recrutements – il est bon de le rappeler – qui n’ont pas eu de lien avec le chômage que connaît la Suisse.

Une démonstration élémentaire se trouve à ce propos dans le pourcentage de travailleurs suisses au chômage (2,1% contre 5,3% pour les étrangers). Une autre dans l’initiative du Département fédéral de l’économie « Du personnel qualifié pour la Suisse »[2] qui met en lumière, à l’horizon 2020, la pénurie de personnel, singulièrement qualifié, menaçant les entreprises suisses. Tous les réservoirs de main-d’œuvre devront être exploités – jeunes et moins jeunes, et surtout les femmes, mais aussi les étrangers – et des efforts massifs de formation, de formation continue voire de reformation devront être entrepris.

 

Quand certains se gargarisent du concept abstrait d’entreprise citoyenne, il est essentiel que les entrepreneurs démontrent concrètement qu’ils sont des citoyens. Des citoyens conscients des enjeux auxquels la Suisse est confrontée. En toute liberté, en pleine responsabilité.    

 (Chronique parue dans l'Agefi du 14 octobre 2011)

 

 

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11/10/2011

Du plein emploi à la pénurie

 Les statistiques suisses de l’emploi sont actuellement excellentes, notamment en comparaison internationale. La crise devrait certes provoquer un ralentissement de la croissance, mais la tendance au quasi plein emploi va s’accentuer d’ici à 2020. Pure provocation, surtout aux yeux de ceux qui sont à la recherche d’un emploi ? Non, analyse factuelle du Département fédéral de l’économie[1] qui identifie un défi de fond pour ce pays : la pénurie de main-d’œuvre qui, si rien n’est entrepris, pend au nez des entreprises privées et publiques de ce pays. Et qui en frappe déjà certaines.

 

Un problème, sept solutions aux yeux du DFE. Sauf à vouloir recourir systématiquement à la main-d’œuvre étrangère, elles passent par davantage de présence sur le marché du travail de certaines catégories de la population nationale et davantage de formation, professionnelle comprise, pour tous. Cette analyse est à mille lieues des critiques irresponsables de la croissance comme des maniaques du protectionnisme.

 

Le paradoxe veut que la pénurie résulte des succès de la politique du marché du travail suisse (voir encadré). Comment agir ? D’abord en exploitant tous les potentiels du marché du travail suisse. Et là, des actions pour permettre aux femmes de 25 à 54 ans de concilier vies familiale et professionnelle s’imposent (743 000 personnes concernées). Mais aussi en direction des travailleurs plus âgés (420 000 personnes concernées), pour les inciter à ne pas prendre une retraite anticipée. Avec à la clé des avantages pour leur prévoyance professionnelle.

 

Ensuite en améliorant le niveau de formation de l’ensemble des travailleurs, les futurs comme les actuels. Certes, le pourcentage (90%), parmi les Suisses, de diplômés au minimum du secondaire II (CFC ou équivalent) est stratosphérique, mais ça ne suffit pas : l’objectif est de passer à 95% (164 000 personnes concernées) ! Une marge de progression plus forte existe aussi parmi les anciens émigrés étrangers. Ces actions pour élever le niveau de formation sont d’autant plus nécessaires que le nombre d’étudiants des Hautes écoles devrait baisser dès 2014, celui des futurs apprentis aussi, pour cause de baby-crash. Et là, les étudiants potentiels au sein de la population active sont au nombre de 1,5 million.

 

Les options du DFE sont pertinentes. En revanche, les potentiels indiqués ne sont que… des potentiels. C’est dire si des mesures incitatives, d’accompagnement, seront nécessaires. Crèches, horaires d’école, financement, fiscalisation et reconnaissance de la formation continue, assurances sociales, immigration, politique de la formation ne sont que quelques uns des domaines concernés.

 

L’enjeu pour la population est le maintien voire l’amélioration de son niveau et de sa qualité de vie. Il est, lui, tout sauf théorique. Car la pénurie est d’ores et déjà une réalité. Outre les enseignants, elle concerne les ingénieurs comme les professions de la santé – des infirmiers aux médecins. C’est d’ailleurs la critique principale que l’on peut adresser à cette initiative du DFE : de venir tard. Mais à point nommé pour tous les acteurs de la formation. Voilà un secteur que la crise épargnera. « Pourvou que ça doure », aurait dit la mère de Napoléon !

 


 

 

 

Le marché suisse du travail en 2011 : de records en amélioration continue

 

Au 2ème trimestre 2011, la Suisse comptait 4,708 millions de personnes actives, soit 2,6% de plus qu’un an auparavant ; depuis 2006, la hausse - 400 000 travailleurs de plus – est spectaculaire. La progression de l’emploi pour les Suisses a été de 1,8% (3,394 millions), le complément étant apporté par les travailleurs étrangers.

 

Les plus récentes données sur le chômage qui frappait 111 344 personnes en septembre 2011 (2,8%) font état d’une baisse de près de 30 000 personnes en un an ; la baisse bénéficie aussi aux jeunes de 15 à 24 ans dont le taux de chômage est certes légèrement moins bas (3,2%), mais surtout nettement moins long que celui des travailleurs plus âgés. Seul 606 d’entre eux figurent au nombre (21 116) des chômeurs de longue durée (plus d’un an). Genève, éternelle lanterne rouge, passe désormais sous la barre des 5% (4,8%), avec 11 700 chômeurs, soit le pourcentage le plus bas depuis septembre 2002.

 

Tous les indicateurs sont positifs : un taux d’activité des 15 à 65 ans qui constitue un record européen (79% contre 64% en France et 57% en Italie) et ce même pour les travailleurs plus âgés (68% pour les 55-65 ans), un taux de chômage parmi les plus bas, y compris pour les jeunes, une croissance annuelle de 1,3% de la population active de 1999 à 2009 (0,5% pour la population résidente). Mais le rythme des nouveaux arrivants sur le marché du travail va ralentir vers 2020, pour cause de « baby-crash ».

 

 

 (Editorial d'Entreprise romande du 14 octobre 2011)

 

 

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10/10/2011

Refondre la Constitution fédérale? L’erreur de deux Jacobins suisses

 Un livre, même petit, mérite soin et respect. C’est le cas de La Suisse ou la peur? Die Angstgenossenschaft, un pamphlet de quelques dizaines de pages rédigé par deux candidats vaudois et socialistes en campagne pour le Conseil national, François Cherix et Roger Nordmann (lire LT du 29 septembre et du 5 octobre). Cette contribution, qui vise à ouvrir le débat sur une révision totale de la Constitution, se démarque à l’évidence de la distribution de tracts dans les stands. Mais elle manque sa cible par son ton, son argumentation et tout bonnement par sa proposition centrale, inadéquate et contre-productive.

Le ton ne fait pas toujours la musique car, derrière les amabilités, les «chers compatriotes» «qui ne sont pas comme moi», se cachent préjugés, œillères et oublis qui enlèvent de la pertinence et donc de la force de conviction au propos.

Au rang des préjugés, on trouve l’étrange perception des Romands et des Alémaniques et de leur rapport au pouvoir. Ici la République, là la Landsgemeinde. Cette volonté aussi qu’auraient les Romands d’être assistés dans leur qualité de citoyens. Cette terre de passage que ne serait pas l’Alémanie – avec ou sans le Gothard? Après Tintin au Congo, voici Cherix et Nordmann en Helvétie.

Leurs œillères sont sidérantes, elles font oublier que l’UDC n’a pas le monopole d’utilisation de la peur. Le réchauffement climatique, dans la bouche des Verts, ne ressemble pourtant pas à un euphorisant. Quant au recours systématique par le PS au thème du démantèlement des assurances sociales, il ne tient pas vraiment d’un traité de cartésianisme appliqué. Peur du génie génétique, peur des OGM. Un peu d’autocritique ne nuit jamais.

Leur méconnaissance de l’histoire politique suisse, l’ancienne comme la récente, est tout aussi confondante. Deux exemples. Genève, ville d’Empire – le germanique, pas le français – est liée à Berne et Fribourg par des traités de combourgeoisie remontant à 1526. Ce canton n’est pas un «arrivé tardif». Ni, a fortiori, Fribourg. Quant aux votes populaires démontrant une opposition entre Romands et Alémaniques, ils ne sont qu’une minorité. Dont ne font pas partie les votes sur l’EEE ou sur l’initiative du GSsA. Bref, le fantasme de l’opposition bloc à bloc est une facilité indigne. La vie politique suisse est au contraire faite de divisions et d’unions à géométrie variable.

Mais il y a pire dans leur démarche. L’appel à une «Assemblée constituante» lancé par ces Jacobins tient dans son inspiration – c’est là son moindre défaut – davantage du manuel d’histoire française que de la tradition suisse. Mais, en mettant ainsi la charrue avant les bœufs, ils en oublient deux points essentiels: l’existence d’une volonté de faire table rase de la Constitution fédérale de l’an 2000; la teneur pour le moins incertaine que pourrait avoir un texte refondateur, compte tenu de la majorité automatique et maudite à leurs yeux qui régit ce pays. C’est donc peu dire qu’ils ouvrent une boîte de Pandore.

Au fond, par leur essai non transformé, Cherix et Nordmann cherchent un outil qui, plus que de réformer les institutions suisses, réussirait à modifier le rapport des forces politiques actuelles. A cet égard, le peuple est effectivement un élément gênant. On connaît la phrase attribuée à Brecht; dans leur bouche, elle devient: la Suisse a perdu confiance dans le rösti, supprimons le rösti. Et l’affirmation selon laquelle «il ne suffit pas qu’une décision soit prise à la majorité pour qu’elle soit légitime» fait froid dans le dos. Eussent-ils dit «morale» qu’on aurait pu s’entendre.

Le problème est que la myopie mène dans le mur. Ce ne sont pas les institutions qu’il faut chambouler, même si des aménagements sont souhaitables – instaurer une présidence plus stable et plus forte du Conseil fédéral, augmenter le nombre de secrétaires d’Etat pour décharger des tâches ancillaires des conseillers fédéraux aux départements restructurés. Au passage, la modification du mode d’élection du Conseil fédéral, émanant du parlement et non directement du peuple, n’a pas besoin d’une révision de la Constitution.

C’est en réalité les problèmes essentiels dont se plaint la population suisse qu’il faut résoudre en priorité: le rapport à l’autre, à l’étranger, à la modernité, à la mondialisation, à la complexité, au fond, la crise d’identité, accentuée par la fin de la division de l’Europe en deux blocs antagonistes et par les critiques portées à la Suisse, qu’il faut dépasser. Une Constituante n’y pourra rien.

C’est donc les attitudes qu’il convient de modifier: la capacité d’écoute et l’intérêt pour les débats autres que binaires et superficiels – une place à retrouver pour les médias audiovisuels –, l’attrait pour l’esprit de concordance.

Seule cette évolution des mentalités peut conduire à un projet pour le pays, partagé par une majorité des citoyens. La réforme des institutions suivra. Voilà un rôle tout trouvé pour les partis. A vos plumes, Messieurs les pamphlétaires! Sinon, cette contribution, écrite «de nulle part», y retournera.

(Opinion parue dans Le Temps du 9 octobre 2011)

 

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09/10/2011

Pierre Weiss, le plus libéral tout en étant centriste: les candidats se dévoilent sur smartvote

Quel est le candidat genevois au Conseil national le plus libéral ? Quel est le plus conservateur ? Le plus à droite ? Le plus à gauche ? A ces questions, smartvote répond graphiquement en classant les candidats sur 2 axes. Libéral-conservateur et gauche-droite (voir http://www.smartvote.ch). Le résultat est intéressant car les réponses sont parfois surprenantes, parfois nettement moins. Elles peuvent naturellement intéresser l'électeur occupé à faire son choix, selon la vocation même de smartvote qui est de le faciliter.

C'est ainsi que le plus libéral de tous les candidats, tous partis confondus, est Pierre Weiss (env. + 60 sur une échelle qui va de -100 - le plus conservateur à +100 - le plus libéral). Il n'est pas le plus à droite de sa liste, car situé à environ +10 points du centre (maximum +25 pour un autre colistier PLR), ni le plus à gauche de sa liste (maximum -15 pour une autre colistière PLR). A noter que la colistière PLR la moins libérale, toujours au sens de smartvote, obtient un score de +20 sur l'échelle du libéralisme. Donc une certaine dispersion entre ces candidats, certes, mais surtout une cohérence globale dans la modération. Il n'y a pas de conservateur au PLR, ni de candidat fortement marqué à droite ou à gauche.

Le candidat le plus conservateur est l'UDC Eric Bertinat (+75 sur l'échelle du conservatisme). Il n'est pour autant pas le plus à droite de son parti, une place occupée par André Reymond, qui est aussi le candidat le plus à droite de tous les candidats genevois (+55), tout en étant un modéré quand on le compare avec les candidats de gauche. On notera que les candidats UDC sont moins homogènes que ceux du PLR.

Le candidat le plus à gauche de tous les candidats est Julien Cart, des Verts, qui, avec un score de 95, est presque collé au maximum de l'échelle gauche-droite, au point d'être plus à gauche que les candidats communistes ! En même temps, il obtient un score de 25 sur l'échelle du conservatisme. De façon générale, les Verts sont les candidats les plus à gauche de ceux qui se présentent devant l'électeur, plus à gauche et plus conservateurs aussi que les Socialistes. Enfin, tant les Verts que les Socialistes sont les candidats les plus regroupés. Un effet de la pensée unique ?...

Les 4 pôles étant occupés, reste à placer les candidats du PDC qui ne sont ni les plus libéraux, ni les plus conservateurs, ni les plus à gauche, ni les plus à droite. En fait, ils sont à la fois modérément libéraux (de 10 à 45) et modérément à gauche (de 20 à 55).

En résumé, les candidats PLR sont posément des libéraux centristes, les PDC modérément des libéraux de gauche, les UDC, clairement des conservateurs de droite, les Verts et, de façon un peu moins marquée, les Socialistes, des conservateurs résolument d'extrême-gauche.

Pour une comparaison des candidats genevois avec leurs partis fédéraux, il faudra attendre une nouvelle note ! Patience est mère de raison...

 

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06/10/2011

Sandrine Salerno et les multis: une controverse perverse

 Les entreprises multinationales, les « multis », ne sont pas des citoyennes honorables. Pour preuves – ou plutôt pour prétextes : elles importent leurs collaborateurs de l’étranger lorsqu’elles s’installent ; pire : elles ne forment des apprentis qu’au compte-goutte. Moins que la Ville de Genève sous la férule de Sandrine Salerno. Les faits sont indubitables, mais leur interprétation est biaisée. Infondées, ces accusations sont aussi perverses.

 

S’agissant des emplois, deux rappels statistiques. Les 931 multis de Genève occupaient directement plus de 76 177 collaborateurs en 2008, soit 34% des emplois privés du canton. Parmi elles, les 177 multis suisses salariaient 40% du secteur multinational. Des chiffres à compléter par les emplois induits directs (nettoyage, restauration d’entreprise) et les effets dérivés sur l’emploi local. Toutes ces personnes et leurs familles sont autant de consommateurs pour les magasins de la place. Et de contribuables à choyer. Sauf par la Ville ?

 

Pour autant, les collaborateurs des multinationales sont loin d’être tous étrangers. Car dès leur arrivée, ces entreprises puisent dans le marché local de l’emploi. Au fur et à mesure de leur croissance genevoise, la proportion des « natives » va tendre à augmenter, au point d’être équivalente à celle que l’on trouve dans des entreprises actives sur le seul marché intérieur. L’employeur a en effet tout intérêt à trouver des personnes formées localement. C’est cela la dynamique d’une entreprise. C’est aussi cela l’erreur, à relents xénophobes, de S. Salerno. Un étranger est honorable même quand il n’est pas requérant d’asile.

 

Le reproche concernant la non-formation d’apprentis est encore plus primaire. Pour une raison simple : les multis établies à Genève se caractérisent par le niveau de formation particulièrement élevé de leurs collaborateurs. Certes, elles engagent de jeunes diplômés de nos hautes écoles, professionnelles comprises, plutôt que des apprentis. Mais peut-on leur reprocher d’agir en fonction de leurs besoins ? Tant qu’à faire, S. Salerno devrait exiger d’elles l’engagement de collaborateurs sans la moindre formation…

 

Cette mise en cause montre l’incompréhension profonde, dont elle fait preuve, du monde des entreprises modernes où se côtoient artisans traditionnels et sociétés de haute ingéniérie, y compris financière. A chaque stade de développement économique son niveau de qualifications typiques. Qui ne l’a pas compris démontre une vue étriquée. Pire, archaïque.

 

Bref, la recherche d’un bouc émissaire à la précarité sociale et à la pénurie de logement ne permet pas l’improvisation dans la réflexion. Les entreprises multinationlales sont nécessaires à Genève. Comme pour la santé, seul leur départ en fera prendre conscience.

 

Un départ peut-être pas si éloigné que cela, à cause d’une initiative fiscale socialiste dont la magistrate genevoise se fait le héraut. A cause aussi de la concurrence inter-cantonale. Jean Studer, conseiller d’Etat neuchâtelois et socialiste bon teint, entend, lui, en faire profiter son canton. Ce jour-là, les questions d’emploi d’étrangers et de formation d’apprentis ne seront plus que des souvenirs amers au bout du Lac.

 

(Editorial du 7 octobre 2011 de la Newsletter de la FER Genève www.fer-ge.ch)

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03/10/2011

L'impitoyable Sandrine Salerno et sa morale à géométrie variable

Sandrine Salerno veut un alter-développement pour Genève. C'est son droit. Elle profère ses convictions sur la nature perverse, sale, de l'argent gagné dans le monde de la finance. C'est sa vision du monde, à la fois banale et primaire. Elle avance avec aplomb contre-vérités sur approximations au sujet des emplois offerts par les multinationales et des qualifications qu'elles exigent. C'est le reflet de son ignorance du monde des entreprises et de l'économie de marché auquel elle préfère celui d'une économie encadrée par l'Etat. Elle fait mine d'ignorer les répercussions fiscales de ses choix. C'est sa responsabilité. Elle fait même s'étrangler de rage contenue le ministre des finances du canton. C'est une bisbille de plus entre une gauche réaliste et une gauche socialiste de plus en plus idéologique, qui craint les coups que pourrait lui porter l'extrême-gauche aux élections fédérales. Car Sandrine Salerno, c'est l'Ana Pauker du PS genevois, "qui se doit d'être impitoyable". du moins dans l'image qu'elle donne.

Sauf que son image sort écornée, pour dire le moins, d'une récente controverse. Elle a beau porter la morale comme un saint-sacrement et suinter la doxa de l'économisme responsable, elle est aussi un employeur qui semble confondre responsabilité publique et intérêts politiques personnels. Le scandale, révélé par Gauche-Hebdo, est résumé sans concession par la Tribune: "D’après les pièces fournies, on lui (à un journaliste) a demandé de rédiger des articles au nom de la magistrate dans la revue du PS Ville de Genève, de trouver des slogans électoraux pour Mme Salerno ou encore de commenter sous couvert de pseudonyme des articles politiques sur le site de la Tribune, en ironisant sur les colistiers de la conseillère administrative". Ce qui ne l'a pas empêché de prétendre le contraire à forum, sur la RSR, le 2 octobre.

Certes, elle n'est pas la seule à utiliser des communicateurs, mais là, il y a de quoi s'inquiéter. Comment croire aux accents de vertu publique quand l'ombre d'un vice privé remonte à la surface? Et ce n'est pas un hasard si le scoop vient de l'extrême-gauche. On n'est jamais mieux combattu que par ses camarades qui sentent eux aussi le vent du boulet de l'histoire.

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30/09/2011

Le MCG et les élections fédérales: l'Hôpital qui se moque de la Charité

Le candidat Lüscher voit son nom accolé à un prénom erroné sur les bulletins de vote du conseil aux Etats. Du coup, le MCG demande l'annulation du scrutin au motif que cette bourde ferait trop de publicité au candidat PLR. En affirmant, mais sans évidemment pouvoir le prouver, que cette publicité pourrait jouer un rôle positif, alors qu'elle pourrait tout aussi bien exercer un effet négatif. Un recours serait en voie de rédaction. Le sera-t-il par un avocat MCG candidat aux Etats, au demeurant ex-libéral et ex-PDC ? Ou par un autre avocat MCG candidat au Conseil national, au demeurant ex-radical puis ex-UDC ? 

Cette affaire clomerlesque, quels qu'en soient les responsables, illustre deux facettes confondantes de l'hypocrisie des dirigeants de ce "mouverment".

Primo, le MCG n'aime pas, mais alors vraiment pas, que d'autres que ses chefs puissent éventuellement bénéficier de publicité, même involontaire. M. Stauffer se fait opérer ? Et hop, un article renseignant sur la santé de ses viscères. Il claque la porte d'un conseil d'administration ? Et hop, un autre article, qui ne permet pas de comprendre s'il a réellement envoyé une lettre de démission ou simplement eu un nouveau coup de sang. Il est appelé à comparaître devant un juge ? Et hop, il annonce par communiqué de presse son refus d'obtempérer, car "je n’accepte pas que le pouvoir judiciaire interfère dans le pouvoir politique", ose affirmer cet élu qui se croit au dessus des lois. Il vient armé au Grand Conseil ? Et hop, il se dit poursuivi par la mafia. Bref, tout est sujet à communication de la part de ce parti, qui n'a pas encore compris que trop de communiqués de presse tuent l'intérêt des lecteurs pour ses communiqués de presse. Il est vrai que tant qu'il trouvera des médias complaisants, il aurait tort de se gêner.

Secundo, le MCG commence à avoir peur et en devient encore plus agressif à l'égard de ses concurrents depuis qu'un article de la Tribune de Genève du 28 septembre a titré, à juste titre, sur le risque d'isolement de Mauro Poggia s'il était élu à Berne. Effectivement, à gauche et à droite à la fois, qui en voudrait ? Contre le CEVA à Genève, avec force recours, et d'ores et déjà pour davantage de crédits pour le CEVA à Berne, qui peut lui faire confiance ? Certainement pas le PDC, dont il est un transfuge. En aucun cas l'UDC qui le considère de gauche-gauche, contrairement à la Lega, notamment en raison de ses positions sur l'assurance maladie. 

Il est grand temps que les Genevois se rendent compte que voter MCG, c'est voter inutile, car être élu sans possibilité de siéger en commission n'a aucun sens. Sans même mentionner le fait que le candidat en question aspire à siéger dans une Chambre dont les sénateurs parlent en majorité une langue qu'il ne comprend pas et qui n'y est pas traduite...   

Petite question : qu'aurait fait le MCG si la bourde l'avait concerné ? Il aurait évidemment publié un communiqué de presse, assurant que l'erreur lui était néfaste, et que la publicité le mettait en difficulté.

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29/09/2011

Budget genevois 2012 : du rouge incarnat au sang de bœuf

 Vu de gauche, le budget 2012 de l’Etat de Genève est « désolant », à cause d’un déficit de 429 millions, alors que le Plan financier quadriennal, vieux d’à peine douze mois, le prévoyait à 236 millions. Vu de droite, avec une augmentation de 600 millions de la dette, explosant à 11,4 milliards, il témoigne d’une « absence étonnante de réactivité » de la part du Conseil d’Etat. Seul point positif, malgré les coûts de fonctionnement qu’ils induisent, la hauteur inégalée des investissements, caressant le milliard (986 millions).

 

Le renversement de la conjoncture, au fil d’un été pourri pour les entreprises, semble n’avoir suscité que des regrets de l’exécutif pour cause de recettes à la peine, mais aucune action face à l’explosion des charges. Mettant en avant des contraintes, il déclare « n’avoir aucune prise » sur les augmentations. Or le pire est que… le pire est possible, d’ici au vote du budget, à la fin de l’année. Du rouge incarnat, le déficit budgétaire pourrait en effet passer au cramoisi, voire au sang de bœuf[1].

 

A ce stade, trois solutions s’offrent au parlement : s’inscrire dans le dérapage incontrôlé de l’exécutif, second aveu d’impuissance ; renvoyer le budget au Conseil d’Etat, décision lourde d’incertitudes et loin de garantir une meilleure copie ; procéder à une réduction globale des dépenses, avec des indications de priorités à respecter (sécurité, emploi et logement, par exemple). Cette dernière option, douloureuse pour les victimes des coupes, est la seule responsable. Même si elle n’est pas la plus probable. 

 

A ce stade toujours, une tâche s’impose au gouvernement. Au début de la législature précédente, il avait lancé les programmes P1 et P2 pour rationaliser l’administration, avec des effets non négligeables. Puis, en tirant le bilan, il avait affirmé être arrivé au bout du possible. On peine à le suivre. Avec ses myriades de service, avec ses états-majors à la mexicaine, le canton  a tout intérêt et nécessité de s’inspirer des solutions retenues par d’autres cantons. La dureté des temps fait obstacle à l’autosatisfaction. Cent fois, remettre l’ouvrage sur le métier. En avant pour P3 plutôt que de couper dans les prestations !   

 

A ce stade, évidemment, les menaces à peine voilées de nouvelles recettes pour les années 2012 à 2014 semblent incongrues. Tant la volonté populaire de rendre la fiscalité cantonale moins exotiquement élevée que la nécessité de réviser celle des entreprises, pour répondre aux pressions de l’UE, ferment toute possibilité, ne serait-ce que d’entrouvrir cette voie.  

 

Pour l’heure, le seul bénéfice réel découlant de la présentation de ce budget catastrophique est la cryogénisation des partisans de la décroissance. Il n’y a jamais de petites satisfactions…

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 30 septembre 2011)

 

 



[1] On mentionnera au passage que les tapissiers distinguent 500 nuances de rouge…Pour les non-daltoniens, voir http://www.kasylum.com/dictionnaire-couleurs-1-rouge.html.

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28/09/2011

Une rue pour les réfugiés? Non à la société sans mémoire !

Birmensdorf, aimable bourgade zurichoise du district de Dietikon, à 3h06 de train de Genève, a son chemin du Petit-Paradis (Paradiesliweg). Birmensdorf, avec ses presque 6000 habitants, a aussi son chemin des réfugiés, pour l'heure sans appellation contrôlée mais bientôt à utilisation forcée. Un chemin illuminé et construit pour l'usage exclusif de 24 "Asylanten", qui conduit directement à la gare CFF sans traverser les rues de la commune.

Cette solution a été retenue par la municipalité pour satisfaire des communiers, pour moitié étrangers, selon une estimation, et nouveaux habitants de la commune. Ceux-là voulaient en effet éviter une mixité entre ces containers et leur zone fraichement construite.

Ce type de réaction initiale "nimby" (not in my backyard - pas dans mon jardin) n'est pas surprenant. Ni la quarantaine de recours émanant de membres de l'association de quartier créée en réaction à ce projet. Autant de recours rejetés par l'instance cantonale. Il est en revanche plus surprenant que les revendications initiales aient été suivies par les autorités communales : outre le chemin séparé, des buissons pour cacher les containers peints en vert pour ne pas détoner avec les bâtiments de la proche caserne. Car au-dessus des aspects purement pratiques, il y a le symbole. 

Ces autorités se rendent-elles tout simplement compte de l'image que Birmensdorf va désormais devoir assumer ? Certaines de nos villes ont encore leurs rues des Juifs, souvenirs du Moyen-Âge et de ses ghettos. Birmensdorf s'inscrit dans cette lignée. En ce jour de nouvelle année 5772 pour nos compatriotes juifs, voilà qui laisse de l'amerture dans mon coeur. Voilà aussi qui montre que notre mémoire a trop de trous. Du pain sur la plage pour les enseignants d'histoire de ce pays, comme pour toutes les associations, comme la LICRA, qui se battent pour que les leçons du passé ne soient pas vaines. 

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26/09/2011

un budget 2012 inacceptable

Un déficit de 429 millions de francs dû notamment à une progression des charges de 3%, une explosion de la dette, à 11,4 milliards de francs, l’absence d’une réflexion stratégique se traduisant en une mise à jour du Plan financier quadriennal 2011-2014, pour tenir compte de la crise traversée par la Suisse et singulièrement le canton de Genève. C'est peu dire que le budget 2012 est, en l’état, inacceptable. Pour sortir de l'ornière où l'a conduit son dérapage non contrôlé, le Conseil d'Etat serait avisé de collaborer à un réexamen des charges plutôt que de proposer des augmentations d'impôt. Sinon, le vote du budget 2012 par le Grand Conseil, en décembre 2011, risque d'être chahuté. Il est vrai que Genève a déjà connu des régimes de douzièmes provisoires, et y a économisé plus que des fifrelins.

 

Certes, on peut noter avec satisfaction, dans le projet soumis à l'examen des députés, l’accent mis en faveur des politiques publiques de sécurité et de justice. Ou encore la poursuite, à un niveau historiquement inégalé, de la politique d’investissement de l’Etat, avec des dépenses prévues de 986 millions, afin d’améliorer les conditions-cadre offertes aux habitants de ce canton.

 

Mais la présentation du budget  par le Conseil d’Etat genevois a surtout mis en évidence, les effets de la crise économique et financière mondiale sur les recettes cantonales par rapport aux prévisions du Plan financier quadriennal (PFQ) 2011-2014. Cela se traduit par une différence de près de 150 millions, que le Conseil d'Etat qualifie de déficit structurel. On relèvera toutefois que si les recettes fiscales provenant des entrepriss sont à la peine, celles qu'offrent à l'Etat les personnes physiques continuent de progresser. La croissance économique et les l'attractivité fiscale ont décidément du bon !

On pe peut toutefois passer sous silence, dans la recherche des éléments explicatifs de l'importance du déficit prévu pour 2012, les différentes hausses des dépenses proposées par ce Conseil d'Etat ou son prédécesseur. Elles ont eu en effet pour conséquence d'augmenter les charges salariales,  du passage au 13ème salaire à l'engagement de plusieurs centaines de collaborateurs. Ce projet de budget se caractérise ainsi par une forte croissance des charges de fonctionnement, fort délicate dans la conjoncture présente. Quand d’autres pays sont plongés dans la crise, le conseil d’Etat croit encore possible d’augmenter de 3% les charges de l’Etat, bien au-delà des engagements figurant dans son PFQ du 29 septembre 2010 (2,4%) !

 

Plus inquiétant encore: la volonté exprimée par le Conseil d’Etat de résorber le déficit structurel, estimé à hauteur de 150 millions de francs, par des mesures affectant aussi les recettes, et pas seulement les dépneses. Si ça ne ressemble pas à une annonce de hausse d'impôt, on se demande ce qui peut se cacher derrière cette annonce. Or, sans même insister sur les initiatives annoncées par le parti socialiste genevois qui auraient pour conséquences de priver le canton de recettes fiscales pour plus d’un demi-milliard de francs, on connaît l'opposition des Genvevois à toute augmentation d’impôts, voire les plébiscites avec lesquels ils ont accueilli les propositions de baisse de la fiscalité.

Bref, un réexamen rapide des effectifs non affectés à des prestations à la population s'impose. Après P1 et P2, à quand P3 ? Car il y a encore à élaguer sans toucher aux prestations ni aux service à la population.

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20/09/2011

La Grèce exclue de l'espace Schengen

Avant son exclusion possible de la zone Euro, voici la Grèce déjà exclue de facto de l'espace Schengen. Tel est l'un des effets de la proposition de révision, présentée par la Commission européenne, des règles de fonctionnement de l'espace Schengen. Tentant de reprendre la main, après les décisions danoise de rétablir de façon permanente les contrôles à sa frontière et française de fermeture temporaire de la sienne avec l'Italie, à Ventimiglie, dans la foulée de la révolution tunisienne dite de jasmin, la Commission européenne n'est pourtant pas au bout de ses peines. Certains pays se rebellent déjà contre un renforcement du pouvoir de l'UE. Quant à la Suisse, membre dudit espace, elle avait fait part avant l'été de son opposition formelle à toute cession de compétences à Bruxelles. Précisions.

Deux pas en avant, un pas en arrière. Voilà le résumé de la proposition de la Commission européenne. D'un côté, elle raccourcit de 30 à 5 jours la durée de fermeture exceptionnelle des frontières nationales, en cas d'urgence. Et pour prolonger ces périodes, les Etats devront demander l'autorisation à Bruxelles et justifier leurs requêtes. En contrepartie, les raisons pour les Etats de demander une fermeture exceptionnelle sont augmentées : outre les menaces terroristes et de grands événements, sont désormais aussi comprises une vague d'immigration massive et des défaillances d'un Etat membre de l'espace dans la surveillance de sa frontière. Soit une disposition qui vise directement la Grèce, incapable d'assurer la surveillance de la frontière extérieure de l'UE avec la Turquie et, accessoirement, avec la Bulgarie.

C'est peu dire que ces propositions, qui doivent encore être entérinées par les Etats membres de l'UE et par le Parlement européen, n'enthousiasment pas certains des 27. Dont notamment la France, l'Allemagne et l'Espagne qui craignent l'entrée dans Schengen de la Roumanie et de la Bulgarie. Les propositions de la Commission risquent fort d'être retoquées, au nom des intérêts nationaux. Ce n'est en tout cas pas la Suisse qui s'en plaindra.  

Car même si l'espace Schengen est une réalisation spectaculaire "tangible, populaire et qui fonctionne", selon la commissaire européenne Malmström, en charge du dossier, permettant à des centaines de milliers de personnes de franchir chaque jour les frontières intra-schengeniennes, des effets collatéraux sont à mettre à son passif. Singulièrement l'utilisation de cette liberté facilitée de déplacement par des délinquants transfrontières. Cette liberté est d'autant plus grande que l'UE a connu une croissance forte voire peut-être trop rapide du nombre de ses membres. Et assurément trop laxiste quant aux facilités qui leur ont été offertes. De la monnaie unique, proposée à des Etats tricheurs telle la Grèce, à un espace de libre circulation insuffisamment.

Ce contexte justifie encore plus la décision de la Suisse de poser des dispositifs électroniques de surveillance des véhicules à certains points de passage de la frontière nationale. Mais pas encore à tous. Or c'est là un objectif indispensable. Aux membres du futur Parlement fédéral de s'y atteler en votant les crédits nécessaires.

   

 

  

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16/09/2011

Isabel Rochat chez les Experts Manhattan

En apparence, Isabel Rochat est allée à New York pour comprendre pourquoi la ville de la Statue de la liberté avait gagné la guerre contre le crime. Et surtout pour en importer les meilleurs pratiques, "the best practices", du moins celles qui peuvent traverser l'Atlantique. Les aspects techniques de cette visite sont importants, mais ils concernent avant tout les spécialistes sur le terrain, soit les responsables de la police cantonale, sans oublier ceux des polices municipales et des gardes-frontière. 

En réalité, Isabel Rochat est allé à New York pour donner à la population genevoise le symbole et le message attendus de sa conseillère d'Etat. Le symbole, c'est un voyage dans la ville dont un maire, Rudolph Giuliani, a retourné, a transformé l'insécurité en sécurité pour ses habitants. Et le message donné aux citoyens honnêtes comme aux hors-la-loi, c'est que les ans sinon les mois de l'insécurité, à Genève, sont comptés parce que la responsable politique en a décidé ainsi.

"(Le ministère de) la Guerre est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux généraux", comme disait Clémenceau, « premier flic de France ». De même, la sécurité est une affaire trop grave pour être laissée aux seuls policiers. Isabel Rochat a compris que c’est d’abord son sa responsabilité, sa mission. Contrairement au chef de la police jurassienne qui prétend que la guerre contre l'insécurité est perdue  (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/09/04/1.html).

Quels enseignements a-t-elle probablement tiré de ses entretiens? Primo, que la répression est essentielle, pour autant qu'elle puisse être mise en œuvre, de l'arrestation du délinquant à sa condamnation puis à l'exécution de sa peine en prison. Des lois doivent certes être modifiées, mais un état d'esprit offensif doit régner. Secundo, que la collaboration transversale et entre niveaux des pouvoirs est importante, notamment pour la prévention du crime. La sécurité, c'est l'affaire de tous, et pas seulement de la police cantonale. De l'école comme de la police municipale et des juges. Tertio, que la tolérance zéro, dès le premier délit, même mineur, est un message fort. Même si, dans certains cas, la sentence semble lourde. Mais il faut savoir ce que l’on veut, et être prêt à en assumer les conséquences. Les jérémiades, ça suffit. Quarto, que l'augmentation des forces de police, présente à toute heure sur le terrain, est nécessaire pour faire passer le message aux délinquants: les zones ou les moments de non-droit, c'est fini. 

Si telles devaient être les suites de sa visite, il y a fort à parier que la traduction sonnante de cette volonté politique dans le budget 2012 sera entendue d'une majorité de députés, en tout cas à droite. Quitte à ce que ce soit au détriment trébuchant d'autres politiques publiques, en ces temps d'incertitude économique, de probable baisse des recettes fiscales et donc de déficit public... explosif.    

 

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15/09/2011

Pour pallier la pénurie d’ingénieurs, rien ne vaut les ingénieures !

Genève vient d’héberger le congrès mondial des ingénieurs. Le constat qui y a été fait pour la Suisse ne manque pas d’inquiéter. Ce pays, avec un taux d’ingénieurs de 2,7 pour mille employés, supérieur à la moyenne des pays européens (1,9), en manque cruellement. Pire : le déficit va empirer pour cause de départs massifs à la retraite et de diminution relative du nombre d’étudiants en ingénierie. De plus, hommage rendu à leurs compétences, les ingénieurs sont particulièrement appréciés des entreprises pour y faire autre chose que de l’ingénierie. Une chose est sûre : en 2009, la pénurie était déjà de 14 000 personnes.

Si cette tension du marché du travail pousse globalement, à quelques exceptions sectorielles près, les salaires des ingénieurs à la hausse, elle pèse en revanche sur les possibilités des entreprises d’accepter des mandats. Sur un plan macro-économique, la croissance du PIB est freinée, à hauteur de 2 à 3 milliards par an (environ 0,5% du PIB). 

Deux solutions sont proposées pour sortir de ce problème structurel : attirer davantage d’étudiants et surtout d’étudiantes vers les formations d’ingénieurs ; importer des ingénieurs formés à l’étranger. La première est meilleure que la seconde, en raison notamment de l’excellence de la qualité des hautes écoles de ce pays, mais aussi parce que plus sûre. Les pays proches savent en effet aussi courtiser leurs diplômés en ingénierie, raison pour laquelle les entreprises suisses doivent recruter toujours hors de l’UE, non sans rencontrer des difficultés pour obtenir des permis de travail.

Paradoxalement, un chiffre offre une lueur d’espoir : la part des femmes actives dans ces professions n’est que de 9% par rapport au total des ingénieurs, nettement moins que dans la plupart des pays européens. La marge de progression est donc fortissime. Des frémissements sont d’ores et déjà observés : la proportion des étudiantes en ingénierie a ainsi passé 20% en 2000 à 27% en 2009. Pour renforcer cette timide tendance, des mesures claires permettant de concilier vie professionnelle et familiale auront un impact certain.

Plus généralement, le regard porté sur les sciences et les techniques à l’école obligatoire doit évoluer. Du côté des enseignants comme des parents. Et puis, dans un monde de peur du lendemain, savoir qu’un emploi est quasi garanti à la sortie n’est pas un mauvais argument. Enfin, ne serait-ce que pour contrecarrer des baisses récentes, les budgets publics affectés aux sciences de l’ingénieur méritent de prendre l’ascenseur. Améliorer les conditions-cadre, c'est-à-dire investir pour le futur, ce n’est pas gratuit, mais ça rapporte gros.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 16 septembre 2011)

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12/09/2011

Knie retranché dans Fort Plainpalais

Dans toute les 41 villes suisses où le cirque national fait sa tournée annuelle, Knie peut se contenter de mesures de sécurité normales. Mais pas dans la 42ème. A Genève, en effet, les responsables du cirque sont forcés de mettre des barrières de sécurité spéciales autour du zoo, des caravanes et des voitures du personnel, selon le Matin du 11 septembre 2011. Non sans humour, une caissière prend acte de cette situation: "aujourd'hui, ce ne sont plus nos animaux qui sont en cage, mais les humains". C'est situation, unique, est inacceptable.

Elle est inacceptable non pas - ou pas seulement - parce qu'elle implique une dépense de 20 000 francs supplémentaires pour la seule sécurité. Elle l'est aussi parce que la Ville de Genève a l'indécence de demander à Knie de payer 49 0000 F pour la remise en état du ghorr (grrrr....), le sol rougeâtre qu'elle a fait venir du Beaujolais sans se soucier des coûts d'entretien. Bel exemple de privatisation du coût des erreurs de gestion. Ou encore à cause d'un prix du terrain public loué à un prix de plus en plus fort. C'est vrai qu'en Ville, les PME, on n'aime pas. Et les problèmes de gestion, on ne connait pas.

Cette situation est surtout inacceptable parce que la Ville n'est pas capable d'assurer la sécurité de ses hôtes. Après les tournées dans les hôtels pour conseiller aux touristes de rester à l'abri, voilà revenu le temps des camps retranchés. A quand le retour des portes de ville fermées la nuit ?... Une chose est sûre. Avec la plaine de Plainpalais transformée en Fort Alamo, et les Knie en tuniques bleues, les enfants n'ont plus besoin d'aller voir des westerns. La réalité genevoise dépasse désormais la fiction. Il ne manque plus que des poursuites avec chevaux, voire éléphants courant derrière les voleurs...

Dans cette réalité, les forces de l'ordre sont une nouvelle fois trop peu nombreuses pour faire régner l'ordre que connaissent les autres villes suisses. Même Zurich ou Bâle qui ne sont pas des bourgs, quand même. A propos, les agents municipaux pourraient bien faire quelques heures supplémentaires, non ? Juste pour compenser l'effet désastreux de l'abandon du domaine public à la chienlit. Juste pour sauver l'image de la Ville. A moins que les lions ne soient plus dissuasifs... Re-grrrr !

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08/09/2011

Bellum pro lingua latina continuat (bis)

Le latin a gagné une victoire, mais pas la guerre. Voilà ce que démontre sa place en forme de strapontin en 1ère année du Cycle d'orientation. En clair, il n'a pas disparu du programme, grâce à la pétition déposée par 17000 valeureux et au soutien d'une large majorité du Grand Conseil, tous partisans du maintien de l'enseignement de la langue et de la culture latines. Mais il n'y occupe désormais plus qu'une place congrue qui ne garantit en rien sa survie réelle dans la suite des études. C'est pourquoi il est essentiel que la mobilisation en sa faveur continue. Notons toutefois qu'il aurait pu disparaître complètement, pour éviter de jouer aux esprits chagrins !

A ce titre, l'arrivée dans les classes - qui a suivi de quelques jours à peine sa découverte par les enseignants désignés à son enseignement - d'un manuel, en fait une brochure de 160 pages joliment illustrées, a ainsi démontré qu'il était possible de fournir un matériel pédagogique aux élèves. Même au forceps. A contrario, qu'étaient infondées les craintes, exprimées dans les hautes sphères du DIP, selon lesquelles il était quasiment impossible de se plier à la volonté des députés et à la vox populi de maintenir le latin en 7ème du CO (9è HarmoS).

Pour l'avoir feuilletée, j'en conclus qu'elle correspond très bien à l'intention du DIP de dispenser une sensibilisation à la culture latine. A la culture certes, mais pas vraiment à la langue. Réussir à maîtriser une phrase avec subordonnée telle que "corvo decepto, vulpes gaudet" (après avoir attrapé le corbeau, le renard se réjouit), au  terme de 14 étapes de grammaire ne paraît pas relever des sept premiers travaux d'Hercule. Mais au moins ceux qui n'auront été que sensibilisés à la civilisation de Rome auront appris quelque chose de la conception de la famille, de l'éducation du jeune Romain et du panthéon des dieux de ce temps-là.

N'empêche que des problèmes se posent, car la situation actuelle n'est pas satisfaisante. Loin de là.

Passons sur cette rentrée, et le stress des enseignants qui l'a accompagnée. Des enseignants dont la formation n'est pas nécessairement adéquate puisque pour certains d'entre eux, ils n'ont jamais étudié le latin, du moins à l'université, mais seulement sa fille aînée, le français. Gageons qu'ils réussiront à étendre leurs compétences en quatrième vitesse. Car le défi qui leur a été imposé est d'intéresser à notre héritage latin les regroupements R1 et R2, c'est à dire les futurs apprentis et élèves des écoles de culture générale. Après un an, voire deux, il sera possible de dresser un premier bilan de cette volonté de démocratisation de la culture, à raison d'une heure par semaine pendant un an. En fait un simple apéritif culturel.

Un deuxième problème est l'importance que vont accorder les élèves à un enseignement qui ne comptera que pour 10% de la note de français du troisième trimestre. "Ils font semblant de me payer, je fais semblant de travailler". Ce qui était une plaisanterie de l'ex-URSS risque de trouver un nouvel emploi au CO genevois.

Troisième problème ou troisième défi, le sens qui sera donné par les élèves du regroupement le plus élevé (classé en troisième lieu dans lA "novlangue" orwellienne du DIP, où les premiers sont les derniers - pour ne pas trop ambitionner à dépasser les derniers ?...) à la seconde heure de latin dont ils bénéficieront en troisième trimestre. Vont-ils accepter de gaîté de coeur d'étudier une heure de plus, méritant ainsi l'excellence supposée de leur regroupement, ou ne se mettront-ils pas plutôt à détester une matière qui les éloigne de leurs divertissements favoris ? La réponse, empirique, sera donnée en 10ème HarmoS, par le pourcentage d'élèves qui choisiront de poursuivre l'étude du latin.

On peut toutefois nourrir quelques craintes, quand on voit la facilité avec laquelle les signatures contre le rétablissement d'une matinée d'enseignement le mercredi ont été réunies. Tous dans notre société ne privilégient ni l'effort, ni l'étude, ni la culture. Il est nécessaire de le... savoir.

 

 

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04/09/2011

Sécurité: le défaitisme inacceptable du chef de la police jurasienne

Olivier Guéniat, chef de la police jurasienne, est probablement un excellent organisateur quand il propose la mise sur pied d'une police romande qui pourrait dégager "plusieurs centaines d'agents pour Genève" (Le Matin du 4 septembre 2011). Mais un organisateur qui a baissé les bras face à l'augmentation de la criminalité. Et qui semble faire fi des expériences étrangères démontrant que l'on peut juguler la ciminalité, comme à New York (http://fr.wikipedia.org/wiki/New_York). Il est vrai que la Cité de la pomme est par la taille inférieure (789 km2) à la République et Canton du Jura (838 km2). Mais pas par la population... C'est dire si son analyse de la criminalité est partielle quand il n'évoque que les éléments en expliquant la crue, et aucun pour en attendre la décrue.

Admettons donc qu'"il ne soit pas nécessaire d'être un policier genevois pour travailler à Genève", que la création d'un pool de plusieurs centaines de policiers soit une approximation correcte et qu'au surplus le nouveau code de procédure pénale rende cette perspective possible. On ne boudera pas son plaisir devant tant de bonnes nouvelles, du moins sur le plan théorique.

On reste en revanche plus sceptique face à son analyse de l'augmentation de la criminalité en Suisse. Le développement démographique, l'"européanisation", la vie nocturne sont mis en cause. "L'augmentation de la criminalité est une conséquence logique de tous ces changements". Il est vrai que New York, pour en rester à cette comparaison, se dépeuple, se "démétisse" et va au lit à 10:00 p.m., surtout à Broadway, autant de raisons qui en expliquent la baisse de la criminalité...

Et arrive son constat qui troue l'air comme une balle de Smith & Weson. Question: "On ne va donc jamais retrouver une Suisse paisible?" Réponse: "Non, il faut accepter qu'on ne revienne pas en arrière".

Eh bien non, je n'accepte pas. Je n'accepte pas cette vision de l'histoire linéaire. Je n'accepte pas ce défaitisme. Je n'accepte pas qu'un chef de police cantonale annonce haut et fort que les citoyens doivent s'adapter, s'habituer la violence ambiante. Je n'accepte pas que la rue appartienne à ceux qui l'envahissent, en en chassant le citoyen lambda, surtout s'il est âgé ou de sexe féminin. Je n'accepte pas cette banalisation de la violence.

Comme je n'accepterais pas que l'hypothétique mise à disposition d'un pool de plusieurs centaines de policiers romands soit sans effet sur la criminalité vécue par les Genevois. Car de deux choses l'une. Soit la présence policière, sous diverses modalités d'intervention, a un effet, soit elle n'en a aucun. Or je n'ai entendu personne conseiller la suppression de la police au motif que cela ne changerait rien à l'insécurité.

Il faut donc davantage de forces de l'ordre dans la rue, patrouillant sur l'ensemble du territoire cantonal, de jour et surtout de nuit, et surtout les nuits de fin de semaine. Avec actuellement 90 à 100 personnes (voir ma note sur ce blog "La nuit, la plupart de nos gardiens dorment"), on admettra que l'on est loin, mais vraiment loin du compte.

Et il faut à la tête des forces de police des responsables qui justifient la confiance que la population suisse en général, genevoise en particulier, place en ses policiers cantonaux, municipaux ou ses gardes-frontière. Après de telles déclarations, Olivier Guéniat a un sacré déficit à combler s'il entendait postuler au commandement d'une police romande.

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02/09/2011

L’école opaque: non merci ! par Pierre Weiss

L’école fait sa rentrée. Dans tous les cantons romands, il y a l’entrée en vigueur d’HarmoS, l’harmonisation des contenus  de l’école obligatoire ; dans le canton de Vaud, le vote sur l’organisation en filières de l’école secondaire obligatoire. Cette actualité renvoie à un enjeu capital, la qualité de la formation. Qui en cache un autre, la transparence des résultats obtenus par l’outil étatique le plus important pour l’avenir du pays, qui pèse de plus de 30 milliards sur les finances publiques helvétiques, le deuxième poste derrière les dépenses sociales.

 

Car comment être sûr de la qualité de l’école si le voile du secret la recouvre ? Faut-il laisser les entreprises faire le tri lors de la signature des contrats d’apprentissage ou, plus tard, lors de l’engagement des diplômés des HES, EPF et autres universités ? Faut-il attendre que des fuites permettent d’être informés de résultats que les directeurs d’école enfouissent des coffres-forts à combinaison inviolables ? Car le paradoxe est que les évaluateurs par excellence que sont les enseignants n’aiment pas être évalués et que les responsables de l’éducation, du moins en Suisse, refusent voire dénigrent, sous mille prétextes, la pertinence des comparaisons.

 

Cette situation n’est plus tenable. Les justifications du secret bancaire, fiscal ou médical ne peuvent leur servir d’analogie ; ces élus se trompent qui refusent le contrôle démocratique permis par la publicité des classements des écoles.    

 

Une chose est certaine s’agissant de la qualité de la formation. Ce ne sont pas les structures seules qui garantissent une acquisition efficace des connaissances, mais un climat général de respect, de la part des parents et des élèves, face au savoir et à ceux qui le dispensent, de même que des programmes exigeants et des enseignants compétents (voir aussi http://www.strategie.gouv.fr/content/que-disent-les-reche...).

 

Pour les programmes, le temps viendra où l’ensemble du système de formation devra rendre des comptes, d’HarmoS aux masters et programmes doctoraux impulsés par la réforme de Bologne en passant par la maturité à options hyper-multiples. Pour les enseignants, confrontés à une baisse de leurs effectifs pour des raisons démographiques, mais aussi parce que le prestige rattaché à leur profession s’est délité, la crainte d’un bradage de la formation, exprimée par le président des enseignants romands (Tribune de Genève du 31 août) mériterait d’être entendue. Encore faudrait-il pour cela qu’il mette aussi en avant une élévation des exigences, et pas simplement un allongement quantitatif de la durée de la formation. Une fois de plus. Une fois de trop.   

(Editorial paru dans Entreprise romande du 2 septembre 2011)

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28/08/2011

La nuit, la plupart de nos gardiens dorment

La liste des effectifs des forces de l'ordre faite par la Tribune de Genève du 27 août 2011 est impressionnante à première vue. Sauf qu'elle est imprécise et incomplète, au point de donner une illusion de sécurité, surtout la nuit. Essai de se rapprocher de la réalité. La journaliste de la Tribune a en effet raison de dire que "chercher à connaître les effectifs, c'est s'attaquer à un coffre-fort sous haute protection". Au risque de se faire embastiller ?...

A première vue, il y aurait 1694 postes dans la police, 205 dans les polices municipales et 336 gardes-frontière, soit un premier total global de 2235 postes. Sauf que l'on ne peut faire cette addition - une erreur dont se garde bien la Julie - sans mélanger des pommes et des poires. En effet, le vrai total des forces de l'ordre implique de commencer par enlever 395 postes administratifs des effectifs de la police. Soit un nouveau total de 1840 postes. Duquel il faudrait encore déduire les postes à vocation administrative des douanes et des polices municipales (qui servent à décharger les forces de l'ordre de tâches qu'elles n'ont pas vocation à accomplir). Ou être sûr qu'il n'y en a pas. Supposons donc un premier effectif global de 1800 personnes.

Reprenons, car ces totaux théoriques, surtout le premier, sont surtout intéressants à des fins statistiques ou lorsqu'il s'agit de voter les budgets. Ce qui intéresse le citoyen, c'est de savoir combien l'Etat (Confédération, canton et communes) affecte d'hommes et de femmes à sa sécurité nuit et jour. Or, c'est là que les choses se gâtent, surtout la nuit.

Selon les données extraites au chalumeau du coffre-fort..., il y aurait le jour, sauf circonstances extraordinaires, 264 policiers (gendarmes, inspecteurs de la police judiciaire, policiers relevant de la sécurité internationale), 205 agents municipaux (dont 98 en Ville de Genève) et 60 gardes-frontière (dont 25 en patrouille sur le territoire cantonal). Soit un second total allant de 494 à 529 personnes que nous arrondissons à 500 personnes. Sauf que les agents municipaux ne sont pas armés et ont des compétences qu'on qualifiera de gardiens de la paix, ce qui est déjà une noble mission. Mais, pour faire face à la violence, à la criminalité, pour faire régner l'ordre, il ne reste que les policiers et les gardes-frontière. Soit un premier total opérationnel de 300 personnes.

Et la nuit fond sur Genève. Comme fondent les effectifs affectés à la sécurité de ses habitants. Il ne reste alors plus que 80 policiers, toutes catégories confondues et 20 garde-frontière (dont 12 sur le territoire). Mais aucun agent municipal - là, le calcul est vite fait. Soit un second total opérationnel de 90 à 100 personnes.

Ce dernier chiffre est inquiétant. Il ne traduit cependant qu'imparfaitement la réalité qu'il exagère. En effet, il faudrait lui ajouter les effectifs des diverses sociétés de sécurité privées, pas plus armées au demeurant que les agents municipaux, mais au moins présentes la nuit, qui ont progessivement été amenées à occuper le terrain délaissé ou jamais occupé selon le type de forces de l'ordre. Un chiffre que nous ne manquerons pas de rechercherpour l'actualiser. En 2005, l'Hebdo l'estimait déjà, pour 80 agences, à 2650 personnes ! (http://www.hebdo.ch/dans_la_jungle_des_polices_priveacutees_21170_.html) alors que, selon le Matin, leur nombre aurait dépassé 13000, en 2009, pour l'ensemble de la Suisse (http://www.lematin.ch/actu/suisse/la-suisse-compte-quasi-autant-de-gardes-prives-que-de-policiers).

La nature a horreur du vide. La sécurité aussi. Aux pouvoirs publics d'en prendre la mesure, notamment la nuit, car dans le canton de Genève la situation actuelle n'est plus acceptable. On n'a pas encore entendu que cela fasse partie des priorités de la très prolixe cheffe de la police.

 

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25/08/2011

Le médecin, le stérilisateur, le bureaucrate et Gribouille

Il était une fois des médecins qui stérilisaient leurs instruments de petite chirurgie dans leurs cabinets, selon leurs propres règles. Le système fonctionnait bien, les médecins ayant un intérêt évident à ce que leurs instruments n'infectent pas leurs patients ! Mais l'Etat - en l'espèce le médecin cantonal - s'est mêlé de ce qu'il croyait être de sa compétence. Les médecins ont dû acheter des stérilisateurs prescrits par les bureaucrates. Comme on pouvait s'y attendre, ces stérilisateurs coûtent non seulement plus chers à l'achat, mais aussi à l'entretien. Les médecins doivent aussi noter chaque stérilisation, ainsi que chaque numéro de lot utilisé pour chaque patient. Pourquoi pas? En fait, pourquoi?

Car pareille intervention se justifierait s'il y avait des risques réels pour les patients. Or les risques, un concept statistique, ont été dans ce domaine à ce point infimes que le canton de Genève n'a pas enregistré le moindre accident au cours des dix dernières années. En revanche, le le coût pour le médecin et son travail administratif ont enflé inutilement. Au bout du processus, le temps passé à soigner a diminué au profit - si l'on ose dire - du temps improductif, passé à remplir des formulaires superflus. Des formulaires que des fonctionnaires devront ensuite contrôler, pour constater l'absence des problèmes qui résume la situation de départ, ce qui ne les motivera certainement pas. 

Morale de l'histoire: quand on ne fait pas confiance à une éthique professionnelle, quand on veut une société de risque zéro, on met sur pied une machinerie aussi complexe et coûteuse qu'inutile. Cette course à l'inefficience est à l'évidence absurde. Elle est aussi néfaste, car elle nourrit le sentiment que l'Etat n'est pas capable de s'autoréguler, contrairement aux médecins qui stérilisaient comme des grands leurs instruments sans que Big Brother ne s'en mêle. Voilà au passage un exemple de ce qu'entend éviter à l'avenir le PLR. Les libéraux-radicaux grâce à son initiative "Stop à la bureaucratie inutile !". A propos, l'avez-vous signée ?

Cet exemple n'est qu'un micro-exemple qui rend compte de l'emprise de plus en plus pesante des contraintes bureaucratiques sur l'organisation et le temps de travail d'une profession. Sans se rendre compte qu'elles contribuent à détériorer l''efficience du système de santé. Gribouille n'aurait pas fait mieux. A quand une évaluation indépendante de la pertinence de cette mesure ?  

  

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23/08/2011

Cornavin: un granit glissant pour les verts

Les CFF ont offert un lifting et des soins anti-âge à Cornavin. De quoi donner encore plus envie de voyager en train ou de faire ses achats à la gare. La nouvelle Ouest vient en effet d'être ouverte au public, toute de lumière et de granit jaune.  Mais les premières critiques ont déjà fusé, parce que... "les Genevois sont comme ça". Trop glissant, ce granit, pour des semelles mouillées. Peut-être. Et puis, comble du comble, importé, ce même granit. Comme les montres genevoises vendues à Bombay. Or le rêve d'autarcie de certains doit être combattu pour éviter le cauchemar de la décroissance pour tous. 

A témoin, une petite phrase, pas bien méchante, mais néanmoins typique d'une mentalité de repli perdant-perdant. Lors de la cérémonie d'ouverture, la conseillère d'Etat Micheline Künzler a ainsi émis un regret: "j'ai cru comprendre que le granit venait d'Inde". D'Inde ou d'un ailleurs plus proche - selon mes sources, ce serait plutôt l'Italie -, mais pas de Suisse. Cette remarque "en passant" sera appréciée à sa juste valeur par les collaborateurs des entreprises exportatrices de ce canton et par les partisans du développement économique du Tiers Monde.

En effet, si dorénavant le granit doit venir du Grimsel, les légumes et les fruits bio de la plaine de l'Aire, le fromage de l'Etivaz, la viande du Simmental, bref, si l'objectif est de parvenir à l'autosuffisance, de la roche la plus dure aux entrecôtes les plus tendres, il va falloir expliquer aux entreprises d'exportation vers quels marchés se réorienter. Et comment payer les salaires de leurs employés. Car lorsque chacun se sera barricadé chez soi, à l'intérieur de ses frontières nationales voire cantonales, tant qu'à faire, il ne restera pas beaucoup de marge de manoeuvre pour conserver les places de travail.

Second problème posé par le repli sur le Réduit du coteau de Bernex, les pays du sud au développement qui patine, en Afrique plus qu'en Asie, vont se retrouver dans un état de pauvreté accrue. Leurs exportations baissant, leurs importations finiront par suivre la même courbe. Cerise amère sur un gâteau sec, il sera bien difficile, ce jour-là, de trouver des moyens pour financer les programmes d'aide au développement - et les salaires des coopérants. 

Bref, si la règle de base en matière de commerce international devient "ferme-toi et le Ciel t'aidera", il y a fort à parier que les besoins d'aide croissent aussi dans des pays du nord frappés de décroissance. Mais n'est-ce pas aussi un rêve vert ?  

 

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