22/08/2011

M. Poggia et le péché par omission

Mauro Poggia a beau s'être converti à l'islam, il doit quand même garder en mémoire des leçons du catéchisme catholique de son enfance la notion de péché par omission. Et le mensonge, même le demi-mensonge, est un péché, pour le catholique qu'il a été. Comme d'ailleurs pour le musulman qu'il est devenu.

C'est ainsi que les accusations portées par son ami député et président de son Mouvement contre la "racaille" qu'il faut laisser "là où elle se trouve, c'est-à-dire de l'autre côté de la frontière" "oublient" deux éléments. Primo, il y a malheureusement des délinquants habitant à l'intérieur de ce canton, qui y sont nés et sont même suisses d'origine pour nombre d'entre eux.

Secundo, et c'était l'objet de mon intervention, de l'autre côté de la frontière habitent des êtres humains dont la grande majorité n'appartient pas à la catégorie de délinquants mise en cause. Certains sont nécessaires à l'économie genevoise, comme les infirmiers et infirmières qui ont soigné à l'hôpital cantonal le même député ou qui font lever le pain dans la boulangerie bernésienne d'un ex-député du même parti; d'autres sont même administrateurs d'une société qui emploie une députée, toujours du même parti, qui n'hésite pas à se présenter comme syndicaliste des seuls Genevois !

Ces paradoxes individuels doivent être soulignés. Ils mettent en fait en évidence les incohérences humaines que M. Poggia devrait avoir la décence de ne pas oublier. Mais peut-on vraiment le reprocher à cet homme pressé d'être élu, au point de ne pas pas étudier les propositions de ses adversaires politiques ? Lui qui avouait avoir abandonné son parti précédent, le PDC, en faveur du MCG, par opportunisme: «Nous sommes tous un peu opportunistes, répond-il. Le MCG m’offre un tremplin que le PDC m’a refusé.» (http://archives.lematin.ch/LM/LMS/-/article-2009-07-329/i...)

En outre, sur le fond, M. Poggia semble ne pas avoir compris que la démarche du PLR, que j'ai initiée en accord avec le président Pelli qui connait le même problème au Tessin, consiste à renforcer la protection de la population de ce pays dans le respect de l'accord de Schengen signé par la Suisse et ratifié par ses citoyens.

Au lieu de réclamer un illégal retour des gardes-frontière à la frontière, je propose une augmentation du nombre des gardes-frontière pour la surveillance du territoire à proximité de la frontière, dans les brigades dites volantes, et un contrôle électronique des véhicules, par des caméras, aux points de passage de la frontière.

Or ces mesures sont réalisables si le Parlement fédéral donne les moyens nécessaires. Cela suppose évidemment que ceux qui n'arrêtent pas de se plaindre de la criminalité venant de l'extérieur du pays se rallient au pragmatisme efficace, plutôt que de se cantonner dans des exigences irréalistes, pour continuer de se plaindre que rien ne se passe. Les bases légales pour notre sécurité existent avec Schengen, c'est à nous de rebondir face à la part de criminalité venant de l'autre côté de la frontière en les utilisant à plein régime. 

 

    

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19/08/2011

Schengen+ : le conseil fédéral doit reprendre la main

Assurer la sécurité de la population est un des objectifs de la Confédération. Or, par sa gestion du corps des gardes-frontière qui a oublié l'importance de la présence dissuasive sur le territoire, elle a manifestement négligé cette responsabilité (http://www.ezv.admin.ch/ezv/00434/01475/index.html?lang=fr). Le moment est venu pour elle de reprendre la main, pour ce qui est de sa compétence, au lieu de donner des leçons aux cantons, en l'occurrence à Genève. 

Cela ne fait que donner plus de pertinence encore à mes propositions, résumées par le slogan "Schengen plus pour plus de sécurité", lancées le 1er août à Avusy (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/08/01/l-appel...) et précisées après la lecture qu'en avait faite Pascal Decaillet (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/08/03/la-secu...). Mais fixer de nouveaux objectifs ne suffit pas; il faut aussi proposer des moyens pour les atteindre. Voici mes propositions, mais d'abord quelques remarques.

Il est bon que la Berne fédérale - ou une partie d'entre elle personnifiée par la "cheffe" du Déparrtement des affaires étrangères - prenne enfin conscience de l'insécurité vécue par les Genevois. Il aura fallu qu'un fils de fonctionnaire international se fasse attaquer au centre-ville pour que Micheline Calmy-Rey adresse un courrier à Isabel Rochat. Peu importe les motivations de la première dame du pays et passons sur le fait que l'insécurité était connue des Genevois avant qu'elle ne s'en avise. Car quand la Genève internationale rencontre des difficultés, la Berne fédérale se doit d'intervenir. Elle l'a fait, elle a bien fait de la faire, mais elle ne fait pas oublier tout ce qu'elle n'a pas fait, voire ce qu'elle a défait. Dont l'irresponsable décision de retirer 150 gardes-frontière de la protection du territoire de ce canton pour les affecter au contrôle des voyageurs de l'aéroport international de Genève (AIG). Et les 48 gardes-frontière qui seront affectés au terrain en 2012, quand ils auront fini leur formation, ne compenseront que pour un tiers ce retrait.

Cette décision était en fait doublement irresponsable. Sur le fond, parce qu'elle réduisait quasiment de moitié les effectifs affectés à la sécurité de notre frontière une fois l'Accord de Schengen entré en vigueur, en 2008. Mais sur la forme aussi, puisque la convention conduisant à la fin des activités de la police cantonale à l'AIG a été passée directement entre le Conseil d'Etat et la direction des douanes suisses, comme s'il s'agissait d'une simple affaire administrative. Or on aurait pu imaginer qu'une question de cette importance politique eût pu intéresser le Conseil fédéral. Que nenni ! Une fois de plus, on assiste à une prise de pouvoir rampante de l'administration sur les élus.

Cette décision n'était pas seulement irresponsable, elle était aussi mauvaise. Elle ronge, elle mine, elle détruit de l'intérieur l'identité professionnelle du garde-frontière en le transformant en garde-barrière. Il avait le territoire comme habitat et le ciel comme horizon, elle les remplace par une guérite de verre et un hall d'arrivée. Pas étonnant si la démotivation a conduit les meilleurs d'entre les gardes-frontière, des chasseurs par nature, à réorienter leur carrière. En clair, à démissionner pour devenir gendarme ou agent des polices municipales ou des entreprises de sécurité privées. Alors qu'il aurait été plus simple, plus efficace, plus économique aussi, de recourir à des auxiliaires administratifs, en tout cas pour le contrôle des passeports à l'AIG.

Voilà donc la premier moyen pour récupérer des gardes-frontière sur le terrain. Au lieu de faire suivre une école exigeante de formation aux tâches de gardes-frontière, utiliser pour l'exercice plus simple de tamponner des passeports - c'est à peine une caricature - des détenteurs d'un "simple" CFC. Surtout quand on sait que l'AIG souhaiterait multiplier les points de contrôle pour réduire les temps d'attente des passagers et programme donc une pénurie de personnel !

Mais il ne suffira pas d'avoir un personnel un peu moins étique, c'est à dire en quantité un peu maigrichonne, encore faudra-t-il le garder. Or la suppression de l'indemnité de résidence - environ 3000 francs - octroyées aux gardes-frontière genevois pour attirer des effectifs vers ce canton cher va être supprimée. Un comble ! Non seulement Berne n'en propose pas l'augmentation - qui serait indispensable, compte tenu du différentiel salarial avec les policiers cantonaux ou simplement municipaux - mais elle s'achemine vers la suppression de cet appoint salarial. Comme si les conditions offertes étaient suffisamment attirantes, comme si le marché du travail était  l'équilibre. On croit rêver. La direction des douanes ignore-t-elle les compléments salariaux que certains de ses collaborateurs se sont créé, par exemple en dressant des chiens, pour compenserdes rémunérations trop faibles? D'autre dérives pourraient menacer. Il s'agit donc de se lancer fissa dans une analyse comparative sérieuse des salaires des professions de la sécurité, et de procéder, le cas très certainement échéant, aux adaptations (lire: aux augmentations) indispensables.

Résumé d'étape: plus de gardes-frontière sur le terrain, dont une partie peut provenir de l'AIG et y être remplacée par des auxilaires, au minimum conserver voire augmenter l'indemnité de résidence, sauf à vouloir transformer le ou la directrice des ressources humaines des douanes en Pénélope qui défait la nuit ce qu'elle fait le jour. 

Il y a aussi des bonnes nouvelles. L'autre mesure que j'ai demandée, le contrôle automatique des plaques de voiture aux passages de la frontière, est en passe de monter en puissance. Alors qu'il n'existe aujourd'hui qu'un seul passage équipé (Perly) dans le canton, 38 installations ont été commandées pour être installées à court terme aux frontières genevoises. Et connectées aux systèmes informatiques Ripol, Interpol et SIS. Les voleurs de voiture n'ont qu'à bien se tenir.

Mais Genève n'est pas toute la Suisse. Ces gardes-frontière supplémentaires, ces installations de contrôle devront être déployées sur tout le territoire. Or on en vient à se demander si la direction des douanes a pris la mesure des enjeux. On la sent réactive plus qu'active, d'une grande timidité dans ses demandes au Conseil fédéral. Une mise à plat de sa perception des moyens spécifiques, gestion du personnel comprise, et pas seulement des objectifs généraux, des missions et besoins futurs, pourrait ainsi faire l'objet d'un audit fort utile, même à la direction aujourd'hui en place.

Conclusion: retrouver le nombre de gardes-frontière de 2003 affectés à la surveillance du territoire, comme le promettait le Conseil fédéral lors du vote de 2005 sur Schengen, engager des auxiliaires là où les "chasseurs" ne sont pas nécessaires voire se démotivent, mettre à niveau l'indemnité de résidence, équipper les passages de frontière d'installations de contrôle des plaques de voiture, procéder à un audit du management sont autant de moyens qui permettront à la Confédération d'être crédible auprsè des cantons. Surtout la prochaine fois qu'il lui prendra l'envie de faire la leçon à ceux qui n'ont pas attendu qu'elle se réveille pour se préoccuper de la sécurité de leurs citoyens.

Pour autant, Genève doit aussi faire sa part. La qualité de collaboration entre gardes-frontière et police cantonale, pour prendre cet exemple, doit être au moins aussi bonne qu'entre gardes-frontière et gendarmerie nationale française. C'est dire s'il y aura du pain sur la planche lors de la réunion du 12 septembre 2011 qui mettra à la même table Berne et Genève. On peut en tout cas en attendre une diminution des envois de courrier...  

NOTES :

Genève n'est pas le seul canton concerné par cette décision de retrait des gardes-frontière pour les transférer dans les aéroports. Bâle et Tessin, qui ont tous deux des aéroports internationaux, sont aussi touchés. Au total, 212 collaborateurs de ce corps sont aujourd'hui retirés du territoire pour contrôler les passagers des vols de et vers des pays ne faisant pas partie de l'espace dit de Schengen (http://www.bfm.admin.ch/content/dam/data/sicherheit/geset...). En revanche, Zurich continue de faire contrôler par des fonctionnaires cantonaux les passagers arrivant à l'aéroport de Kloten qui en ce sens est resté "unique".

Dans les faits, cela revient, pour Genmève, à contrôler à l'AIG les voyageurs d'Afrique (443 000 en 2010), d'Amérique du Nord (436 000), d'Asie (508 000) et de certains pays européens extérieurs à Schengen.  (Croatie - 21 000, Irlande - 99 000, Roumanie - 27000, Royaume-Uni - 2 615 000, Russie - 184 000, Kosovo 48 000, Ukraine 12 000), soit un total de 4 393 000 sur 11 402 000 passagers, soit 38% du total. Mais on voit bien que trois fois sur cinq, la tâche revient à contrôler les passagers, souvent des skieurs, de Grande-Bretagne et d'Irlande.

 

 

 

   

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16/08/2011

La protection de la sphère privée est indivisible

La sphère privée n'est pas le domaine public. Ni le champ d'investigation d'administrations publiques, parapubliques ou privées. Cela vaut pour le domaine bancaire. Cela vaut tout autant pour le domaine médical. A juste titre, les banques suisses ont défendu autant qu'elles l'ont pu un atout fondamental face à leurs concurrents étrangers; tous, dans ce pays, ne les ont pas soutenues, notamment à gauche où l'argent est a priori suspect d'avoir été mal acquis. A titre tout aussi juste, la majorité des hôpitaux suisses s'opposent à la transmission de données concernant leurs patients aux assurances maladie. Dans les deux cas, c'est la relation de confiance qui est en jeu. Une relation qui doit être préservée de la manière la plus rigoureuse, la plus absolue possible. Et pour laquelle les soutients les plus larges sont nécessaires.

On peut, on doit comprendre la volonté des pouvoirs publics de défendre l'idée que l'écomomie de la santé n'est pas une abstraction. Les Suisses vivent plus vieux et leur fin de vie mérite d'être entourée des meilleurs soins. Pour autant, l'option de toujours plus de soins toujours plus chers n'est pas économiquement soutenable, quels qu'en soient les demandeurs. Le corps médical est conscient des contraintes économiques; il optimise ainsi la durée des séjours hospitaliers ; les entreprises pharmaceutiques aussi, qui développent des médicaments génériques. Cela ne suffit toutefois pas à brider l'explosion des coûts de la santé. Pas plus que les restrictions articifielles posées par les autorités sur les autorisations de s'installer.

Toutefois, imaginer que l'avantage de livrer aux caisses-maladie les données des patients pour qu'elles contrôlent les factures des malades ne saurait en aucun cas compenser la mise à mort d'un principe fondamental de la relation thérapeutique qui unit le médecin et son patient. On ne fera croire à personne que le personnel des caisses, aussi qualifié soit-il, puisse être mis, au sens strict, "dans le secret" du malade. Il n'a pas prêté serment, lui. Il est exclu de prendre ce risque, au détriment des patients. Que l'hypothèse que ce transfert de données puisse bénéficier aux caisses pour alimenter en information leurs division privée n'a même pas besoin d'être invoquée, tant la rupture du lien symbolique suffit à condamner cette tentative.  

Il est donc sain que l'accord conclu entre H+, l'association des hôpitaux suisses, et Santésuisse ait capoté. La rebuffade infligée par la "base" à ses négociateurs est salutaire. Elle ne doit au demeurant pas être interprétée comme un refus définitif. Il reste en effet trois autres points importants sur lesquels un accord peut être trouvé (indemnisation des investissements, surveillance des coûts, présentation des données de coûts) entre ces deux partenaires. Et puis, s'agissant des données, d'autres modalités peuvent être envisagées, pour autant qu'elles soient mises en oeuvre sous la surveillance du corps médical. 

Bref, qui considère important le libre choix du médecin considérera fondamental la préservation du secret médical.

 

 

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11/08/2011

Sortir du précipice

Pour les chefs d’entreprise, les vacances sont finies ou n’ont même pas commencé. Avec un œil sur la chute des bourses et l’autre sur l’escalade du franc, le strabisme est assuré qui conduit au précipice. Pour certains qui exportent jusqu’à la totalité de leur production, l'enjeu est la survie de leur société comme de ses emplois. Un franc sur deux est gagné à l’exportation : supprimez ce franc et imaginez le résultat ! C’est dire si le moment exige esprit de décision, quant aux mesures à prendre à court terme, et capacité d’anticipation, pour préserver à long terme la position des entreprises suisses face à leurs concurrents.

 

Esprit de décision. Face aux périls, deux écueils sont à éviter : l’inaction et la panique. La première parce qu’elle fait fi des responsabilités qui pèsent sur la nature même de la mission de l’entrepreneur, la seconde parce qu’elle ne garantit que l’échec. Il faut au contraire faire preuve de discernement dans les mesures à prendre. En commençant par dégager des priorités.

 

Certes, la question du prix des biens importés risque de peser de plus en plus sur le pouvoir d’achat des ménages, mais à quoi bon réduire la facture des importations si leur achat n’était le fait que de chômeurs ? Il convient donc de diriger tous les efforts pour éviter pareil marché de dupes. Ce qui suppose, pour la Banque nationale suisse, de reprendre à court terme une maîtrise, au moins partielle, du cours du franc.

 

Capacité d’anticipation aussi. La crise actuelle exige des autorités, encore plus que de coutume, d’améliorer les conditions-cadre des entreprises. A cet égard, toutes les initiatives visant à augmenter le coût du travail sont autant de poids inutiles voire dangereux mis sur les épaules des entrepreneurs.

 

La Suisse fait partie du peloton de tête des économies développées. La santé de ses finances publiques fédérale et dans la plupart des cantons suscite l’envie des pays au bord de la banqueroute ; elle n’est pas pour rien, paradoxalement, dans le pouvoir d’attraction de sa monnaie. Ses infrastructures sont bonnes, la paix sociale et l’esprit de consensus remarquables, et l’on pourrait continuer de décliner la liste de ses avantages comparés. Dont les formations dispensées par ses (hautes) écoles, dans ses entreprises, y compris par la FER Genève, préalables à toute innovation.

 

Lutter ensemble pour l’amélioration de ces atouts est donc l’autre priorité à dégager pour envisager sereinement le long terme. La définition d’exigences professionnelles adaptées à l’évolution des technologies, l’évaluation continue des écoles obligatoires et postobligatoires ainsi que leur notation publique, la formation initiale et continue des employés, enseignants compris, font partie de ces défis communs. Pour sortir aussi ensemble du précipice.

 

(Editorial de la newsletter du 12 août 2011 de la FER Genève - pour s'abonner: www.fer-ge.ch)

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10/08/2011

Hani Ramadan l’imposteur, par Pierre Weiss

Hani Ramadan n’est pas qu’un prédicateur islamiste, partisan de « la lapidation, une mesure dissuasive », c’est aussi un donneur de leçons de paix. Dernier prétexte, les attentats d’Oslo (Tribune du 4.8.11), une victoire de la pensée tribale raciste dont seraient responsables l’extrême droite et le populisme, la perversion de nos démocraties. Bigre !

C'est un sacré coup de chance, pour cet expert en droits de l’homme, que le criminel norvégien ne soit pas un de ces islamistes qui ont ensanglanté le monde à force d’attentats, notamment depuis le 11 septembre 2001. Car il se serait tu. Où sont ses leçons des attentats de la gare de Madrid en 2004 (191 morts) ? Ou du métro de Londres en 2005 (52 morts) ? 

On peut partager sa définition théorique de la pensée tribale raciste : « défendre un individu, quels que soient ses crimes, parce qu’il appartient à une tribu ». Mais on a de la peine à mettre dans le même sac pratique, comme il le fait dans son blog de la Tribune, les seuls exemples qu’il en donne : Polanski, DSK et le sionisme dénaturé en « une idéologie du pouvoir transgresseur de l’argent et de la corruption ». Sauf à vouloir, avec cette dernière caricature et ces amalgames, rappeler quelques souvenirs.

Bref, exonérer l’islam pour accuser l’extrême droite, mettre en cause la pensée tribale raciste (lire aussi chrétienne ou occidentale), cela fait furieusement penser à la parabole de la paille et de la poutre. Et cela révèle l’essence de son imposture : passer pour un homme de paix quand en réalité on attise les conflits. 

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08/08/2011

Tottenham: l'individu, le contexte, la responsabilité

Tottenham, un quartier de Londres, se retrouve dévasté après la mort d'un homme tué par la police. Puis un autre, Enfield, connaît des pillages. Puis des troubles éclatent dans un troisième, Brixton. Et même Oxford Circus où un drôle de cirque conduit à des arrestations. 

Sur la séquence des faits, trop peu de choses sont connues. C'est ainsi qu'on ne sait pas quelle est la responsabilité initiale de la police. Ni celle de l'homme qui a succombé à un échange de coups de feu dont on apprendra peut-être qu'il était plus démon qu'ange, gangster que paisible père de famille. Au surplus, quelles que soient les responsabilités initiales, elles ne sauraient excuser ni même expliquer les dérapages consécutifs au décès. On voit là la manifestation de dérapages opportunistes que ne saurait justifier une loi du Tallion dévoyée.

Tottenham serait multi-ethnique, pauvre et à haut taux de chômage. Et alors! Si la multi-ethnicité, la pauvreté et le chômage étaient des déclencheurs puissants, ce ne serait pas un, mais dix, cent, mille échanges de coups de feu auxquels on assisterait chaque week-end à Londres, à Berlin, à Paris et dans tant d'autres villes de province, pour ne pas parler du Tiers Monde. Or ce n'est à l'évidence pas le cas, ni ici, ni là-bas. C'est donc qu'il a y autre chose qu'une causalité faible.

Le contexte est en réalité une pauvre excuse pour expliquer une absence d'analyse des intentions et des stratégies, bref, des rationalités individuelles. Car on pourrait aussi prendre en considération le rôle des substances psychotropes dans l'absence d'inhibition, celui des médias remplis d'images violentes, des milieux familiaux déboussolés et pourquoi pas une architecture criminogène, tant qu'à faire. Le poids de ces différents facteurs ne serait que second en comparaison de la décision de celui/ceux qui a/ont fait usage de violence. Celui ou ceux qui ont tiré d'abord. Ceux qui ont détruit, brûlé, saccagé, vandalisé, pillé ensuite. C'était leur choix, ils pouvaient ne pas le faire. Ils ont prix un risque, celui notamment d'être arrêté et jugé, peut-être tué.

Qu'il y ait dans des circonstances difficiles des gens qui préfèrent agir hors des lois plutôt qu'en respectant l'Etat de droit, cela ne fait pas le moindre doute. Sauf qu'ils ne sont qu'une infime minorité. Mais qu'il s'agit de réprimer, en cas de comportements déviants, pour lui rappeler les repères nécessaires à la vie en société. Pour permettre surtout à la majorité de vivre en paix et en sécurité. Elle y a droit. 

Bref, on ne peut faire l'impasse sur le fait qu'au terme de la chaine des causes possibles des violences urbaines, il y a une décision individuelle, il y a une responsabilé individuelle. A Tottenham, certains ont cru pouvoir jouer avec le feu. Demain montrera la douleur de leurs brûlures et l'ampleur de leur erreur.

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03/08/2011

Sécurité de la Suisse: la vendange avant la grêle. Réponse à Pascal Decaillet

Une grande majorité de la population serait favorable à plus de sécurité aux frontières. Et donc favorable "à la virgule près" aux propositions liées à un Schengen plus, à un Schengen renforcé. Voilà un diagnostic qui rassure. Mais lorsque ces propositions viennent du PLR, s'exprimant via son vice-président, certes candidat au conseil national, s'exprimant à l'occasion du 1er août, elles ne seraient que pur suivisme et électoralisme suspect par rapport aux exigences de l'UDC. Voilà l'appréciation de Pacal Decaillet, commentateur brillant et passioné de la politique suisse et amateur de joutes verbales qui sont le propre d'une démocratie (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch). Une appréciation un peu rapide cependant, pour dire le moins, puisqu'elle confond un accord sur le fond - garantir la sécurité - et un désaccord sur les moyens - Schengen plus contre Schengen moins, voire plus de Schengen du tout. Difficile en outre de faire passer ces derniers pour une reprise de propositions lancées par d'autres puisque, précisément, l'UDC ne les a jamais suggérés et qu'ils se distinguent clairement d'une fermeture de notre frontière. En cela, ils sont donc nouveaux. C'est dire si ici, la vendange arrive avant la grêle. 

Ce n'est effectivement pas trop tard, au moment où Danemark, Norvège et même la France s'essaient, depuis cet été seulement, à évaluer la mise en oeuvre du dispositif de contrôle des frontières résultant du Traité de Schengen. Ce pouvait difficilement être beaucoup plus tôt, alors que les données statistiques suisses sur la criminalité étrangère ne sont publiées que depuis 2010(http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19/04/...).

A cela, j'ajoute des données genevoises qui montrent une augmentation des auteurs d'infraction provenant de la région frontalière de l'ordre de 10% entre 2008, dernière année avant Schengen (instauré en décembre 2008), et 2010 (4877 cas au total en 2010). Une augmentation qui est, pour ces mêmes années, de 27% pour les délinquants provenant de la région lyonnaise, mais pour un nombre de cas bien moindre (295 cas au total en 2010). En cause: des délits concernant les stupéfiants, des dommages à la propriété, des cambriolages, des brigandages, des lésions corporelles simples et des vols, y compris de véhicules, et même du vagabondage. 

C'est en réalité le bon moment, alors que certains, et pas seulement à gauche, nient le problème, par angélisme, par négligence, par crainte de l'affronter, et que d'autres, et pas seulement dans les rangs de l'UDC, ne proposent que des solutions à l'emporte-pièce, sans la moindre réflexion approfondie, et notamment sans se préoccuper des effets en chaîne que déclencheraient leurs prétendues solutions si elles étaient appliquées.

Les premiers ne mettent l'accent que sur les effets positifs de Schengen, certes majoritaires. La liberté de franchir les frontières de Schengen quasiment sans risque d'être contrôlé ne peut que plaire à la grande majorité de citoyens honnêtes avides de libre circulation ; le fait de ne pas avoir à demander un deuxième visa pour visiter la Suisse, quand on est originaire d'un pays hors Schengen, ne peut que satisfaire les hôteliers suisses qui ont déjà fort à faire avec le franc... fort. La fin des queues aux douanes nationales n'est appréciée à sa pleine valeur que quand l'article 23 des dispositions d'application de Schengen se traduit par le rétablissement du contrôle systèmatique à la frontière - on sait alors la valeur de ce qui nous manque et on en a vu les effets lors de l'Eurofoot et surtout lors du G8 d'Evian. On doute que les personnes habitant de l'autre côté de la frontière, Genevois compris, et travaillant en Suisse en souhaitent la pérénnisation. Une pérénnisation que Schengen ne permet pas. Je me souviens encore de la queue provoquée par la douane de Perly, avant l'ouverture de l'autoroute de contournement, qui commençait au pont de l'Ecu en pleine saison touristique ! Est-ce cela que nous voulons? 

C'est pourtant ce que propose l'UDC qui exige un contrôle systématique aux douanes nationales. Un contrôle interdit par Schengen, ce que le peuple savait lorsqu'il a voté en faveur de cet accord en 2005. Un contrôle qui conduirait sans guère de doute à la prise de mesures de rétorsion par nos voisins allemands, italiens, autrichiens et français ou par l'UE. Les diplomates suisses négocient encore et toujours avec Bruxelles, dans la logique bilatérale voulue par l'UDC - puisque nous sommes hors de l'EEE que le PLR a soutenu. Une logique à laquelle ce dernier s'est rallié sans arrière-pensée. Ou alors s'agirait-il aussi de torpiller ces négociations bilatérales, comme il s'agirait de mettre en cause les Accords conclus, sans même évoquer ici l'initiative dite du 1er août de l'UDC qui mérite à tout le moins des commentaires critiques ? Outre la sécurité du droit, dont apparemment ces milieux se souviennent comme de Colin-Tampon, il en va ici de l'image de la Suisse, que d'aucuns prendraient pour un pays girouette, versatile. Or nous ne sommes pas le royaume de Danemark qui est en train de rétablir des contrôles aux douanes, en reconstruisant les bâtiments qu'il avait détruits..., mais qui n'a à craindre que le courroux de Bruxelles, et guère plus, en tant que membre de l'UE. Non, nous sommes la Suisse, qui s'escrime à demeurer dans le peloton de tête des pays du monde où le pouvoir d'achat de ses concitoyens est le plus élevé.

Sauf que le maintien ou l'amélioration du pouvoir d'achat ne suffit pas. La sécurité des citoyens doit aussi être garantie. Pour cela, Schengen offre une réelle marge de manoeuvre. J'en ai illustré deux possibilités lors de mon discours d'Avusy.

Premièrement, davantage de gardes-frontière oeuvrant dans le cadre des patrouilles volantes. Il est inacceptable de n'avoir qu'une dizaine de gardes la nuit qui surveillent le canton de Genève, ses 110 kilomètres de frontière, et à peine le double le journée, en plus de ceux qui sont en fonction à Bardonnex et à Thônex.

Deuxièmement, il s'agit de contrôler systématiquement par moyens électroniques les véhicules franchissant la frontière, comme c'est déjà le cas à Perly. Qui le savait? Qui avait surtout proposé de le faire à une grande échelle, à toutes les forntières du pays? En tout cas pas ceux qui, du côté de l'UDC, se plaignent du coût de Schengen. A cela on peut encore ajouter un renforcement de la contribution suisse à Frontex, le dispositif de contrôles des frontières extérieures de Schengen.

Bref, il s'agit de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il s'agit au contraire d'appliquer avec plus de rigueur Schengen. En en payant le prix. En en faisant une priorité. En convainquant les Autorités qu'on ne peut plus être lénifiant sur l'évolution de la criminalité et qu'on ne peut se réfugier derrière l'argument de modération budgétaire, un argument auquel on espère que tous se rendront, même les plus dogmatiques en la matière. En convainquant la population, et notamment la partie de l'électorat qui croyait que l'UDC offrait des solutions réfléchies, qu'il n'est pas possible d'être fantaisiste, irresponsable, quant aux moyens choisis. En unisssant ceux d'entre nous qui considèrent la sécurité comme une priorité derrière des propositions réalistes, les seules qui méritent d'être suivies.

Et en remerciant Pascal Decaillet de me donner la possibilité de réagir à une note d'humeur d'un commentateur, déçu par le silence sur ce sujet d'un parti qui a fait la Suisse, en lui montrant que le silence n'est pas toujours d'or, qu'il n'y a surtout aucun thème pour lequel le PLR n'aurait, par on ne sait quel ukaze, pas le droit à la parole et aux propositions.

Je reviendrai d'ailleurs prochainement sur ce thème. Par exemple pour évoquer les modalités de coopération entre les différents corps chargés du maintien de la sécurité. Et surtout pour ouvrir des pistes concernant l'attractivité du corps des gardes-frontière. Le hasard fait que la Tribune de ce 2 août 2011 publie une offre d'emplois de l'administration fédérale des douanes. Espérons qu'elle rencontrera le succès qu'elle mérite.

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01/08/2011

L’appel d’Avusy : Schengen plus pour plus de sécurité !

Chères Avusiennes et chers Avusiens,

Merci tout d’abord d’accueillir ce soir, dans votre commune, le voisin soralien qui, pour des raisons familiales d’abord, se sent un peu chez lui en étant chez vous. Et qui, précisément parce que Soralien, vit aussi aux marges du pays, à sa frontière.

C’est par le biais du thème de la frontière, de son évolution et de son usage, bon par la plupart de ceux qui la franchissent, mauvais par une minorité, que je vous propose d’entrer dans cette réflexion sur la signification de ce 1er août 2011 pour nous, d’Avusy, de Soral, ou de Bâle, de Chiasso ou de Gondo, bref, de toutes les communes frontalières suisses. Et d’en sortir avec un appel pour plus de sécurité pour les citoyens, dans l’esprit du Pacte de 1291 comme du Traité de Schengen.   

Quel meilleur jour que celui de la Fête nationale pour évoquer primo le lien confédéral, secundo notre identité si singulière, mais aussi, tertio,  les menaces qui pèsent sur notre « bonheur suisse » pour reprendre le titre d’une enquête de sociologues publiée dans la foulée de l’Expo de 1964, du temps de la modernité triomphante et sans souci, de la confiance illimitée dans le progrès scientifique et technique, en pleines Trente Glorieuses, d’un temps aussi où le sens de la vie donnait la priorité à l’avoir sur l’être, à la société de consommation pas encore remise en question par Mai 68 ?

Or parmi ces menaces, l’une vient, comme en 1291, de l’extérieur. Ce n’est plus évidemment sous la forme d’un conflit avec les Habsbourg, les représentants d’un Empire auquel la Suisse a de fait appartenu jusqu’au Traité de Bâle, en 1499, et formellement, sur le plan juridique, jusqu’au Traité de Westphalie, en 1648, année de la fin de la guerre de Trente Ans. C’est désormais sous la forme plus diffuse d’une criminalité importée. Du coup, certains dans notre pays en viennent à adopter une position de fermeture, à vouloir même poster l’armée aux frontières, comme si nous étions en guerre ; d’autres au contraire nient le problème, comme si ne passaient par nos douanes que d’inoffensifs travailleurs frontaliers – dont un tiers sont des Genevois, rappelons-le. Alors qu’il s’agit au contraire d’affronter ce problème pour le maîtriser en nous référant à notre lien commun, en respectant notre identité, nos valeurs et l’esprit voire la lettre des Traités que nous avons signés.

Le thème de la frontière

Quel meilleur moyen que le thème de la frontière pour cerner les dimensions de ce lien, de cette identité, de ces menaces ? Une frontière dont je relève tout de suite l’arbitraire, mais aussi la réalité. Passons sur la frontière interne, entre nos communes, qui nous a séparés il y a un peu plus de 150 ans alors qu’avec Laconnex nous avions été, pendant quelques décennies, à peine réunis à la Suisse, une seule et même commune. C’est de la frontière qui nous sépare de la France, et donc de l’UE, qu’il s’agit.

Cette frontière aurait pu être reportée au-delà de l’horizon, et en tout cas du Salève et du Jura, englober bonne partie de la Haute-Savoie actuelle si les vues de Pictet de Rochemont l’avaient emporté en 1815. Ou encore si la pétition signée en 1860 par quelque 13 000 habitants du Chablais et du Faucigny – à quelques mois du plébiscite de 1860 sur l’annexion de la Savoie à la France – n’avait pas tout simplement été classée par l’Assemblée fédérale de l’époque.  

Les choses sont comme elles sont. Les frontières actuelles ne peuvent être niées, même si le Traité de Schengen, ratifié par le peuple suisse en 2005 et en vigueur depuis 2008, a modifié la pratique du passage de la frontière, ce dont les touristes se réjouissent évidemment, même s’ils sont plus rares cet été.

Un lien perpétuel pour la paix et la sécurité

Sens du lien d’abord. Le Pacte de 1291 insiste dès la première phrase sur l’importance de la paix et de la sécurité, qui sont les conditions formelles de toutes nos libertés. « C'est accomplir une action honorable et profitable au bien public que de confirmer, selon les formes consacrées, les conventions ayant pour objet la sécurité et la paix ». Peut-on être plus clair ?

 Une identité faite de modestie, de résistance, de clivages multiples

Identité ensuite. L’appel lancé en 1291 a en tout cas progressivement convaincu, de proche en proche, d’autres cantons qui se sont ralliés au fil des siècles à l’esprit de résistance originel. Ils se sont convaincus de la nécessité de rester petit, expression de la modestie suisse. Car la Suisse, c’est un peu Peter Pan, c’est le pays qui ne voulait pas grandir. C’est le Pays qui a refusé d’englober jadis la Leventine et le Voralberg naguère, au sortir de la première guerre mondiale, et pas seulement la Savoie, pour ne pas remettre en cause ses équilibres d’horloger.

Mais singularité de cette identité aussi . Le Pacte défensif de 1291 a été pensé par des gens « âpres à défendre », comme l’a écrit l’historien (et ancien conseiller fédéral) Georges-André Chevallaz : « on ne s'unit pas pour se fondre dans une communauté harmonieuse, mais pour défendre ses droits, pour résister en groupant ses forces. (…) La Confédération, elle, à contre-courant souvent de l'histoire européenne, s'est construite contre ».

Et puis il y a la diversité de la Suisse, qui fait que, dans ce pays, aucun clivage, linguistique, confessionnel, social, urbain-rural, centre-périphérie, n’est dominant, même pas celui du Roesti. Voilà pourquoi la Suisse est l’un des rares Etats réellement fédéraux du monde.

Le défi de l’interdépendance : avantages

Défi enfin. Car cette identité modeste, résistante, fédéraliste, est mise au défi non tant par l’existence en soi du vaste monde, mais par l’interdépendance dans laquelle vivent les pays qui y coexistent. Une interdépendance dont la Suisse est une fervente partisane de toujours, depuis que les Waldstaetten contrôlaient le passage du Gothard. Les péages, ça rapporte !

Et effectivement, comment la Suisse aurait-elle pu lutter contre sa pauvreté, puis construire sa prospérité si l’extérieur n’existait pas ?

C’est d’abord vers ce vaste monde qu’ont émigré des Suisses par dizaines de milliers, notamment au XIXème siècle, siècle de misère voire de famine.

C’est ensuite dans ce vaste monde que quelque 700 000 compatriotes commémorent aujourd’hui la même fête que nous, parfois avec une intensité et un respect rendus plus forts par la distance. Soixante pour cent d’entre eux (480 000) vivent de l’autre côté de cette frontière, dans l’Union européenne. C’est même la France qui abrite le plus gros contingent suisse, comme à l’époque des régiments au service des rois, avec 180 000 des nôtres !

C’est encore vers ce vaste monde, et d’abord vers l’UE qu’exportent non sans peine nos entreprises, avec plus d’un franc sur deux de notre PIB qui est gagné à l’exportation, et bien soixante centimes dans chacun de ses francs qui provient de l’UE.

C’est enfin de ce vaste monde, mais surtout de sa partie la plus proche, l’UE, que provient le million et demi d’étrangers résidant dans notre pays. Tous ensemble, nous travaillons, généralement dans le respect de nos différences, à accroître notre bien-être commun. Et les mariages mixtes sont là pour nous en convaincre, jusque dans nos familles.

Deux rappels pour résumer. Soixante pour cent des 700 000 Suisses de l’étranger vivent dans l’UE, soixante pour cent de chaque franc gagné à l’étranger par nos industries exportatrices le sont dans l’UE, c’est dire l’importance des Accords bilatéraux. 

Revers de l’interdépendance

Mais cette interdépendance a aussi son revers : c’est l’interpénétration imposée qui nous oblige à redéfinir nos moyens de protéger le bonheur de vivre en Suisse, que l’on y soit Suisse de toujours ou d’adoption, ou que l’on soit étranger.

Pour vivre heureux, il faudrait vivre caché, dit le proverbe. La chose n’est plus possible sur ce globe, sauf peut-être pour certaines tribus de l’Amazonie. Non, en fait, pour vivre heureux, chers Avusiens et Avusiennes, il faut d’abord vivre protégé de ceux qui s’ingénient à saper les conditions de notre bonheur. Dans l’échelle du psychologue Maslow, le besoin de sécurité arrive au deuxième rang, tout de suite après le besoin de nourriture. Ce n’est pas un hasard.  

Certes, Schengen a conduit à nombre d’avantages, y compris pour ceux d’entre nous qui faisons en partie nos courses en France le weekend. Une bonne tomme de Savoie mérite toujours le déplacement jusqu’à la fruitière, comme « ils » disent, ou au marché de Viry !

Or Schengen, c’est aussi certains désagréments. Non pas l’augmentation du trafic automobile qui lui est imputé à tort – cette augmentation résulte en fait des Accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes. Mais l’augmentation - ou en tout cas l’existence à un niveau très élevé - des délinquants, venant et repartant de l’autre côté de la frontière ; et puis c’est encore la fin de la possibilité des contrôles systématiques à la frontière sans avoir à les justifier par des circonstances extraordinaires. Or le passage de personnes venant commettre des délits en Suisse et la porosité de la frontière sont deux dimensions fortement liées l’une à l’autre.

Certes, pour partie, ceux qui y attentent à notre sécurité, cette petite minorité de trafiquants, de délinquants, de criminels attentant à nos personnes et à nos biens, vivent dans ce pays voire en sont originaires. Mais pour une autre partie, ils proviennent de l’étranger, lointain ou proche.

Trop peu de contrôles et donc de gardes-frontière

Contre cet étranger lointain, des frontières nous protègent. Il y a les frontières dites extérieures de l’UE dont nous sommes partie prenante via le mécanisme Frontex de Schengen, par exemple entre la Finlande et la Russie ; elle nous sont rappelées lorsque nous atterrissons à Cointrin de pays situés en dehors de l’espace Schengen ; rien qu’à notre aéroport, 150 gardes-frontière s’en occupent.

Contre l’étranger proche, en revanche, la présence physique des douaniers s’est réduite comme peau de chagrin, mais déjà avant l’entrée en vigueur du Traité de Schengen. Aujourd’hui, de tous les postes-frontière du canton, seuls 3 sont encore tenus, pour parler en douanier, dont un gardé 24 heures sur 24. Perly est en outre le seul à disposer de moyens électroniques de contrôle des véhicules. Mais il n’y a plus personne à Soral, comme du temps de mon enfance, ni à Sézegnin, ni aux 30 autres postes du canton. Genève-Emmental, même combat de trous !

Certes, il y a les patrouilles volantes, mais, pour des malfrats déterminés, quoi de plus facile que de jouer les passe-frontière face aux trop rares gardes-frontière ? Et malgré un effort récent de la Confédération, il en manque toujours plusieurs dizaines, rien que pour Genève. Et ce manque est probablement de l’ordre de deux à trois cents gardes-frontière pour le pays dans son entier.

Schengen plus pour plus de  protection et de sécurité

A l’heure où le Danemark réintroduit des contrôles à ses frontières, forçant la Commission européenne à réévaluer bon gré mal gré les règles de fonctionnement du dispositif Schengen, où la Norvège meurtrie entend se protéger de la criminalité importée de Suède, il serait temps que les Autorités suisses se préoccupent enfin d’étudier la marge de manœuvre qui leur est accordée par le Traité de Schengen, voire qu’elles donnent de la voix, diplomatiquement s’entend, à Bruxelles. Or elles ne semblent pas encore avoir pris la mesure, ou en tout cas pas toute la mesure, du problème que vivent les Suisses sur le terrain, un problème dont nous sommes trop souvent les témoins sinon les victimes.  

Il ne s’agit donc pas ici de plaider pour l’abrogation du Traité de Schengen ou sa renégociation, ce qui reviendrait au même. Cela aurait pour effet de mettre la Suisse dans une position impossible pour les autres négociations que nos diplomates mènent à Bruxelles, par exemple sur l’énergie ou la sécurité alimentaire, outre le dialogue sur la fiscalité. Il y aurait aussi les répercussions sur l’ensemble de nos relations présentes. La pyromanie, très peu pour moi, oserais-je vous dire en ce soir où les fusées et les pétards sont à la fête !

Il s’agit au contraire d’aller vers une amélioration de Schengen, vers un Schengen +, un Schengen suisse si l’on voit le plus comme une croix, un Schengen exploité au maximum de sa marge de manœuvre, surtout s’il était modifié par l’UE dans un sens de plus grande sévérité à l’égard des délinquants.

Je sais que ce n’est ni le moment, ni le lieu d’entrer dans des considérations techniques sur les modalités de ce Schengen plus. Mais je sais aussi qu’il serait irresponsable et que ce serait même faire injure au Pacte de 1291 que de ne rien entreprendre pour mieux protéger nos concitoyens de cette menace extérieure.

Des propositions sont donc attendues du Conseil fédéral, les parlementaires responsables du budget de la Confédération devront mettre les moyens financiers à disposition. Bref, une volonté commune doit se dégager pour donner une solution à ce problème.

L’appel d’Avusy

C’est donc en me référant à l’esprit des fondateurs de notre pays que je leur lance, que je vous lance cet « appel d’Avusy » – auquel Soral ne sera que trop heureux de se joindre, je l’espère, et pourquoi pas Bâle, Chiasso et Gondo.  

J’espère vous avoir convaincu de son utilité, chers Avusiens et chères Avusiennes, pour que la frontière qui nous distingue de nos amis vivant en France ait un sens réel voire redoutable pour les hors-la-loi qui en proviennent.

J’espère surtout que nous sommes d’accord pour que cette même frontière soit une ligne en deçà de laquelle nous pourrons continuer à développer nos valeurs, à cultiver notre identité, à affronter d’autres défis plus exaltants que la seule sécurité. En fait partie, avec nos voisins proches ou lointains le développement de nos échanges économiques, sociaux, culturels. En fait aussi partie, je m’adresse ici aux générations montantes, l’amélioration jamais achevée d’une formation exigeante adaptée à la complexité des temps, un sujet qui me tient à cœur, un sujet pour autre discours de 1er août.

Et, soyons-en certains, nous réussirons  dans toutes ces entreprises par amour de la Suisse et de nos libertés. A vous tous, je souhaite une très chaleureuse fête nationale.  

Vivent Avusy, Genève et la Confédération suisse !

(Version de base de laquelle est extraite l'allocution prononcée à Avusy)

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29/07/2011

Université: le Statut ne suffira pas pour affronter les défis de l'excellence internationale

Le quart d'heure académique est à géométrie variable. Avec plus d'une demi-année de retard pour la mise en oeuvre du Statut de l'université de Genève, en clair de son règlement interne, sur le délai octroyé par la nouvelle loi de 2009, il y a de quoi douter de l'efficacité du parlementarisme interne de l'Alma Mater ! 

On pourrait se contenter d'ironiser sur cette acception de l'autonomie donnée à l'université par la nouvelle loi qui la gouverne pour affronter les défis de ce nouveau siècle. Ou encore en rechercher les responsables de ce retard - assemblée interne de l'Université, chargée de le rédiger, peu au fait de de la loi qui la gouverne, conseil d'Etat chargé d'en vérifier trop scupuleusement la conformité avec la même loi.

On pourrait facilement polémiquer avec la CUAE, "le syndicat étudiant" de l'Université, comme il se dénomme, furibard que la participation des corps internes de l'Uni, dont évidemment les étudiants, ne soit pas mieux reconnue dans ce Statut, comme l'aurait voulu le parti socialiste. Et de tomber sur le râble de Charles Beer, le ministre socialiste de la formation, de ne pas en avoir fait plus... Un Charles Beer à qui on pourrait tout autant reprocher d'en avoir trop fait pour permettre la présence d'étudiants et d'assistants dans les commissions, dont celles de nomination des professeurs. Prend-on en considération l'avis des passagers et des stewards pour accorder sa licence de vol à un pilote ? Il y a là comme une négation de la hiérarchie du savoir que l'uni est censée dispenser.  

L'essentiel n'est pas là. LA question n'est pas de savoir si la composition des commissions de planification académique doit inclure des étudiants, si le Statut doit énumérer les compétences du collège des professeurs ou encore si le rectorat plutôt que les décanats doit avoir la compétence de créer des centres interfacultaires, des unités d'enseignement et de recherche, pour parler jargon, bref, si les trois sujets majeurs de dispute qui expliquent le temps mis à l'approbation de ce Statut vont permettre à l'Alma Mater de fonctionner de façon autonome avec sa cascade de mini-parlements internes et de commissions spécialisées.

LA question est bien plutôt de savoir comment l'Université sera en mesure d'affronter les défis du futur. Ces défis sont d'une part la place de Genève dans le paysage des hautes écoles suisses, européennes et mondiales, d'autre part l'importance des ressources disponibles à cet effet.

Si on peut se féliciter du rang genevois dans les classements internationaux, grâce notamment à l'excellence des facultés des sciences et de médecine, les deux poids lourds internes, à quoi il faut ajouter certains centres d'excellence en sciences humaines que ces classements ne prennent guère en considération, il serait fort peu prévoyant d'imaginer que les concurrents de l'Uni de Genève restent immobiles. La montée en puissance de l'EPFL, en deux décennies, est à cet égard remarquable, celle des universités asiatiques aussi, pour prendre deux exemples.

Or ces succès ne doivent que peu aux lois et statuts, et beaucoup aux personnalités dirigeant ces institutions qui ont su identifier des buts à atteindre et des moyens pour y arriver. 

Ils doivent encore plus aux scientifiques des communautés universitaires concernées qui, par leurs recherches, leurs publications, leur enseignement, bref, leur engagement à développer la connaissance, ont propulsé leurs institutions au sommet de l'élite mondiale du savoir universitaire.

Si l'on fait l'hypothèse - scientifique, cela va de soi... - que le nouveau Statut ne devrait pas freiner les élans nécessaires, alors l'Uni de Genève a de beaux jours devant elle. Pour autant qu'elle réussisse à réunir elle aussi les moyens de ses ambitions. La convention d'objetifs, un contrat passé avec l'Etat qui lui vaut une subvention cantonale annuelle de plusieurs centaines de millions votée par le Grand Conseil, lui permet et lui permettra de faire un bon bout de chemin; les ressources venant de Berne ou de Bruxelles ou de plus loin encore, sous forme de subventions à la recherche, un autre bout. Au passage, les augmentations des moyens fédéraux nécessiteront aussi quelque lobbyisme, et les liens de l'université avec les élus à Berne mériteraient davantage d'attention.

En comparaison, les taxes universitaires, contributions des étudiants au fonctionnement de leur université ne comptent et ne compteront que marginalement; d'autres modalités devront cependant être examinées, en cas de besoin et sans tabou, à l'instar de ce que fait l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), pour le financement de bourses d'études pour les étudiants ayant déjà un bachelor en poche, notamment pour cette élite mondiale de demain venant de pays en développement ou de milieux défavorisés tout ce qu'il y a de plus local.

Reste, parmi les sources financières, le secteur privé qui a intérêt à ce que les hautes écoles restent à la pointe de la formation et de la recherche fondamentale. Une augmentation de l'appui accordé actuellement ne pourra être attendue de sa part qu'à certaines conditions, des conditions émises tant par ses acteurs que par l'université qui se doit de préserver la liberté académique de ses professeurs et, au fond, l'indépendance de la recherche. Gageons que certains projets qui sont dans le pipeline de l'uni de Genève pourraient intéresser certains acteurs des milieux économiques.

Pour autant, bien sûr, que la CUAE et le parti socialiste qui semble en être le mentor, autorise cette ouverture au monde réel...  

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27/07/2011

No vamos a la playa

Personne ne se baigne encore à la plage des Eaux-Vives. Et personne ne s'y baignera cette année, ni l'an prochain, ni en 2013, sur les 400 mètres de long d'un projet à 61 millions de francs qui réaménage les berges du lac jusqu'au port de la Nautique qui en profitera pour s'aggrandir. Et pour cause ! Il a été bloqué par des recours, dont un du WWF. La position favorable à la plage de l'Association pour la sauvegarde du Léman (ASL), dont on sait les compétences écologiques, ne peut rien face au dogmatisme d'une association qui ose conseiller de réaliser cette plage ailleurs. Sur le Salève ?...  

Entre un espace public de 3,5 hectares mis à la disposition de la population, avec ses espaces de jeux et sa plage gratuite, et le brouillage de l'image historique de la rade, le WWF a choisi. En oubliant que l'image historique en question ne remonte pas à Mathusalem, mais qu'elle donne une impression - normal pour une image - d'hostilité, par les rochers qui la composent, tels des toblerones anti-chars. Mais c'est vrai, après tout, pourquoi faire convivial quand on peut rester revêche ? Pourquoi diable lorgner sur Copacabana et ses naïades ?  

On voit par ce nouvel exemple que les blocages paralysent ce canton. Les baigneurs potentiels, surtout s'il y avait du soleil..., de la plage des Eaux-Vives n'en sont pas les seules victimes. Les usagers encore plus réels et plus nombreux du futur CEVA en savent quelque chose. Là, ce n'est pas le WWF, mais notamment l'un des dirigeants du MCG, l'avocat Mauro Poggia qui multiplie les recours dilatoires.  Jusqu'à imaginer une nouvelle initiative, si après avoir perdu devant le peuple, puis devant le Tribuna administriatif fédéral, il devait encore perdre devant le Tribunal fédéral.

Pendant ce temps, le compteur tourne. Celui du temps perdu qui jamais ne se rattrape. Celui des devis qui accuseront le coût de l'inflation. Pour le CEVA, chaque année perdue équivaut à quelque 30 millions de plus à la charge de la collectivité. Certes, le TAF a mis longtemps, trop longtemps à juger et il porte aussi une responsabilité du retard au départ de la première rame. Mais les quérulents aussi. Comme ils doivent être heureux de savoir que jamais ils ne devront en supporter le prix. Comme notre justice est au fond pleine de mansuétude ! 

Pour le moment, "non vamos a la playa, ni en tren".  

 

  

 

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25/07/2011

Tuer le messager ! La réaction primaire des Etats et des universités face aux mauvais classements :

Face au destin adverse, José Manuel Barroso et Angela Merkel puisent leur inspiration en Sophocle. Alors que l’agence de notation Moody’s vient de déclasser de quatre rangs, à Ba2, son pays, le Portugal, le président de la Commission européenne pousse la critique jusqu’à prétendre que « nos institutions connaissent un petit peu mieux le Portugal ». Sous quel angle ? Les intentions politiques ? Peut-être. Les progrès en cours ? Probablement. Mais l’état de la dette actuelle ? En aucun cas. Quant à la chancelière allemande, elle n’hésite pas à jeter le discrédit : « Moody’s, Futch et Standard & Poor’s « ne sont pas à l’abri des conflits d’intérêt ». Pour preuve, a contrario, l’excellent classement des USA malgré un endettement stratosphérique. On croirait entendre d’Antigone le vers « Personne n'aime le messager porteur de mauvaises nouvelles ». Pour soi, pas pour les autres.

 

Dans le même temps, les autorités universitaires françaises, pour prendre l’exemple d’un pays voisin, se plaignent du classement des hautes écoles de l’hexagone dans les classements internationaux. Avec seulement trois établissements figurant dans la liste des 100 premières universités mondiales, selon le classement dit de Shangaï de 2010, la France fait effectivement pâle figure. Et de critiquer les critères, certes rudimentaires, retenus par celui-là, qui favorisent les hautes écoles anglo-saxonnes, au nombre de 19 dans les 20 premières places. Au fond, c’est comme pour le Messager de la pièce de Shakespeare s’adressant à Antoine – le nez de Cléopâtre n’est pas loin : « the nature of bad news infects the teller ».

 

Par un parallélisme qui n’étonnera pas, les gouvernants européens comme les responsables universitaires à la tête d’institutions mal classées réagissent selon un processus qui tient de la dissonance cognitive. Confrontées à des informations désagréables, ils sont tous mal à l’aise et cherchent alors une solution pour sortir de leur embarras. Trois voies leur sont offertes.

 

Eviter le message en le niant est le plus difficile, car, du côté des Etats, les crédits annoncés fondent, la faillite se rapproche ; du côté universitaire, les étudiants comme les enseignants voire les bâilleurs de fonds choisissent d’aller voir si ailleurs les raisins sont plus verts. Interpréter le message en le rationalisant ou en le minimisant est une autre possibilité, fréquente mais peu convaincante à long terme. L’affronter, quitte à en faire la critique serrée, est le plus douloureux, mais le plus salutaire. 

 

Le recours à la création d’une agence européenne voire nationale de notation de la santé économique et financière des Etats n’est en tout cas pas la panacée. Que dira-t-elle d’autre, si elle est vraiment indépendantes des pouvoirs en place ? Tout au plus recourra-t-elle à des critères plus raffinés.

 

Une chose est sûre. Dans le domaine universitaire, le classement plus complexe du Times Higher Education (THE) ne retient lui aussi que trois hautes écoles françaises dans les 100 premiers classés, en fait des « grandes écoles ». Quant à celui de Leiden, purement bibliométrique, il ne leur laisse qu’une modeste place. La langue des encyclopédistes est désuète. 

 

La Suisse[1], en revanche, place en 2009 trois hautes écoles dans le classement de Shangaï, quatre dans celui du THE, et six dans celui de Leiden. Une raison majeure de cette excellence, que l’on retrouve dans d’autres petits pays, comme les Pays-Bas et la Suède ? Un lien très fort avec l’importance des investissements, reflet d’une priorité politique et d’une conviction de la société dans la valeur de la science et de la recherche.

 

Dans ce tableau d’excellence, une ombre : l’absence au sommet des classements du domaine des sciences humaines, au sens large. Là aussi, il s’agira d’éviter le déni de réalité en donnant une réponse adéquate : soit accepter cette relégation relative, quitte à spécialiser les universités, soit prendre le taureau par les cornes. Mais en aucun cas répondre comme Churchill qui ne croyait que dans les statistiques qu’il avait lui-même falsifiées. 

(chronique parue dans l'Agefi du 22.7.2011 sous le titre "Le dénigrement des rankings. La réaction des Etats et des universités face aux mauvais classements est similaire: il faut tuer le messager. Une réaction un peu primaire")

 



[1] Voir les classements et les références sur le site officiel www.universityrankings.ch.

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03/07/2011

Devinette (suite judéophobe et pas fin)

La mouvance identitaire au sens large fait des petits à Genève.

Dernier né: "Genève non conforme", un goupuscule plein de sympathie pour l'Allemagne de la période nazie, Allemagne qu'il présente sur son site comme une victime de la deuxième guerre mondiale. Ce groupuscule va être dénoncé lors de la première semaine de juillet 2011 par la LICRA Genève auprès du Procureur général par le biais d'une plainte pénale pour judéophobie. Il suffit d'aller sur son site pour se convaincre de la pertinence de cette démarche (http://www.genevenonconforme.org).

Ce groupuscule ouvertement anti-israélien et antisioniste, mais qui prétend ne pas être antisémite - qui le croira ? -, a pourtant des " amis " à Genève, selon la liste qui figure sur son site facebok. Certains y ont même des activités politiques (http://www.facebook.com puis rechercher geneve non conforme puis un clic sur amis).

D'où ma question en forme de devinette : qui, dans cette République, est  " ami " de "Genève non conforme" ?

D'où ma deuxième question: est-ce un hasard ?

Précision. Le "Bloc identitaire" - dont le symbole est un sanglier, un animal pas particulièrement casher (http://en.wikipedia.org/wiki/Bloc_identitaire, mais voir aussi un site acritique http://fr.metapedia.org/wiki/Les_Identitaires) - se défend de tout lien avec "Geneve non conforme" et ne se reconnaît à Genève que dans les "Jeunes identitaires genevois" (http://www.jigeneve.com/). On lira toutefois avec intérêt http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/comment....

Un détail non insignifiant. Dominique Baettig, conseiller national jurassien UDC, fait aussi partie des "amis" facebook de "Genève non conforme". Ce même Baettig a aussi participé à une réunion du "Bloc identitaire". Aussi un hasard ? http://www.cicad.ch/liens/typo3/documents/documents/press....

 

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01/07/2011

Allocations familiales: les entreprises et leurs vrais amis

Doubler l’allocation de naissance qui passera de mille à deux mille francs, augmenter de 50% l’allocation mensuelle pour les enfants de moins de 16 ans, en la faisant bondir de deux cents à trois cents francs, augmenter de 60% (de deux cent cinquante à quatre cents francs) celle qui concerne les jeunes de 16 à 25 ans, ajouter une prime de cent francs à ces hausses dès le troisième enfant, indexer le tout à l’inflation dès le premier souffle de hausse de l’indice des prix à la consommation: voilà le paquet-bonus que le Grand Conseil a fait sien par une majorité des deux tiers de ses membres lors de sa session de fin juin 2011. Date d’entrée en vigueur probable: 1er janvier 2012.

Estimée au bas mot à cent quatre-vingts millions de francs, cette initiative populaire concoctée par la gauche politique et syndicale genevoise va exercer ses effets d’arrosoir aux dépens des entreprises et des indépendants de ce canton. Au détriment aussi des augmentations de salaires de leurs collaborateurs: la distribution des richesses due au fonctionnement de l’économie réelle fonctionne plutôt selon le principe des vases communicants, pas sur celui du miracle de la multiplication des pains des Evangiles. 

Cette décision témoigne de la fragilité du soutien que manifestent aux entreprises, notamment aux PME, la plupart des partis de ce canton. Tour d’horizon désespérant, à une exception près - celle du PLR - qui permet de constater l’existence de trois groupes: les ennemis des entreprises, leurs faux amis et leurs vrais amis.

Les ennemis d’abord. On ne pouvait à l’évidence pas s’attendre à un reniement par les socialistes de leur initiative. Le monde des entreprises n’a jamais été le leur. Soit. Le soutien que lui manifestaient les Verts était en revanche susceptible d’être ébranlé par une contre-proposition de l’Entente, à laquelle la FER Genève a contribué. Plus globale, car incluant aussi le soutien financier des entreprises à la création de centaines de places de crèche, elle réussissait néanmoins à limiter la hausse des charges imposées aux entreprises au taux en vigueur dans le canton de Vaud. Mais face à cette offre globale, l’Alternative n’a pas voulu, par dogmatisme, entendre les arguments factuels démontrant que les entreprises prennent en considération la concurrence existant dans le domaine des assurances sociales.

Les faux amis ensuite, ou les amis d’un jour, voire de plus, mais pas de toujours. Le revirement du PDC, qui s’était pourtant déclaré publiquement en faveur de ce compromis, s’explique probablement par la proximité des élections fédérales. Entre les PME et les familles, le choix de la méthode de calcul est explicable... Ego te absolvo. Le positionnement de l’UDC est plus surprenant. Voilà un parti qui prétend s’engager pour les entreprises, des petites aux grandes, mais qui se propose de lancer une initiative fédérale dont le résultat concret sera la fin de la libre circulation des travailleurs. Inutile d’insister ici sur ses conséquences. Voilà un parti qui affirme «s’opposer à l’augmentation des prestations sociales» de la main droite, dans son programme national[1], mais dont la main gauche locale se précipite pour ponctionner les entreprises. Un retour à plus de cohérence ne saurait lui nuire s’il entend tenir sa place à droite. Quant au MCG, il mise sur le clientélisme le plus large. Distribuez, distribuez la manne, il en restera bien quelques voix! 

Les vrais amis, enfin. Seul le PLR, qui unit désormais les députés libéraux et radicaux, a fait preuve d’une opposition sans faille à cette initiative coûtant l’équivalent de nettement plus de mille emplois et dont les familles les plus pauvres de ce canton ne bénéficieront pas, en raison de ses conséquences sur d'autres prestations sociales. En cela, ce parti se situe dans la droite ligne de ses parlementaires fédéraux. Un récent classement[2] de l’USAM (Union suisse des arts et métiers), établi sur la base des votes au conseil national au fil de la législature écoulée, les range à cet égard parmi les soutiens les plus fermes des PME.

Bref, socialisme et libéralisme offrent des repères certes différents, voire opposés, mais clairs et, surtout, cohérents et constants. Dans une société de zappeurs, cela stabilise les débats. Dans le monde des entreprises, cela simplifie les choix.

(Editorial paru dans la Newsletter de la FER Genève du 1er juin 2011)

 



[1] On lira avec intérêt la page 79 du programme de l’UDC

http://www.udc.ch/display.cfm/id/101397

[2] On découvrira avec encore plus d’intérêt le classement de l’USAM qui montre le soutien du PLR aux PME. Il est suivi de l’UDC puis du PDC. Les Verts sont en revanche les moins favorables aux intérêts des PME, réussissant à déborder sur sa gauche le PS. Fermant la marche : Josef Zisiyadis.

http://www.sgv-usam.ch/fileadmin/user_upload/deutsch/2011/Events/Klosters/kmu-rating_hermann_tabelle-alle-NR.pdf

 

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22/06/2011

Assainissement de la CIA : un premier pas nécessaire mais coûteux

 Un coup de théâtre semble exclu. Le premier acte de l’assainissement partiel de la CIA (la caisse de pension des fonctionnaires de l’Etat de Genève), va se conclure le jeudi 23 juin 2011 au Grand Conseil par l’adoption d’un compromis nécessaire pour la réputation du canton auprès de ses créanciers, mais coûteux pour tous les contribuables et insatisfaisant dans ses modalités. Il n’est que le prélude à d’autres réformes, autrement plus lourdes, voire plus radicales. Dont la fusion, d’un coût estimé à 6 milliards en 40 ans, de la CIA avec la CEH, la caisse de pension des hôpitaux.

 

L’objectif de cette réforme est de porter, d’ici à 2018, de 56% à 60% le taux de couverture de la CIA. Son coût ? 90 millions. Cette opération passe par une augmentation du taux de cotisation, de 24% à 27%, financé aux deux tiers par l’employeur, et par une suspension partielle de l’indexation des retraites en 2012 et 2013.

 

Y avait-il le choix sur le fond ? Assurément non, sauf à mettre la CIA sous tutelle fédérale dès que son taux de couverture aurait continué sa descente aux enfers, à moins de 50%. C’était pourtant l’option du SSP-VPOD, un syndicat minoritaire au sein du Cartel intersyndical des fonctionnaires ; par déni dogmatique de la réalité, il avait même réussi, à l’automne 2010, à bloquer la réforme voulue par le conseil d’Etat dans une consultation interne à la CIA.

 

Y avait-il le choix quant aux modalités ? La réponse est plus délicate, car elle dépend des intérêts défendus. Pour 13 500 retraités, la suspension, pendant deux ans, du premier pour-cent d’indexation des rentes semble sévère. Pour 27 500 fonctionnaires, l’augmentation d’un pour-cent, en trois ans, du taux de cotisation est vue comme une ponction sur la rémunération. Mais pour la plupart des 225 000 employés du secteur privé, savoir que l’employeur-Etat finance deux tiers des cotisations de retraite de ses employés tient de l’impossible, voire de l’injustice. Et pour les 25 000 dirigeants des entreprises privées, un taux de cotisation de 27% équivaudrait à un affaiblissement dramatique de leurs capacités concurrentielles.

 

Toutes ces raisons de refus de la solution choisie sont pertinentes, surtout les deux dernières. Après tout, chacun voit midi à sa porte ! On peut certes entendre les réticences des bénéficiaires, choyés par une caisse d’une générosité rare dans ses prestations. On doit surtout comprendre la grogne des contributeurs privés, contraints de financer un système qu’ils ne peuvent s’offrir. L’intérêt général aurait exigé une autre solution, plus équilibrée, de la part du conseil d’Etat. La réalité des faits, l’existence d’un accord et surtout le sens des responsabilités imposent désormais de ne pas s’y opposer.

(commentaire publié dans la Tribune de Genève du 22 juin 2011)

  

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13/06/2011

Kosovo-Libye: deux poids, deux mesures ?

La Suisse avait été l'un des premiers pays à reconnaître l'indépendance du Kosovo unilatéralement proclamée en 2008, au motif notamment que la Suisse abritait alors une importante communauté yougoslave venue du Kosovo. Sera-t-elle l'un des derniers à reconnaître le nouveau gouvernement libyen, pour l'instant basé à Benghazi ? Quelles sont les raisons de Micheline Calmy-Rey de ne rien faire et de se taire ?

Les raisons de reconnaître le Kosovo, une province autonome serbe au sein de la Fédération yougoslave, auraient certainement mérité une discussion plus approfondie en Suisse. D'autant que son indépendance fait encore l'objet d'un désaccord sur le plan internantional, n'est reconnue que par 75 Etats en 2011 et que ce pays n'est toujours pas membre de l'ONU.

Le Tatarstan, la Tchétchénie, l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, la Transnistrie, le Haut-Karabagh, pour ne prendre que ces autres exemples de simples provinces autonomes, avaient fait de même en 1991 au sein de l'URSS en pleine décomposition. Mais elles n'avaient pas eu cet honneur ni d'une partie de la communauté internationale, ni de la Suisse. Seule la Russie, dans sa lutte impérialiste contre la Géorgie (orthodoxe), a reconnu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud (musulmanes). A noter que la Russie n'a en revanche pas reconnu le Kosovo. Passons. Et revenons à la Libye.

Le 6 mars 2011, la France reconnaît officiellement le Conseil national de Transition (CNT) libyenne basée à Benghazi. D'autres pays, dont l'Italie, ont suivi la patrie des droits de l'Homme. Derniers en date, la Jordanie et les Emirats arabes unis. La Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne, à des degrés d'implication divers, entretiennent des liens avec le nouveau pouvoir, qui a obtenu une reconnaissance officielle de 11 Etats pour l'heure. Mais la Suisse est, elle, aux abonnés absents.

Alors qu'elle vient de présider une conférence régionale des ambassadeurs suisses à Tunis (http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/recent/media/single.html?id=38941), la responsable des affaires étrangères suisses n'en a pas profité pour y annoncer une reconnaissance du CNT libyen. Maintenant que la question du remboursement à la Suisse du montant versé (1,5 million de francs) pour la procédure d'arbitrage concernant les deux otages suisses de Kadhafi est réglée, le moment est venu pour Berne de tirer un trait sur ses liens avec ce régime qui a humilié la Suisse, son gouvernement et ses citoyens.

 

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09/06/2011

Retour du mercredi matin: les instits contre l'école

Les instituteurs genevois ne croient plus en l’école. Ou en tout cas ils en donnent l’impression : « Plus d’école n’amène pas forcément plus de réussite ». Voilà comment le président de la Société pédagogique genevoise (SPG), le syndicat (de moins de la moitié) des 3000 instituteurs du canton résume l’opposition de fond de ses collègues à la réintroduction du mercredi matin dès la troisième année de l’école primaire (5èmeHarmoS).

 

 

Cette opposition vient de se traduire par le lancement d’un référendum, soutenu notamment par Solidarités, contre cette mesure votée en mai 2011 par une large majorité du Grand Conseil, à l’exception notable du MCG. Ce message est terrible de défaitisme. En réalité, il tient du sophisme, d’une logique fallacieuse. Et sur le fond, il ne se soucie pas de l’intérêt de l’élève.

 

 

Surtout, il est infiniment plus destructeur que l’analyse que fait de leur opposition le chef du Département de l’instruction publique, l’ancien syndicaliste Charles Beer, accusant la SPG de « corporatisme » : « je constate que la SPG protège son horaire actuel d’enseignement qui est de 152 jours par an, à plein temps. Avec l’école le mercredi matin, il passerait à 190 jours ». Le DIP ne s’est au demeurant pas privé de critiquer vertement une motivation de « convenance personnelle » derrière cette opération référendaire : « Et oui, ça leur permet aussi d’aller faire leurs courses », confesse ingénument le président de la SPG. On ne saurait mieux inciter les autres fonctionnaires comme les travailleurs du secteur privé à faire la comparaison avec leur propre charge de travail.

 

Toutefois, on a quelque peine à comprendre que le DIP, pour mettre en œuvre cette réforme nécessaire, se soit mis en tête d’engager des enseignants supplémentaires, à effectifs d’élèves constants, peu d’années après avoir fait bondir de deux classes la rémunération des instituteurs, au motif de leur formation universitaire et de sa longueur (quatre ans) et au mépris du bachelor en trois ans obtenu en haute école pédagogique (HEP) par les futurs instituteurs des autres cantons romands. Après tout, les instituteurs genevois sont payés pour un horaire théorique de 40 heures hebdomadaires. Et de loin les mieux payés de Suisse romande (97 000 francs par an à l’engagement contre quelque 70 000 francs dans les autres cantons) pour un temps de présence en classe en queue de peloton (1260 minutes par semaine contre 1620 en Valais – voir Le Temps du 2 mai 2011). Voilà qui tient d’une bien mauvaise conception de la négociation collective. A d'abord donner, il est rare de recevoir plus tard; mieux vaut la simultanéité des concessions.

 

« Moins d’école n’amène pas forcément plus d’échec ». Voilà le pas suivant que devrait oser franchir la SPG pour réclamer la suppression progressive des autres jours d’école. Avec, en fin de course, le résultat logique et absurde que « pas d’école supprime l’échec scolaire » !

 

Tous les pays développés, à l’exception de la France depuis peu – 2008 – et pour peu de temps encore, connaissent, pour l’école primaire, une semaine de quatre jours et demi, comme tous les autres cantons suisses. Vaud et Neuchâtel entendent en augmenter l’horaire. L’école genevoise est à la peine dans les classements des études PISA, certes pour de nombreuses raisons. Les entreprises exigent des compétences de plus en plus pointues de leurs futurs jeunes collaborateurs, des apprentis aux diplômés des hautes écoles. Dans ce contexte, comment accorder bonne foi à l’opposition de la SPG ? Certes, il faut à l’évidence mieux d’école, et des moyens sont prévus par le DIP à cet effet. Mais ce mieux passe par plus d’école. Quitte à modifier certaines habitudes des parents et de leurs enfants. Après tout, dans les cantons voisins, il y a aussi des cours de langues offerts par les consulats étrangers, de musique, des entraînements dans divers sports, etc. Comme à Genève avant la suppression de l'équivalent du mercredi matin qui était le samedi matin.

 

 Après le retour des notes au primaire, des sections au cycle d’orientation et bientôt, de facto, au collège, l’heure du retour du mercredi matin au primaire a sonné. Celle de la fin de la « récré » pour les instituteurs aussi. Une défaite populaire la rendra plus cinglante, faute de vista politique.

(Version complétée de l'éditorial paru dans Entreprise romande du 10 juin 2011)

 

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16/04/2011

Appel à une large alliance sur la traversée du Lac

Présenter un projet nécessaire, c’est bien. Réunir un large soutien, c’est mieux. Surtout si le but est de le concrétiser avant la semaine des quatre jeudis. Voilà la première réflexion qui s’impose à l’esprit dans la suite de la présentation par le conseil d’Etat genevois de son projet de traversée du Lac.

En 199 pages (www.ge.ch/dcti/presse/2011-04-11 conf annexe.pdf), le citoyen est mis au parfum de ce qui l’attend si le Parlement fédéral se mettait d’accord en 2011 pour inscrire cette infrastructure manquante dans les projets des routes nationales. Car c’est à Berne que se jouera cette année l’essentiel de la partie qui devrait, vers 2030, dans moins d’une génération, donner à l’agglomération genevoise le périphérique qui lui manque. En résumé, une diminution de 30% de la circulation en Ville, d’au moins 10% sur les autoroutes genevoise et du pied du Salève pour un coût de plus de 3 milliards de francs.

L’essentiel de la partie, mais pas sa totalité.

En effet, si les acteurs bernois – parlement, conseil fédéral et administration – vont passer à la moulinette les projets venus des quatre coins du pays qui se disputent les milliards fédéraux, avec un risque non nul d’en décevoir plus d’un, le soutien local constituera un complément indispensable du vote en faveur du second projet du siècle pour Genève, le premier étant le CEVA. On voit en effet mal Berne faire des cadeaux à un canton qui n’en voudrait pas, ou pas clairement ou encore qui se montrerait désuni, chipoteur.

La référence au CEVA n’est pas gratuite. L’énergie dépensée à Berne par Robert Cramer, les alliances justifiées par des intérêts convergents contractées avec des cantons qui comptent, la très forte mobilisation sur le plan cantonal, la justification tant juridique qu’économique du CEVA, tout a plaidé en faveur d’une solution finalement favorable à Genève. Seuls aujourd’hui des recours et la lenteur du Tribunal administratif fédéral sont responsables du retard au démarrage des travaux du RER genevois.

Il en faudra tout autant pour éviter à cette future traversée de se transformer en serpent de lac.

A cet égard, les positions que vont prendre les élus genevois aux Chambres fédérales sont importantes. Celles des candidats aussi, car il y a fort à parier que ce thème jouera un rôle de poids dans la campagne de l’automne.

On observera notamment avec intérêt la ferveur avec laquelle Robert Cramer, le père spirituel de l’agglomération franco-valdo-genevoise, défendra cette liaison indispensable au transport automobile.

Ou encore le soutien dont elle bénéficiera auprès des conseillers nationaux membres du parti de la conseillère d’Etat Michèle Künzler qui, comme tous ses collègues du conseil d’Etat, défend l’intelligence de ce projet de traversée du lac.

A cet égard, un autre signal sera assurément donné par le nombre et le spectre politique des signataires de la résolution adressée au Parlement fédéral (que j’ai déposée au Grand Conseil avec mon collègue Jacques Jeannerat).

Mais les soutiens devront dépasser le cercle politique. La société dite civile, les associations ayant vocation de se prononcer sur la mobilité (TCS et ACS notamment), les milieux soucieux du développement économique du canton (patronat et syndicats) et de son cadre de vie (WWF par exemple), les communes les plus directement concernées, notamment entre Arve et Lac, sont placés devant leurs responsabilités. C’est dire aussi celle du conseil d’Etat qui devra être encore plus à l’écoute de leurs remarques et objections. L’opposition annoncée dans la Tribune de Genève d’un représentant de l’ATE tend encore pour l’heure à montrer qu’une lecture plus attentive du projet pourrait bénéficier à sa compréhension.

En arbitrant en faveur de ce projet d’intérêt général, tous donneront un signal sans ambiguïté de leur engagement pour l’amélioration de la qualité de vie des Genevois, y compris en Ville. Soyons optimistes – l’optimisme de la volonté ! –en continuant de parier sur le sens du compromis, quand chacun a à gagner au changement. Car entre les embouteillages, leur impact sur l’environnement, leurs coûts économiques, et la fluidité de tous les trafics, privés et publics pour le plus grand bénéfice des habitants de ce canton, le moment du choix est enfin arrivé.

C’est la raison de cet appel visant à la création d’un comité « Pour la traversée du Lac ». Il s’adresse à tous ceux qui entendent œuvrer sans œillères et sans dogmatisme en faveur du bien-être commun. Nul doute que les Genevois seront sensibles au fait qu’ils tiennent désormais un élément –clé de leur destin dans leurs mains.

(Version développée de la chronique L'invité parue dans la Tribune de Genève du 16 avril 2011)

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07/04/2011

L’OCE est à moitié sorti d’une situation complexe

Des effectifs alloués par Berne en proportion du nombre de chômeurs, des collaborateurs mieux au fait des besoins des employeurs. Voilà deux solutions aux dysfonctionnements de l’Office cantonal de l’emploi (OCE) du canton de Genève ; la première devrait plus que la seconde contribuer à lui redonner une crédibilité incomplète.

 

Mais ces solutions, couplées avec une direction de l’OCE partiellement renouvelée, ne sauraient suffire. Il faut encore passer par une rupture d’avec la  tolérance déplacée qui fait que Genève se caractérise à la fois par un taux et une durée du chômage supérieurs à la moyenne suisse, mais aussi par un taux de sanctions inférieur (A Genève: 4 sanctions pour 100 chômeurs, en Suisse: 7,6. Soit presque le double!), lié aux pratiques des caisses de chômage privées - en clair : syndicales. Cherchez l’erreur !

 

Ces difficultés, prises isolément, sont gênantes mais non fatales. Mixées, elle sont graves. Elles justifient en tout cas l’audit de l’OCE auquel le Secrétariat d’Eta à l’économie (SECO) a  procédé en 2010. Gageons que la fuite qui l’a mis sur le devant de la scène médiatique va radicaliser la réforme déjà en cours. En effet, la gauche genevoise, spécialisée en dépôt de projets de loi réactionnaires au sens premier du terme, n’a de cesse de contester les législations fédérale et cantonale sur le chômage. La stabilisation par l’OCE du système d’indemnisation-réinsertion professionnelle impose de lui répondre par des faits concluants.

 

Reprenons. Le SECO a enfin compris que la dotation en personnel de l’OCE devait suivre le nombre de chômeurs et non le taux de chômage. Ce dernier a en effet le grand tort d’être indexé sur la population active lors du dernier recensement (413 585 en 2000, 463 919 en 2010, soit environ 50 000 habitants de plus). Résultat : ce décalage croissant est allé jusqu’à causer une dotation de 10% à 15% inférieure à son niveau dans les cantons démographiquement moins prolifiques. Dès 2012, cette cause de surcharge, d’usure et, partant, d’absentéisme, sera éliminée.

 

Mais l’apport du SECO se traduit aussi par un financement du personnel de l’OCE par la Confédération tout en le soumettant au statut du personnel de l’Etat de Genève. Il en résulte que lors de baisses du taux de chômage, l’OCE peinait à adapter à la baisse le nombre de ses collaborateurs du coup superflus. Pour éviter cette difficulté, le canton engage des auxiliaires dont le mandat est de trois ans au maximum. Bien.  Sauf que, dès leur année de mise à niveau terminée, ils commencent à songer à leur futur emploi… Résultat : une productivité faible, d’autant que les fonctionnaires permanents ne sont pas tous les mieux au courant des réalités du marché de l’emploi.

 

La résolution de ce problème exigerait en réalité de toucher à nouveau aux dispositions du statut de la fonction publique concernant le licenciement. Autant dire que sa solution n’est pas pour demain !

(Editorial de la newsletter du 8 avril 2011 de la FER Genève www.fer-ge.ch)

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03/04/2011

Jean Ziegler : le début de la fin

Les camarades socialistes autrichiens ont donné, les camarades socialistes autrichiens ont repris. Loués soient les camarades socialistes autrichiens ?

 

En novembre 2008, l’homme qui prétend ne jamais recevoir de prix reçoit celui de la recherche prospective décerné par la Fondation autrichienne Robert-Jungk, une Fondation pour le moins alternative[1], des mains du gouverneur du Land de Salzburg, la socialiste Gabi Burgstaller, dans la salle des carabiniers de la Vieille Résidence, à Salzburg (http://salzburg.orf.at/stories/323383/ ).

 

En avril 2011, l’homme à qui a été décerné en 2002 le prix Kadhafi des droits de l’homme ne prononcera pas le discours d’ouverture du Festival de Pâques de Salzburg (http://www.tdg.ch/actu/suisse/jean-ziegler-indesirable-raison-liens-kadhafi-2011-04-01). Il y avait certes été invité par la même Landeshauptfrau Burgstaller, mais elle s’est dédite, comme la directrice du Festival. La donna è mobile, chante Rigoletto, pas au programme cette année. Raison de son revirement : les rapports du sociologue genevois avec le dictateur libyen.

 

Ironie du destin : sur le site du Festival, l’invite est rédigée par le romancier péruvien et humaniste libéral Mario Vargas Llosa (http://www.osterfestspiele-salzburg.at/de/festival/philosophie/mario_vargas_llosa)... 

 

Comme à son habitude, l’ami de Kadhafi, de Castro et de Mugabe tente de faire diversion en criant au complot à la base de cette décision pour le moins vexante pour son ego. Nestlé, UBS et le Creditsuisse en seraient les auteurs et la camarade Burgstaller aurait cédé aux pressions de ces sponsors du festival. Petit problème : les sponsors du festival, cette année, sont Audi et Vontobel…

 

Quant à lui, il n’aurait plus aucun lien avec le colonel « fou » selon ses dires. Or, la rupture de ses liens d’amitié avec le régime de Tripoli n’est pas aussi évidente qu’il le prétend.

 

En effet,  Jean Ziegler n’a pas démenti avoir été invité par l’islamiste Driss Semlali à participer à une réunion sur l’islamophobie qui devrait se tenir en mai 2011 dans la salle du Grand Conseil vaudois. Par une étrange coïncidence, l’ONG Nord-Sud XXI « apporte son soutien à l’événement » (http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/Le-Parlement-re-oit-un-meeting-contest--11395182). Or cette ONG a été fondée par le régime de Tripoli en 1989, notamment pour décerner le prix Kadhafi des droits de l’homme, et Jean Ziegler en a été membre dès le début.

 

Au surplus, et c’est la moindre des choses entre obligés de Kadhafi, cette ONG libyenne figure au 27ème rang d'une pétition de soutien adressée au président du conseil des droits de l’homme de l’ONU (http://blog.unwatch.org/wp-content/uploads/NGOs4Ziegler.pdf). L’expulsion de son poste de membre du comité consultatif dudit conseil est en effet demandée par d’autres ONG, dont UN Watch (http://www.unwatch.org/site/apps/nlnet/content2.aspx?c=bd...).

 

Et si cela ne devait pas suffire, le Centre Europe – Tiers Monde (CETIM), une ONG dont Jean Ziegler est

vice-président - et qui a aussi reçu le prix Kadhafi des droits de l’homme - est au 20ème rang de la même pétition. On n’est jamais si bien reservi que par soi-même…

 

Morale de l’histoire : le soleil se lève plus tôt à l’est. Et les autorités d’un land autrichien ont compris plus tôt que les suisses la nécessité d’ouvrir les yeux sur des liaisons dangereuses. Quelle qu’ait pu être l’habileté dialectique de Jean Ziegler, l’absence de sens de l’histoire lui a fait oublier la nécessaire prudence dans ses relations avec les dictateurs. Leur déchéance en aura fait une victime collatérale.

 

Autre conclusion : il finira par y avoir de l’indécence à s’acharner sur une personne de 76 ans désormais à terre. Les faits seuls sont suffisamment cruels.

 

  

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01/04/2011

Le modernisme à la sauce socialiste : 4 nouveaux impôts !

 Fier comme Artaban, Christian Levrat vient de présenter la plate-forme électorale en dix points du parti socialiste, « le parti de l’intérêt général » d’un petit cinquième de l’électorat.  Et le chef des camarades d’insister sur le modernisme de sa vision de la Suisse. Or une lecture critique, même superficielle, en démontre la ringardise[1]. Sans même évoquer une rhétorique de lutte des classes, aux antipodes de la réalité vécue par les habitants de ce pays. Bref, plutôt que par le modernisme, c’es par le misérabilisme que le PS se profile en 2011. 

 

Ce prosélyte d’« une Suisse moderne » propose surtout quatre nouveaux impôts qui frappent tous directement ou indirectement les entreprises. S’y ajoutent encore quatre augmentations des dépenses privées ou publiques et une grosse illusion dans le domaine de l’énergie. Quant à la formation, qui clôt son décalogue à l’eau de rose, elle n’a droit qu’à une incantation de principe : plus d’égalité des chances au service de l’horaire continu, certes. Mais pourquoi pas aussi, voire d’abord, une école plus exigeante, des maîtres mieux formés, l’excellence érigée en principe ?  

 

Dans la perspective des élections fédérales de l’automne, l’on peut douter que le contenu de cette plate-forme contribue à stopper l’érosion des intentions de vote pour le PS. « Usual suspects » à charge, les nouveaux impôts et assimilés.

 

  • Un fonds national pour la formation continue, financé par un déplafonnement des cotisations salariales à l’assurance chômage pour les revenus supérieurs à 126 000 francs. Faut-il rappeler la cotisation de solidarité de 1%, pour ces mêmes revenus, liée à la mise en vigueur de la nouvelle LACI dès le 1er janvier 2011 ? Ou comment aller trop loin avec toujours plus de solidarité.
  • Un impôt sur les successions supérieures à deux millions pour renflouer les caisses de l’AVS. Cette proposition renseigne sur la définition socialiste de la richesse. Elle sera surtout appréciée des chefs d’entreprise qui entendent pérenniser leur outil de travail ; elle ne pourra qu’inquiéter leurs collaborateurs. Rien pourtant de plus logique : elle exprime marginalement la détestation socialiste de la propriété privée.
  • Une hausse de l’imposition du bénéfice des entreprises pour alimenter les caisses des transports publics. Comme s’il y avait besoin d’enchevêtrer davantage la politique suisse des transports, par cette sanction du succès des créateurs de richesse. Sauf que le PS s’ingénie à contrarier les réformes de la fiscalité, notamment des entreprises.
  • Une taxe internationale sur les transactions financières. Cette vieille lune des alter-économistes était quasiment passée aux oubliettes des utopies. Le PS entend-il dorénavant la créer dans un seul pays ? A l’évidence, tant d’acharnement à l’égard du monde bancaire ne témoigne pas d’une compréhension « moderne » de l’économie mondialisée.

 

Au fond, en voulant promouvoir l’image d’une «  Suisse moderne, ouverte au monde, confiante en elle-même », le PS n’a de cesse d’insister sur les privilèges de certains au détriment de la majorité qui vivrait dans un enfer d’inégalités. Une image de Germinal, en noir et blanc, qui exprime le mythe socialiste que la population est au service de l’économie.

 

Or cette analyse fait l’impasse sur l’essentiel : le niveau de vie élevé de la grande majorité des Suisses, en absolu comme en comparaison internationale, et même leur place, aux côtés des Danois, en tête des enquêtes comparatives sur le bonheur[2]. On peut y ajouter les résultats encore chauds d’une étude de l’Office fédéral de la statistique sur le bien-être et la répartition des revenus[3] : trois quarts de la population s’y dit très satisfaite de sa vie, et seuls 6,7% se voient confrontés à des privations importantes. C’est humainement trop, c’est objectivement peu.

 

Trop peu certainement pour capitaliser, d’ici octobre 2011, sur un malheur réduit à une peau de chagrin . Triste décorrélation, pour ce parti qui y croit toujours, d’avec un sens de l’histoire.   

(Chronique parue dans l'Agefi du 1er avril 2011)



[2] Selon un sondage d’Isopublic réalisé en décembre 2010, qui confirme des études antérieures, les Suisses ont une note de bonheur de 8,3/10, nettement supérieure aux résultats dans les pays environnants  (7,1 pour les Allemands, 6,7 pour les Italiens, 6,6 pour les Français).

[3] Voir Les conditions de vie en Suisse en 2009, www.bfs.admin.ch.

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31/03/2011

Noter le comportement de l’élève: un symbole nécessaire de l’autorité

 Noter le comportement à l’école genevoise ? Voilà qui devrait aller de soi, dans un monde où les jeunes sont en quête de repères. Et qui a l’avantage d’ouvrir un débat d’abord sur l’efficacité de cette mesure, ensuite sur le cercle des personnes concernées, enfin sur le recours à l’instrument de l’initiative. Car voilà qui fait défaut pour les élèves de l’école publique obligatoire du canton de Genève.

 

L’Association refaire l’école (ARLE) s’est donc trouvé un cheval de bataille qui ne demandait qu’à être monté. La voilà lançant une initiative populaire pour introduire une note de comportement dès la 3ème année primaire, inscrite dans le carnet scolaire et déterminante lorsque la promotion de l’élève est sur le ballant. Et, du même coup, trois signaux.

 

D’abord un rappel de son existence, voire de son influence. Les citoyens n’ont pas oublié que le retour des notes évaluant les résultats de l’élève lui est dû. Ce qui devrait être d’autant plus utile à la récolte de signatures que la portée de cette initiative est davantage de l’ordre du symbole.  

 

Ensuite et surtout un appel à la restauration de l’autorité. Mais l’autorité est un concept dont, depuis les (Jean…) Romains, la double nature est évidente : auctoritas, le rapport de compétence, et potestas, le rapport de force. Car l’autorité n’est jamais naturelle, elle se construit dans une relation où l’élève se rend compte du savoir comme du charisme de son enseignant. Qui n’aura besoin qu’en dernier recours de la force, pour ne pas évoquer les sévices du passé. Le mauvais carnet témoignera ainsi de l’échec de la relation d’autorité établie avec l’élève. Autant dire qu’il sera bon dans la règle.

(Chronique à paraître dans Entreprise romande du 1er avril 2011)

 

Relation. C’est en l’occurrence le mot-clé. Car deux autres acteurs au moins sont impliqués par l’existence de l’élève : l’enseignant et le parent. Le premier fait l’objet d’une évaluation périodique par ses supérieurs. Il va donc de soi que la note de l’élève ne pourra être donnée par un enseignant en bermuda, marcel et santiag dès le retour du printemps ! Mais le parent – de préférence les parents – est aussi placé face à sa responsabilité de montrer à son enfant la valeur qu’il accorde au savoir et à l’école, modèle réduit de la société. Et donc le respect qu’elle mérite. A noter – c’est le cas de l’écrire… - que le comportement défaillant des parents doit aussi être sanctionné.

 

C’est pour ces raisons que la notation du comportement, verbalement présent dans les carnets scolaires actuels, est certes partielle mais utile, pour la majorité des élèves. Comme est utile le test de l’initiative populaire auquel s’est soumis l’ARLE. Un projet de loi, c’aurait été si facile. Une initiative, c’est autrement plus exigeant en terme d’effort. Voilà le troisième signal, qui n’est pas le moindre mérite de ses auteurs.

 

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21/03/2011

Vencimus ! Omnes et omnia pro lingua et cultura latina

Un raz-de-marée. Près de 60 députés ont déjà ont déjà signé une motion en faveur du maintien du latin en première année du cycle d'orientation. Un groupe doit encore se déterminer d'ici au 29 mars 2011. Des espoirs plus que tangibles peuvent être mis dans sa décision, car il compte en son sein des membres du comité qui a lancé une pétition dans le même objectif. Une pétition qui a déjà rassemblé plusieurs milliers de signataires grâce à l'énergie déployée par un comité emmené par une enseignante de latin, Sophie Arpin. Rien d'inattendu dans tous ces soutiens. Car tant la motion que la pétition ne font que réclamer l'application d'une loi votée à l'unanimité par le Grand Conseil et plébiscité par 3 cotyoens sur 4 (le contreprojet à l'initiative sur le cycle).

Il est important d'aller de l'avant tous unis, car les préparatifs pour la rentrée scolaire 2011 sont dans l'air. Car il n'est pas imaginable que la volonté des Genevois soit bafouée et qu'un pan de notre héritage culturel soit mis à mal, par la (mauvais) volonté de quelques décideurs insensibles à son importance et sa signification.

Pour information, voici le texte de la motion.

Secrétariat du Grand Conseil

Projet présenté par les députés :
Mmes et MM. Pierre Weiss,

Date de dépôt : 18 mars 2011

M Numéro d’objet

Proposition de motion

ad majorem linguae latinae et culturae classicae gloriam respectu scriptorum et verborum septuumviri genevensis coram populo atque senatu<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève
considérant :

<!--[if !supportLists]-->1. <!--[endif]-->la volonté de ce Grand Conseil, par le biais de la mise en œuvre du PL 10176 (contre-projet à l’initiative 134 sur les structures du Cycle d’orientation – ci-après CO), d’offrir à tous les élèves de 9e année HarmoS (ex-7ème année du cycle d’orientation) un enseignement de culture et de langue latines ;

<!--[if !supportLists]-->2. <!--[endif]-->la volonté de ce Grand Conseil d’offrir plus particulièrement à tous les élèves de 9ème année HarmoS un enseignement de base en culture et langue latines ainsi qu’aux élèves de cette même année faisant partie du regroupement se caractérisant par des attentes élevées (regroupement 3) un enseignement de latin plus poussé grâce à une dotation horaire adéquate ;

<!--[if !supportLists]-->3. <!--[endif]-->la prise en compte expresse et sans réserve par le Conseil d’Etat de la volonté parlementaire telle que la rappelle le site officiel de l’Etat<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> ;

<!--[if !supportLists]-->4. <!--[endif]-->des propos, antérieurs au plébiscite populaire sur le PL 10176 du 17 mai 2009, dénués de toute ambiguïté du conseiller d’Etat responsable du Département de l’instruction publique (DIP) devant différents milieux et media ;

<!--[if !supportLists]-->5. <!--[endif]-->la marge de manœuvre de l’ordre de 15% offerte aux cantons par la convention scolaire romande liée à HarmoS pour adapter leurs grilles-horaire de l’enseignement obligatoire ;

<!--[if !supportLists]-->6. <!--[endif]-->la présentation d’une nouvelle grille-horaire pour le CO le 25 novembre 2010<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> supprimant totalement l’enseignement de langue et culture latines en 9ème année HarmoS, contrairement aux documents présentés par la direction générale du CO en juin 2010 qui prévoyaient d’une part un cours de langue et culture latines pour tous en 9ème année HarmoS et d’autre part trois heures de langue et culture latines pour le regroupement 3 et une heure pour les regroupements 1 et 2 ; en outre, le cours de langue et culture latines pour tous les élèves de 9ème année HarmoS était présenté par la direction générale du CO comme une contrainte qui devait être respectée ;

<!--[if !supportLists]-->7. <!--[endif]-->la diminution de deux heures de la dotation horaire en faveur du latin sur l’ensemble de la scolarité du CO par rapport à la grille-horaire actuelle ;

<!--[if !supportLists]-->8. <!--[endif]-->les conséquences de la suppression du latin en 9ème année HarmoS sur la constitution d’un socle de culture générale, les connaissances linguistiques (apprentissage des autres langues) et les compétences dites transversales (mémoire, analyse, rigueur) des jeunes fréquentant le CO ;

<!--[if !supportLists]-->9. <!--[endif]-->les conséquences négatives de la suppression du latin, notamment en raison du nombre d’heures de cours élevé en 10ème pour la section LS, sur l’attractivité ultérieure de son apprentissage ;

<!--[if !supportLists]-->10. <!--[endif]-->la poursuite d’une tendance latente à la mise à l’écart d’une des composantes essentielles de l’humanisme que Genève avait mis à l’honneur dans son école depuis la Réforme, faisant plus récemment passer le nombre d’heures de 15 pour l’ensemble du CO, avant l’an 2000, à 12 actuellement, voire à 10 si la présente grille-horaire était mise en œuvre sans correctif à la rentrée 2011-2012 ;

<!--[if !supportLists]-->11. <!--[endif]-->la priorité donnée à des enseignements – tel celui du français - dont les résultats sont mesurés par des enquêtes internationales (PISA, par exemple), au détriment de leurs fondements que représente au premier chef le latin ;

<!--[if !supportLists]-->12. <!--[endif]-->les modifications intervenues dans la grille-horaire sous la pression de représentants d’autres disciplines ;

<!--[if !supportLists]-->13. <!--[endif]-->les incohérences voire les erreurs contenues dans la réponse du Conseil d’Etat à une fort pertinente interpellation urgente écrite (IUE 1123-A) du 19 janvier 2011 ;

<!--[if !supportLists]-->14. <!--[endif]-->l’importance tant qualitative que quantitative du soutien venant des milieux les plus divers en faveur d’une pétition « pour un enseignement du latin cohérent, démocratique et de qualité durant les trois ans du Cycle d’orientation » témoignant du choc ressenti par de nombreux citoyens, notamment des parents, en raison du non-respect par l’Autorité de la parole donnée et de ses confirmations écrites ;

 

invite le Conseil d’Etat à

 

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->réviser la grille-horaire présentée le 25 novembre 2010 supprimant pour tous les élèves l’enseignement de la langue et de la culture latines en 9ème année HarmoS ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->plus spécifiquement, réintroduire un enseignement en 9ème année HarmoS de 2 heures au moins pour les élèves du regroupement 3 et d’une heure pour les autres regroupements ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->veiller à ce que le total d’heures de latin soit au moins de 12 heures pour les élèves poursuivant son apprentissage jusqu’à la fin de la 11ème année HarmoS ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->tout en prenant en considération les contraintes posées par le cadre général de la grille-horaire, adapter la dotation horaire annuelle du latin de la 9ème année HarmoS à la 11ème année HarmoS en lissant l’évolution du nombre d’heures (par exemple en préférant la répartition 3 heures en 9ème année HarmoS, 4 en 10ème, 5 en 11ème plutôt que 2 heures en 9ème, 5 en 10ème , 5 en 11ème).


EXPOSÉ DES MOTIFS

 

 

Mesdames et
Messieurs les députés,

Scripta manent. Malheureusement pour qui entendrait s’en affranchir. Ainsi, à Genève, de l’oubli de la culture classique qui semble accompagner celui de la volonté populaire. Car qui ne se préoccupe plus d’où il vient devient aussi indifférent à la source de son autorité.

 

<!--[if !supportLists]-->I. <!--[endif]-->Des considérants

 

Des trois premiers considérants

 

Sinon, comment expliquer que le Conseil d’Etat puisse à la fois publier les propos qui suivent, sur la présence du latin en 9ème HarmoS dans les pages du site web de l’Etat concernant le CO, et n’en pas respecter la teneur, par l’adoption d’une grille-horaire, présentée le 25 novembre 2010, qui a consisté à supprimer le latin de la 9ème année HarmoS :

 

« Le Grand Conseil souhaite l’introduction d’un espace dans la grille-horaire pour que tous les élèves de 7ème année aient accès à quelques éléments de la structure du latin. Ces éléments peuvent être mis à profit pour mieux appréhender le français et les autres langues vivantes ainsi que des éléments de base de la culture antique. Dans le regroupement au niveau d’attentes le plus élevé, le programme en latin est plus poussé »<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->.

 

Certes, même si pacta sunt servanda, on sait les lois sujettes à interprétation allant, parfois, jusqu’à un respect à géométrie variable. A fortiori les engagements politiques qui, selon la formule, n’ont de poids que pour ceux qui les écoutent ou les lisent. Il n’en demeure pas moins que de telles pratiques contribuent au discrédit des institutions. Et qu’il est parfois du devoir de ce Grand Conseil de rappeler le Conseil d’Etat au sien, la réciproque étant aussi admise.

S’agissant de l’enseignement du latin au CO, le contre-projet à l’initiative 134 avait fait l’objet d’un plébiscite populaire le 17 mai 2009, 75% des citoyens l’ayant accepté.

Il prévoyait clairement un maintien du latin en 9ème année HarmoS, et même sa généralisation sous forme d’une sensibilisation à la culture latine pour les élèves des regroupements 1 et 2 qui se tourneraient vers les sections CT et LC dès la 10ème année HarmoS. Les rapports des travaux en commission comme le mémorial des travaux de ce Grand Conseil en témoignent.

Aussi, afin d’éviter une application amnésique de la volonté du législateur, il est non seulement utile, mais encore nécessaire de rappeler ici les propos tenus tant par le représentant du DIP en commission de l’enseignement et de la culture que par les députés, dont le rapporteur du PL 10176, ainsi que le vote pertinent de la commission de l’enseignement et de la culture portant sur l’article 53A, al. 2 du PL 10176<!--[if !supportFootnotes]-->[5]<!--[endif]-->.

Voici tout d’abord ce que déclarait le directeur général du CO devant la commission de l’enseignement et de la culture. Il y évoquait un enseignement pour tous du latin en 9ème année HarmoS (p. 30<!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]-->) :

 

« 4. Enseignement du latin.

 

M. Schürch rappelle que le Règlement fédéral de reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale fixe à quatre le nombre d'années d'enseignement de cette discipline. En théorie, comme Genève compte quatre années de gymnase après la scolarité obligatoire, il ne serait pas nécessaire d'enseigner le latin pendant le secondaire I. Cependant, la tradition genevoise ne s'accommoderait pas d'une suppression de l'enseignement du latin au secondaire I et le directeur général du cycle d'orientation estime qu'il convient de maintenir cet enseignement. Etabli sur les années 8 et 9 du CO, cet enseignement pourrait subir une diminution des attentes par rapport à la situation actuelle. Il convient cependant de prendre en considération deux aspects : d'une part les attentes minimales telles qu'elles seront fixées par le plan d'études romand, d'autre part le fait que l'introduction en 7e année d'un cours de culture latine (« latin pour tous ») permettrait sans doute d'affiner le choix des élèves pour cet enseignement<!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> dispensé alors en 8e et en 9e à un public plus motivé, en tout cas plus volontaire qu'il ne l'est aujourd'hui. »

 

Voici surtout, à la suite des auditions, le choix de la commission pour l’article 53 A, al. 2<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> du PL 10176 qui montre dans quelles conditions les députés s’étaient ralliés à la proposition d’un enseignement de latin pour tous en 9ème année HarmoS, à savoir à l’instigation insistante du DIP (p. 33) :

 

« Enseignement du latin

 

A ce propos, les membres de la commission ont longuement débattu de la présence d'un enseignement du latin à tous les élèves en première année du cycle d'orientation.

Ils se sont finalement ralliés à la proposition du Département de l'instruction publique d'introduire pour tous les élèves, en 7e année, un espace, dans la grille-horaire, pour que les élèves aient accès à quelques éléments de la structure de cette langue, éléments qui peuvent être mis à profit pour mieux appréhender la langue française et les autres langues vivantes enseignées au cycle d'orientation, ainsi qu'à des éléments de base de la culture antique.<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]-->

Ils ont pris en compte également le fait que le niveau d'attentes des disciplines peut être différent, comme le contenu des cours et le programme, en fonction du regroupement ou de la section. A ce titre, ils n'excluent pas que dans le premier regroupement, le contenu du cours de latin et le nombre d'heures qui lui est attribué pourront être différents de ceux du second et troisième regroupements. Il convient en effet que les attentes minimales pour le latin au terme de la scolarité obligatoire, telles qu'elles seront fixées dans le plan d'études romand, soient également atteintes à Genève. »

 

Voici enfin le moment capital du vote et les explications sans la moindre ambiguïté du rapporteur qui l’accompagnent (p. 42) :

 

« Art. 53A : Enseignements

 

S'agissant de la notion « un enseignement …exigeant pour tous les élèves », le rapporteur précise, à la demande de la commission, que le Conseil d'Etat a pris des engagements fermes selon laquelle la nouvelle structure incitera les élèves à constamment mobiliser leurs compétences et toujours progresser.

De plus, il est encore précisé que l'enseignement du latin dans les 3 regroupements de 7e sera adapté en fonction des efforts et de la demande des élèves par des dotations-horaires appropriées de façon à permettre une meilleure progression des élèves qui se destinent à la section LS<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]-->.

Il ne s'agit donc pas d'empêcher le choix du latin sous couvert du développement d'une culture latine plus douce !

 

Vote sur l'article 53A dans son ensemble

Pour : 3 S, 2 Ve, 2 PDC, 2 R, 3 L, 2 UDC, 1 MCG

Contre : –

Abst. – (unanimité). »


On ne saurait mieux dire. Et à l’unanimité !

 

Du quatrième et du cinquième considérants

 

Après avoir traité des trois premiers considérants et sans insister sur le quatrième – tous ceux qui ont eu le plaisir d’entendre le conseiller d’Etat responsable du DIP avant le vote populaire se souviennent de son insistance sur l’introduction du latin pour tous dès la 9ème année HarmoS<!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]-->, - ainsi que de sa satisfaction d’offrir ainsi un accès à la culture classique à tous les élèves du CO<!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> -, il sied de souligner que la convention scolaire liée à HarmoS<!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]--> permet une marge de manœuvre de quinze pour-cent du temps total d’enseignement pour la mise en œuvre du plan d’étude romand. Le total des heures de latin (de une à trois) dont il est question ici entre clairement dans cette marge de manœuvre cantonale.

 

Du sixième et septième considérants

La grille-horaire présentée en juin 2010 correspondait parfaitement, s’agissant du cours de langue et culture latines en 9ème année HarmoS, à la volonté du législateur<!--[if !supportFootnotes]-->[14]<!--[endif]-->. Elle prévoyait en effet, sous compléments et renforcements, 3 heures pour le regroupement 3 et 1 heure pour les deux autres regroupements.

La grille-horaire n’était pas seule dans ce cas. Dans un questionnaire envoyé en juin 2010 notamment aux directions des CO et aux responsables des différentes disciplines<!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]-->, la place prévue pour le cours de langue et culture latines dans la nouvelle grille-horaire est réaffirmée.

En revanche, tel n’est étrangement plus le cas dans la version adoptée par le conseil d’Etat le 25 novembre 2010<!--[if !supportFootnotes]-->[16]<!--[endif]-->. La dotation horaire sur l’ensemble du CO y chute de deux heures par rapport à la situation actuelle. Requiem aeternam…

 

Des huitième, neuvième, dixième et onzième considérants

 

La place de la civilisation latine dans l’héritage culturel occidental n’a pas besoin de dispute linguistique pour être établie. Au-delà du langage, de la botanique à la médecine, du droit que Rome a influencé d’importance, et sans même se référer aux visites du Colisée ou du Forum, de Martigny ou de Nyon, Rome est présente à Genève à chaque fois que l’on traverse le Rhône. Une présence que Calvin a consacrée dans sa création en 1559 du Collège via les Leges Academiae genevensis. On n’ose imaginer ce que dirait son premier recteur, Théodore de Bèze, sinon O tempora, o mores, face à la mise à l’écart progressive de la langue de Virgile, de César et… du Vatican. Quinze heures d’enseignement avant l’an 2000, douze actuellement, et bientôt 10 ! A ce rythme, la disparition du latin de l’enseignement secondaire inférieur est programmée. Genève aspire-t-elle à ressembler sur ce point au Valais qui l’en a déjà fait disparaître, pour ne pas évoquer les pays de l’Union européenne qui ne l’enseignent plus qu’à l’université ?

Faut-il s’étendre aussi sur la fonction du latin en tant qu’assistant tout sauf passif à la maîtrise de l’analyse, comme l’on disait jadis ? C’est par ses déclinaisons que les jeunes générations ont découvert la complexité du français, qu’ils se sont familiarisés avec l’allemand, pour ne pas évoquer les langues slaves, si friandes de cas, ou encore le grec, l’ancien comme le moderne ; ils en ont aussi apprécié les beaux restes dans l’anglais de Shakespeare ornant le fronton de The Olde Inn.

Chaque lecteur du Petit Prince sait que l’invisible peut être encore plus important que le visible, un invisible que les pédagogues ont conceptualisé en compétences transversales. Dans la maîtrise du langage, de l’argumentation, de la réflexion, cela s’appelle mémoire et surtout rigueur, pensée critique. Qui a du latin une connaissance acquise tôt saura en faire bénéficier illico son approche des autres disciplines.

C’est dire si retarder son apprentissage, le diminuer, est lourd de conséquences<!--[if !supportFootnotes]-->[17]<!--[endif]-->. Un cercle vicieux est mis en mouvement : moins d’heures, c’est moins de connaissances et, à terme, de plaisir, c’est donc moins d’envie de le transmettre à ses propres enfants et, avant cela, de continuer à s’y adonner au fil des études secondaires.

Il serait intéressant que le DIP fournisse à ce propos, dans la discussion de cette motion, des chiffres sur l’évolution du nombre de latinistes dans l’enseignement secondaire comme à l’université en relation avec les réformes qui ont tendu à en limiter la présence dans les grilles-horaire de l’enseignement public.

Car les réformes programmatiques qu’a connues l’école ne sont pas innocentes, elles ne sont pas seulement une prise en compte de l’esprit du temps, elles en sont aussi un facteur d’accélération des mutations de la culture, de ses composantes. Il serait certes exagéré de voir dans les étrangleurs sinon les exécuteurs du latin de lointains cousins des gardes rouges de la révolution culturelle chinoise. Mais la thèse pourrait mériter la discussion…

 

Des douzièmes et treizièmes considérants

 

Certes, la prise de conscience par les enseignants de latin pourrait être assimilée, par des esprits peu sensibles à la valeur de l’héritage esquissé ci-dessus, à une manifestation purement corporatiste teintée d’élitisme<!--[if !supportFootnotes]-->[18]<!--[endif]-->. Ce serait faire injure à leur vocation, à leur dévouement à une cause ingrate dont ils sont d’humbles artisans, surtout au CO.

Ce serait aussi passer sous silence les modifications de la grille-horaire qu’ont obtenues des enseignants d’autres disciplines. Seraient-ils mieux en cour ? On pense en particulier à l’enseignement de l’histoire et de la géographie<!--[if !supportFootnotes]-->[19]<!--[endif]-->. Là, il y a eu décision politique qui a évité l’amputation. Pourquoi là ? Et avec quelles justifications, quand le respect de la loi et du plan d’études romand n’était pas en cause ? On peut encore mentionner l’ajout d’une heure d’allemand entre juin et novembre 2010. A l’inverse, pourquoi ce non-respect du plan d’études romand concernant le nombre d’heures de physique (2 heures au lieu de 3) sur la durée du CO ?

On sent d’ailleurs bien la difficulté du DIP agissant au nom du Conseil d’Etat à répondre sans contradiction à l’excellente interpellation urgente écrite Quid lingua latina fiet (IUE 1123-A<!--[if !supportFootnotes]-->[20]<!--[endif]-->).

Après deux pages de texte en lointain rapport avec le sujet, le Conseil d’Etat va jusqu’à mettre en cause la volonté du législateur unanime qu’il prend paradoxalement à son compte sur son site, pour ne pas mentionner les arguments de campagne du chef du DIP et la version de juin 2010 de la grille-horaire issue de la direction générale du CO. Comment ce qui était voulu et possible au temps t0 peut se transformer au temps t1 en une « mise à mal de la cohérence »<!--[if !supportFootnotes]-->[21]<!--[endif]--> des principes de la loi 10176 et d’HarmoS ? Il faut quelque hardiesse intellectuelle voire politique pour écrire : « Ne réserver le latin qu’au élèves du regroupement 3 dès la première année du CO (…) et ne donner qu’une initiation à la langue latine sur une seule période aux autres élèves » devient tout à coup impossible. Les condamnations pleuvent : « pré-section », voire « pré-sélection ». Horresco referens !

Ajouter plus loin que « l’enseignement du latin dans toutes ses dimensions conserve cependant largement sa place au CO genevois et renforce même son statut disciplinaire » tient même sinon de l’abus de langage, du moins de la rhétorique, en français courant : de la prestidigitation. Il faut en effet du talent pour convaincre qu’une diminution de deux heures de la dotation horaire du latin sur l’ensemble de la scolarité au CO équivaut à un renforcement statutaire. Sauf que là, la ficelle est trop grosse et que le tour de magie verbale ne résiste pas aux faits. Voilà aussi ce qu’apprend l’apprentissage du latin : chercher le sens derrière les mots, savoir éviter les contre-sens, voire les non-sens.

 

Du quatorzième considérant

 

A l’inverse, la prise de position des pétitionnaires « pour un enseignement du latin cohérent, démocratique et de qualité durant les trois ans du Cycle d’orientation » mérite d’être accueillie avec une réelle satisfaction. Voilà une manifestation issue de la société dite civile qui mérite une attention d’autant plus grande qu’elle témoigne d’une part de l’importance quantitative du soutien qu’elle y a trouvé – déjà plusieurs milliers de signatures -, d’autre part, plus indirectement, du rôle et de la promotion de l’excellence qu’a joué l’apprentissage du latin dans la vie de ceux qui ont conclu à leur responsabilité de la signer.

 

 

 

<!--[if !supportLists]-->II. <!--[endif]-->Des invites

 

Un retour non pas au statu quo ante reformam, mais à celui que proposait le projet de grille-horaire de juin 2010. Voilà formellement ce que devrait faire ce Conseil d’Etat s’il entendait respecter les engagements pris devant les Genevois, des engagements renforcés par ce Grand Conseil lors de son examen de la loi 10176.

Plus particulièrement, offrir aux élèves de 9ème année HarmoS du regroupement 3 au moins deux heures de latin, à ceux des regroupements 1 et 2 une heure, conformément à la volonté du législateur se mettant à l’écoute du DIP.

Maintenir le nombre total de douze heures de latin, tout au long du CO, un nombre déjà en baisse par rapport aux toutes dernières années du millénaire passé.

Enfin, et sans vouloir exagérément interférer avec la grille-horaire, lisser l’évolution du nombre d’heures de latin, pour éviter un saut de 2 à 5 heures lors du passage de la 9ème année HarmoS à la 10ème année HarmoS. L’effet d’appel en 9ème risquerait en effet fort d’être suivi d’un effet d’épouvantail en 10ème. A moins que tel ne soit le but recherché par ceux qui préfèrent du latin, de la culture qu’il représente, de l’humanisme qu’il incarne, des valeurs qu’il véhicule faire tabula rasa.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs les députés, les raisons qui aujourd’hui se conjuguent pour que ce Grand Conseil aide à refaire ce que certains ont défait naguère, à éviter qu’une erreur ne se transforme en faute. Même si errare humanum est…

 

 

<!--[if !supportFootnotes]-->

<!--[endif]-->

<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> « Pour la plus grande gloire du latin et de la culture classique, par respect pour la teneur des écrits et les propos du conseiller d’Etat genevois devant le peuple et le Grand Conseil ».

<!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]--> Les numéros de page qui suivent se réfèrent au rapport sur le PL 10176-A, dont la référence internet est indiquée dans la note 5..

<!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> Art. 53A Enseignements (nouveau)

1 L'enseignement dispensé dans les établissements du cycle d'orientation est

exigeant pour tous les élèves afin de les préparer à leur formation scolaire et

professionnelle subséquente.

2 Au cours de la première année, les mêmes disciplines sont enseignées dans

les trois regroupements.

3 L'enseignement dispensé dans les trois sections des deuxième et troisième

années du cycle d'orientation se répartit entre disciplines communes aux trois

sections et disciplines spécifiques à chacune d'entre elles.

4 Les disciplines principales de chacun des regroupements et de chacune des

sections sont celles dont le total des moyennes annuelles entre dans les

conditions de promotion.

Voir http://www.ge.ch/grandconseil/data/loisvotee/L10176.pdf.

<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> Pour la clarté du débat, on rappellera ici n’avoir jamais partagé cette volonté, y voyant en particulier le risque d’une approche pour le moins superficielle de cette discipline par les élèves des regroupements 1 et 2. On rappellera aussi que certains membres de ce Grand Conseil ont même paradoxalement proposé d’alléger l’enseignement de l’allemand pour des élèves immigrés ! Mais peu importe ces rappels et quoi qu’on en pense, la loi 10179 est votée, et il s’agit de l’appliquer.

<!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]-->Voir http://www.ciip.ch/pages/actualite/fichiers/CP0602_Brochu....

« L’accord suisse demande aux régions d’harmoniser leurs plans d’études. La Convention romande permet à la CIIP de mettre en œuvre cette obligation, en lui donnant la compétence d’adopter un plan d’études cadre (PECARO). Les cantons romands le mettent en œuvre avec une marge d’appréciation à hauteur de 15 pour cent au maximum du temps total d’enseignement par cycle. » (p. 10)

<!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]--> REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE

Département de l'instruction publique, de la culture et du sport

Enseignement secondaire I - Cycle d'orientation

Direction générale

GES/ce/09.06.10

Questions aux trois instances

Mise en œuvre à Genève du plan d'études romand et déploiement de la nouvelle organisation du cycle d'orientation

_______________

Questions :

(…)

B) Par rapport au modèle de nouvelle dotation horaire pour le cycle secondaire I dans le canton de Genève, quelles améliorations seraient possibles dans le respect des contraintes suivantes :

(…)

 

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03/03/2011

Lingua latina non delenda est

Caton l’Ancien voulait raser Carthage. Et n’avait de cesse, dit-on, de terminer ses harangues au Sénat romain par Carthago delenda est – il faut détruire Carthage. Ce qui fut fait et mit ipso facto (expression latine) un terme à la troisième guerre punique. Tous ceux qui ont étudié un minimum (mot latin) cette langue ancienne le savent. Comme ils savent où se trouve Carthage : près de Tunis, depuis à peu près 3000 ans.

 

Le Conseil d’Etat genevois, lui, considère qu’il faut éradiquer le latin de la première année du cycle d’orientation (CO). Sans aller pour le moment jusqu’à sa suppression de l’enseignement obligatoire, il prend le prétexte de la nouvelle grille horaire du CO, qui entrera en vigueur à la rentrée 2011, pour réduire de facto (repetita bis placent) la part des humanités. Latin, dégage !

 

Cette décision résulte peut-être d’un manque d’enseignants pour dispenser une introduction à la culture latine à l’ensemble des élèves ; car c’est ce que veut la nouvelle loi sur l’instruction publique, contrairement à l’ancienne qui la réservait aux élèves de la filière gymnasiale. Et certainement d’une autre, la volonté de renforcer la place des mathématiques - au détriment de la physique - et des langues vivantes, compte tenu d'un plafond horaire. Avec comme bénéfice connexe l’amélioration de la place des Genevois dans les classements PISA. Qui ne testent pas le latin…

 

Certes, l’idée d’imposer une sensibilisation à la culture latine à tous les jeunes commençant le CO pouvait sembler déraisonnable. Quel sens cela avait-il en particulier pour un futur candidat à un CFC des secteurs secondaire ou tertiaire ? Tout simplement de lui donner non pas un vernis, mais une envie de culture, et tout autant une accroche à un monde qui a enfanté la civilisation européenne. Et puis la mise en évidence d’une langue qui est en bonne partie à la source du français contemporain, un sens de l’étymologie (un mot grec, celui-là, un de ceux que le collège apprend à dompter) plus que des tweets, un appel à la rigueur de l’expression, à la clarté des idées.

 

Et puis, rien n’empêchait le Conseil d’Etat de faire commencer déjà en première année du CO, pour les futurs probables gymnasiens, l’enseignement du vocabulaire, des verbes et des déclinaisons. Rosa, rosa, rosam, chantait Brel le rebelle, mais pas au latin...

 

Certes, d’autres pays ont déjà guillotiné le latin, pour ne pas mentionner le grec ancien. O tempora, o mores ! Certes, l’enseignement de l’hébreu a disparu du collège de Genève depuis l’ère napoléonienne : la république des pasteurs avait vécu… Mais est-ce une raison de se résigner, hic et nunc ? Un nouveau projet de loi pourrait débouler, pour lui redonner sa place.

 

Lingua latina non delenda est.

(Chronique pour Entreprise romande du 4 mars 2011)

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25/02/2011

Ziegler, juré du Prix Kadhafi et expert en droits de l'homme

Jean Ziegler, le juré et l’ami primé de Kadhafi

ou la tartufferie sans limite d’un « expert » onusien

 

Les événements libyens ont permis à Jean Ziegler de refaire des siennes sur les ondes de la RSR qui espérait peut-être le discréditer en le mettant face à ses contradictions, mais qui lui a momentanément permis de rebondir. En apparence.

 

Le moment est donc particulièrement propice pour poser quatre questions et y apporter des réponses.

 

1. Jean Ziegler (JZ) est-il ou a-t-été l’ami de Mouammar Kadhafi ? Oui, selon l’avocat Charles Poncet, défenseur de l’Etat libyen. Oui, selon Jean Ziegler, si ami signifie invité régulier à ses fêtes ou en tout cas à des rencontres, en compagnie d’autres intellectuels, que le Guide autodidacte aimait convier en Libye.

2. JZ a-t-il été membre du jury du Prix Kadhafi des droits de l’homme ? Oui, selon le socialiste marxisant qui l’a fièrement déclaré à plusieurs medias, notamment romands à l’époque de la création du prix. Non, selon le même plus tard et surtout aujourd’hui. Trois voies de sortie de cette contradiction : a) il n’en a pas été membre à l’époque et a menti, par fanfaronnade ou pour d’autres raisons, parce que le Guide lui avait laissé entendre qu’il allait en être membre et que ledit Guide n’a finalement pas honoré sa parole, chose étonnante de la part d’un bédouin ; b) il en a été membre au début mais en a été exclu ou a quitté de son propre chef ce jury par la suite, en raison des violations des droits de l’homme en Libye ; c) il en est membre depuis le début, mais prétend le contraire. Par exemple parce qu’il ne supporte pas que soient mises en évidence ses faiblesses avec les dictateurs qui ont asservi des peuples sur cette planète, au nom d’idéologies « de libération », de la Corée du Nord de Kim Il Sung à l’Ethiopie de Mengitsu, du Zimbabwe de Mugabe à Cuba de Castro.

3. JZ a-t-il reçu le prix Kadhafi des droits de l’homme en 2002 ? Non, selon l’intéressé qui prétend n’avoir jamais reçu de prix. Mais qui a reçu plusieurs autres décorations étrangères. Oui, selon de nombreux médias. En tout cas, une ONG basée à Genève dont il est membre du conseil de fondation, le Centre Europe Tiers Monde (CETIM), a bel et bien reçu ce prix en 2001.

4. JZ a-t-il sa place en qualité d’expert au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Oui, s’il s’agit de contribuer à soutenir cette institution onusienne dont la crédibilité tend vers zéro et aussi le DFAE qui l’a soutenu lors de son élection. Oui encore, si l’on considère que son action internationale permet d’améliorer les droits de l’homme dans toutes les nations où ils sont encore bafoués. Notamment à Cuba qui est pour lui toujours un modèle, voire le paradis sur terre. Non, si la Suisse entend regagner un peu de la crédibilité qu’elle a sérieusement perdue lors de l’affaire des otages libyens, selon les documents rendus publics sur Wikileaks.

 

Reprenons.

 

Le voici ainsi lundi 21 février 2011, en pleine crise libyenne, dégoulinant d’admiration pour « ces jeunes gens qui se révoltent » et de fiel pour « ce régime effrayant ». En toute sincérité, à l’en croire.

 

"Tout le monde est surpris par ce printemps arabe. C'est un pur miracle, totalement inattendu. Nous devons une admiration profonde envers ces jeunes gens qui se révoltent." Cette analyse étonnante est celle de Jean Ziegler, invité plusieurs fois par le régime libyen. "C'est vrai j'ai été invité plusieurs fois par Mouammar Khadafi à discuter de mes livres. En tant que sociologue, j'ai fait mon métier. Je lui ai posé des questions pour essayer de comprendre. C'est passionnant d'écouter Kadhafi répondre. Mais ces invitations n'impliquent aucun consentement à la politique de ce régime effrayant". Fidel Castro, Kadhafi, même combat, même aveuglement de la part de certains intellectuels occidentaux? "Il n'y a aucun parallèle à tirer entre la révolution cubaine de 1959 et la révolution libyenne de 1969. La révolution cubaine est une lumière, rien à voir avec le despotisme des bédouins du clan Kadhafi". Jean Ziegler tient à souligner aussi l'"abyssale hypocrisie des Européens" qui "continuent de négocier pendant les événements un accord de libre-échange avec la Libye".

 

http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/l-invite-du-journal/?date=21-02-2011

 

Un ami de 40 ans ?

 

Pourtant, n’est-il pas depuis quelques dizaines d’années un visiteur fidèle du dictateur Kadhafi ? C’est du moins ce que déclare Charles Poncet, l’avocat genevois qui a défendu l’Etat libyen contre la Suisse dans l’affaire Hannibal Kadhafi.

« Jean Ziegler. C'est quelqu'un qui connaît ce chef d'Etat depuis 35-40 ans, qui lui est proche, qui a des liens d'amitié de longue date avec lui" (dans Le Matin du 14 août 2009).

Jean Ziegler ne nie pas ses accointances avec le dictateur, tout en rappelant son désaccord, qu’il exprime de ce côté-ci de la Méditerranée, avec le non-respect des droits de l’homme en Libye. Ainsi dans son dictionnaire que L’Illustré lui consacre.

K COMME KADHAFI

«C’est un homme complexe que j’ai rencontré plusieurs fois. Il lit mes livres en arabe et il m’invite pour en discuter. Ces discussions sont toujours passionnantes et totalement libres. Par ailleurs, je condamne absolument les abus des droits de l’homme en Libye.»

http://www.illustre.ch/Jean-Ziegler-Larousse-dictionnaire_59432_.html

A l’origine du prix Kadhafi des droits de l’homme : un rôle controversé

Certains ont même expliqué son empathie envers le régime de Kadhafi par l’anti-islamisme du Guide de la Révolution libyenne, « le dernier barrage contre l’islamisme », son rôle de leader du Tiers-Monde, son anti-américanisme, etc. Au point d’accepter, à la fin des années quatre-vingt, de soutenir la création du Prix Kadhafi des droits de l’homme.

Cet engagement fait toutefois l’objet d’une vive controverse, Jean Ziegler se défendant mordicus d’y avoir joué le moindre rôle.

Une controverse est née au début des années 1980 lorsque Jean Ziegler suggéra au gouvernement fédéral d'inviter Mouammar Kadhafi en Suisse. Lorsqu'on le lui a demandé, Ziegler confirma que Khadafi l'avait invité plusieurs fois « parce que mes livres sont traduits en arabe et qu'il les lit ». Il a reconnu avoir été consulté, tout comme d'autres intellectuels européens, quand la Libye a voulu créer un prix pour les Droits de l'Homme en 1989. Aujourd'hui Ziegler prétend qu'à l'époque, « il appuyait le prix car cela représentait une étape vers une ouverture ».

Time Magazine l'a décrit, en 1989, comme membre du jury du prix Kadhafi des droits de l'homme[10]. Jean Ziegler a démenti avoir créé ce prix, l'avoir financé, avoir reçu le prix ou avoir fait partie du jury[].

.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Ziegler

Pire. Il a même accusé de diffamation ceux qui ont diffusé cette information. Sans toutefois avoir jamais intenté de procès. Ainsi de sa déclaration dans Le Temps du 19 février 2011 où il met au passage en cause « des officines opposées à mon rapport à l’ONU sur la situation alimentaire dans les territoires occupés palestiniens ».

Il s’agit là, en clair, d’une attaque en règle contre l’ONG UN Watch.

A noter que le site de cette dernière renvoie à une autre controverse, celle de sa nomination comme professeur à l’université de Genève. http://www.unwatch.org/site/apps/nlnet/content.aspx?c=bdKKISNqEmG&b=2315281&ct=3165265).

Un rôle avoué par l’intéressé

Sauf que, s’agissant de la genèse de ce prix Kadhafi, Jean Ziegler s’est lui-même vanté de son rôle de membre du jury dans le Journal de Genève - la numérisation des archives du Journal a du bon, ou du mauvais, c’est selon – en 1989, la fin justifiant le moyen : « Si nous pouvons obtenir de l’argent pour l’African National Congress, je ne vois pas pourquoi je refuserais de faire partie du jury ».

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http://www.letempsarchives.ch/Repository/getFiles.asp?Style=OliveXLib:LowLevelEntityToSaveGifMSIE_LETEMPSFR&Type=text/html&Locale=french-skin-custom&Path=JDG/1989/04/25&ChunkNum=-1&ID=Ar00503&PageLabel=5

Au passage, on soulignera que la clairvoyance du polémiste genevois montre ses limites. Pour preuve, son refus d’admettre que le régime libyen finance le terrorisme international, un exemple de « propagande américaine », selon ses dires. Sauf que l’accusation lancée par l’ex-ministre de la justice de Kadhafi contre son ancien maître quant au rôle de la Libye dans l’attentat de Lockerbie sonne désormais comme un démenti flagrant.

 

http://fr.news.yahoo.com/54/20110224/video/vwl-lockerbie-kadhafi-a-ordonn-l-attenta-df14a31.html

 

Ce qui est aussi pour le moins troublant, c’est que dans un autre article, publié par l’Hebdo en avril 1989, Jean Ziegler confirme son rôle et sa « préférence pour avoir les mains sales que pas de mains du tout » au sein du comité du prix Kadhafi. Pour lutter contre l’humiliation permanente du tiers monde que constitue le prix Nobel…

 



Que valent alors les dénégations ultérieures de Jean Ziegler quant au prix Kadhafi des droits de l’homme 2002 qu’il n’aurait jamais reçu, un an après l’octroi, non contesté celui-là, de ce prix au Centre européen pour le tiers monde (CETIM) ? Coïncidence : Jean Ziegler est membre du comité consultatif de cette ONG aux côtés notamment des Genevois Jean Rossiaud et Jean-Pierre Garbade.

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http://www.cetim.ch/fr/cetim_soutiens.php

 

L’aurait-il reçu en 2002 à l’insu de son plein gré ?... Une chose est sûre. Le site du prix Kadhafi n’est plus accessible pour confirmer ou infirmer la réception de cette marque de reconnaissance pour ses bons offices !

 

A noter encore que ces sources romandes, avec à l’appui des déclarations du déroutant Jean Ziegler, ne sont pas les seules à affirmer son double jeu : peut-être pas ami, mais de facto agent RP du régime libyen.

Dans un article de 1989, le Time affirme que Jean Ziegler aurait participé au jury du prix[1]. D'autres sources comme The Independent[2] ou Times of Malta[3] ou l'ONG UN Watch[4] affirment qu'il aurait cofondé le prix. M. Ziegler dément maintenant avoir créé ce prix, l'avoir financé ou avoir fait partie du jury[5]. Le site web du prix a été par la suite déconnecté.

· 2001 :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Kadhafi_des_droits_de_l'homme

JZ aime les prix

 

Une autre chose est sûre. Quand Jean Ziegler prétend, dans Le Temps du 2.10.2002, n’avoir jamais accepté de prix, c’est qu’il joue sur les mots. Il est en effet détenteur de plusieurs décorations étrangères, dont une française, antérieure à son prétendu prix Kadhafi, puisque remise en 1994 sous l’ère Mitterand.

 

Jean Ziegler refuse le «prix Kadhafi des droits de l'homme»

 

GENEVE. Lundi, la même distinction avait aussi été attribuée à Roger Garaudy Le sociologue genevois Jean Ziegler a déclaré mardi soir qu'il refusait le «prix Kadhafi pour les droits de l'homme». Les autorités libyennes avaient décerné la veille cette distinction dotée de 750 000 dollars à 13 lauréats. L'ancien conseiller national socialiste, qui a pris en mai sa retraite de professeur à l'Université de Genève, aurait donc pu bénéficier d'une somme approchant les 100 000 francs suisses. Cette récompense avait toutefois une dimension doublement sulfureuse, susceptible d'alimenter la polémique. D'abord en raison des critiques auxquelles le colonel Kadhafi est lui-même exposé au chapitre du respect des droits de l'homme. Ensuite parce que cette année le prix a aussi été attribué à Roger Garaudy, un historien français connu du grand public pour ses positions révisionnistes. Cet ex-communiste converti à l'islam avait été condamné par la justice française pour avoir nié l'existence des chambres à gaz dans l'un de ses livres. Raison diplomatique Instauré en 1989, le prix Kadhafi avait été décerné cette année-là à l'opposant sud-africain Nelson Mandela. Et en 1999, il avait été attribué aux enfants d'Irak à titre exceptionnel. L'édition 2002 a, outre Jean Ziegler et Roger Garaudy, salué les mérites de onze autres personnalités, dont les écrivains libanais Nadim Bitar et libyen Ahmad Ibrahim Faqih, le poète soudano-libyen Mohammad al-Faytouri, et l'historien Khalifa Tlisi, également de Libye. Jean Ziegler a évoqué une raison exclusivement diplomatique pour justifier son refus du prix: il y était contraint par la fonction qu'il occupe désormais à l'ONU, soit rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme pour le droit à l'alimentation. «Mais de toute façon je l'aurais décliné, assurait-il hier soir. Je n'ai jamais accepté de prix, ce n'est pas maintenant que je vais commencer.» Dimanche et lundi, le Genevois était toutefois bel et bien à Tripoli, la capitale libyenne, comme il l'a lui-même indiqué hier sans apporter d'autres précisions sur les motifs de ce séjour. Sa visite pourrait peut-être s'expliquer par un désir de médiation. Car la Libye doit en principe assumer la présidence de la prochaine Commission des droits de l'homme durant la session annuelle de l'ONU en mars 2003 à Genève. Ce qui ne va pas sans susciter des manifestations de mauvaises humeur dans la communauté internationale, à commencer par les Etats-Unis. Tripoli a été désigné par le groupe africain de la Commission pour jouer ce rôle, et plusieurs pays membres de la Commission ont témoigné de la méfiance que ce choix leur inspirait. L'organisation humanitaire américaine Human Rights Watch s'est également inquiétée de cette future présidence

 

Trancher dans le vif : mourir de rire ou de honte…

Toute cette affaire serait vaine, voire risible, si Jean Ziegler n’était pas été élu en tant qu’expert au sein du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pour la période 2009-2012, avec l’appui du département fédéral des affaires étrangères (DFAE) qui n’hésite pas à s’en féliciter. Va-t-il continuer à le faire ? Voilà qui mériterait une résolution parlementaire pour interpeller le conseil fédéral à ce sujet. Car il en va de la crédibilité de la diplomatie suisse, au demeurant bien mise à mal par Wikileaks dans l’affaire libyenne.

Mais de deux choses l’une.

Soit ce Conseil des droits de l’homme de l’ONU est une vaste farce dont la sauce préférée consiste à condamner unilatéralement certains pays, dont Israël. Et Jean Ziegler y a toute sa place, et peut-être même une présidence du groupe d’experts, tant qu’à faire.

Soit il est chose sérieuse, et sa mise à l’écart doit être étudiée dans les meilleurs délais, avant la fin de son mandat, en 2012, et en toute objectivité par les services de Micheline Calmy-Rey.

 

Lors de procédures d’élection aux organes directeurs, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) soutient les candidatures suisses en menant de vraies campagnes en leur faveur auprès des membres du corps électoral, en général les États membres. Le gouvernement suisse (par l’intermédiaire de ses diplomates) ou des experts indépendants représentent ainsi la Suisse dans des organes importants, notamment  :… le professeur Jean Ziegler, Membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pour la période 2009-2012

http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/topics/intorg/chprio.html

Il devient ainsi quasiment accessoire de savoir de quelle façon se positionnera, en sa qualité d’« expert » en droits de l’homme du comité consultatif, le membre éminent du jury du prix Kadhafi des droits de l’homme, en tout cas lors de sa création selon ses propres dires, après les propos de Navi Pillay, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU qui accuse le régime de Kadhafi de « crime contre l’humanité ».

http://www.swissinfo.ch/fre/dossiers/le_printemps_arabe/Une_intervention_militaire_en_Libye_est_peu_probable.html?mobileTopicId=1223464&view=mobileDetail&cid=29558792

A noter que ce jugement est au demeurant partagé par Ibrahim Dabbashi, ambassadeur adjoint de la Libye à l’ONU.

http://www.tdg.ch/actu/monde/libye-kadhafi-coupable-genocide-partir-vite-possible-2011-02-21

Dépasser ses contradictions : un parcours de combattant…

Pour conclure, il n’est pas question ici d’analyser les raisons du comportement si étrange de Jean Ziegler dans ses relations avec Kadhafi.

Avancer un syndrome de dédoublement de la personnalité, comme le fait dans son blog la féministe anti-islamiste Caroline Fourest, ne ferait qu’ouvrir une autre polémique.

Je partage de nombreux combats avec Jean Ziegler (notamment contre la politique financière conduisant à affamer le Sud), mais il devrait cesser d’imiter Tariq Ramadan. Car il commence à souffrir d’un inquiétant syndrôme de dédoublement de la personnalité… que mes enquêtes à venir promettent de traiter en détails.

http://carolinefourest.wordpress.com/2009/04/18/reponse-a-jean-ziegler-par-caroline-fourest/

En revanche, en excluant que Jean Ziegler soit atteint d’une quelconque maladie due au grand âge qui lui ferait oublier sélectivement ses actes et déclarations passées dérangeantes, on est probablement fort proche de la vérité si l’on considère qu’il ressent une profonde honte face à ses propres contradictions. Elles doivent le conduire à se cacher la vérité à lui-même comme à l’opinion publique, son juge suprême à ses yeux.

 

Peut-être même faut-il y voir un mécanisme de dissonance cognitive très pénible qui le mène à refuser d’avouer sa proximité disons intellectuelle avec tant d’anciens dictateurs et bourreaux que l’histoire a condamnés, même si le sociologue de Russin les a tant encensés. A part bien sûr le bienfaiteur du peuple cubain dont il reste, pour le moment, un indéfectible allié.

 

Terminons sur un document le montrant, avec l’un de ses anciens assistants, Juan Gasparini, en discussion avec celui qui bientôt ne devrait plus être qu’un mauvais souvenir pour le peuple habitant le rivage des Syrtes. Un peuple qui aura passé 42 ans à attendre la liberté et qui l’aura conquise dans le sang, contrairement aux Tunisiens et aux Egyptiens dont Jean Ziegler abhorrait les dirigeants aujourd’hui déchus. On a les amitiés qu’on peut.

 

Que voulez-vous, depuis Molière, « l'hypocrisie est, dans l'Etat, un vice bien plus dangereux que tous les autres ».

 

Pierre Weiss

 

 

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http://cyril-dimeo.over-blog.com/article-les-amis-d-extrem-gauche-de-kadhafi-67897140-comments.html

 

 

 

 

 

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17/02/2011

Diplomatie suisse : l’arbitraire d’une princesse réactionnaire

Il y avait le fait du prince. Il y a dorénavant l’arbitraire de la princesse qui ne vaut pas mieux. Surtout si la fin équivaut à restaurer le système des privilèges de l’Ancien Régime. Voilà l’appréciation à porter sur la saga du recrutement des diplomates suisses sous l’ère Calmy-Rey.

 

Cette fois-ci, ce n’est même plus le principe de l’égalité des sexes qui est en jeu, c’est à un véritable désaveu de ses critères de sélection que la diplomatie suisse est confrontée. Mais à toute chose, erreur et faute réunies sont utiles. En particulier à établir une casuistique de l’aveuglement en matière de recrutement au nom d’une idéologie.

 

Précision. Il n’est pas question de contester ici la préférence donnée à des candidats à la profession de diplomate en raison de caractéristiques objectivement sous-représentées, tel le sexe, dès lors que c’est à égalité de compétences.

 

Le problème commence quand, en 2006, six candidats hommes jugés compétents par la commission de sélection sont écartés par la conseillère fédérale parce qu’hommes. Pourquoi ? Tout simplement pour aboutir à une égalité numérique entre le nombre de femmes (quatre) et d’hommes (quatre) admis dans la Carrière. Mais, quitte à priver le département des affaires étrangères de personnes de valeur, cette discrimination par le vide n’équivalait au moins pas encore à engager des candidats recalés.

 

Pour la volée 2011, la conseillère fédérale n’a pas hésité à briser le tabou de la nécessité de l’excellence. Aux sept candidats retenus (trois hommes et quatre femmes), elle en a ajouté trois autres, éliminés par la sélection des experts, qui se trouvent être des femmes. Et tant qu’à faire, elle a échangé un homme retenu contre un autre recalé !

 

Certes, elle n’a violé aucune règle. Elle a simplement montré le peu de cas qu’elle faisait des travaux d’une commission d’experts. Dans un seul but : faire de cette volée la première de l’histoire de la diplomatie suisse à être largement et majoritairement féminine. Pourtant, la féministe  genevoise Maria Roth Bernasconi convient que « cela pourrait nuire à la cause des femmes ».

 

Plus certainement encore, sa décision tend à prouver aux jeunes de ce pays qu’il ne sert à rien d’être parmi les meilleurs pour obtenir un poste dans la diplomatie suisse. Il suffit de plaire à la princesse. A l’heure où la gouvernance fait l’objet de toutes les attentions, voilà l’administration qui tourne le dos aux règles posées par Max Weber au 19ème siècle. Et de remettre à l’honneur les privilèges de l’Ancien Régime basés sur la naissance, jadis dans la noblesse, dorénavant d’abord dans le deuxième sexe. En un mot comme en cent, cela s’appelle une décision réactionnaire.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 18 février 2011)

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10/02/2011

Le mythe de l’alter-croissance « citoyenne »

 Quelle croissance pour satisfaire au mieux les besoins des Genevois ? Voilà la question à laquelle, pour les socialistes, René Longet essaie de donner une réponse dans la Tribune de Genève du 8 février 2011. Que le quotidien a transformé en sondage sur son site (www.tdg.ch). La question mérite la réflexion, la réponse une discussion.

 

Sa position est clairement celle des sceptiques de la croissance telle que le canton la connaît. C'est-à-dire du développement de ses points forts, notamment des activités financières. Et de proposer une alter-croissance qui aurait l’avantage de ne pas « accentuer les problèmes » du canton : crises du logement, des transports, société et économie à deux vitesses. Cela se traduit par une opposition frontale à la politique d’importation d’emplois « hauts de gamme ».

 

Cette posture souffre d’un triple défaut. Elle trahit un malthusianisme fondamental. Elle cache un protectionnisme, sinon un localisme indigne de l’internationalisme socialiste qui veut un monde sans frontières, notamment pour les réfugiés. Elle met au grand jour l’égalitarisme rose-rouge qui ne déteste rien tant que l’excellence. Le « haut de gamme », c’est mal. Sauf que la fin du « haut de gamme, ça fera mal.

 

Précisément, par quoi remplacer ces entreprises étrangères dont Genève pourrait se passer ? Par deux candidats. D’abord répondre aux « besoins des gens » par « le développement des service à la personne ». Troisième âge, petite enfance sont cités. Comme par hasard des secteurs qui emploient une main d’œuvre peu à moyennement qualifiée, employée par des entreprises fortement subventionnées. Ensuite « développer les cleantechs ». Une option certes à ne pas négliger, le Conseil d’Etat en étant d’ailleurs aussi conscient. Mais pour l’heure une option qui suppose des investissements, et donc des investisseurs privés. Si Paris ne s’est pas faite en un jour, on peut douter que la montée en puissance des cleantechs genevoises ne soit plus rapide.

 

Là où les propositions pour une alter-croissance appliquée à l’économie genevoise se font carrément moins convaincantes, c’est lorsque la question du niveau de vie des habitants est abordée. En supposant de développer le secteur subventionné et un autre en recherche d’investisseurs, les socialistes genevois programment la mise sous perfusion de l’Etat social. Et œuvrent à terme en faveur d’une hausse de la fiscalité. Que les Genevois réduisent, et pour cause !, chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

 

Plus que d’un politique de Gribouille, les propositions d’alter-croissance sont en réalité un manifeste pour une croissance altérée fort peu « citoyenne », appauvrissant Genève et les Genevois.

 

(Editorial publié par la newsletter.fer-ge-news.ch du 11 février 2011 )

 

   

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03/02/2011

Amnistie fiscale cantonale : un double impératif moral

Après de timides premiers pas sur le plan fédéral, les cantons sont entrés dans la valse des amnisties fiscales. Le Jura a compris où était son intérêt ; le Tessin y travaille ; Genève doit se prononcer d’ici au 13 févier 2011. En surplomb du débat technique, ce vote pose en réalité une double question morale aux yeux des partisans de cette réforme. L’Etat doit-il accroître ses recettes avec de l’argent jusqu’alors non déclaré au fisc ? Les citoyens peuvent-ils pardonner aux dissimulateurs ?

 

La droite répond par un double oui ; les milieux économiques, dont la FER Genève, y ajoutent l’argument d’un réinvestissement des sommes déclarées dans le circuit économique. En revanche, pour les opposants, à savoir la gauche et les syndicats, l’odeur de recettes supplémentaires ne doit pas allécher l’Etat au point d’octroyer une prime aux fraudeurs ; ils y ajoutent le viol du principe de l’égalité de traitement puisque la loi prévoit un mécanisme incitant clairement à la déclaration spontanée de capitaux non encore fiscalisés. Et de proposer davantage de contrôles fiscaux comme seul remède.

 

Bref, à droite la carotte, à gauche le bâton. C’est dire si ce scrutin offre l’image d’un combat idéologique sans la moindre ambiguïté. Mais pas sans surprise. On attendait le discours moral de la gauche. Celle-là ne s’attendait pas à une offensive de la droite portant sur l’éthique de l’amnistie. Une amnistie qui est certes forte, un point contesté par un recours des opposants, mais pas totale, ce qui ne la transforme pas en cadeau.  

 

Un peu de distance ne nuit pas qui montre que les fronts politiques peuvent varier. L’amnistie ne fait en effet pas seulement débat en Suisse ou sur le seul plan fiscal. Il y a eu le pardon demandé, à gauche, pour des terroristes, des Brigades rouges italiennes aux membres de la bande à Baader allemande des années soixante-dix. Sur le plan fiscal, ces mêmes pays ont offert à leurs citoyens des amnisties ; ils ne sont de loin pas les seuls. Tous en ont tiré un bilan positif pour les caisses publiques.

 

A une condition. Que l’amnistie soit aussi exceptionnelle que la « pragmatique sanction », un édit impérial servant à résoudre définitivement un problème important. Chacun de ces deux termes a de fait été soigneusement pesé par le Grand Conseil genevois. Sanction il y aura sur les capitaux refaisant surface, mais elle sera pragmatique. Comme l’est toute décision politique qui se doit d’être concrète, à la différence des opinions qui peuvent se permettre le luxe de l’absolu.

 

(Editorial à paraître dans Entreprise romande du 4 février 2011)    

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20/01/2011

Les faux amis de la BNS et des entreprises

Depuis 1999, le franc suisse s’est apprécié de 20% par rapport à l’euro, de 30% par rapport au dollar américain[1]. Les difficultés des entreprises d’exportations, sous-traitants compris, grimpent en parallèle. Les risques de chômage pointent à l’horizon pour leurs collaborateurs. Du coup, la politique de la Banque nationale suisse (BNS) tombe sous les feux de la critique. Les suggestions les plus variées, voire les plus farfelues se font jour. Raison de plus de garder la tête froide en rappelant certaines évidences et des solutions plus crédibles.

 

Parmi ses propositions lancées « pour éviter une crise monétaire », le parti socialiste propose ainsi  de « restreindre ponctuellement les transferts de capitaux » évidemment spéculatifs, oubliant que la plupart des transactions de la sixième monnaie la plus traitée au monde se déroulent à l’étranger. De rééditer l’expérience infructueuse des intérêts négatifs pour les investisseurs étrangers. Ou encore en appelle  à lier « provisoirement » le cours du franc à celui de l’euro, scellant de facto le début de la fin de l’indépendance sinon de la Suisse, du moins de la BNS. Proposition peut-être la plus perverse : accroître la masse monétaire «  par des opérations décidées sur les marchés ».

 

Or c’est peu dire que ce catalogue foule aux pieds non seulement les statuts de la BNS, mais, pire encore, sa culture d’indépendance et sa mission qui est de donner « la priorité à la stabilité des prix ». 

 

Une autre réponse s’impose, plus respectueuse de la BNS et plus efficace pour les entreprises suisses. Car il ne s’agit pas de nier leurs difficultés sur certains marchés avec, à la clé, le risque de délocalisation totale ou partielle de leur production. Elle consiste à agir sur les coûts de production influencés par l’Etat. C'est-à-dire là où la marge de manœuvre du politique est à la fois réelle et prévue par les institutions.

 

Concrètement, c’est en abaissant les impôts et les taxes qui pèsent sur entreprises, les normes bureaucratiques qui les corsètent, les charges sociales et le coût de l’énergie qui grèvent leurs coûts de production, sans oublier les droits de douane qui subsistent avec les pays n’ayant pas encore signé d’accords de libre-échange avec la Suisse que les firmes exportatrices pourront le mieux compenser la force actuelle du franc.

 

Au lieu de rejeter le fardeau sur la BNS, voilà un programme de mesures urgentes et de fond  qui devrait motiver ceux qui ont à cœur les intérêts des entreprises suisses et de leurs collaborateurs. Et qui permettra de distinguer entre leurs faux et leurs vrais amis.

(article paru dans Entreprise romande du 21 janvier 2011)

 

 

 



[1] De 1999 à 2010, la hausse est même de 33% par rapport à la livre sterling, ou de 52% par rapport au rouble. Maigre consolation : le franc a baissé de 7% par rapport au dollar canadien ou de 13% par rapport à… la couronne tchèque.

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Devinette, Wallander et Alzheimer

A défaut de pouvoir offrir un exemplaire du dernier ouvrage d'Henning Mankell, L'homme inquiet, je donne ici la réponse à la devinette posée dans ma dernière note. La ville c'était Ystad, la région, la Scanie, le pays, la Suède. Un pays où il fait froit, raison contribuant peut-être à ce que Mankell passe désormais la moitiée de son temps au Mozambique. Je ne sais dans quelle mesure la criminalité y est pire qu'en Suède ou à Genève, mais j'ai désormais conscience qu'il n'y aura plus d'aventures de l'inspecteur Wallander, frappé d'Alzheimer de par la volonté de son créateur qui souhaite peut-être passer à autre chose. Et de cela je me souviens encore...  

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07/01/2011

Devinette: où les cambriolages sont-ils tolérables?

L'insécurité réelle frappe. A Genève et dans le vaste monde. Et elle est insupportable.

Pour commencer ce début d'année à placer sous le signe de la sécurité à regagner, car elle est la condition de l'exercice de nos libertés, un prix très spécial sera réservé au premier d'entre les blogueurs de la Tribune qui découvrira le lieu (ville, région ou à défaut pays) et l'auteur (de gauche) des lignes qui suivent. Aucune exclusion n'est prononcée pour ce concours. Surtout pas le fait d'être membre passé, actuel ou futur (grâce au vote du budget qui prévoir de nouveaux postes) de la police genevoise! Attention: l'anonymat est éliminatoire, car comment remettre le prix au vainqueur ?...

"Dans ce nouvel univers administratif, il était plus important de satisfaire des objectifs statistiques que d'enquêter sur les crimes commis et de traduire leurs auteurs en justice.

Le jour où la direction générale avait décidé qu'il fallait désormais tolérer les "petits délits", elle avait définitivement coupé l'herbe sous le pied d'une possible relation de confiance entre la police et le public. Pour un citoyen, quel qu'il soit, il n'était pas normal d'admettre qu'un cambriolage commis dans son garage, sa voiture ou sa résidence d'été soit considéré comme "tolérable" et donc, dans les faits, entériné. Les citoyens voulaient que ces délits soient élucidés, eux aussi."

Bonne chance et bonne année à tous !

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