21/12/2010

Le bel étage et l'entresol de la citoyenneté

Genève est à "50% composées (sic!) d'étrangers" si l'on incluait dans ce pourcentage les étangers naturalisés suisses (voir un passage traitant de l'intégration des étrangers dans le rapport de minorité d'Eric Stauffer sur le budget 2010, p. 585). Une fois de plus, le chef du MCG se trompe. Pour une fois, non pas en surestimant mais en sous-estimant grossièrement le pourcentage d'étrangers.  Mais il ne se contente pas de se et de nous tromper, il met en doute la "suissitude" de tous les étrangers naturalisés.  

Or, selon les statistiques officielles, celles du recensement de 2000 qui portaient sur 413 673 personnes résidentes - il va falloir encore attendre quelques années pour disposer de ceux du nouveau recensement décennal -, le pourcentage d'étrangers s'élèvait à 38,1%. Et celui des Suisses à 45,6%. Le reste, soit 16,3%, était composé de binationaux. A noter que quatre binationaux sur cinq proviennaient de l'UE (voir le Communiqué de presse n° 3 de l'OCSTAT du 6 janvier 2006).

On peut donc dire qu'il y avait à Genève en 2000 54,4% d'étrangers (38,1% + 16,3%) et 61,9% de Suisses (45,6% + 16,3%) ! Deux façons de regarder la même réalité.

Deux façons, dont l'une est plus étrange que l'autre. En effet, dès lors que la Suisse estime un étranger digne de détenir un passeport à croix blanche, cet étranger est suisse. Aussi suisse que celui qui l'est devenu il y a dix générations. Ne pas les intégrer dans le pourcentage de Suisses, c'est ni plus, ni moins créer une citoyenneté à deux étages: le bel étage, celui des Suisses non naturalisés, des vrais Suisses; l'entresol, celui des naturalisés, des demi-Suisses. En fait, des dénaturalisables en général et en puissance. 

A cette aune, combien peut-on dénombrer de Suisses pur sucre à Genève si le regard statistique porte loin dans le passé? Une faible minorité, compte tenu des échanges migratoires avec la France voisine comme avec le vaste monde. Un passé qui ne peut nécessairement être la référence en la matière. S'agissant de la France de Vichy, le Maréchal Pétain avait ainsi fait adopter la loi du 3 octobre 1940 "portant statut des juifs". Dans son article premier, elle disposait qu'"est regardé comme juif toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif". Le quart de juif était né.

Demi-Suisse, quart de juif, voilà deux sources du même combat contre la mise en cause du principe d'égalité qu'incarne la citoyenneté, une et indivisible, comme la République (française). A moins que ce principe transjurassien ne soit pas digne d'être aussi cisjurassien ! A moins que certains, ici, n'envisagent purement et simplement de grossir le nombre d'étrangers pour attiser "la haine, la grogne et la hargne" contre eux, dixit un général à deux étoiles qui en a pu en remontrer à un maréchal tombé bien bas.

Joyeuses Fêtes à tous, Suisses et étrangers ! 

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12/12/2010

Budget cantonal: déraisonnable et nécessaire

L’adoption d’un budget peut se faire dans la sérénité, lorsque croissance de l’économie et sens de la mesure des gouvernants se conjuguent.

Elle peut se faire dans la douleur lorsque l’Etat-providence est mis à l’épreuve par une crise des recettes ou par des décisions de dépenses sans couverture.

Elle peut encore se faire dans l’incompréhension ou le doute, comme pour le présent projet de budget, du moins pour bonne partie de ceux qui le soutiennent. Car ils ne lui accordent leur soutien que dans l’espoir que les priorités du Conseil d’Etat dans les domaines de la sécurité, de la formation, de l’action sociale ou de la santé, permettront d’améliorer le sort de leurs concitoyens. Mais aussi parce qu’ils font face au mur solide d’un conseil d’Etat à majorité nominale de droite s’opposant avec vigueur à toute remise en cause des acquis étatiques.

C’est cette situation que la République vit en cette fin d’année 2010.

Or,

·        quand les responsables de la conduite du char de l’Etat privilégient la seule adjonction de nouvelles tâches à leur compensation par la suppression de missions obsolètes ou non-prioritaires, voire à la seule suppression de ces dernières,

·         quand ils renoncent à la rigueur en adoptant un taux de croissance double de celui qui prévalait pendant la législature précédente, avec un gouvernement à majorité nominale de gauche, alors que l’incertitude plane sur les secteurs qui font la richesse actuelle de Genève, et donc sur la croissance des recettes fiscales,

·        quand ils engagent à tour de bras de nouveaux collaborateurs, à raison de 871 postes à plein temps, soit 4 par jour ouvré, vacances et pont de Noël exclus,

·        quand ils font enfler leurs états-majors au détriment relatif des prestations à la population, 

·        quand ils repoussent le retour à l’équilibre budgétaire de 2012 à 2013,

·        quand ils qualifient le PFQ de « boussole plutôt que de GPS », comme pour se trouver une excuse à de futurs dérapages,

·        quand ils laissent à nouveau enfler la dette d’un million par jour en 2011, sauf le dimanche, en oubliant leurs propos de naguère, propos qui ne valent  engagement qu’aux oreilles de ceux qui les entendent,

il y a fort à parier que ces responsables se verront à nouveau attribuer par un institut universitaire indépendant sa plus mauvaise note possible (1/6) pour leur non-maîtrise des dépenses courantes.

Mais cette République éprouve aussi un malaise qui ne peut être  négligé. Car une impression partagée ou même suggérée de malaise, c’est déjà un fait social, aurait diagnostiqué le sociologue Durkheim.

L’incivilité y a droit de cité. La délinquance est au coin de la rue. La criminalité violente n’épargne pas ce canton. Pour des raisons multiples, les coûts de la santé explosent. La crise augmente les besoins en assistance publique. Les entreprises peinent parfois à recruter un personnel local à la fois compétent et appétent. La qualité ou l’adéquation de la formation est mise en cause. La raréfaction de l’offre de logements est proportionnelle aux égoïsmes locaux qui expriment le syndrome nimby (not in my backyard). Le chaos de la circulation a pour seul avantage de laisser du temps à tous les usagers pour compter les nouveaux trous qui s’ajoutent aux anciens.

Certains se contentent de la description de ce malaise, le montent en épingle, recourent à la technique éculée du bouc-émissaire. Sans prise directe sur les affaires, par absence d’élus, peu au fait des dossiers, ils généralisent des dysfonctionnements singuliers, bref, ils exagèrent par excès de caricature.

D’autres, parmi lesquels les partis de l’Entente qui soutiennent ce budget, malgré ses défauts, croient qu’il serait irresponsable de renoncer à améliorer les conditions de vie de Genevois, à défaut de les changer… radicalement.

Car ce budget signifie plus de policiers et, il faut l’espérer, plus de sécurité, plus de juges et donc plus de condamnés, plus de gardiens de prisons aussi pour s’occuper des prévenus; des moyens accrus pour les malades, les personnes âgées, les exclus ; davantage de maîtres dans les écoles au bénéfice d’une formation restructurée et des programmes plus adaptés aux besoins de la société contemporaine, à son marché du travail aussi, encore des déclassements pour plus de logements, une poursuite du rattrapage nécessaire quoique déséquilibré en matière de transports publics, et puis des investissements en quantité inégalée pour demain qui sont aussi des coûts de fonctionnement à court terme et des dettes à long terme. 

C’est pourquoi, au terme de la lecture de ce rapport de majorité, je vous prie, Mesdames et Messieurs les députés, malgré l’ampleur des réserves et des critiques émises plus haut, en dépit de toutes les insatisfactions que peut avoir suscitées le rejet d’amendements certes pertinents aux yeux de leurs auteurs, mais refusés par une majorité, compte tenu surtout des responsabilités que doivent assumer les partis de ceux qui entendent (continuer à) faire Genève, assurer durablement son futur, d’accepter ce projet de loi et de doter la République d’un budget pour 2011.

(Conclusion extraite de mon rapport de majorité)

 

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10/12/2010

Les résultats de PISA 2009 se lisent en jaune

 Les résultats de l’étude PISA 2009 menée par l’OCDE, à laquelle 65 pays et 470 000 élèves ont participé, sont à peine tombés que l’autosatisfaction quant à la qualité de l’école suisse pointe son nez. Comme s’il suffisait d’avoir repassé la barre de la moyenne en lecture, le point noir de PISA 2000. Comme si le regard n’avait pas à se diriger vers le plafond de l’excellence, d’un jaune désormais très asiatique, pour au moins rêver de s’en rapprocher. Comme si, pour le futur, l’analyse des différences cantonales qui mettent en évidence les performances des systèmes scolaires (programmes, pédagogies et enseignants mélangés) n’importait plus.

 

En Suisse, les résultats en lecture de PISA 2000 avaient provoqué une crise où la dénégation du côté des syndicats avait fini par céder le pas à la conscience de réformer l’école obligatoire du côté des responsables politiques. L’accord s’y était fait pour remettre l’accent sur l’acquisition à l’école des connaissances de base : lire, écrire, compter. Dix ans plus tard, les premiers résultats sont là, qui semblent concluants. Mais qui sont insuffisants.

 

Certes, les connaissances et compétences des élèves suisses de 15 ans testés en lecture (501 points), mathématiques (534) et sciences (517) y sont meilleures, respectivement, qu’en 2000 (494 points), 2003 (527) et 2006 (512). Mais l’écart se creuse entre la Suisse et le champion de chacun de ces domaines ; c’est particulièrement évident en mathématiques où la différence d’avec le meilleur passe de 23 à 66 points, soit l’équivalent de la fréquentation d’une année d’école en plus !

 

Ce champion, ce n’est plus la Finlande, désormais troisième, une dégradation relative  « inquiétante » pour son ministre, mais la province de Shangaï, une nouvelle venue dans cette compétition. Le quart des jeunes Chinois fait ainsi preuve d’une réflexion mathématique « poussée » contre seulement 13% pour l’ensemble de l’OCDE. Plus généralement, PISA 2009 marque clairement  la victoire des pays à tradition culturelle confucéenne (Chine, Singapour, Corée, Japon). Même si leurs écoles y ont élevé le bachotage au rang d’un dogme pédagogique. A telle enseigne que les parents coréens, qui croient encore en l’école, y investissent jusqu’à 3,5% du PIB en cours d’appui privés. Et leurs enfants d’étudier 50 heures par semaine en moyenne !

 

Alors que les documents de synthèse concernant l’OCDE dans son ensemble et la Suisse en particulier[1] ont été à peine feuilletés, un syndicaliste y voit déjà « la preuve d’une école publique très performante ». En réalité, les résultats des écoles privées sont meilleurs en absolu et tout simplement égaux, une fois pris en compte le milieu socioculturel des élèves. Et de considérer que « le dénigrement de la pédagogie laxiste » n’a plus lieu d’être. Que ne voyage-t-il pas jusqu’en Orient !

 

Quant à la conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP), elle annonce que les résultats cantonaux à PISA 2009, annoncés pour 2011, seront les derniers de leur espèce. La Suisse entend désormais se contenter de tester 5000 élèves, et plus 20 000, pour des raisons officielles de coût du dispositif. Ou de peur des différences inter-cantonales ? Une option à révisée fissa.  

(Commentaire marginalement complété de la version parue paru dans l'Agefi et Entreprise romande du 9.12.2010)



[1] Ces documents sont disponibles sur internet.

Pour l’OCDE: http://www.oecd.org/dataoecd/33/5/46624382.pdf.

Pour la Suisse: http://www.pisa2009.ch/dyn/bin/13062-13185-1-pisa-2009_pr...

 

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26/11/2010

La CIA et le Titanic

Le déni de réalité comme excuse d’un statu-quo délétère pour la caisse de pension de l’administration publique genevoise, la CIA, voire de l’égoïsme à court terme. Voilà l’explication du refus d’un plan de sauvetage élaboré par le conseil d’Etat. En effet, 54% des membres et des retraités s’y sont opposés par le biais d’un référendum lancé par le syndicat SSP-VPOD. Les conséquences de son jusqu’auboutisme ne vont pas tarder[1]

 

D’autant que les mesures urgentes de stabilisation du taux de couverture de la CIA - 59% en 2009 (20% de moins qu’en 1979), un des taux les plus bas des caisses de retraite publiques – ne sont qu’un apéritif. D’ici à 2050, la CIA devra en effet faire passer son taux de couverture à 80%, pour satisfaire aux exigences que les Chambres fédérales vont adopter en leur session de décembre 2010. Cet objectif se traduit en une recapitalisation de 2,1 milliards pour la CIA, un chiffre comparable au coût de la débâcle de la BCGe ! Cerise sur le gâteau, compte tenu du projet de fusion entre la CIA et la caisse de pension des établissements hospitaliers (CEH), la facture finale devrait exploser à 3,1 milliards.

 

C’est dire s’il est urgent d’agir. C’est dire s’il est irresponsable de faire comme si de rien n’était. Comme si la générosité du plan de départ à la retraite (PLEND) offert par l’Etat à ses collaborateurs allait rester sans effet sur le taux de rentiers par rapport aux cotisants. Une comparaison : en 1979, il y avait sept actifs pour un rentier, en 2039, il n’y en aura qu’un. Comme si l’allongement général de l’espérance de vie épargnait les fonctionnaires genevois. Comme si la CIA pouvait se transformer impunément en presse à billets.     

 

Certes, d’aucuns pourraient préférer la politique du pire. Car à moins de 50% de taux de couverture, le droit fédéral impose des mesures d’assainissement. Et là, plus de référendum qui vaille. Parmi celles-là, le passage à la primauté des cotisations (la rente est fixée selon les montants épargnés), l’augmentation de la durée des cotisations, la suppression (temporaire) de l’indexation des rentes, la diminution des prestations, en clair des rentes plus faibles.

 

La VPOD peut rêver du Grand Soir. Mais les petits matins risquent d’être blêmes pour les bénéficiaires actuels et futures de la CIA. Sur le Titanic, on dansait encore alors que l’iceberg avait troué la coque. La responsabilité des élus est de sauver cette caisse en minimisant les dégâts. Dont les coûts pour les contribuables. L’inaction n’a que trop duré.

(Editorial d'Entreprise romande du 26 novembre 2010)

 

 

 

 

 



[1] La commission des finances du Grand Conseil a ainsi décidé de répartir à parts égales la contribution de l’Etat et des fonctionnaires à l’assainissement de la CIA, alors qu’actuellement, l’employeur verse deux tiers des cotisations de retraite.

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23/11/2010

Le cours de banderoles, une nouvelle discipline pour jeune socialiste

M. de Sainte Marie, président des jeunes socialistes, aime le sexe. C'est son droit. Opposant à la nouvelle loi sur les heures d'ouverture des magasins, il conseille de "faire l'amour, pas les magasins". Opposant naguère à la révision de la loi fédérale sur le chômage, il a contribué à une affiche manifestement obscène (voir ma note "l'obscénité contre la LACI").

Le voilà qui maintenant nous avoue, dans toute sa candeur post-juvénile, le début de son engagement politique (La Tribune de Genève du 23 novembre 2010): "Une prof de français (du collège Claparède) m'a poussé à (...) m'engager en politique". A voir le résultat, pas dans un parti de droite. Participant ensuite à des manif anti-américaines en lien avec la guerre en Irak, "j'en garde un souvenir très fort. On préparait les banderoles avec nos profs de dessin".

D'où la question que les responsables du DIP, du directeur de Claparède à la direction générale du post-obligatoire et à la direction du département, et peut-être même jusqu'à M. Beer, le conseiller d'Etat, ont dû se poser: "la préparation de banderoles fait-elle partie du programme de dessin de la maturité? Ou est-ce une option de l'éducation citoyenne pour les nuls ?".

On savoure la réponse par avance.

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19/11/2010

Les futurs instits genevois préfèrent Lausanne

Dans le domaine de la formation des instituteurs, l'université de Genève semble à la peine. Et du même coup, la faveur dont jouit aux yeux des Genvois la formation offerte à Lausanne est d'autant plus éclatante.

Selon des chiffres demandés lors de l'examen du budget 2011, il apparaît en effet que la Haute Ecole Pédagogique (HEP) vaudoise a attiré 64 Genevois en première année de son diplôme (bachelor). De son côté, la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FAPSE) a enregistré l'inscription de 17 étudiants provenant de l'ensemble de la Suisse romande. De seulement 17 étudiants.

Les raisons de cette force d'aimantation à ce point déséquilibrée méritent d'être examinées de près. Parmi celles-là, probablement la jeunesse de la loi genevoise et donc du dispositif qu'elle a mis sur pied. Peut-être aussi un certain discrédit dont pâtit encore la FAPSE à cause de la prédominance naguère de certaines orientations pédagogiques. ET qui sait, des souhaits d'étudier à Genève rendus impossibles en raison des critères d'inscription (exigences élevées en matière de résultats à la maturité en allemand et en anglais notamment).

A quoi il faut ajouter un facteur qui tient du calcul rationnel dont chaque étudiant est capable, malgré la faible culture mathématique, attestée par les études PISA, des jeunes Genevois. Il suffit en effet d'étudier trois ans pour pouvoir enseigner pour qui va se former dans une HEP. Alors qu'il faut compter quatre ans à la FAPSE où certains rêvent même de davantage.

Certes, il faut laisser du temps au temps, et probablement encore une année pour voir comment la concurrence entre Genève et Vaud va se développer. Mais d'ores et déjà il convient de réfléchir à une possible remise en cause de l'année supplémentaire à Genève. Une année où la formation professionnelle a la part trop congrue.

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11/11/2010

Le pauvre PS et la sécurité: la complainte de l'arroseur arrosé

Pauvre PS (comme parti socialiste). La compassion est sincère. Le voilà victime de cyber-terrorisme. Peu habitué au succès, il avait sousestimé sa capacité de gérer une avalanche de consultations de son site, surtout depuis l'étranger. Et d'en appeler au dépôt d'une "plainte pénale contre inconnu". Pénale, s'il vous plaît. Et contre inconnu, puisque les attaquants vont masqués de leur anonymat. 

Pauvre PS. Il ne s'était pas encore rendu compte qu'il était entré dans un nouveau millénaire, que l'époque honnie de l'industrialisation, des mines et de Zola n'était plus. A la définition à sa gauche du communisme (les soviets plus l'électricité), il n'avait pas encore réussi à trouver une définition aussi biaisée à sa droite de la société post-industrielle (la formation plus l'informatique).

Pauvre PS. Il avait cru qu'il était possible de prôner un monde irénique, où tout le monde serait bon et gentil. Les partisans les plus utilement idiots de cette utopie avaient même trouvé un moyen éculé de nier la réalité: abolir l'armée. Et une majorité pour les suivre au dernier congrès du parti socialiste suisse. dont à Genève la si aimable Maria Roth Bernasconi et le si intraitable Carlo Sommaruga.

Pauvre PS. En pleine contradiction hégélienne, il ne trouve aucune incohérence à pourfendre des attaquants insaisissables à force de dématérialisation venus d'Outre-Rhin et à parier sur l'absence de menaces réelles justifiant le maintien d'une armée pour assurer la défense du territoire.     

Pauvre PS. Lui qui a déjà oublié le drame de l'Estonie, tant de fois attaquée, occupée, martyrisée, la dernière fois par les chars du 3ème Reich puis les chars soviétiques, aurait-il aussi oublié l'aventure estonienne où des régiments d'informaticiens russes réussirent à paralyser un pays en juillet 2007, en l'occurrence les sites du gouvernement, des partis politiques, des médias et du monde des affaires ? Croit-il la Suisse armée contre ces genres de menaces ?

Pauvre PS. Le voilà réduit à appeler à la rescousse le droit contre inconnu. A qui demandera-t-il protection le jour où ce qui reste d'armée ayant été au mieux convertie en protection civile, au pire vendue à l'encan, un ennemi, tout aussi inconnu que le sien d'aujourd'hui, aura pris le contrôle de ce pays ?

Pauvre PS. Lui qui connaît par coeur la complainte de Bertolt Brecht sur l'absence de vigilance face au fascisme qui fait que le moment venu il n'y a plus personne pour défendre le citoyen de la barbarie, il reçoit aujourd'hui la sincère compassion d'un politicien bourgeois attaché aux valeurs qui fondent une démocratie, dont la sécurité. Mais cette compassion n'est pas sans condition. Elle dépend de la volonté de résistance de ce parti. Or, comme cette volonté est proche de zéro à l'heure actuelle, il y a comme une légère ironie dans l'expression de cette compassion...  

PS (comme post-scriptum): voici les premières lignes du communiqué du PS. Qui sait si ce ne seront pas les dernières...

"Depuis lundi, le serveur Internet du PS Suisse fait l'objet d'attaques par déni de service (DDOS). Le PS condamne vigoureusement cette offensive anti-démocratique dont nous ne sommes pas encore en mesure d'identifier le ou les auteurs, ni d’ailleurs leur motivation. Le PS a signalé cette attaque à la Centrale d'enregistrement et d'analyse pour la sûreté de l'information MELANI et examine le dépôt d’une plainte pénale contre inconnu."

"Quand les nazis s’en sont pris aux communistes, Je me suis tu, car je n’étais pas communiste… Quand ils ont emprisonné les sociaux-démocrates, Je n’ai rien dit, car je n’étais pas socialdémocrate Quand ils ont emmené les juifs, Je n’ai rien dit car je n’étais pas juif.. Quand ce fut le tour des catholiques, je n’ai rien dit parce que je suis protestant… Et quand ils sont venus chez moi, Il n’y avait plus personne pour élever la voix"

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L’accueil continu des élèves et ses failles alléguées

 Les horaires scolaires, voilà sans conteste l’un des obstacles, et pas le moindre, qui s’oppose à une conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Le contreprojet constitutionnel à l’initiative « accueil continu des élèves », sur lequel les Genevois sont appelés à se prononcer d’ici au 28 novembre 2010 promet aux parents d’élèves des écoles primaires et des cycles d’orientation des journées moins compliquées. Mais pas simples pour autant, d’autant que d’autres conciliations sont à résoudre.

 

A ceux dont les parents en feront le choix, des activités parascolaires, tels les cours d’appui et les études surveillées, seront proposées ; elles complètent les activités scolaires au sens strict avant et après les cours, de même qu’à la pause de midi. La teneur du contreprojet, à la fois plus simple et plus ciblée que l’initiative dont il est issu - et qui a été sagement retirée par ses auteurs -, a convaincu de larges milieux, dont la FER Genève, de lui apporter un soutien résolu.

 

Mais l’adoption de ce contreprojet puis surtout de la législation d’application qui le concrétisera font l’objet de controverse plus ou moins avouée. Certains – appelons-les les traditionnalistes – s’opposent à l’évolution du modèle de la famille traditionnelle, où la mère restait au foyer. Ou encore à des horaires fatigants pour les élèves. Ou même à une solution collective, étatique, en réponse à des problèmes individuels, familiaux. Pas certain que le caractère facultatif de l’accueil continu les convainque ! D’autres – des parents – considéreront que ce contreprojet ne va pas assez loin : quid des activités parascolaires quand l’école ferme ses portes pour cause de vacances ? A quoi il faut ajouter une autre conciliation, celle des activités parascolaires et des activités extrascolaires, notamment sportives et culturelles, qui ne sort pas gagnante a priori.

 

D’autres encore - des syndicalistes - craignent un élargissement non rémunéré des tâches des enseignants et surtout une formation inexistante voire au rabais pour le personnel parascolaire. Des craintes ou de purs fantasmes qui traduisent une méconnaissance de l’approche généreuse du canton en la matière.

 

Voire trop généreuse. Car il y en a aussi – les pères-la-rigueur du budget – qui ne sont pas sans inquiétudes financières. L’extension du dispositif actuel va coûter au canton comme aux communes, malgré la participation exigée des parents. Aux infrastructures, il faudra naturellement ajouter les dépenses pour le personnel. Or, on constate dans le domaine des crèches la pression d’un toujours-plus salarial.

 

A trop charger le bateau, certains pourraient le faire couler. Mais une saine application du principe de précaution financière devrait permettre de le mener à bon port, pour le plus grand bien des enfants.

(Chronique d'Entreprise romande du 12 novembre 2010)

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05/11/2010

Travailler pour tous avant de recevoir de tous

Le contrat d’aide sociale individuelle, c’est bien, les travaux d’intérêt public à la mode alémanique au rang des contreparties, c’est mieux. Car c’est une chose - nécessaire - que d’accorder une aide à ceux qui vivent une situation de détresse, du chômage à la toxicomanie en passant par divers handicaps, c’en est une autre – tout aussi nécessaire – que d’exiger d’eux une contreprestation réelle. Une contreprestation qui met le demandeur d’aide sociale face à sa responsabilité de citoyen.

 

Certes, la contreprestation ne peut être exigée de tous ou alors seulement sous une forme quasi virtuelle dans certains cas de trop grande désocialisation. Certes encore, nombre de cantons prévoient d’ores et déjà des mesures d’intégration sociale ou d’insertion professionnelle conditionnant le versement d’allocations d’assistance publique.  

 

Mais cela ne suffit pas. Car si l’Etat, c'est-à-dire vous et moi, doit tendre la main à celui qui est à terre, il doit aussi pouvoir tester activement l’esprit de collaboration des bénéficiaires à l’amélioration de leur propre sort. Exiger pour subventionner, « fordern und fördern », pour reprendre l’expression germanique. Et, en l’occurrence, travailler avant de recevoir.

 

Telle est en tout cas la logique globale que suit, par exemple, l’aide sociale zurichoise. Elle précise que les contreprestations peuvent prendre la forme « d’une activité lucrative, d’une participation à des mesures ou programmes d’intégration, de travaux d’intérêt public ou d’aide aux familles ou au voisinage ».

 

Or Bâle-Ville, le canton qui compte le plus grand nombre de bénéficiaires d’aide sociale de Suisse, entend aller un pas plus loin. Le conseil d’Etat y examine en effet l’introduction d’une obligation de travaux d’intérêt public d’une durée d’un mois avant de verser les premières allocations d’aide sociale.

 

Derrière cette proposition, il y a une hypothèse grosse comme une maison : nettoyer les bords du Rhin ou les parcs municipaux, cela pourrait bien inciter certains demandeurs d’aide à arbitrer entre la dépendance envers l’Etat et l’indépendance procurée par un emploi.

 

Une hypothèse que l’on ne retrouve pas sous cette forme dans le projet de révision de la loi genevoise sur l’aide sociale individuelle. Il n’est pas trop tard pour mieux faire.

(Editorial de la newsletter de la FER du 5 novembre 2010)

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04/10/2010

Derrière la censure à l’UNIL, le libre choix des études

L’Université de Lausanne, un lieu de dialogue, de dialectique, de polémique même ? Que nenni ! Grâce aux censeurs en herbe du campus, l’UNIL a au contraire fait un pas en arrière formel dans la marche vers la liberté d’opinion. Et s’est évité une réflexion de fond sur les conséquences du libre choix des études. Les dirigeants de la Fédération des associations d’étudiants (FAE) y a en effet jeté le masque en annonçant son intention de « séquestrer » Uniscope, le magazine interne de l’UNIL. Motif : il contenait une interview de la conseillère fédérale Doris Leuthard sur le vote par le peuple de la LACI.

 

L’événement serait purement anecdotique s’il ne reflétait une tendance lourde de la gauche dogmatique : la conquête absolue du pouvoir. Politique, économique, social, culturel. Et aussi idéologique. Bref, l’élimination de l’adversaire[1].

 

Que l’interview ait pu déplaire aux opposants à la LACI est chose certaine. Sur deux pages, la désormais future ex-ministre de l’économie reprenait pour les démonter les craintes des jeunes et notamment des étudiants inquiets des effets de cette révision législative. Cette pièce-là a trouvé son épilogue par l’acceptation par le peuple suisse de la révision.

 

Mais une autre est mise au programme. Doris Leuthard s’exprimait aussi sur le dilemme posé par le libre choix des études. Et de laisser entendre qu’il pourrait faire l’objet d’aménagements au cours de cette décennie déjà. Une société peut-elle laisser ses membres se déterminer en totale autonomie face au choix des études ? Ses jeunes peuvent-ils faire abstraction et de leurs capacités à affronter la dureté du marché du travail une fois leurs diplômes en main, et des besoins non satisfaits de celui-là, par exemple dans le domaine des soins ou des sciences de l’ingénieur ? Jusqu’à quand en effet pourra-t-on non seulement former des jeunes dans des disciplines offrant peu, voire pas de débouchés, mais surtout nourrir en eux des espoirs professionnels impossibles à satisfaire ? Des incitations pourraient être mises sur pied par l’Etat pour pallier certains manques. Bien. Mais quels cris pousseraient alors la majorité des étudiants si des contraintes les remplaçaient ?

 

Voilà en tout cas une occasion de disputatio tout sauf académique que la volonté de séquestre de la FAE a pour l’heure de facto empêchée. Et que le possible futur responsable du dossier sur le plan fédéral, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann pourrait remettre sur le tapis. Et pas seulement pour l’UNIL.

 

(Paru dans Entreprise romande du 1er octobre 2010) 

 

 

 

 

 



[1] La gauche extrême signe au passage une différence d’avec la droite extrême. Quand celle-ci abuse de la liberté d’opinion, celle-là la récuse.

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19/09/2010

L'obscénité contre la LACI ou le degré zéro de la politiqu

La campagne contre la loi sur le chômage (LACI) dérape. L’affiche des jeunes socialistes, verts et unitedblacksheep en témoigne (http://unitedblacksheep.ch/). Reflet probable de leur peur panique alors que le deuxième sondage de la SSR est un nouveau signe de soutien des électeurs suisses à cette loi.

La gauche n’a pourtant jamais assez d’indignation pour jeter l’opprobre sur ses adversaires lorsqu’ils se mettent à engendrer dans l’opinion publique des peurs ou des passions, malsaines par essence en politique. Il faut dire que la droite extrême lui a donné du grain à moudre, de la racaille annemassienne aux pacsés inféconds. Sans même évoquer les barques pleines d’étrangers.

Mais cette même gauche ferait bien de s’épargner des leçons de morale dévaluée quand elle-même n’hésite pas à mettre en scène des conseillers fédéraux en chaises roulantes, comme dans une récente révision de la législation sur l’invalidité. Qui veut faire l’ange…

Voilà désormais les jeunes qu’elle a nourris en son sein se comporter avec une vulgarité qui n’a pas suscité la moindre critique.

Leur affiche contre la révision de la LACI ne flirte pas seulement avec le code pénal. Son obscénité s’affranchit de toute réserve. L’activité du ploutocrate à cigare est tout sauf allusive. Pour preuve, le slogan.

Allez, Monsieur de Sainte-Marie, le moment est venu de réciter quelques Ave avec vos compères. Ou alors de jurer cracher que jamais plus vous ne nous jouerez le coup de la vertu offensée.

Dur, dur de perdre sa vertu si jeune !

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13/09/2010

Salam, shalom et le roi du Maroc

Les calendriers religieux offrent parfois d'heureuses coïncidences. Ainsi de la fin du ramadan qui marque le début d'une nouvelle année juive. Il aura fallu la perspicacité et un sens certain de la communication du roi du Maroc pour que les lecteurs de journaux suisses s'en aperçoivent. Une démarche peu courante, qui remet la mosquée et la synagogue au milieu du bled. Bref, la Providence au travail.

Certes, tout n'est pas rose pour les communautés religieuses non musulmanes au pays du commandeur des croyants, le titre officiel de Mohammed VI. Des expulsions récentes de chrétiens en témoignent.

Certes aussi, la présence millénaire juive au Maroc n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut. Forte de plusieurs centaines de milliers de personnes jusqu'après la seconde guerre mondiale (dans un pays dont le souverain, le père de l'actuel, s'était refusé à appliquer les mesures anti-juives du gouvernement de Vichy), elle ne compte plus que quelques milliers de membres. La création d'Isräel et les conflits qui l'ont suivie sont passés par là.

N'empêche. L'annonce publiée dans la Tribune du 11 septembre à l'occasion de la fête d'Aid el Fitr et de celles de Rosh Ashana par l'ambassade du Maroc en Suisse mérite d'être saluée. Même si l'ambassadeur formule à cette occasion ses voeux pour la communauté marocaine et pour la communauté marocaine israélite. Une nuance sémantique qu'il vaudrait la peine de corriger l'an prochain en précisant, à l'attention de la première, pour la communauté marocaine musulmane.

Ne chipotons pas ! Car le traitement totalement inégal par les médias suisses des deux événements est autrement plus frappant. Moult articles pour le ramadan, silence radio-tv-presse pour le début de la 5771 ème année juive, excusez du peu ! Leur seule excuse est que les élites culturelles et politiques ne les auront pas incités à mieux faire.

Alors pour l'occasion, longue vie à Mohammed VI, chokrane et toda !

 

 

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09/09/2010

LACI : la double solidarité a des limites

 

 

 Une affaire de curseur. Et donc de rapport de forces parlementaires. Voilà sur quoi débouchent les décisions politiques, surtout quand elles impliquent de gros sous. Quant à la position du curseur, elle découle de la conception de la solidarité et de la rigueur défendue par les protagonistes. La polémique née du refus de la gauche et des syndicats d’assainir l’assurance-chômage, selon la solution de révision de la LACI issue des Chambres fédérales, en est un nouvel exemple. Elle permet de mettre en évidence que les revenus élevés contribuent en réalité doublement à son financement.

 

Résumé à l’excès, le choix est simple. Ce sera, au soir du 26 septembre 2010, soit 0,2% de cotisation supplémentaire jusqu’à un revenu de 126 000 francs et 1% de cotisation entre 126 000 et 315 000 francs le temps d’éponger la dette évalué à 17 ans, soit 0,5% de cotisation supplémentaire jusqu’à 126 000 francs complété du pour-cent dit de solidarité. En clair, un effort contenu pour les petits et moyens revenus du travail, complété d’un grand effort pour les revenus élevés, ou un effort plus lourd pour les revenus inférieurs à 126 000 francs.

 

Derrière le texte soumis au peuple, on peut voir à l’œuvre un renforcement du principe d’assurance et davantage d’incitations mâtiné d’une symétrie des efforts faite de recettes supplémentaires – la solidarité – et de coupes dans les dépenses – la rigueur. Derrière le refus, un refus d’assumer la réalité de l’endettement dérivant, pour le show médiatique, vers la mise en cause de boucs-émissaires, les top-managers. Et le tour de magie de dernière minute, jamais proposé sous la Coupole fédérale, d’un déplafonnement total des contributions, vraisemblablement sans limite dans le temps mais insuffisant pour combler les trous. Bref, d’un nouvel impôt sur les hauts revenus, car les prestations sont limitées.

 

Même si la révision est bien partie dans les sondages, la partie n’est pas gagnée pour ses partisans. Elle l’est d’autant moins que les bénéficiaires de revenus élevés pourraient se rebeller face à l’apport qui leur est demandé d’un pour-cent supplémentaire, dit de solidarité. Et de découvrir que leur apport est double : direct et indirect. C’est donc peu dire que les opposants à la révision jouent un jeu dangereux qui suppose une maîtrise parfaite de l’art du boomerang.

 

Directement, les heureux bénéficiaires de revenus élevés contribueront en effet de 160 millions au moins au désendettement de la LACI. Mais il faut ajouter leur participation indirecte, totalement passée sous silence, dans le financement de l’assurance-chômage via la contribution des pouvoirs publics. Une participation qui est de 531 millions (dont 395 provenant de la seule Confédération) sur un total de recettes de 7 128 millions et qui devrait augmenter de 26 millions.

 

Or d’où vient ce demi-milliard ? Pour une forte proportion de l’impôt fédéral direct dont la redoutable progressivité est connue de tous ceux qui le paient. La LACI est donc bel et bien marquée au coin d’une double solidarité des revenus élevés.

 

Et les leçons de morale de la gauche et des syndicats tiennent tout simplement de la pure démagogie, alliée à une volonté de culpabiliser les citoyens. C'est-à-dire d’une fuite devant leurs responsabilités. Il ne faut pas chercher plus loin les vrais démanteleurs de cette assurance sociale en péril. A culpabilisation, culpabilisation et demie ! 

 

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03/09/2010

La grande peur du pluralisme médiatique

 

La concurrence, c’est bon… pour les autres. Y compris dans le champ médiatique. La loi suisse limite plus sévèrement les cartels formels depuis 1995 ; contre des cartels informels, comme celui des idées, le combat est plus ardu. Les médias qui sont attentifs à la première dimension sont pourtant peu portés à l’auto-analyse pour la seconde. Pire : non seulement les journalistes ne réfléchissent pas à leur conformisme idéologique et à ses effets délétères, mais ils émettent des gloussements de vierges effarouchées face à l’intrusion de tout corps étranger, vite stigmatisé voire démonisé. Une double erreur funeste !  

 

L’erreur est d’abord quantitative. A offrir à tous le même menu, on lasse. Surtout s’il est végétarien ou de centre-gauche, comme la majorité des journalistes, et que le lecteur est carnivore, de centre-droit, comme la majorité des citoyens. Qui finissent par ne lire plus qu’un seul journal. Si possible gratuit. D’où un effet sur les recettes. D’autant qu’est ainsi favorisé le développement d’autres habitudes. Au lieu d’aller au restaurant, les gens se résignent dans un premier temps à manger à la maison ; ils finissent par s’en féliciter, surtout en zappant dans l’offre médiatique mondiale et sans redevance – pour le moment.

 

L’erreur est aussi qualitative. A rejeter la confrontation des idées, on appauvrit sa propre argumentation. L’esprit critique de l’émetteur en souffre. Sa force de conviction s’en ressent. L’intérêt du destinataire s’étiole. La démocratie en devient la victime, elle dont la dynamique exige au minimum un duopole idéologique.

 

Trois exemples d’allergie médiatique.

 

La création d’un comité éditorial par le nouveau propriétaire du « Nouvelliste », le quotidien valaisan, rend « lecteurs et rédacteurs inquiets », selon « Le Temps » du 16 août 2010. Même « l’establishment (serait) un peu préoccupé ». En tout cas plus que le lecteur de base, car le quotidien genevois ne s’est pas risqué au genre du micro-trottoir… Le fantasme de la censure, l’hydre de la réaction, le cancer du conservatisme planent donc à cause de « cet étonnant comité à cinq têtes comme on n’en connaît pas ailleurs dans les médias romands ».

 

Le rachat par le financier Tito Tettamenti  de la majorité des actions du groupe (1200 collaborateurs, plus de 200 millions de chiffres d’affaires) qui édite la « Basler Zeitung » (près de 90 000 exemplaires), au début de 2010, a été vu, outre Sarine, comme une extension de l’empire idéologique blocherien. Car cet achat a permis à un avocat bâlois, déjà proche de ce journal, d’en devenir l’éditeur. Un avocat qui est déjà président du conseil d’administration de la « Weltwoche ».

 

La Weltwoche, précisément. Cet hebdomadaire zurichois (près de 400 000 lecteurs) est lui aussi aux mains d’un autre proche de l’ex-conseiller fédéral. Qui, aux critiques, répond tout simplement « Mainstream, non merci ! ». Changements climatiques, pit-pulls, union européenne, voilà autant de sujets sur lesquels son interprétation diffère de celle de la quasi-totalité des médias helvétiques. Et explique l’hostilité dont cette publication souffre de la part de ses concurrents.

 

Le gros mot est lancé. Et pourtant c’est grâce à la concurrence des idées que les mythes s’effondrent, que l’irrationalité régresse, que la démocratie s’incarne. Car elles tirent leur force non de l’absence d’opposition, mais de la démonstration de sa faiblesse.

 

La fin du bloc soviétique a rendu abstraite l’inhumanité de l’ « homme nouveau » communiste ; la présence d’un courant conservateur puissant en Suisse, y compris dans les médias, devrait plutôt être saluée par ses adversaires. Car elle ne peut que les aider dans leur reconquête de l’opinion publique.   

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 3 septembre 2010) 

 

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19/08/2010

Pour des enseignants de qualité !

Les élèves ont besoin d’enseignants de qualité, voire d’excellence. Les entreprises aussi. Cela exige que plusieurs conditions difficiles soient remplies. Plaidoyer, avant la rentrée des classes, pour revaloriser une profession à la recherche d’elle-même et de successeurs.

 

En effet, circonstance aggravante, la pénurie structurelle menace, notamment pour les branches scientifiques. D’ici à 2020 en Suisse, environ 25 000 enseignants, soit plus du tiers des effectifs de l’école obligatoire (écoles primaires et cycles d’orientation), prendront leurs retraites[1]. Sans compter les démissions ou les découragés. Qui attirer, et comment, vers ce qui devrait redevenir l’un des plus nobles métiers du monde ?

 

Les têtes bien faites ne naissent pas par génération spontanée. Il ne suffit pas d’avoir des bâtiments scolaires bien équipés. Ni d’adopter des programmes adaptés au temps présent tout en garantissant la maîtrise des compétences de base (lire, écrire, compter). Ni de renoncer à des outils pédagogiques inefficaces, par exemple pour l’enseignement des langues, quand on peut développer l’enseignement bilingue.

 

En fait, la condition sine qua non d’une école de qualité consiste à s’appuyer sur des enseignants de qualité. Le problème commence à faire surface en Allemagne. Selon une étude qui y a fait du bruit[2], « seuls les enseignants des gymnases ont une note de maturité aussi bonne que les autres diplômées universitaires ; en revanche, les enseignants de l’école obligatoire obtiennent des résultats nettement plus mauvais ». Des études menées aux USA vont dans le même sens. Bigre !

 

Ce recrutement médiocre, du moins à l’étranger, se combine avec une formation contestée. Insuffisante en durée, selon le président de l’Association faîtière des enseignants suisses[3]. Voire en contenu. Restant dans son rôle, le même se plaint aussi de la durée du travail et de la rémunération.

 

Il serait insuffisant de lui répondre « quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console ». Mais croire en l’efficacité d’une politique consistant à certifier la formation, payer davantage et améliorer les conditions de travail relève de la fausse priorité, sinon de l’illusion. Il y a tant de raisons à ce qu’elle échoue, des raisons données par le « pied invisible[4] » de tous les adversaires d’une réelle amélioration du système scolaire.

 

La priorité consiste plutôt à garantir aux enseignants actuels et plus encore futurs des conditions de base à l’exercice de ce métier. Parmi celles-là, le salaire n’est pas le premier levier, car des comparaisons internationales montrent le niveau élevé atteint par la Suisse en la matière. La sécurité, au sens du respect de l’intégrité physique, n’a pas encore atteint le niveau dégradé des banlieues françaises.

 

En revanche, l’accent est à mettre sur l’estime de soi liée au respect par les autres, notamment par les parents. Trop, parmi ces derniers, n’ont en effet qu’un sens léger de leurs responsabilités et une considération minimale pour l’école et ses acteurs. Un recours, c’est si facile…

 

Et surtout, enseigner doit redevenir la source d’une récompense intrinsèque, le motif d’une satisfaction quotidienne. On ne devient pas enseignant pour gagner de l’argent, on ne le reste pas pour une poignée de dollars de plus, on en fait son métier parce qu’on aime les enfants, le savoir, sa transmission. Qui débouche sur cette incroyable satisfaction qu’éprouve le sculpteur quand une tête naît de la glaise modelée par ses mains.

(version complétée de l'éditorial d'Entreprise romande du 20 août 2010)

[1] Office fédéral de la statistique, Scénarios 2010-2019 pour l’école obligatoire, disponible en septembre 2010. 

[2] Ludwig Wössmann, Entering the teaching workforce in Germany, University of Munich and Ifo Institute for economic research, 2009.

[3] Le temps du 26 avril 2010.

[4] L’expression est due à l’économiste Milton Friedman, par analogie avec la « Main invisible » d’Adam Smith. Mais si la main fait le bien, le pied fait le mal !

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23/07/2010

le Prince du bonneteau

Il y a les escrocs de rue qui profitent de la naïveté des passants pour leur soutirer leurs billets. Il y a M. Quark aux pommes (ou Quarcoopome), soi-disant organisateur de concerts, qui profite d'une législation lui permettant d'organiser un concert à distance et même avec distance. Et, pour la deuxième fois, de l'annuler. A coup sûr, il mérite d'être nommé Prince du bonneteau.

Quant aux CFF, au Stade de Genève et aux fans de Prince, ils sont les... pommes de ce sieur. Ceux-ci seraient-ils trop peu nombreux pour y trouver une raison d'annulation ? Si c'était le cas, cela montrerait qu'en matière d'organisateurs de spectacles, il est temps de séparer l'ivraie du bon grain. Il ne reste qu'à espérer que les promesses de remboursement ne soient pas "parole, parole", comme aurait dit Dalida !  

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01/07/2010

De l'apologie du martyr à l'incitation au crime: les appels au Jihad ont-ils dorénavant droit de cité à Genève ?

Le conflit au Moyen-Orient fait l’objet de prises de position contrastées, à l’étranger comme en Suisse. Certaines sont inspirées par la recherche d’une paix durable dans cette région. Des initiatives, d’Oslo à Camp-David ou à Genève, en témoignent. D’autres s’emploient en revanche à mettre de l’huile sur le feu. C’est peu dire que leurs sont irresponsables.  

Elles sont surtout inacceptables quand, profitant des libertés (d’opinion, de réunion, de religion, notamment) régnant en Suisse, de l’attention dont Genève bénéficie aussi en raison de son statut de siège d’organisations internationales, elles tentent non seulement d’instrumentaliser un conflit dans une optique communautariste, mais surtout de faire de la violence une valeur remplaçant celle du dialogue, de la mort une vertu, du martyr une vocation.

Au-delà de l’incitation à la haine, voire au meurtre dont témoignent certains des propos récemment tenus à Genève, tant sur la Place des Nations que dans des lieux de culte, il en va certes de l’ordre public, condition fondamentale de mise en œuvre des libertés, il en va au moins autant de la concorde entre les résidents de ce canton, de l’intensité de la vie démocratique.  

Voici, à titre d’exemples, des extraits d’allocutions prononcées par trois protagonistes de la polémique née de la tentative de forcer le blocus israélo-égyptien de la bande de Gaza par une flottille dite de la paix dont on rappellera qu’elle a été affrétée par une association islamiste turque.

Un sermon du vendredi prononcé au Centre islamique de Genève par Hani Ramadan, sous le titre « Libérez Gaza » (pour une lecture intégrale : http://www.cige.org/Sermons/LiberezGaza_f.mp3), illustre cette dérive. On y lit successivement une apologie du martyr dans le premier paragraphe retenu, une incitation à la violence dans sa forme la plus radicale dans le second, une tonalité messianique dans le troisième et le quatrième rappelant certaines bénédictions de canons de triste mémoire sur ce continent[1].

« […] Mes frères et sœurs en islam, le sang des martyrs de la flottille de la liberté qui s’est écoulé afin de briser l’embargo imposé à Gaza, ne s’est pas écoulé en vain. Ceux qui sont morts se sont dégagés de leur responsabilité auprès de leur Seigneur et ils ont amené le monde entier à sortir de son silence devant les crimes des sionistes, à tourner ses regards vers cet embargo injuste et vers la nécessité de le lever immédiatement. Cette flottille a contribué à impliquer de nouvelles organisations dans l’opposition aux exactions sionistes : autant de bonnes actions qui leur seront comptées et qui resteront auprès de Dieu. Le sang versé se transformera en une malédiction contre les sionistes et il va modifier les rapports de force dans la région, inch’ A-llah. Toutes nos congratulations vont donc aux martyrs. […]

Les habitants de Gaza […] nous font entendre de leur voix la plus claire : les musulmans sont une communauté qui ne disparaîtra pas et ne mourra pas ; elle vit par ses martyrs et ses fils vivent par le martyr. Celui qui meurt ainsi vit la vraie vie et il donne vie et force à sa communauté. Ils nous appellent : la liberté […] ne s’obtient pas autour de tables de négociation. De mémoire d’homme, et tout au long de l’histoire, jamais les colonisateurs n’ont quitté les territoires qu’ils avaient conquis, sinon par la résistance, sinon par le combat, sinon par le jihad. […] Toute chose est de peu d’importance et peut être sacrifiée pour la cause de Dieu et pour la libération d’un peuple et de sa volonté. […] Et nous, nous disons au monde entier : n’est-il pas temps de frapper d’une main de fer la main de l’entité colonisatrice […] ?

Tout se passe comme si l’ONU et le Conseil de Sécurité n’ont été institués que pour permettre la fondation de l’Etat d’Israël par un décret injuste, puis sa défense par d’autres décrets non moins injustes. Et nous disons à nos gens en Palestine : soyez patients, ô gens de Palestine, la victoire est donnée pour une heure de patience. L’aube va se lever, la promesse de Dieu va s’accomplir. […]

Nous demandons à Dieu […] qu’Il libère Gaza et la Palestine de l’agression barbare sioniste et qu’Il accueille dans Sa miséricorde les martyrs de la flottille de Gaza.

On ne peut pas davantage être indifférent aux propos tenus sur la Place des Nations lors d’une manifestation qui s’y est déroulée le 31 mai 2010, à l’instigation de l’association Droit pour Tous (disponible sur Youtube http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/a/u/0/P4inezZgDLk).

Les premiers ont été prononcés par un orateur inconnu. En public cette fois, ils reprennent l’apologie du martyr, en y ajoutant celle du terrorisme tout sauf rhétorique.

« (…) Si le fait de soutenir le peuple palestinien c’est du terrorisme, alors je suis un terroriste. Si le fait de soutenir les peuples qui veulent se libérer, libérer sa terre, vivre dignement, c’est du terrorisme : je suis un terroriste. Et je suis fier de l’être. Il faut oser dire non. La liberté à un prix. Moi je présente pas (sic) mes condoléances aux martyrs, je leur présente mes félicitations. (…) Ils ont osé, ils sont courageux. Ô combien j’espère être un parmi eux. Je leur présente toutes mes félicitations. Ils sont loin dans le ciel. Ô combien ils sont grands. Ô combien ils sont extraordinaires. (…)»

L’onction donnée par l’imam de la Mosquée de Genève n’est pas sans inquiéter, sur la même place et avec le même prétexte (disponible, à 2’42 sur http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/u/6/a5CVVyOFAQk). Est-il responsable, de la part d’un conducteur de prière, de faire de la mort un idéal, en légitimant, ce disant, les moyens pour y parvenir.     

« (…) C’est un honneur de mourir pour la cause palestinienne. Et je salue aussi ces amis, ces amis qui sont partis dans ces bateaux. Ces amis qui ne partagent pas la même foi, mais ils partagent la même douleur. Ces amis qui sont morts. […] Ces amis qui ont fait un geste de courage exceptionnel. C’est pourquoi, je crois sincèrement à leur récompense auprès du Créateur. »

Motiver les sympathisants de la cause palestinienne par la perspective du paradis, faire du martyr une figure de proue dans la résolution des conflits, justifier le terrorisme, appeler au jihah, sont-ce là des variations de l’Esprit de Genève ou, bien plutôt, leur perversion ? Une perversion illustrée ici par le conflit moyen-oriental, mais que les conflits existant dans d’autres régions du globe pourraient aussi motiver.

La question est certes intéressante en ce qu’elle met en évidence des dimensions toxiques du discours politique.

Mais elle en motive surtout une autre, institutionnelle, adressée au Conseil d’Etat : Quelle attention prête-t-il à ce type de propos ? Mettent-ils, selon lui, en danger la paix civile ? Quelles mesures entend-il prendre, le cas échéant, pour la protéger ?

 

(Question écrite posée au Conseil d'Etat lors de la session du 1er-2 juillet 2010)



[1] Les propos les plus inquiétants sont mis en caractères gras.

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24/06/2010

congé du mercredi: les instit se réveillent

Articles fédéraux sur la formation plébiscités par 85% des Genevois à l’unisson des Suisses ; harmonisation des programmes de l’école obligatoire (Harmos), oui du parlement genevois sans le moindre référendum ; école le mercredi matin pour les élèves du primaire, notamment pour combler une année de différence entre l’école obligatoire genevoise et les meilleurs cantons romands aux tests PISA (Valais, Fribourg), non des enseignants primaires, contrairement à ceux du cycle dont le tour viendra un jour… Voilà trois temps illustrant le dur passage du général au particulier.

 

Eclairages sur une polémique, à l’issue d’une procédure de consultation largement favorable au mercredi matin d’école dès le primaire, et quelques faits qui pourraient l’exacerber. Dont d’abord celui-ci : les arguments qui militent contre cette demi-journée supplémentaire, telle la difficulté de déplacer des activités sportives ou culturelles à d’autres moments de la semaine, ont parfaitement été digérés par tous les cantons qui connaissent un horaire scolaire plus lourd que Genève.

 

L’argument le plus extravagant consiste sinon à nier, du moins à dévaloriser la contribution d’heures d’enseignement supplémentaires à la formation des élèves. Pour lutter contre l’échec scolaire, affirme l’ancien président de la SPG à la Tribune de Genève (10 juin 2010), « le quantitatif ne suffit pas, il faut du qualitatif ». Certes, mais c’est oublier ce bon Lénine de « L’Etat et la révolution », par exemple, qui soutenait l’existence du principe de la quantité qui se transforme en qualité. C’est être aveugle face aux résultats tout ce qu’il y a de plus empiriques montrant, en Suisse et pas en Patagonie, la forte corrélation entre résultats en mathématiques et heures d’enseignement. C’est être irresponsable dès lors que l’avenir scolaire des enfants se joue en partie non négligeable à l’école primaire.

 

Certes, encore, l’école le mercredi matin n’est pas la panacée. Les parents d’enfants en attente de fêtes de promotions savent combien le moins de juin est passé par pertes plus que par profits pédagogiques. Là aussi, une reprise en main s’impose, qui concerne aussi le cycle.

 

Mais à refuser une amélioration des prestations offertes aux élèves, les instituteurs obligent à s’interroger sur les leurs. Leur rémunération, tout d’abord, qui a augmenté de deux classes en septembre 2007[1]. En francs, cela correspond à une augmentation, pour plus de 2700 personnes, variant de 8000 francs par an (en début de carrière) à 10000 francs par an (en fin de carrière), pour un salaire qui atteint désormais 130000 francs au maximum.

 

Le temps de travail ensuite. C’est ainsi qu’un instituteur enseigne 834 heures par an au total, une petite partie des 1840 heures annuelles qu’il doit prester à l’Etat pour préparer ses cours, corriger ses copies, se reformer, etc. Il y a donc là un delta de 1000 heures dans lequel les 150 heures annuelles du mercredi matin devraient trouver place. Du moins pour les adeptes d’une amélioration de l’efficience du travail des enseignants.

 

En fin de compte, la tâche du conseiller d’Etat Charles Beer, qui connaît parfaitement les éléments rappelés ci-dessus, ne devrait pas être trop ardue. En expliquant que certaines concessions en matière d’horaire le mercredi matin sont possibles, il devrait finir par faire prévaloir son point de vue.

 

De toute façon, si l’attente du projet de loi gouvernemental devait se prolonger exagérément, il est plus que probable que l’un voire plusieurs des partis favorables à cette réforme des temps scolaires agissent avec détermination. Entre privilégier la formation des enfants ou les habitudes des instituteurs, le choix est d’ailleurs déjà fait. Mais on comprend que le réveil soit dur…  



[1] Le coût pour l’Etat en a été estimé à quelque dix millions par an, auxquels il faut ajouter un rattrapage pour la caisse de pension de l’ordre de trente-trois millions. La collectivité a ainsi consenti un effort indéniable.

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20/06/2010

Fuites: le Conseil d'Etat ne peut imiter le Conseil fédéral

La présence de Christoph Blocher au Conseil fédéral, la montée en puissance de la presse dominicale outre-Sarine. Ces deux facteurs ont permis le début d'une dérive dans le fonctionnement des institutions helvétiques. Qui a pour nom fuite médiatique. La non-réélection du premier n'y a pas mis fin, les mauvaises habitudes se prenant vite et se transmettant encore plus rapidement. Pas seulement entre conseillers fédéraux ?

C'est ainsi que lors de la dernière séance du Grand Conseil genevois, le chef du MCG a rapporté des propos qui auraient été tenus en séance du Conseil d'Etat deux jours auparavant. Des séances dont la confidentialité a, à ce jour, été particulièrement bien gardée grâce à l'épaisseur des murs de la Tour Baudet et à l'éthique des élus.

De deux choses l'une.

Soit il y a eu fuite, et son auteur mérite d'être identifié par une enquête, interne à l'exécutif, au moins aussi rigoureuse que celle qui concerne l'envoi à la Tribune des photos du fils Khadafi par un "insider" du dossier. Car il en irait de la crédibilité des élus et du respect de leur serment si tel était le cas. Sauf que le subjonctif n'est pas ici que précaution formelle. Il exprime aussi le doute absolu que l'on puisse trouver, dans cette équipe si soudée, le moindre imprudent. Qui aurait intérêt à entretenir des contacts avec le chef d'un parti dont l'action, jour après jour, consiste à déligitimer la démocratie et ses institutions ? "Tous pourris", tel est son cri de guerre populiste.

Soit le chef du MCG, qui semble s'y connaître en matière de non-respect de serment, a menti. Une fois de plus.

D'où la nécessité d'une prise de position de l'exécutif genevoise. Le plus tôt sera le mieux, pour confondre l'histrion. A qui on ne saurait trop conseiller de se remémorer l'école obligatoire qu'il a seule connue. La fable de la grenouille devait encore y être au programme.

On ne résiste pas au plaisir de la reproduire...

Une Grenouille vit un Boeuf 
Qui lui sembla de belle taille. 
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf, 
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille, 
Pour égaler l'animal en grosseur, 
Disant : "Regardez bien, ma soeur ; 
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ? 
- Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ? 
- Vous n'en approchez point.". La chétive pécore.
S'enfla si bien qu'elle creva. 
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : 
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, 
Tout petit prince a des ambassadeurs, 
Tout marquis veut avoir des pages.

 

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17/06/2010

Les instit font grève. Mais que fait le conseil d'Etat ?

La deuxième « vague symbolique » de mécontentement de la fonction publique genevoise a été lancée, le 15 juin 2010, par les instituteurs et institutrices des écoles primaires genevoises (récemment revalorisés de la classe 16 à la classe 18 sans la moindre « vague symbolique » de remerciement). Raison de leur courroux : la fusion des caisses de pension (CIA et CEH). Cette vague n’a pas suscité d’émotion de la part du Conseil d’Etat – ce qui est compréhensible – ni de réaction – ce qui l’est moins. Elle suscite une question à triple détente.

Cette vague de grève – appelons un chat un chat –, même si elle n’a duré qu’une demi-heure, succède à un premier arrêt de travail qui a touché certains cycles d’orientation et des classes d’accueil, le 10 juin. Elle en annonce une troisième dans le secteur hospitalier, ce 17 juin, puis une quatrième, après les vacances, bien entendu, dans le secondaire post-obligatoire, en septembre, en attendant un tsunami touchant l’ensemble de la fonction publique cantonale.

Si le droit de grève n’est pas ou plus contesté pour la majorité de la fonction publique, des conditions de licéité des grèves doivent néanmoins être remplies. On peut notamment se demander si ces « vagues » représentent l’ultima et sola ratio pour permettre à la fonction publique d’être entendue de son employeur, le conseil d’Etat. Qu'en pense le conseil d'Etat?

En deuxième lieu, le coût de ce dernier arrêt de travail mérite d’être évalué. S’il s’avère que 60 pour-cent des enseignants ont débrayé, selon l’évaluation donnée à la Tribune de Genève du 16 juin par le syndicat SPG, ce ne sont alors pas moins de 1700 grévistes qu’ont dû dénombrer les directeurs d’établissement, pour autant que cette tâche figure dans leur cahier des charges - leurs secrétaires ayant pour leur part fait aussi grève. En effet, le personnel enseignant compte 2844 personnes, selon le Mémento statistique de l’éducation à Genève de 2009.

Sachant aussi que la masse salariale est de 271 millions (sur 13 mois) pour l’ensemble du personnel enseignant primaire, selon les comptes de l’Etat 2009, il en découle que la masse mensuelle est de 21 millions.

Sachant que les enseignants du primaire travaillent 28 périodes de 45 minutes valant 40 heures par semaine, soit 21 heures effectives, un arrêt d’une demi-heure coûte, en première approximation, 0,5 million de francs si la participation à la grève était de 100%, et 300 000 F si elle se limite à 60%.

L’amélioration de l’évaluation du coût de cette grève par l’exécutif est aussi bienvenue.

 

Enfin, qu’il s’agisse de cette grève, de la précédente ou des suivantes liées à la fusion des caisses de pension, le conseil d’Etat se doit d’informer les citoyens des mesures qu’il entend prendre pour préserver les intérêts des contribuables face à ces grèves peut-être symboliques, mais encore plus indécentes.

En clair, le conseil d’Etat va-t-il procéder, notamment si l’incompréhension face aux indispensables réformes des caisses de pension devait se généraliser à de larges couches de la fonction publique, à des retenues sur salaire pour préserver les intérêts des Genevois ?

Ou bien, plus subtilement, préférera-t-il modifier en faveur des contribuables le curseur des sacrifices à consentir pour assurer le degré légal nécessaire de couverture de la future caisse de pension ? 

 

 

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11/06/2010

La libre circulation des personnes, c'est plus de compétences !

 L’ouverture du marché du travail suisse depuis l’entrée en vigueur de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) entre la Suisse et l’UE n’est certes pas indolore, mais son bilan est largement bénéficiaire. D’autant plus que cette main d’œuvre qualifiée est indispensable, la croissance démographique interne étant insuffisante. Mieux, elle n’est pas cause de l’augmentation du chômage des Suisses. Il n’y a donc pas de raison de remettre en cause l’ALCP.

 

Une immigration provenant désormais surtout des pays de l’UE[1], davantage de frontaliers grâce à un recrutement simplifié et surtout une main d’œuvre étrangère nettement plus qualifiée sont trois des effets les plus importants résultant de l’ALCP. Des effets qui, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie[2] (SECO), sont porteurs de conséquences complexes sur l’économie et le marché du travail, tant sous l’angle du chômage que sous celui des salaires.

 

En clair, presque toutes les branches économiques ont tiré parti de l’ALCP, et le PIB suisse a ainsi bénéficié de cette augmentation de la population étrangère. Cela a notamment été le cas en période de crise, grâce à son effet stabilisateur : de nouveaux habitants, ça consomme, ça construit, ça vit et fait vivre, surtout quand les exportations sont à la peine.

 

Ce sont en fait les immigrés les derniers arrivés – et les moins qualifiés – à avoir été nettement plus touchés par la montée du chômage. LI-FO, selon l’acronyme anglais (last in, first out) ou dernier arrivé, premier licencié. A noter que les travailleurs portugais, proportionnellement plus présents dans l’hôtellerie et la construction, deux branches sensibles à la conjoncture, tirent à la hausse le taux de chômage des cantons romands.

 

Toutefois, « aucun effet négatif sur les bas salaires lié à l’immigration n’a été constaté », précise le SECO. Un sérieux démenti aux prophètes d’un inéluctable dumping social dû à l’ALCP. Nuance : les salaires de la main d’œuvre plus qualifiée ont vu leur croissance ralentir. Mais rien là que de logique, au vu des qualifications de cette nouvelle main d’œuvre. S’ajoute une constatation intéressante : l’évolution générale des salaires n’a pas connu de divergence entre les années d’avant ou d’après l’ALCP, pour en fait se caler sur la conjoncture.

 

Trois points méritent encore un éclairage particulier. Primo, un véritable décollage du « capital humain » des nouveaux travailleurs étrangers depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP, pour le plus grand bien des entreprises de ce pays. Depuis 2002, 83% des nouveaux étrangers actifs possèdent au moins un niveau secondaire supérieur, et 53% un diplôme d’une haute école (université ou haute école supérieure). Or, les diplômés tertiaires parmi les travailleurs immigrés n’étaient que 22% entre 1986 et 1996.

 

Un souhait, pour l’avenir, pour compléter cette évolution : un allégement des possibilités de rester en Suisse pour les diplômés étrangers des hautes écoles helvétiques, notamment des détenteurs des diplômes les plus élevés (masters et doctorats).

 

Secundo, l’absolue nécessité de cette main d’œuvre. Alors que le marché de l’emploi a crû globalement de 366 000 travailleurs entre 2003 et 2009, moins de la moitié de cette croissance (158 000) a pu être assurée par des résidents[3].

 

Qui plus est, l’augmentation du nombre de travailleurs résidents n’a pas suffi pour offrir à ce pays tous les cadres et universitaires nécessaires à son marché du travail depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP. En effet, les créations des emplois à hautes qualifications ont totalisé 210 000 unités, et il n’y a eu que  114 000 résidents pour les occuper.

 

Tertio, l’immigration n’a pas de rapport avec le chômage des Suisses. En effet, le nombre de chômeurs n’a augmenté « que » de 46 000 personnes (dont 26 000 Suisses) de 2002 à 2009. D’ailleurs, le SECO n’hésite pas à l’affirmer à son tour : « La thèse selon laquelle l’immigration de ces dernières années a conduit à évincer du marché du travail des travailleurs déjà installés en Suisse ne saurait être étayée ». C’est ainsi un réservoir de compétences complétant le réservoir intérieur qui est arrivé à point nommé.

 

Il saute donc aux yeux que la corrélation chômage=immigration, si chère aux populistes – pour délégitimer les institutions et l’économie de marché – n’est que poudre aux yeux.

 

Quant à ceux qui resteraient sourds aux avantages de l’ALCP, on ne saurait trop conseiller la haute technologie développée par la firme suisse Phonak…

(Editorial paru dans Entreprise romande du 11 juin 2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] 130 000 travailleurs européens sur 159 000 nouveaux travailleurs étrangers de 2003 à 2009.

[3] Même si leur taux d’occupation a progressé pendant la même période, atteignant presque 85% dans le groupe d’âge des Suisses de 25 à 64 ans !

 

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10/06/2010

Le coming-out d'un "terroriste"

Une manifestation contre Israël le 31 mai 2010 sur la Place des Nations, une de plus, organisée celle-là par Droit pour tous, une association ayant son siège à la très officielle maison genevoise des associations.

Une diatribe pro-palestinienne (et, au passage, pro-FLN et donc anticolonialiste française), par un homme, le président de Droit pour tous ?, à l'accent aussi fort que celui de Jean Ziegler, juste pour donner un point de comparaison (http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/a/u/0/P4inezZgDLk).  

Des propos sans équivoque, plutôt inquiétants car appelant au martyre, au bénéfice de la liberté d'expression garantie aux Suisses et aux résidents de ce pays. Extraits.

« (…) Si le fait de soutenir le peuple palestinien c’est du terrorisme, alors je suis un terroriste. Si le fait de soutenir les peuples qui veulent se libérer, libérer sa terre, vivre dignement, c’est du terrorisme : je suis un terroriste. Et je suis fier de l’être. Il faut oser dire non. La liberté a un prix. Moi je (ne) présente pas mes condoléances aux martyrs, je leur présente mes félicitations. (…) Ils ont osé, ils sont courageux. Ô combien j’espère être un parmi eux. Je leur présente toutes mes félicitations. Ils sont loin dans le ciel. Ô combien ils sont grands. Ô combien ils sont extraordinaires. C’est un pas vers la liberté La liberté à un prix. Il faut bien le payer et le faire. Il faut bien le payer ce prix. (…). Inch Allah ! ».

Avouons qu'il serait intéressant de connaître l'opinion des Autorités cantonales sur le cap constant de cette organisation récidiviste et peu respectueuse de ses propres statuts, naguère à la source d'une invitation à Genève d'Azzam Tamimi, « apôtre des attentats suicides » en mai 2008 (http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=art...).

Dans l'assistance, Rémy Pagani. Instigateur de ces propos, certainement pas. Approbateur ? Plus probablement. Candidat lui aussi au martyre pour Gaza ? Plus douteux, car sinon qui pourrait espérer maintenir en 2011 un siège pour l'ultra-gauche au Conseil administratif...

Au fond, l'avantage d'une crise, c'est qu'elle permet des coming-out. Jadis, on évoquait les masques qui tombaient.

 

 

 

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06/06/2010

La flottille de la paix ou de la haine ?

Les Carlo Sommaruga et autres Ueli Leuenberger, figures de proue de l'antisionisme helvétique de gauche et d'extrême-gauche, se sont évidemment transformés en hérauts de l'opération "Free Gaza". Pour cause de session des Chambres, ils n'étaient toutefois pas à bord d'une des unités de la flotille qui a échoué cette semaine à se rendre à Gaza. Dommage !

Car s'ils avaient été à bord du Mavi Marmara, peut-être auraient-ils croisé le regard des "mercenaires sanguinaires" qui y avaient aussi pris place. Je n'ose imaginer que leur honnêteté intellectuelle les empêche de prendre connaissance de l'interview parue dans le Jerusalem Post (édition française) d'un des commandos de la marine israëlienne. http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1275377883089&a.... Je ne prétendrai pas que ses déclarations soient paroles d'Evangile. Mais l'angélisme unilatéral de ce côté-ci de la Méditéranée permet à trop de bêtes sanguinaires de poursuivre des menées qui n'ont qu'un but: déligitimer l'Etat d'Israël, en hâter la disparition, voire la destruction.

En arrivant sur ce bateau, que voit le lieutenant "S" ? Un des commandos blessé par un coup de feu à l'estomac (NB: pas un coup de poing !), un autre, le cerveau fracturé par un coup porté par une barre en métal. Et aussi des attaquants qui ont déjà volé deux revolvers israëliens et les utilisent sans arrêt. 

Ce lieutenant décide de réagir. Qu'auriez-vous fait à sa place, MM. Sommaruga et Leuenberger ? Attendu l'arrivée du CICR ou d'une commission d'enquête mandatée par la commission des droits de l'homme de l'ONU ? Le lieutenant S réplique et tue 6 personnes. Ses collègues 3 autres. "Je pouvais distinguer la rage du meurtre dans leurs yeux et je sentais qu'ils s'apprêtaient à nous tuer".

Le journal précise que ces mercenaires ont été trouvés "sans carte d'identité et détenant d'importante sommes d'argent". Le bagage classique de tout touriste pacifiste, sans doute. Or il y a en tout cas un élément pour le moins étonnant. Les experts de Tsahal auraient trouvé à bord du Mavi Marmara "des douilles ne provenant pas des armes utilisées par les commandos de la marine". Et puis, le commandant du navire aurait avoué que "les mercenaires auraient jeté leurs armes par delà le bateau" après la prise de contrôle par l'armée.

Que répondez-vous à cela, vous les défenseurs du Peuple palestinien, qui a droit à son Etat, mais aussi partisans du Hamas terroriste qui domine de façon sanguinaire à Gaza ? Une bavure des pacifistes ? Une préparation nécessaire face à la violence arrogante dont Tsahal serait le seul vecteur ? Mais pourquoi diable les passagers du cargo dérouté hier samedi - qui n'étaient pas en lien direct avec l'organisation islamiste turque IHH - n'ont-ils pas réagi de la même manière ?  

Beraucoup de questions sans réponse ni aujourd'hui, ni même demain. 

Face à ces événements, on ne peut s'empêcher d'éprouver une immense tristesse devant ces pertes humaines liée au regret que la marine israëlienne n'ait pu réagir autrement. Mais aussi le souhait que certains cessent, ici, d'allumer la mèche des bombes de la haine.    

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03/06/2010

Libre circulation : les craintes s’estompent pour les assurances sociales

 

 

Une économie de 129 millions, par rapport aux prévisions, pour les assurances sociales suisses. Voilà la différence entre le coût prévu et le coût effectif de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) entre la Suisse et l’Union européenne (UE). Alors qu’un coût supplémentaire de 424 millions de francs avait été calculé, le coût supplémentaire réel s’est finalement établi à 295 millions. Bénéficiaires principaux de cette erreur d’estimation : l’assurance maladie et l’assurance chômage. En outre, pour l’AVS et l’AI, les cotisations ont nettement dépassé les prestations versées aux ressortissants de l’UE.

 

Ces résultats ne pouvaient tomber mieux à propos. Certes, d’aucuns fulminent contre l’ALCP. Pour le dénoncer quitte à faire choir tout l’édifice des Accords bilatéraux. Pour introduire une clause de sauvegarde en matière d’immigration étrangère. Pour contingenter le nombre des frontaliers. C’est oublier que cet effort obligé d’ouverture - dû à l’échec devant le peuple, en 1992, de l’Espace économique européen (EEE) - démontre que la voie retenue est, à ce jour, favorable aux intérêts de la Suisse comme de ses partenaires de l’UE.   

 

Coups de projecteur sur les principaux résultats.

 

  • Pour l’assurance maladie, alors qu’une charge de 96 millions était prévue, la dépense s’est limitée à 10,6 millions.
  • Un montant de 210 millions avait été calculé pour l’assurance chômage. Pour 2009, les prestations se sont montées à 106 millions seulement, malgré la reprise intégrale de l’Acquis communautaire au 1er juin 2009.
  • S’agissant de l’AVS, « l’évolution plus dynamique de la masse salariale des ressortissants étrangers a accru leur part dans le financement du premier pilier ». De 1997 à 2007, elle a ainsi passé de 17,5% à 20,4%. Cette évolution est due au niveau élevé de qualification de cette nouvelle main-d’œuvre. Et surtout, contribuant pour un peu plus de 20% aux cotisations, les travailleurs de l’UE ne bénéficient que de 15% des prestations du premier pilier.
  • Enfin, pour l’AI, 65 000 rentes ont été versées à de ressortissants de l’UE, sur un total de 290 000. On constate que l’ALCP se traduit depuis 2002 par une baisse régulière des rentiers de l’UE, une baisse plus forte que celle des travailleurs suisses. De plus, comme dans le domaine de l’AVS, les premiers contribuent davantage à l’AI (20,8%) qu’ils n’en perçoivent de prestations (17,2%).

 Si l’ALCP signifie davantage de concurrence sur le marché du travail, il démonte, dans le domaine des assurances sociales, les craintes quant à une explosion des coûts due à cette population étrangère supplémentaire. Parole du SECO !

 

La libre circulation profite au PIB et à la démographie

 

Cet ensemble de données concernant la sécurité sociale vient d’être rendu public par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) (http://www.news-service.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/19227.pdf).

Il est complété d’autres analyses sur les conséquences de l’ALCP sur le marché du travail, tant du point de vue de l’emploi et du chômage que de celui des salaires. Entreprise romande y reviendra dans son prochain numéro.

D’ores et déjà, deux résultats fondamentaux peuvent être mis à l’actif de l’ALCP qui a permis de recruter de la main-d’œuvre qualifiée pour les entreprises suisses : augmentation de la population et croissance du PIB, y compris un effet stabilisateur pendant la crise.     

(éditorial de la newsletter de la FER Genève du 4 juin 2010)

 

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28/05/2010

"La racaille derrière la frontière" ou l'abjection vociférante

Jour après jour, sans répit, le conducator gominé sème la haine des étrangers en général, des frontaliers en particulier. On avait un instant espéré que l'indigne communiqué prenant prétexte d'infractions routières pour appeler à la mise en fourrière des véhicules étrangers et à stopper "l'invasion frontalière" lui aurait fourni sa dose pour cette semaine d'après la Pentecôte. Pari perdu.

Comme un drogué en manque, il a en effet réussi à hurler, en pleine séance du Grand Conseil, "la racaille à la frontière". Et d'annoncer du même mouvement une manifestation de ses nervis, demain samedi, à une douane de notre canton.

Les infirmières des HUG dont ce personnage est administrateur l'auront-elles entendu sur les étranges lucarnes de Léman Bleu? Aucune idée. Mais à supposer que cela soit le cas, il faut espérer qu'elles passeront par une autre douane pour venir soigner les patients genevois. Que les chaufeurs frontaliers des bus des TPG se fieront pour rejoindre leur outil de travail à un bison réellement fûté. Que le personnel des cafés et restaurants ne se laisse demain pas décourager par l'ambiance de menace, de dénonciation du n°0 du MCG, celui qui vient avant même le n°1.

Et que l'on ne nous dise pas que ces propos étaient sélectifs, qu'ils ne visaient que des délinquants étrangers. Pas une seconde le moindre distinguo n'a été suggéré. Tous dans le même sac. Ausländer raus !

L'ambiance genevoise est devenue vraiment nauséabonde. Le moment viendra où les Genevois se rendront compte du mal causé par pareils propos à leur canton. Et donc à eux-mêmes.     

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15/05/2010

aides-soignants: enfin des comparaisons !

Emmené par le SIT, un bataillon d'aides-soignants des HUG est venu crier sa volonté d'une hausse salariale devant l'Hôtel-de-Ville ce 11 mai 2010. Responsabilités accrues, effort intellectuel, formation et expérience, effort physique militeraient en faveur de leurs revendications. Un montant de 300 francs par mois pour les personnes concernées a été articulé.

Au fait, combien gagnent les aides-soignants des HUG ? combien gagnent les aides-soignants des autres cantons dans les hôpitaux publics ? Combien gagnent les aides-soignants des cliniques privées genevoises ? Des chiffres récoltés mettent les revendications du SIT en perspective... et les relativisent.

Début de carrière (salaire annuel) pour la majorité des aides-soignants des HUG :

HUG: 59654 F Zurich: 58812 F Lausanne: 51845 F Berne: 49790 F Bâle: 47771 F Fribourg: 55904 F Neuchâtel: 49830 F Valais: 48750 F

cliniques privées genevoises: 3831 F par mois

Fin de carrière (salaire annuel) pour la majorité des aides-soignants des HUG :

HUG: 81084 F Zurich: 68172 F Lausanne: 75174 F Berne: 62400 F Bâle: 68792 F Fribourg: 84351 F Neuchâtel: 70759 F Valais: 66550 F

cliniques privées genevoises: 4602 F par mois

Ajoutons que les indemnités horaires de nuit, de weekend et de jours fériés sont plus élevées aux HUG que dans tous les cantons concernés. Il convient aussi de savoir que les aides-soignants qualifiés sont au bénéfice d'une formation de 2 ans (soit moins qu'un CFC).

Il ne s'agit pas de relativiser l'apport des aides-soignants dans nos hôpitaux. Il s'agit juste de se rendre compte que leur situation, à Genève, les place quasiment systématiquement au sommet des rémunérations de leur catégorie en Suisse, avec un salaire supérieur qui peut aller jusqu'à 10000 F par an, que ce soit en début ou en fin de carrière. Les rémunérations offertes par Zurich, Berne et Bâle méritent ici une attention particulière.

Quant à savoir si une nouvelle amélioration de quelque 4000 F par an doit leur être accordée, il s'agit d'une décision qui a son coût. En première approximation, il en va de 4 millions par an, sans les incidences sur les caisses de pension et les charges pour l'employeur. Un montant global de 6 millions peut être retenu à ce titre. 

Ultime précision: près de 200 aides-soignants des HUG ne sont plus en classe 7, comme environ 700 de leurs collègues, mais en classe 8, avec un salaire plus élevé. Ils travaillent en effet dans des secteurs aux exigences plus élevées (blocs opératoires, soins intensifs, urgences, anesthésiologie). 

Ces chiffres sont certainement connus du SIT, comme le taux de syndicalisation de ce secteur. Quant à savoir si d'autres mériteraient plus d'attention, le SIT connaît certainement la réponse.

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11/05/2010

Bourses universitaires : une initiative à courte vue

Une boîte de Pandore. Par le biais d’une initiative, l’Union nationale des étudiants suisses (UNES) veut harmoniser à la hausse le montant des bourses pour apprentis et étudiants, à l’exclusion de tout système de prêt, pour leur garantir un standard de vie. Au fond, un salaire minimal national.

Cette annonce tombe alors que les cantons ont à peine commencé à ratifier un concordat sur ce même thème. Va-t-elle le dynamiser ou, au contraire, le tuer ?  Les paris sont ouverts car les risques sont réels de pérenniser un système insatisfaisant.

Que le système actuel des bourses d’études, fait de vingt-six solutions cantonales, mérite d’être réformé n’est pas contesté. Qu’il soit difficile de le modifier non plus. La preuve ? Il aura fallu une bonne quinzaine d’années à la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP) pour finalement réussir, en juillet 2009, à s’accorder sur des standards helvétiques. Ils concernent tant les montants (passant de 10 000 à 12 000 francs par an pour des études secondaires, de 13 000 à 16 000 francs, dont au maximum un tiers sous forme de prêt, pour des études supérieures) que la durée des bourses (deux semestres en plus des études). Libre toutefois aux cantons de se montrer plus généreux. Deux cantons (Bâle-Ville et Grisons) ont déjà ratifié le concordat ; d’autres pourraient suivre cette année (Vaud, Genève). Mais il en faut dix au minimum pour qu’il entre en vigueur.

La crainte de l’UNES est que tous les cantons n’adhérent pas à ce concordat, par ailleurs pas assez généreux à son goût, d’où son initiative. La crainte de la CDIP est que l’initiative ne paralyse le rythme des ratifications. La crainte d’autres critiques du concordat, comme economiesuisse, est que sa générosité ne pousse maints cantons à le rejeter. Outre la nouvelle hauteur des bourses, la décision d’en octroyer pour des études entamées jusqu’à 35 ans et sa timidité en matière de prêts sont mises en cause.

Mais cette initiative risque surtout d’amener les esprits curieux à se pencher sur les aspects économiques des études, notamment supérieures. Une formation qui n’a pas de prix, mais coûte cher et rapporte souvent gros à ses bénéficiaires, comme au pays, d’ailleurs.

Que le revenu des diplômés croisse avec l’élévation du niveau de formation est un fait établi. En Suisse, en 2007, le revenu d’un diplômé universitaire est tout simplement le double de celui d’une personne ayant uniquement fréquenté l’école obligatoire[1].

Que les dépenses étatiques cumulées pendant toutes les études supérieures soient de 80 000 dollars par étudiant (en parité de pouvoir d’achat, bigre !), soit le montant le plus haut de tous les pays de l’OCDE, est un élément qui mérite d’être davantage connu[2]. 

Au point que l’on pourrait se demander si l’équité ne commanderait pas d’autres solutions, tant pour les bourses que pour les taxes liées aux études supérieures. Par exemple en augmentant substantiellement le montant des taxes pour permettre à plus de jeunes issus de familles peu favorisées ou particulièreemnt doués de suivre des études supérieures. L’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, a ainsi triplé le nombre de ses boursiers.

Et ce n’est pas sans raison que, dans les pays de l’OCDE où frais de scolarité  et aides financières aux étudiants sont élevés, l’enseignement supérieur est généralement plus accessible[3]. A initiative, initiative et demie !

(Editorial pour Entreprise romande du 14 mai 2010)

[1] Regards sur l’éducation 2009, OCDE, p. 154.

[2] Id., p. 206.

[3] Id., p. 266.

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29/04/2010

La paille, la poutre et les jetons de présence d'Eric Stauffer

A vouloir décrédibiliser les institutions - la recette de tous les populistes - en mettant en cause cette fois-ci les maires et adjoints de nos communes, à jouer pour lui-même le jeu du député misérable à la Zola, le conducator Stauffer a une fois de plus exagéré. Et s'est discrédité pour qui accepte de regarder les faits avec objectivité dans deux domaines bien spécifiques. A croire cependant qu'il n'y a pas de limites en dessous desquelles il pourrait choir.

Il démontre primo qu'il ne connait rien au système ni au montant des indemnités des maires et adjoints, notamment de toutes les communes qui ne sont pas des villes. Le mandat des membres de l'exécutif y est en théorie à temps très partiel; sa rémunération est donc souvent symbolique, mais le temps effectif passé au service de la collectivité astronomique. Les critiques y sont en proportion inverse des compétences laissées par la loi aux communes genevoises. Au surplus, les budgets des collectivités publiques sont... publics. Qu'il aille vérifier sur pièce plutôt que de vociférer!

Un témoignage. Pendant huit ans, j'ai mis mon énergie à la fonction d'adjoint de ma commune, Soral, et je sais donc de quoi il en retourne. Parmi les avantages, voire les privilèges de ce mandat, les rencontres organisées par l'association des communes genevoises (ACG), les ordinaires et les extraordinaires, à Genève, les exceptionnelles, une fois par an, hors du canton. On ne soulignera jamais assez leur fonction latente, comme disent les sociologues, en clair, leur utilité cachée: permettre l'établissement d'une communauté non pas virtuelle, mais réelle d'élus. Pour échanger des informations, pour faire avancer des dossiers avec les communes voisines et avec l'Etat, pour nouer des liens souvent très solides d'amitié, c'est mieux que facebook.

Il prouve secundo sa capacité à ignorer ce que fait sa main gauche  - tenir la fourchette dans l'assiette au beurre - quand sa main droite ouvre son porte-monnaie pour percevoir des jetons de présence qui en font le député probablement le plus chèrement rétribué de la République. A telle enseigne qu'il met tout en oeuvre pour les transformer en salaire, avec le dispositif de cotisations sociales que cela implique. Sans le moindre égard pour les coûts supplémentaires à la charge d'une République qu'il ne cesse d'appeler bananière. Un qualificatif méprisant, insultant même, pour Genève et ses citoyens.

A ce donneur de leçons infondées, deux leçons pas gratuites en retour.

  • Il se plaint d'être envoyé "en service commandé à Delémont, et le repas de midi est la charge des députés!!! Au prétexte que les députés touchent des jetons de présence". Et de comparer sa situation avec celle du fonctionnaire en déplacement dont les frais de bouche sont pris en charge. Il ose même évoquer le recours à la soupe populaire de l'assistance publique jurassienne.

Sauf que sa plainte est incomplète sinon indécente. Pour trois heures de séance dans la capitale du Jura, le conducator touchera, comme ses collègues, 770 francs (sept cent septante ou sept cent soixante dix francs - je souhaite être compris des frontaliers lecteurs de ce blog...). Soit 330 F pour la séance et 440 F pour le temps (4 heures) de déplacement, le billet en première classe étant payé en plus aux députés par l'Etat. Distraire dix francs pour deux sandwiches voire cent francs pour un festin de la St-Martin, voilà qui ne serait pas trop demander dans ces conditions.

  • Mais surtout le conducator accumule les jetons de présence. Alors que le total annuel moyen d'un député avoisinne 28 000 F par an, lui s'en met 66 000 F dans la poche. Comment diable ? Tout simplement en trustant les postes de commissaire. Il siège dans six commissions à l'heure actuelle (bientôt dans sept, semble-t-il), plus que ses deux lieutenants (cinq chacun). La conséquence de ces comportements cumulards est évidente: les quatorze autres "pauvres" collègues du MCG se voient réduits à se partager le reste des sièges attribués à ce parti. Leur revenu tourne ainsi en moyenne autour de 22 000 F. C'est trois fois moins que celui du conducator, certains députés percevant même moins de 10 000 F par an. Tout cela pour les seules séances de commission dont d'ailleurs il s'absente plus qu'à son tour quand il n'y rédige pas ses communiqués de presse.

L'on pourrait encore ajouter les séances plénières, pour plus de 10 000 F par an, et celles du bureau du Grand Conseil. Et puis aussi les rapports de minorité à la pelle, souvent pro forma, juste pour en toucher les bénéfices médiatiques tout autant que pécuniaires. Au total, l'on n'aurait qu'une première approximation de ce que ce prétendu Mr Proper de la politique locale soutire comme revenu d'activités qui ne devraient être que de milice. Pour cet amateur de transparence, voici un beau défi: publier sa fiche de paie parlementaire !

Au fond, on en vient presque à penser que le grand drame de la vie politique d'Eric Stauffer, c'est de n'avoir pas pu être calife à la place du calife de SIG, avec toutes les prébendes qui s'y rattachaient.

 

 

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19/04/2010

L'Etat, la Ville et les frontaliers: une réplique au MCG

"Nous ne parvenons pas à obtenir de réponse concernant l'emploi de frontaliers aux SIG, dans les communes ou à l'Hospice général", se lamente encore et toujours, dans les colonnes de la Tribune de Genève du 16 avril 2010, Eric Stauffer à l'occasion du dépôt d'une pétition anti-frontaliers du MCG. Elle est signée, excusez du peu, par 4603 personnes abusées (combien de frontaliers parmi elles ?...) par la rhétorique de ce parti opposée à l'engagement de non-résidents par des employeurs publics.

Il ne s'agit pas de réfuter ici l'argument de fond - les frontaliers prennent la place des résidents -, mais, pour aujourd'hui, simplement de montrer qu'une fois de plus, le tribun d'Onex parle, mais a plus de peine à lire les blogs de la Tribune qui le contredisent et surtout les réponses du Conseil d'Etat à ses propres questions. En outre, sentant peut-être le sol se dérober sous ses pas, il met dorénavant en cause les communes. Mais ce n'est pas parce que c'est plus gros que ça doit mieux passer, preuves à l'appui contre ses dires.

Comme je m'y étais engagé dans ce blog en octobre 2009 au sujet des infirmières, j'avais répliqué en novembre avec des données concernant l'Etat et les plus importantes régies publiques. Selon celles-là, SIG employait en 2009 5,5% de détenteurs d'un permis G (frontaliers au sens strict) et l'Hospice général 10%. Ces chiffres avaient été confirmés par la réponse du Conseil d'Etat à l'Interpellation urgente écrite 853 de M. Stauffer (Pour le détail, lire http://www.geneve.ch/grandconseil/data/texte/IUE00853A.pdf). 

S'agissant de la Ville de Genève, un coup de fil - c'est si facile - à l'édile compétent m'a permis d'apprendre que la plus importante municipalité du canton compte 80 frontaliers (soit 2,2%) sur 3601 fonctionnaires, au 15 avril 2010. 80, et pas 800 ni 8000 (fantasme, fantasme...) sur 3601.

Je suis prêt à prendre le pari que 43 des 44 autres communes en dénombrent encore moins. Pour la 44e, Soral, c'est 0% !

D'où mon conseil qui, évidemment, ne sera pas suivi, car il n'est pire sourd et aveugle que celui qui ne veut entendre ni voir la réalité: que le MCG prenne contact directement avec les communes ou les entités publiques pour en connaître le nombre de frontaliers. Mais ce serait évidemment contre-productif pour ces chasseurs de boucs-émissaires.

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15/04/2010

La pauvreté n’est pas qu’une affaire d’argent

La Conseil fédéral a rendu publique la « stratégie globale de la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté », un long titre pour une longue réponse, en 139 pages[1], à une motion d’une Commission parlementaire. Une longue réponse d’où les pauvres, avec leurs demandes, sont paradoxalement presque absents.

A large respiration, le rapport fédéral prend en considération toutes les étapes de la vie : la pauvreté, ça peut commencer dès l’enfance, avec des ratés à l’école, ça s’accroît parfois à l’âge adulte, surtout pour les familles monoparentales, ça s’efface souvent au troisième âge, grâce à l’efficacité du système suisse des retraites. Ce document est à la fois riche en propositions, à l’aune de la complexité du phénomène, et d’une pauvreté assumée quant aux moyens mis à disposition par la Confédération pour combattre ce fléau, fédéralisme oblige.

Sa carence la plus frappante touche aux « attentes des personnes concernées par la pauvreté ». Seul un maigre avant-dernier chapitre, portant ce titre, lui est consacré. Or ses cinq pages sont capitales. Elles démontrent, paroles de pauvres à l’appui rapportées ici, que la pauvreté n’est pas qu’une affaire de collaboration institutionnelle entre assurances sociales (chômage, invalidité et aide sociale). Ou de lutte contre les effets de seuil et, partant, contre les incitations négatives à travailler.

Certes, la pauvreté est liée au manque de formation, lui-même cause de chômage ou à tout le moins de bas salaire. Avec, à la fin du jour, l’exclusion sociale qui définit la pauvreté en Suisse : Exclusion absolue : « je saute le repas de midi, je dois bien économiser quelque part ». Exclusion relative : « je n’achète pas d’habits neufs, et cela pose problème par rapport à mon intégration ». Précision : en 2007, la Suisse comptait, selon les derniers chiffres officiels disponibles, 380 000 personnes entre 20 et 59 ans au-dessous de la ligne de pauvreté, soit 8,8% de la population considérée. A quoi peuvent s’en ajouter 234 000 autres (3,1%) à qui l’aide sociale permet de franchir ce seuil. On est loin du million de personnes qu’annonçait Caritas à la même époque.

Mais se limiter au manque de collaboration interinstitutionnelle, « cette conclusion centrale du rapport », c’est ne regarder la pauvreté que de l’œil gauche, celui que privilégient notamment les institutions d’entraide dont l’influence est sensible sur la teneur de ce document. C’est oublier que l’offre de moyens financiers, s’additionnant les uns aux autres, est insuffisante pour répondre aux demandes des pauvres. Qui « revendiquent essentiellement le droit de participer, de même que du respect et de l’estime ». Bref, d’être considérés comme des êtres humains que l’on aide à se relever, non comme des assistés maintenus dans un état de dépendance.

Cette conclusion n’aurait pas manqué d’être renforcée si les auteurs du rapport avaient interrogé un échantillon représentatif de pauvres. Trois maigres sources, dont une qui se limite à douze interviews, qui dit moins ? « Parlez avec nous, pas de nous ». Le reproche est éloquent. Sans combiner l’offre et la demande, le risque de mettre en branle des moyens inadéquats voire disproportionnés n’est pas mince[2].

Ce rapport est désormais mis en consultation. Les cantons ont annoncé un contre-rapport pour l’été 2010. L’Association des villes suisses se plaint d’ores et déjà que la Confédération n’entende pas jouer un rôle majeur dans la lutte contre la pauvreté. La gauche réclame des entreprises un salaire minimal. Ses compagnons de route rêvent d’allocation universelle. Caritas se fixe pour but de réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2020.

A tous, ce rappel : depuis 1992, la proportion de pauvres a oscillé autour de 8%, bon an mal an, crise ou pas crise. Les maux relatifs et concrets se combattent mal à coup d’affirmations absolues et abstraites. 

(paru dans Entreprise romande du 16 avril 2010)



[2] Un exemple d’excès de considération pour l’offre de prestations : l’extension aux indépendants du droit aux allocations familiales. Cet angle d’attaque de la pauvreté, mentionné jusque dans le communiqué de presse du Conseil fédéral, préoccupe probablement davantage le Parlement fédéral que les premiers intéressés. En matière de ciblage, on a vu mieux !

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