17/03/2010

La fuite des valeurs

La fuite. Depuis que le Conseil fédéral a été contraint de se soumettre, un treize mars 2009, un vendredi noir s’il en fut, au diktat de puissances étrangères en crise pratiquant la chasse ciblée aux boucs émissaires, la fuite en avant tient lieu de stratégie ultime pour nombre d’acteurs du Landernau helvétique. Sauf que le chacun pour soi désordonné - pour son canton, pour son parti politique, pour son secteur économique -, est à mille lieues du tous pour un, condition rationnelle du un pour tous. Au-delà de difficultés au fond pas pires que celles que dut affronter la Suisse au sortir du deuxième conflit mondial, il en va de la mise à l’épreuve des valeurs qui fondent cette nation de volonté. Or, supprimez la volonté, et c’est la nation qui fait pschiiit ! 

 

En devant accepter de mettre sur le même plan la soustraction et la fraude fiscales pour les clients étrangers de ses banques, la Suisse a ouvert une brèche dans le premier polder de sa place financière. A un an de distance, certains craignent que, de proche en proche, d’autres digues ne cèdent. Mise sur le même pied de la clientèle nationale en matière de délits fiscaux, déclaration de conformité fiscale, échange automatique d’informations, le tout sans la moindre contrepartie, sont désormais ouvertement évoqués voire souhaités par une cinquième colonne qui n’est même pas honteuse d’aller au-delà des exigences étrangères.

 

Les discussions pourront se poursuivre à l’infini sur l’autisme de la Suisse, absente de réunions internationales qui préparèrent, en 2008, la mise au pilori de sa place financière, sur sa perte de poids au sein de l’OCDE et d’autres instances multilatérales. Ou encore sur la légèreté et l’imprudence coupables, pour dire le moins, d’une banque suisse qui a excellé à mettre la Confédération dans l’œil du sheriff américain. Ou aussi sur la cécité, largement partagée, face aux changements résultant de la mondialisation des échanges et au repositionnement qu’elle imposait en termes de spécialisations économiques comparatives. Ou encore sur l’hypocrisie à géométrie variable d’Etats étrangers, lancés dans une véritable guerre économique, comme sur leur myopie : fuyant la Suisse, leurs ressortissants iront dans de vrais paradis plutôt qu’au bercail. Mais le fait est que la désunion, l’irrésolution, la soumission règnent à l’intérieur des frontières. Tout le contraire de ce dont ce pays a besoin pour sortir la tête haute de ses difficultés.

 

Oublieux de leurs origines, celles qui ont fondé ce pays et, partant, sa prospérité, certains responsables ne peuvent, les (futurs) pauvres, connaître leur destination. Du coup, ils vont droit dans le mur. La Suisse, à la différence d’autres pays, était basée sur une relation où le citoyen était le maître de l’Etat, où le fardeau de la preuve était mis sur les épaules de l’administration, où le banquier était une garantie de discrétion et de confidentialité, où la sphère privée était considérée comme inviolable. Ses citoyens courent désormais le risque d’un dérapage non contrôlé faisant de l’Etat leur maître, de l’administration son nervi, du banquier un auxiliaire de la police, de la sphère privée une peau de chagrin. Triste avenir !

 

Plutôt que d’offrir un front uni comme le Luxembourg en est capable, un pays dont 45% du PIB provient de son secteur financier, plutôt que de mettre au point sereinement une réplique coordonnée, la Suisse se divise, se délite, s’affole. Et s’adonne à son tour à la chasse aux boucs émissaires, à la lutte contre les bonus, un dérivatif pour le moins populiste. Il est vrai que les perspectives sont inquiétantes. Les fuites se multiplient. En vrac, fuites de clients, d’emploi, de rentrées fiscales, de crédit, de la face, des valeurs.

 

La crise actuelle aura toutefois un mérite si elle aide à redéfinir ce qui fonde la communauté de destin des Suisses. Les modifications de la loi fédérale sur les banques, le sort des conventions de double imposition négociées avec une vingtaine de pays étrangers seront certes des indications très claires. Mais les réponses données tant par les élus que par les citoyens sont insuffisantes et surtout risquées, car leur issue est imprévisible.

 

En ce jour anniversaire, il convient plutôt d’en appeler à une réflexion refondatrice de ce pays. Un débat à large respiration doit avoir lieu sur les relations et les potentialités respectives de l’industrie et des services, sur leur contribution à la richesse collective, sur les relations de ce pays avec l’étranger, Etats et marchés confondus, sur les rôles de l’Etat et du citoyen, sur les missions du premier, sur les libertés dont le second doit jouir, sur les responsabilités qu’elles impliquent. Plutôt que de fuir, l’heure est à se retrousser les manches et à se triturer les méninges. Pour mettre fin à l’actuelle danse de Saint-Guy. Pour redonner confiance dans l’Etat de droit comme en l’avenir de ce pays.

(Publié dans Le Temps du 13 mars 2010)

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05/03/2010

Finances publiques : le conseil fédéral doit encore mieux faire

 En ces temps troublés, les finances fédérales sont en de bonnes mains, avec des perspectives d’assainissement. De quoi donner une raison supplémentaire de jalousie à maints Etats étrangers, notamment voisins, endettés jusqu’au cou et où le pire est souvent à venir[1]. De quoi aussi faire figure de modèle aux yeux de la plupart des cantons[2].

 

Annoncés à mi-février, les comptes de la Confédération pour 2009, avec 2,7 milliards d’excédents, semblent, par contraste, avoir viré au noir anthracite. Mais ils ne doivent pas faire illusion. Les rentrées de l’impôt fédéral direct n’y portent pas la trace de la crise économique. Ni, a fortiori, des incertitudes qui planent sur le futur du secteur financier qui est encore un contribuable excellent des caisses publiques. Ni, enfin, des premiers effets des baisses d’impôts, à peine décidées par les Chambres, en faveur des couples, des familles avec enfants et des entreprises.

 

Ce contexte rend donc indispensable le programme d’assainissement pour la période 2011- 2015 qui a suivi leur présentation. Un programme ambitieux, mais qui n’en représente pas moins un minimum, si la Confédération entend rester maîtresse de son destin. Pour transformer ce minimum en optimum permettant de stabiliser la quote-part de l’Etat dans le PIB, le grand argentier fédéral devrait réunir une majorité parlementaire d’accord d’étendre le frein à l’endettement au secteur des assurances sociales. Une perspective aussi indispensable que peu probable.

 

Rappel. En 2001, le peuple suisse a plébiscité un dispositif de frein à l’endettement. Il passe par un assainissement structurel durable des finances fédérales : pas de dépenses plus élevées que les recettes budgetées ; à défaut, des compensations sont à trouver les années suivantes, à l’intérieur du même cycle conjoncturel, par une réduction des dépenses plutôt que par une hausse des impôts. La sagesse même !

 

L’excédent de recettes présenté par les comptes de 2009, trois fois plus élevé que les prévisions budgétaires, ainsi que la vente des actions d’UBS pour 7,2 milliards, ont notablement contribué à la réduction de la dette, à hauteur de 11 milliards. Cette dernière est ainsi tombée à 111 milliards, soit une chute de 20 milliards depuis 2005. Peu de ministres des finances laisseront pareil bilan.

 

Si le frein à l’endettement autorise le déficit du budget de 2010, qui devrait être de l’ordre de deux milliards, il exige aussi des recherches d’économies dès 2011. Et donc des choix. Face aux socialistes qui préféreraient lâcher du lest, singulièrement du côté de l’assurance-chômage, face à l’USS qui réclame tout de go de « renoncer aux programmes d’austérité », un franc faible face à l’euro et un impôt sur les bonus, le conseil fédéral a décidé d’un train de mesures résolues. Elles passent par un programme de consolidation, essentiellement fait de mesures financières, à même de diminuer les charges de 1,5 milliard de 2011 à 2013. Et aussi par un réexamen des tâches montant en puissance jusqu’à 2015.

 

Certaines de ces mesures sont d’ores et déjà contestées. Ainsi de la suppression de la subvention au haras d’Avenches. Ou de la fin des indemnités au trafic régional peu fréquenté, en relevant le plancher pour l’octroi de la manne fédérale de 32 ( !) à 100 passagers par jour ; sont ainsi menacées 175 lignes, essentiellement de bus, sur 1300. D’autres vont susciter la polémique, de la mort des contributions à Swissinfo ou à la presse locale et régionale, à l’attaque contre des programmes de prévention de la santé.    

 

Que restera-t-il, au terme des tractations, des 2,7 milliards d’économies mis sur la table des négociations ? Aux milieux consultés jusqu’à fin avril 2010 de répondre, au Parlement de prendre ses responsabilités au nom de l’intérêt général. Les citoyens jugeront, lors des élections de l’automne 2011, des options des uns, des décisions des autres.

(Editorial publié dans Entreprise romande du 5 mars 2010)



[1] Selon le FMI, le coût de la crise représenterait 31% du PIB français, tandis que la facture actualisée du vieillissement équivaudrait à 276% de son PIB ! Les attaques contre le fisc suisse font diversion….

Voir « Fiscal implications of the global economic and financial crisis », IMF, Staff position note, 9 juin 2009, SPN/09/13.

[2] Car ceux-ci se sont lancés dans des investissements importants – 5,6 milliards de francs sont prévus au total pour 2010, soit 70% de plus qu’en 2008 – sans généralement réfréner leurs dépenses de fonctionnement. Quinze d’entre eux s’attendent même, pour cette année, à un déficit cumulé de 1,1 milliard, dont la moitié due à Zurich. Leur réveil sera dur !

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19/02/2010

Encourager l’excellence des étudiants ? N’y pensez pas !

 Ne plus se contenter de soutenir les étudiants aux besoins financiers les plus criants, mais aussi encourager les étudiants dotés de moyens intellectuels élevés, y compris pour le bachelor. Ou comment ajouter une logique libérale de méritocratie à une logique socialiste d’égalité des chances. Telle est la stratégie poursuivie en Suisse par une trentaine de parlementaires fédéraux allant des Verts à l’UDC et emmenés par le zurichois Rudi Noser. Un postulat a été déposé à la fin de 2009 ; une réponse du Conseil fédéral est attendue au printemps.

 

La démarche n’a eu que fort peu d’écho ; elle a surtout suscité des critiques de la part de l’Union nationale des étudiants suisses (UNES). Les raisons ? Probablement une méfiance à l’égard du concept même d’élite intellectuelle alors que l’élite sportive ou culturelle ne pose pas problème. Certainement une volonté de ne pas mettre en cause le statu-quo redistributif actuel : l’argent public est rare, autant l’octroyer aux moins aisés.

 

Or ce postulat met le doigt sur une faille du système suisse de formation. La sélection y est en général élevée au niveau secondaire, notamment en Suisse alémanique ; le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) soutient les doctorants et, partant, la relève universitaire. Entre deux, presque rien. Cette faille a du reste été mise en évidence par le Conseil suisse de la science et de la technologie qui en fait l’une de ses recommandations pour la période 2008-2011. C'est-à-dire hier.

 

Certes, à poursuivre les mêmes buts, il existe des fondations privées. Dont, par exemple, la Fondation suisse d’études[1], (modestement) soutenue par des entreprises et plusieurs hautes écoles dont, pour la Suisse romande, l’université de Fribourg et l’EPFL. Mais, avec un budget annuel de 3,2 millions de francs prévu pour 2012, sa contribution financière à quelque 800 étudiants reste modeste (4000 francs par an en moyenne).  

 

Un engagement de la Confédération s’impose. Elle devrait offrir aux hauts écoles (HES, EPF et universités) les moyens leur permettant de mettre sur pied des programmes interdisciplinaires pour leurs meilleurs étudiants, faciliter l’intégration dans des équipes de recherche et proposer des contacts avec des entreprises à des étudiants talentueux. Par exemple avec une moyenne supérieure à 5,3, propose le postulat de R. Noser.

 

Les exemples étrangers sont probants. Aux pays anglo-saxons s’est depuis des lustres ajoutée l’Allemagne avec seize organismes d’encouragement et des fondations privées. Résultats : ses meilleurs professeurs, engagés en Suisse, sont souvent d’anciens bénéficiaires de ces bourses ! En France, pays où la méritocratie est cultivée par les Grandes Ecoles, Polytechnique offre quelques bourses d’excellence, de 830 € par mois, « réservées à des candidats en master ayant démontré un niveau et un potentiel exceptionnels ».

 

Le moment de passer la vitesse supérieure est donc arrivé en Suisse aussi. En méditant le conseil donné à ses concitoyens par le premier ministre chinois, à l’orée de l’année du tigre : « garder un sens accru de la peur d’être à la traine ». Une litote, typique du sens de l’humour de la deuxième puissance économique mondiale.

(paru dans Entreprise romande du 19 février 2010)

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12/02/2010

Les incompatibilités ont encore frappé !

Jeudi 11 février, vers 22 heures, salle du Grand Conseil. Pour cause de cafouillage technique, les députés doivent revoter une résolution socialiste. Qui fait fi de tous les efforts cantonaux dans la lutte contre le fléau du chômage en exigeant une augmentation du nombre d’indemnités fédérales. En clair : la réouverture de la trappe qui éloigne durablement les chômeurs du marché du travail. Le résultat est ultra-serré : 47 voix contre, 48 pour.

 

Comment en est-on arrivé là ? Un député socialiste, employé du département de François Longchamp, a été amené à voter contre la politique prônée par son chef. Bon gré ou mal gré, peu importe.

 

Ce résultat démontre que les libéraux ont identifié un vrai problème : la présence de collaborateurs de l’Etat, et pas seulement de policiers et pas seulement au MCG, dans les travées du Grand Conseil. Ils proposent une solution qui se doit d’être ambitieuse pour être efficace : réintroduire les incompatibilités, supprimées en 1998, entre le mandat de député et un emploi dans la fonction publique cantonale. Dans le petit, le grand et, par extension, dans le méga Etat. Partout où l’on applique, directement ou par analogie, la loi sur le personnel de l’administration cantonale.

 

Le plus tôt sera le mieux.

Cerise sur le gateau: les incopmpatibilités professionnelles sont une chose; les incompatibilités morales en sont une autre. Une démarche dans ce sens ne va pas manquer. Qui m'aime - ou ne m'aime pas - suive mon regard...    

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05/02/2010

La peur pour la Poste : mauvais message

Le remplacement brutal du président du conseil d’administration de la Poste, Claude Béglé, par l’ancien directeur de l’Union patronale suisse, Peter Hasler, un expert en rapports de forces helvétiques, ne changera rien au fond du problème : le Géant jaune doit s’adapter à un marché en mutation pour cause de tsunami technologique. Tout retard se paiera comptant.

 

Pour ce faire, les autorités ont la responsabilité de faciliter sa tâche en lui évitant les sources de déficit et en en précisant la stratégie. Quant aux citoyens, ils auront à écrire le ou plutôt les derniers mots. L’issue est loin d’être évidente, car les ennemis de la libéralisation du marché postal n’ont de cesse d’instiller la peur du changement. Rappel : en avril 2002, l’initiative de la gauche « Services postaux pour tous » n’avait échoué que d’un fil (49,8% de oui, 9 cantons et demi en sa faveur). 

 

Les conservateurs postaux jouent d’ores et déjà sur deux tableaux. Le parti socialiste a lancé, en décembre 2009, une nouvelle initiative « Pour une poste forte ». Son but est de saison : la glaciation du réseau postal. Conscient de son coût, il propose de le couvrir par deux biais. D’une part, grâce à une banque postale, une idée qui hérisse notamment les banques cantonales. D’autre part, par le monopole des lettres qui est en train de devenir une « Schweizerei », une curiosité en comparaison des pratiques de maints pays développés.  

 

Or, ce monopole, qui coûte fort cher aux clients, est le point central de la révision de la loi sur la Poste, actuellement en discussion aux Chambres fédérales. Selon leur décision, il pourrait aussi faire l’objet d’un référendum de la gauche. Pour cette raison, la commission du National temporise. Moritz Leuenberger devrait lui proposer, d’ici à mi-mai 2010, de nouveaux scénarios basés sur les conséquences financières de sa suppression.

 

Et aussi des chiffres enfin exacts sur les recettes provenant des autres domaines d’activités de la Poste. Nul doute que les opposants de la libéralisation contesteront, par exemple, la réalité du coût minime du réseau des offices postaux dans les régions périphériques. Car en en gonflant l’importance financière, les syndicats en ont fait un mythe pour justifier leur maintien. La Poste est dorénavant mise au défi de briser ce secret postal !

 

Au passage, une étude, publiée par l’Autorité de régulation postale, vient de démontrer que les conditions de travail des entreprises privées actives dans le domaine des colis postaux sont souvent supérieures aux exigences minimales de la loi sur la poste[1]. Un autre mythe syndical s’effondre.

 

Bref, le futur des entreprises postales devrait apporter de bonnes nouvelles. Pour les clients comme pour leurs employés. A condition de poursuivre dans le chemin libéral tracé par le socialiste Ulrich Gygi, ancien directeur général (socialiste) de la Poste publique. 

(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 février 2010)

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11/01/2010

Les taxis voisins à la rescousse, en deux temps, trois mouvements !

Quelques taxis ont débrayé ce matin à Genève. S'ajoutant à la grève qui affecte l'aéroport international de Genève, et quelles qu'en soient les raisons, cette perturbation fait désordre. Pour une ville internationale, fière à juste titre de sa vocation et de sa tradition d'accueil, toutes les voies doivent être explorées pour trouver des solutions permettant à Genève d'offir des services dignes de son rang.

On ne peut en particulier évacuer l'hypothèse qu'un jour, les perturbations pour ce service public ne soient plus graves. La responsabilité des élus est en tout cas de se préparer à cette éventualité. Dans le cadre de la révision de la loi sur les taxis qui permet, dans ses dispositions actuelles, des commandes de service préalables pour des taxis extérieurs au canton, on pourrait imaginer, dans le futur, à titre exceptionnel, face à l'urgence, d'élargir le rayon géographique des personnes habilitées à offrir cette prestation. En commançant par les taxis vaudois. Le marché intérieur suisse existe, que diable !

Et puis, diable pour diable, si la situation se détériorait à un point jugé trop grave par l'autorité, pourquoi ne pas ouvrir, dans les mêmes conditions, le canton aux taxis des départements français limitrophes ?

Ce serait la réponse du taxi extérieur au taxi intérieur. Moins romantique que celle du berger à la bergère, mais assurément aussi efficace, qui permettrait de retrouver le chemin de la raison. Après tout, Swissport va bien chercher du renfort hors du canton.

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29/12/2009

lettres de lecteurs et blogs: deux poids, deux mesures.

Une démission des éditeurs, une quête trop souvent réussie d'irresponsabilité juridique dans un domaine encore flou, peu régulé, voilà à quoi ressemble de plus en plus clairement les blogs des journaux. La Tribune de Genève ne fait pas exception, au contraire. Avec, à la clé, la création d'une inégalité de fait dans la contrétisation de la liberté d'expression. Entre la lettre de lecteur physique envoyée à son journal et un "post" sur l'un des "blogs" de ce même journal, le simple fait de passer d'une édition physique à une édition électronique, du français au franglais semble gommer toute responsabilité pour l'éditeur, trop heureux de s'en décharger sur le blogueur. Comme s'il ne craignait pas de donner à penser qu'il anticipe la disparition de sa rédaction, un centre de frais, au profit (!) d'un fil de news d'agences électroniquement gérées ! D'où cet appel à la responsabilité sociale de l'éditeur, et dans le cas de la Tribune, d'edipresse.   

Y aurait-il alors deux types de lettres de lecteurs ? Celles de l'édition physique, contrôlées, limitées, coupées le cas échéant, mais aussi estampillées - la lettre du jour - par une rédaction qui exerce un contrôle a priori. Qui témoigne dela sorte de sa vigilance sur leur contenu, ni injurieux, ni grossier, ni diffamatoire, ni calomnieux, respectueux au fond comme à la forme des normes légales. Et puis celles de l'édition virtuelle, où l'éditeur se fie au sens des responsabilités du blogueur, où le contrôle n'intervient, au mieux, qu'a posteriori. Ce qui revient à transférer à celui-là un sacré fardeau dont il use et trop souvent mésuse. Surtout dès que la haine de l'autre est de la partie. Et les blogueurs de se répondre comme des boxeurs, sans jamais craindre les coups bas que l'anonymat favorise. Il suffit de lire les réactions suscitées en cette fin d'année par deux articles de la Tribune, l'un sur ce que Genève ristourne à la Haute-Savoie grâce à l'imposition à la source des frontaliers, l'autre sur Genève qui a cassé ses barrières en 2009.  

Or cette évolution représente une démission non acceptable de l'éditeur. L'exercice de la liberté d'opinion ne suppose pas un soutien aveugle, que d'aucuns pourraient regarder comme lâche, des médias à quiconque s'en empare, au motif ou avec l'excuse de l'absence de limite physique du web, contrairement au nombre de pages limité de l'édition sur papier. Cet exercice suppose au contraire une surveillance, un parrainage, une sélection éclairés, délégués à la rédaction électronique, à l'aune des moyens offerts à son équivalent physique. Sinon, on court le risque d'abolir toute inhibition, on n'est pas loin des appels à l'exclusion, au lynchage, de la haine de l'autre à l'état brut qu'on a pu voir dans le débat sur le Ceva et qui reviendra au détour de tout sujet à composante protectionniste, du chômage au cassis de Dijon, de la mise en oeuvre des accords bilatéraux à la présence de certaines communautés en Suisse. Loin d'avoir affaire à des citoyens, on cède aux pirates de la démocratie.

Cela implique qu'un entrepreneur "socialement" responsable - un éditeur ne se doit-il pas d'être exemplaire à cet égard ? - ne peut développer que ce qu'il domine. Une nouvelle offre de prestations suppose un ensemble de précautions. Ce qui est exigé de toute entreprise qui met sur le marché de nouveaux produits vaut aussi pour les médias. Ces précautions supposent des moyens, pas seulement technologiques, mais aussi humains. Et donc des arbitrages. Mieux vaut renoncer que faire à moitié, ou mal faire. Voire contribuer à (laisser) faire le mal. Que ne reproche-t-on pas aux armuriers et autres vendeurs de canons dont on exige, à juste titre, qu'ils contrôlent l'identité de leurs clients. Aurait-on oublié que la langue - ou le doigt sur une touche de clavier - peut être la meilleure ou la pire chose du monde ? Ou faudra-t-il que la politique se mette à légiférer pour obliger les médias à modérer a priori les blogs qui sont de leur ressort ? Ce qui n'a pas été nécessaire pour les lettres de lecteur traditionnelles. Da capo.

Ce souhait pour 2010 n'en prend que plus de relief: si les éditeurs ne prennent pas au sérieux les responsabilités qui accompagnent leur métier, ils y perdront en crédit, et peut-être en liberté de manoeuvre (Les doubles sens sont permis...) En cette fin de 2009, une chose est sûre: la démocratie y a perdu en dignité. Et l'excuse des passions à laisser s'épancher n'est pas recevable, quand elles se voient incitées au défoulement.

Petit bénéfice collatéral de cet appel: en créant des postes de modérateurs - un cent, mille ! -, les médias apporteraient leur pierre à la lutte contre le chômage. Un bénéfice irréaliste, au vu de la crise qui ne les épargne pas...  

 

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11/12/2009

Valeurs de droite obligent !

         Dans le cadre solennel d’une cathédrale Saint-Pierre remplie jusqu’au dernier rang, après avoir prêté serment en s’approchant des Ecritures[1], le nouveau conseil d’Etat genevois a fixé le cap de la législature. Les accents donnés à son discours par son président, François Longchamp, n’ont pas manqué d’ambitions sélectives. Le temps du « ni-nisme » - ni hausse d’impôts, ni baisse de prestations - est bel et bien révolu[2]. Valeurs bourgeoises et républicaines, projets étatiques d’infrastructures et réponses aux défis du temps présent pour Genève ont ainsi trouvé la place qu’ils méritaient.

         La juste valorisation de l’effort et du travail a souligné que la richesse d’une nation ne naît pas du hasard, mais de la volonté de ses citoyens.  On n’aura pas célébré le nom de Calvin en vain pendant toute une année. A cette réserve près que l’alma mater n’a pas eu droit à la moindre mention : son 450ème anniversaire préfigure-t-il son chant du cygne ? Pas un mot non plus de la HES genevoises qui n’offre même pas au gouvernement le prétexte d’être autonome, comme l’uni, pour être oubliée. Au fond, un mot, une valeur manquait qui aurait compensé ces carences : l’excellence.

         En revanche, l’accent mis sur la sécurité, « première de nos libertés », a mis en évidence la volonté de cohérence d’une majorité gouvernementale désormais à droite avec son programme et son succès électoral. Les effectifs supplémentaires demandés pour la police devraient lui être accordés par un parlement partageant les mêmes buts, une fois assuré le retour à une durée du travail débarrassée de sa machine infernale à heures supplémentaires.

Quant au respect de la population pour les forces de l’ordre, il passera par le respect de l’ordre - et des ordres - par ces mêmes forces. C’est aussi cela, « repenser les valeurs qui animent la police, sa manière d’être commandée, le fonctionnement de son état-major et son sens des priorités ». La mise hors d’état de nuire des « zizous » et autres dealers[3] doit l’emporter sur le contrôle du port de la ceinture de sécurité, important mais pas essentiel. Sacrée mission pour Isabel Rochat, dont le courage d’avoir repris les rênes d’un département ne peut que susciter un fort soutien politique, sacré défi pour une hiérarchie policière mise au pied du mur !

L’esprit de Genève, fait de dynamisme et d’ouverture sur le monde et la région - un angle d’attaque aussi choisi par le président du Grand Conseil dans son allocution - devrait trouver plusieurs pistes de concrétisation. Pas seulement sur le tarmac d’un aéroport apte à accueillir de gros porteurs, mais aussi dans la colline de Pinchat, bientôt percée, avant celle de Champel, pour permettre le passage du RER transfrontalier, et aussi par-dessus ou dessous un lac qui devra rapprocher et non plus séparer les habitants de ses deux rives. La mobilité, dans toutes ses formes, doit retrouver droit de cité. Ce conseil d’Etat est donc collectivement tenu d’exhiber son permis de conduire. Pour le permis de construire 10 000 logements en quatre ans, et de jeter les fondations du PAV, il lui reviendra de convaincre une majorité de ne plus écouter les sirènes des bloqueurs.   

Afin de mener à bien ces projets qui ne sont pas que d’infrastructures, des moyens importants seront nécessaires. L’ouverture aux entreprises multinationales, l’importance du secteur financier ont fait judicieusement l’objet d’attentions particulières. Les entreprises locales n’ont pas été oubliées, qui devraient enfin voir une réforme radicale ( !) de la taxe professionnelle. Ce ne sera pas de trop pour permettre une sortie de crise à ceux qui financent directement ou indirectement, par les emplois créés, les projets dont Genève a besoin.      



[1] Ah les pudeurs d’une République qui a refoulé le rôle d’une Eglise nationale, sans imaginer que le vide ne le resterait pas !

[2] D’autant que le peuple a plébiscité un allégement de la fiscalité sans effets, à ce jour, sur la générosité d’un Etat très providentiel.

[3] Pour ne prendre que cet exemple, la fin du marché de la cocaïne au Parc St-Jean est impatiemment attendue par ceux qui sont contraints de le traverser.

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03/12/2009

Premier pas vers un Yalta des médias romands

 

         La décision de fusion des médias audiovisuels romands de service public était attendue car nécessaire. Sa mise en œuvre, en janvier 2010 déjà, est à saluer. La nouvelle marque RTS (Radio Télévision Suisse), née du processus de convergence entre la RSR et la TSR, devra faire la preuve par trois médias – outre la radio et la télévision, la RTS est fortement présente sur internet – des avantages qualitatifs de cette réforme, à quoi s’ajoutent les aspects quantitatifs, en termes d’efficience des ressources mises à disposition. Les craintes des milieux politiques de gauche, très attachés au pluralisme de l’information, surtout quand il est en leur faveur…, sont mal fondées. En réalité, les vrais enjeux sont ailleurs. Reprise da capo.

         Cette fusion s’inscrit dans un processus national, voulu pour l’ensemble de la SSR par son conseil d’administration. Depuis trois déjà, la convergence médiatique existe à la minuscule Radio e Televisiun Rumantscha. En Suisse italienne, la RSI a suivi de près. C’est maintenant au tour de la Suisse romande, avant de toucher, en 2011, la Suisse alémanique. Elle traduit pour ce pays un phénomène qui a fait ses preuves à l’étranger. Scandivavie, Bénélux, Grande-Bretagne et Canada, autant d’exemples quotidiens des avantages d’avoir coordonné la fonction d’information, celle qui fait le plus parler d’elle. L’Union européenne de radiotélévision en a dressé la liste ; ils vont des opérations communes ou du partage des compétences à une créativité boostée par le fait de travailler au moins partiellement côte à côte et non plus dos à dos. Bref, loin d’écrire des partitions à l’unisson, la fusion permet de multiplier les variations sur un même thème.

         Le choix du moment montre que le rythme de la réforme est enfin soutenu. Le dinosaure SSR, quasi-monopole bureaucratique décrié, pas toujours à tort, a pris conscience que le temps jouait contre lui. La concurrence internationale et régionale, mais aussi les modifications des habitudes des consommateurs et des annonceurs exigeaient en effet une réponse efficace, économique et efficiente. On peut à cet égard regretter que la SSR en général, la RTS en particulier aient réfléchi en termes de moyens en gros constants. La modestie des économies budgétisées (6 millions sur un total de dépenses de 392 millions en 2010, soit moins de 2%) par la RTS montre que le mammouth romand garde le gros de sa graisse. Attendre le salut d’une hypothétique hausse de la redevance témoignerait d’un optimisme peu de saison ; la récente offensive de Billag contre les PME pour récupérer des redevances en déshérence fait d’ailleurs penser à l’enrôlement d’adolescents pour défendre Berlin en 1945. Quant aux recettes publicitaires, elles fluctuent plus encore que l’économie réelle.

Quoiqu’en pensent les syndicats, la RTS sera donc amenée à exiger de ses collaborateurs une productivité en hausse. La composition de ses équipes de reportage, avec journaliste, preneur de son et cameraman, devra se rapprocher des normes retenues par les médias privés ; pour l’heure, elle fait encore penser aux équipages des avions à hélice, avec leurs pilotes, copilotes, mécaniciens et radio-navigateurs. Sauf que les compagnies aériennes, elles, se sont bon gré mal gré adaptées. On peut concevoir que des résistances internes se manifestent ; à la direction de la RST de trouver les modalités de transition vers le nouveau régime.

Une direction qui ne devrait pas avoir de peine à montrer le côté infondé des critiques en matière d’uniformisation de l’opinion, voire de prise de pouvoir libérale. Si au moins ! Les chroniqueurs attitrés de la RSR actuelle, les Anne Bisang, André Langaney, Elmer Leuenberger devraient-ils se mettre à trois pour contrer l’argumentation du seul Beat Kappeler ? Mise au point, Temps présent et le TJ donnent-ils l’impression d’une seule et unique doxa ? Ce ne sont pas les structures qui créent ou simplement favorisent l’uniformité de la pensée ; c’est le conformisme des individus. A cet égard, la RTS est confrontée au défi d’investir dans une formation de qualité pour ses journalistes. Car la fusion n’est qu’un moyen au service de  l’enjeu fondamental auquel elle est confrontée : renouveler son public, et notamment attirer et fidéliser les jeunes.

Quant aux milieux politiques, ils devront prendre leurs responsabilités pour la suite de cette première réforme opérationnelle. Pour qui tient au fédéralisme, il n’est pas imaginable que la majorité des collaborateurs des médias romands soit concentrée à Lausanne. Alors que la presse écrite y trouve de plus en plus ses marques, l’information audiovisuelle a vocation à remplir les étages de la tour genevoise. Et pour le reste, que les directions continuent de diriger !

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26/11/2009

La libre circulation n’est pas un jouet

         Une nouvelle initiative populaire, présentée ex abrupto, mi-novembre 2009, par un ex-conseiller fédéral démocrate du centre, pour dénoncer l’accord conclu avec l’Union européenne (UE) sur la libre circulation des personnes. Depuis le printemps, des motions, questions urgentes et autres interpellations d’élus fédéraux du même parti pour exiger en plus l’application de la clause de sauvegarde. Avec pour conséquence de revenir à l’époque des contingents de main-d’œuvre étrangère, dignes d’une économie planifiée. Un appel non voilé d’une conseillère fédérale socialiste aux entreprises pour embaucher en priorité des travailleurs « intégrés ». Dans certains cantons, la revendication d’une préférence cantonale pour éviter des engagements de frontaliers.

A n’en pas douter, l’aggravation conjoncturelle du chômage donne de la fièvre, accompagnée de cauchemars, à certains politiciens. Qui n’hésitent pas à jouer la détresse de certains contre l’avenir de tous, un avenir lié à la compétitivité des entreprises suisses. Car, paradoxalement, à suivre ces apprentis-sorciers, une partie importante des quelque quatre millions d’emplois qu’offre l’économie nationale serait en péril, et plus seulement une minorité en difficulté. En effet, un poste de travail sur trois dépend du commerce avec l’UE.  

Une seule réponse, complexe, s’impose. Regarder d’abord la réalité des faits en face : l’immigration s’essouffle avec la crise[1], le nombre de frontaliers diminue dans la région lémanique comme à Genève[2], le chômage touche nettement moins les travailleurs suisses[3]. Procéder ensuite à une pesée d’intérêts. Cette réponse, c’est celle des partenaires sociaux[4], dont la Fédération des entreprises romandes. C’est aussi celle des partis politiques qui assument leurs responsabilités[5]. C’est celle enfin du conseil fédéral. Qui a refusé, en mai 2009 et pour de bonnes raisons, d’actionner la clause de sauvegarde, une mesure qui purgerait le malade à la mode de Molière…

Son introduction équivaudrait au retour d’obstacles mis à la gestion des entreprises, en plus qu’en un signal négatif pour l’attractivité de l’économie suisse[6]. D’autant que, selon le conseil fédéral, ces engagements de collaborateurs étrangers ou frontaliers ne se sont pas traduits par l’éviction de collaborateurs « indigènes ».

Balayons aussi le fantasme de l’ouverture de nouvelles négociations avec Bruxelles. Durement arrachés, les Accords bilatéraux – une voie imposée par l’UDC à la suite du rejet par le peuple de l’Espace économique européen (EEE) – ont été acceptés par deux tiers des citoyens (et trois quarts des Genevois) en 2000. A deux autres reprises, en 2005, sur leur première extension aux pays d’Europe centrale et sur les Accords dits de Schengen-Dublin, et en 2009, sur leur extension à la Roumanie et à la Bulgarie, le peuple suisse a confirmé son appui à cette voie escarpée. Et l’on imaginerait qu’il soit désormais favorable à leur abrogation ? Qui croit surtout que l’UE serait disposée à augmenter le nombre et l’ampleur de ses concessions à la Suisse ? Il est en revanche certain que la dénonciation d’un seul des Accords équivaudrait à l’effondrement de l’ensemble de l’édifice.

La politique étrangère est matière difficile. Elle ne s’enseigne pas au Café du commerce. Elle inclut par exemple les négociations en cours avec l’UE sur la fiscalité et le maintien du secret bancaire. Elle doit intégrer, pour ne prendre que ces exemples, les enjeux liés à la sécurité continentale et au-delà ou encore à l’approvisionnement énergétique. Elle suppose aussi que la Suisse soit considérée comme un partenaire ferme, et non une girouette. Qu’elle soit, sur le plan interne, fidèle à sa réputation d’Etat de droit. Or la préférence nationale, cantonale ou municipale, tant qu’à faire, ne respecte pas les Accords avec l’UE.

Cela ne doit évidemment pas empêcher les employeurs, lors de chaque engagement, de procéder à un examen attentif, sous toutes leurs facettes, des candidatures que le marché de l’emploi leur propose. Tout responsable des ressources humaines sait toutefois que le niveau des compétences n’est pas suffisant ; l’appétence des candidats, leur volonté de décrocher un emploi et de le garder, bref, leur personnalité pèsent tout autant dans la balance.

Le temps de l’interdépendance est arrivé. Avec ses avantages, avec ses changements, dont certains peuvent être vécus comme des inconvénients et se traduisent même en drames individuels. Mais revenir à un âge d’or, en réalité celui d’une moindre prospérité générale, est irresponsable. C’est aussi l’expression d’une tentation réactionnaire. 

(Editorial à paraître dans Entreprise romande du 27 novembre 2009)



[1] En 2008, la population étrangère résidante permanente a augmenté de 76 916 unités. En 2009 (fin août), l’augmentation est de 48 088, selon les chiffres de l’Office fédéral des migrations. Détail piquant : Christoph Blocher se plaint de l’arrivée de travailleurs allemands (« mille chaque mois, en pleine récession »). A-t-il conscience que les retours des Serbes dans leur pays sont plus nombreux ? Selon la statistique des étrangers calculée par l’ODM à fin août 2009, il y a eu, par rapport à l’année précédente, 20 872 Allemands en plus, mais 21 617 Serbes en moins !

[2] Selon la Statistique de l’emploi de l’OFS, valable pour le 3ème trimestre 2009.

[3] Avec un taux de chômage qui a atteint 4% en octobre 2009 (2,9% pour les travailleurs suisses, soit 89961 personnes), le chômage de longue durée (plus d’une année) - qui est le drame véritable - ne concerne que 14% des chômeurs (22416 personnes) suisses et, là aussi, surtout étrangers peu formés.

[4] Lire, sur le site de l’USS www.uss.ch, « Pourquoi un chômage si important ? La cause n’est pas la libre circulation des personnes, mais une politique qui aggrave la récession », septembre 2009 ;

sur celui d’economiesuisse www.economiesuisse.ch « Juste renonciation à la clause de sauvegarde », communiqué du 25.05.2009 ;

sur celui de l’Union patronale suisse http://www.arbeitgeber.ch/f/webexplorer.cfm?ddid=82525CF9..., « Judicieuse renonciation à la clause de sauvegarde ».

[5] Lire sur le site du PLR www.plr-fdp.ch, FDP.Die Liberalen äussert sich zur Ventilklausel », communiqué n° 20 du 28.05.2009.

[6] Notamment pour l’engagement de personnel communautaire qualifié voire très qualifié, des infirmiers aux informaticiens en passant par les spécialistes financiers.

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23/11/2009

La vérité sur le nombre de frontaliers (suite), mais pas seulement...

Chose promise, chose due. J'avais annoncé à la fin d'octobre 2009 mon intention de fournir toutes les indications factuelles dont je pourrais disposer sur la présence des frontaliers dans les institutions publiques genevoises (voir "SIG et les frontaliers: Stauffer ment ou a la mémoire courte" http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2009/10/30/sig-et-...).

Voici aujourd'hui les résultats d'une moisson qui dépasse largement celle des SIG. Ils concernent l'Etat, les HUG, la FSASD, l'HG, les TPG et, pour mémoire, SIG. Ce ne sera pas la dernière de cette législature.

Mais avant les faits qui démentent évidemment les hallucinations xénophobes du n° 2 du MCG - le n° 1 étant dorénavant Mauro Poggia, un autre transfuge du parti libéral, mais aussi du PDC genevois et de la Démocratie chrétienne italienne réunis... - deux fois deux remarques sur le mensonge érigé en système de propagande.

Primo, il aura fallu l'étincelle de ma note, il aura fallu les démentis de François Longchamp concernant le chômage quasi-inexistant des infirmières formées à Genève, il aura fallu plusieurs articles bien sentis de la Tribune de Genève ("Comment Stauffer manipule les chiffres" http://www.tdg.ch/geneve/actu/stauffer-manipule-chiffres-..., avec éditorial à l'appui du rédacteur en chef titré "la stratégie du mensonge" d'Eric Stauffer et, adossé à lui, du MCG: http://www.tdg.ch/geneve/actu/editorial-strategie-mensonge-2009-11-04 ou encore "Eric Stauffer: ses chiffres chocs se révèlent en toc" http://www.tdg.ch/geneve/actu/eric-stauffer-chiffres-choc...). Bref, il aura fallu à un moment donné de la campagne sortir de la rhétorique qui permet toutes les affabulations pour rechercher la vérité des chiffres.

Secundo, cette vérité est toutefois mise en doute par Stauffer et consorts. Ils y voient le résultat d'une manipulation. Et pourquoi pas un complot, tant qu'à faire ? (Le même n'avait ainsi pas hésité à lier les dérives financières de certains EMS avec la présence de libéraux en leur sein... Etonnament, une publication de la FEGEMS, qui les fédère actuellement, n'avait fait mention, avant les élections au Grand Conseil, que de candidats d'autres partis. On connait des comploteurs plus influents !)

Ce déni de vérité porte un nom pour les psychologues sociaux: dissonance cognitive. Quand la réalité ne correspond pas à vos attentes, à vos préjugés, une stratégie d'adaptation consiste à la nier. Alors qu'il serait plus simple, et à l'évidence plus honnête, de la reconnaître. On peut toutefois penser qu'un certain nombre de citoyens, parmi les électeurs potentiels du MCG, ont été sensibles à ce retour sur le terrain des faits. D'autres ont pu penser qu'il est possible de mentir un jour, mais pas de mentir toujours. Quant aux citoyens les plus politisés et les moins biaisés, ils auront compris que, dorénavant, face aux déclarations du MCG, il fallait systématiquement procéder à un examen critique pour séparer l'éventuel bon grain de l'ivraie. Pour débusquer le mensonge et confondre les menteurs.

Mais le pire, le plus triste aussi, est de se mentir à soi-même. C'est à l'évidence le cas du "conducator gominé", tellement convaincu de ses propres mensonges qu'il se voyait déjà élu au Conseil d'Etat après les résultats de son mouvement aux élections au Grand Conseil. Lors d'un débat sur Radio Cité, je lui avais dit, en guise d'avertissement, que le seul pourcentage qui comptait, c'était d'avoir 33% des voix. Il en avait à ce point peu cure qu'il s'en allait déjà demandant aux autorités compétentes où serait sa place sur le podium du Conseil d'Etat à St-Pierre, le jour de la prestation de serment...

Plus inquiétant: il se promenait en annonçant que dès son entrée en fonction, des têtes tomberaient. Voilà qui laisse pantois. En fait, ce qui tombe, c'est le masque du vengeur peu au fait des us et coutumes des régimes démocratiques. Il est vrai que quand on aime la musique du "Parrain" (Tribune de Genève du 21.11.2009)...

Mais voici les données disponibles, brutes, telles que fournies aux députés de la commission des finances du Grand Conseil le 18 novembre 2009 et non contestées par ses membres, dont E. Stauffer.

Effectifs de l'Etat de Genève au 30.9.2009 : 15497 (100%)

Domiciliés à Genève : 13434 (86,7%)

Domiciliés dans d'autres cantons suisses : 711 (4,6%)

Domiciliés hors canton (en France) : 1352 (8,7%) dont 949 Suisses (6,1%), 397 frontaliers (2,6%), 6 autres.

Engagements entre le 1.1.2007 et le 30.9.2009 : 823

Domiciliés à Genève: 627 (76,2%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 75 (9,1%)

Domiciliés hors canton (en France) : 121 (14,7%) dont 46 Suisses (5,6%), 74 frontaliers (9,0%), 1 autre.

 personnelEtat.doc 

 

Effectifs des HUG : 9838 (100%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 336 (3,4%)

Domiciliés en France : 4005 (40,7%) dont 934 Suisses (9,5% ) et 3071 frontaliers (31,2%)

Selon le profil professionnel des 3071 frontaliers des HUG, on trouve les personnels soignants et para-médicaux au nombre de 2413 employés (78,6%) et les cadres au nombre de 178 (5,8%), soit 2591 (84,4%).

 

Effectifs de la FSASD (soins à domicile effectués pour l'essentiel par des personnels soignants - infirmiers et aide-soignants) au 30.9.2009 : 1862 (100%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 34 (1,8%)

Domiciliés en France : 587 (31,5%) dont 184 Suisses (9,9%) et 403 frontaliers (21,6%) 

 

Effectifs de l'Hospice général au 30.9.2009: 850 (100%)

Domiciliés en France : 87 dont 2 Suisses et 85 frontaliers

Engagements depuis 2007 : 116 (100%)

Domiciliés à Genève : 92 (79,3%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 8 (6,9%)

Domiciliés en France : 18 (15,5%) dont 6 Suisses (5,2%) et 12 frontaliers (10,3%) 

 

Effectifs des TPG au 31.12.2008 : 1609 (100%)

Domiciliés à Genève : 881 (54,8%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 62 (3,9%)

Domiciliés en France : 666 (41,3%) dont 236 Suisses (14,6%) et 429 frontaliers (26,7%)

 

Effectifs des SIG au 30.9.2009 : 1703 (100%)

Domiciliés à Genève : 1323 (77,7%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 111 (6,5%)

Domiciliés en France : 269 (15,8%) dont 176 Suisses (10,3%) et 93 frontaliers (5,5%)

 

Sans commentaire, sans interprétation. Sinon qu'aucun des pourcentages ne correspond aux éructations du N°2 du MCG. Je me réjouis de lire les réactions de ses partisans. Celles de ses opposants aussi !

PS: des réactions ci-dessous, je retiens que ces chiffres sont considérés comme "manipulés": même si j'ai raison, j'ai quand même tort, car le nombre de chômeurs prouverait qu'il n'y a pas de priorité pour les résidents.

Je reviendrai donc sur la question du chômage, de son évolution et de l'évolution du nombre de frontaliers. Mais aussi sur la question des accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes.

Plus loufoque: même si E. Stauffer a tort, il a quand même raison, puisque sa démarche conduit à la publication des chiffres exacts.

Quel que soit le pourcentage, un pour-cent, cinq ou dix pour-cent de frontaliers, c'est trop.   

 

 

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19/11/2009

Tunnel sous Vésenaz : aide-toi et le canton t'aidera !

 

          Une modeste tranchée couverte (570 mètres) pour le réseau des routes cantonales genevoises, mais un signe fort de solidarité avec les habitants des communes subissant un lourd transit quotidien de véhicules. Leur qualité de vie, leur sécurité ne peuvent laisser indifférent. Hier Carouge, aujourd’hui Collonge-Bellerive, demain Meyrin, le Grand-Saconnex, mais aussi Chancy. Tel est l’enjeu supra-communal de ce court tunnel routier, soutenu par nombre de maires de tout le canton, qui est soumis aux citoyens d’ici au 29 novembre 2009.

Car il faut en effet voter à cause d’un référendum contre le complément de la participation cantonale, de 21,8 millions de francs, à ce projet. Il a été lancé, à une très faible majorité interne, par la fraction dogmatique des Verts locaux. Son idéal, un monde sans voitures, un monde d’immobilité. « Pour diminuer les nuisances dues au trafic automobile, il faut diminuer le trafic automobile. Toute autre solution n’est qu’un aveuglement coupable ». Or pareille approche ne prend pas en compte le progrès technique, ni les aménagements favorables à l’environnement, ni les besoins divers des individus. Le simplisme dans sa variante la plus excessive. 

En réalité, avec ce tunnel, 20 000 véhicules pourront traverser sans nuisances environnementales cette localité et lui rendre de ce fait la paix à laquelle ses habitants aspirent et ont droit. A quoi on peut ajouter des commerçants légitimement intéressés, eux aussi, à une place de village plus conviviale. Des magasins de proximité pour toute une région, voilà un autre objectif bien vite jeté aux orties quand l’ « anti-bagnolisme » primaire domine. Et puis, toute la région entre Arve et Lac, qui compte actuellement plus de 50 000 habitants, attend avec impatience la fin d’un bouchon, car l’emplacement de Vésenaz en fait le réceptacle du trafic de Thonon et d’Hermance.

Cette tranchée couverte est en fait un projet de plus de trente ans. Mais sa pertinence n’a fait que gagner en importance, parallèlement à la qualité du tunnel, désormais à la pointe des exigences en matière de sécurité et de surveillance.

Ces tergiversations ont toutefois eu un coût, puisque la part fédérale à sa réalisation a disparu, en raison des règles de la nouvelle péréquation financière (RPT) et aussi parce que le responsable cantonal du dossier, le vert Robert Cramer, a négligé les intérêts de Vésenaz au profit du seul CEVA. C’est l’occasion de rappeler la nécessité d’un développement coordonné de toutes les infrastructures de transport, collectif comme privé, dans la ligne du mandat donné par le peuple genevois qui a plébiscité, en juin 2002, l’inscription dans la constitution du « libre choix du moyen de transport ». 

C’est l’occasion aussi de souligner que la commune prend à sa charge une part non négligeable (20,8 millions) de la facture totale (57 millions). Certes, Collonge-Bellerive jouit d’une situation financière enviée, mais la région fait partie des zones délaissées du canton en terme de voirie. Il est temps d’y remédier.

Un (demi-)étonnement, pour conclure. Ce référendum divise les syndicats alors qu’on aurait attendu de leur part un soutien unanime aux ouvriers du bâtiment. La lutte contre le chômage ne pèse plus lourd quand l’idéologie guide les pas du SIT ou des camarades socialistes. Plus empruntés, la CGAS et le syndicat des transports (publics) SEV-SBV s’abstiennent. En revanche, tant SYNA qu’UNIA soutiennent ce projet qui a aussi les faveurs de l’ensemble des milieux économiques et patronaux, dont la FER Genève, de même que des partis de droite. A n’en pas douter, la paix des transports ressortira renforcée d’un oui franc et massif à cet élément d’un véritable projet cantonal de mobilité.

(Commentaire d'Entreprise romande du 20 novembre 2009)

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12/11/2009

CEVA ou la bataille du rail

         Œuvrer au développement de Genève pour les Genevois, pour qui est d’abord fait le CEVA, ou maintenir un réseau ferroviaire incomplet, au détriment tant de la qualité de vie de chacun que des besoins des entreprises. Tel est le véritable enjeu qui s’offre aux citoyens de ce canton appelés à trancher, d’ici au 29 novembre 2009, entre, d’une part, un projet réaliste et financé et, d’autre part, une esquisse irréaliste, sans le moindre appui officiel, dite du « barreau sud », qui est présentée abusivement comme un contre-projet. Le premier n’empêchera pas des améliorations ultérieures, comme une liaison directe entre Champel et Cointrin ; le second n’est en fait qu’un barreau dans les roues du futur RER, débouchant dans les champs de cardons de Bardonnex ! Comme prise en compte des intérêts des habitants de l’agglomération, on a vu mieux.

         La campagne sur le CEVA a tout d’une bataille du rail. Les protagonistes n’ont toutefois fourbi leurs armes que depuis que ce projet, qui remonte à 1912, a pris un tour concret. Recours et initiative se sont succédé depuis 2006, avec des succès divers pour les opposants. Qui mènent leur combat avec une énergie d’autant plus grande qu’ils avaient négligé les premières possibilités démocratiques de s’y opposer, notamment le vote d’un crédit par le Grand Conseil, en 2002.

Il faut dire que les promoteurs du CEVA ont pour eux non seulement la maîtrise technique du dossier, mais aussi l’appui tant de la Confédération que des CFF, auxquels s’ajoute celui des autorités françaises et de la SNCF. Chaque citoyen peut certes s’auto-désigner expert en transport.  Il est en revanche plus difficile de faire aboutir un projet d’envergure, reliant quarante gares, visant à un triplement du trafic régional actuel – de 15000 à 50000 passagers par jour – et bénéficiant d’un soutien de Berne à hauteur de 57% du total de la facture.

         L’argent, voilà d’ailleurs le nerf de cette bataille, c'est-à-dire le coût du futur RER genevois. Du montant estimé en 2002 sur la base des normes et exigences de 2000, soit 941 millions, la facture a grimpé à 1,479 milliard en 2009. Les raisons de cette augmentation ? Outre le renchérissement intervenu de 2000 à 2007, elle est due à des améliorations apportées au projet pour garantir, souvent à leur demande, la qualité de vie des voisins de la future ligne ainsi que la sécurité de cette dernière. D’où la facture attaquée par référendum de 113 millions. Au passage, la déflation de 2009 (-0,8%) devrait diminuer de 12 millions le coût du projet…

Le projet est contesté sur le fond, son coût aussi. Les référendaires qui s’y entendent à merveille pour multiplier les surcoûts - dont ils portent partiellement la responsabilité - affirment qu’il serait de deux milliards. Est même invoqué un « projet de développement global (des lignes ferroviaires suisses ?) non soumis au peuple » pour soutenir que 20 milliards sont en jeu (TCS Genève, novembre 2009, p. 13).  A jongler avec les chiffres, à changer de focale, les opposants  se perdent dans les zéros !

Les citoyens doivent en fait savoir que la part cantonale se limitera à 642 millions (ou 43%) du montant total[1]. Et les chefs d’entreprise ne seront certainement pas insensibles au fait que les travaux mis en soumission en 2008 ont atteint 700 millions de francs. Des travaux qui n’auront pas l’inconvénient de gêner les automobilistes, contrairement à la construction des nouvelles lignes de tram, parce qu’ils se dérouleront en bonne partie en sous-sol.

Mais l’essentiel dépasse la querelle de chiffres, même si on ne résiste pas à souligner, par exemple, que le coût par kilomètre du CEVA ne sera que la moitié de celui de la dernière ligne du S-Bahn zurichois. L’essentiel, c’est que le CEVA, par ses ponts et tunnels, représente la liaison qui manque depuis le 19ème siècle entre les deux rives du canton. Et ce chainon manquant du réseau franco-valdo-genevois est à même d’apporter les qualités d’une liaison quatre fois plus rapide (80 km/h)que le tram si cher aux référendaires. Quant à son utilité pour les entreprises et leurs collaborateurs, elle est en proportion de son apport à un environnement plus sain.       

En réalité, son principal défaut, aux yeux des référendaires, est de donner à Genève une infrastructure qui fait les grandes villes, comme, en Suisse, Bâle ou Zurich. Et c’est probablement cela qui, au plus profond d’eux-mêmes, indispose les milieux passéistes opposés au CEVA. Genève a une fois déjà raté son rendez-vous avec sa région, en se recroquevillant sur elle-même au Traité de Vienne en 1815. Pour éviter à l’histoire de bégayer, pour façonner la Genève du 21ème siècle, le moment est donc venu de dire oui en toute clarté au CEVA.

 

(Editorial d'Entreprise romande du 13 novembre 2009)



[1] Soit un montant quasiment identique à celui de l’impôt à la source payé par les frontaliers (647 millions) pour les seules caisses cantonales en 2008.

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01/11/2009

Formation des enseignants: 3 ans ou 4 ans? 3 ans et 4 ans!

Faut-il, pour nommer les enseignants genevois, une formation de 3 ans (BA, tel que la dispensent les Hautes écoles pédagogiques - HEP - de Suisse) ou une formation de quatre ans, comme le faisait à ce jour l'université de Genève ?

Après plusieurs années de réflexion, de nombreuses auditions, des positions de départ éloignées, les députés de la commission de l'enseignement supérieur ont réussi la quadrature du cercle. Ce sera 3 ans, avec un BA pour les diplômés des HEP suisses, ET 4 ans avec un BA + un certificat complémentaire d'un an pour les diplômés de l'université de Genève. Non pas que la formation genevoise soit plus lente pour arriver au même résultat, mais parce que sa nature universitaire la rend, à tort ou à raison, différente.

Il aurait été inacceptable que cette solution ne fût pas retenue pour les diplômés des HEP. Il en va d'un espace suisse de formation comme de la reconnaissance de la qualité de la formation des autres hautes écoles suisses.

Il aurait été souhaitable qu'elle le fût aussi pour les diplômés genevois, du moins pour une partie de la commission de l'enseignement supérieur. D'où une solution subtile: les étudiants qui auraient une connaissance attestée de l'allemand et/ou de l'anglais, bientôt enseigné dès la 5ème année primaire, ou encore d'autres disciplines enseignées enseignées à l'école primaire pourront voir la durée de leur cursus raccourcie. De 4 ans, on glisse aussi vers 3 ans à Genève. Le règlement - ah le règlement ! - en précisera les modalités.     


Certes, il y aura des Genevois qui iront à Lausanne ou St-Maurice pour faire leurs études en 3 ans, comme des Valaisans ou des Vaudois qui voudront suivre leur formation à Genève en 4 ans. Pour différentes raisons. Les uns parce que la durée plus courte les séduit, les autres parce que l'université les attire. Le futur nous montrera quelle tendance l'emportera. J'ai d'ailleurs personnellement souligné cette possibilité/ce danger/cette chance pour les uns comme pour les autres en commission. 

Je me réjouis de pouvoir contribuer à expliquer les enjeux de ce projet de loi à la population, puisqu'un député MCG a déjà annoncé un référendum. Piquant. C'était quasiment la première fois qu'il s'exprimait depuis 4 ans. Enfin, pour autant que son mouvement recueille les signatures nécessaires.

Dulcis in fundo: je me réjouis le cas échéant du pourcentage encore plus élevé d'acceptation pour cette loi, après la victoire du contre-projet sur le CO.

NB: la question de la formation des enseignants secondaires, identique pour le cycle et le collège, méritera que l'on y revienne au cours de la nouvelle législature.

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30/10/2009

SIG et les frontaliers: Stauffer ment ou a la mémoire courte

Les frontaliers, tels des cafards, seraient partout. Voilà le message qu'Eric Stauffer aimerait accréditer. Dans la Tribune de Genève du 28 octobre 2009, il prétend qu'à SIG, "presque 50% du personnel est frontalier". Si le chiffre n'a pas été vérifié par la Tribune, son journaliste rappelle que, récemment, le même aspirant au Conseil d'Etat s'était lourdement trompé quant au chômage des infirmières à Genève.

Alors, qu'en est-il ? La réalité, à SIG, ne correspond tout simplement pas à la paranoïa xénophobe du co-chef du MCG. Sauf si presque 5% = presque 50% ...

Selon des données valables au 1er octobre 2009, SIG compte 1703 collaborateurs. Sur ce total, les frontaliers français sont au nombre de 83, soit 4,9% du total du personnel ! On peut, par souci de présenter un tableau complet de l'"invasion", ajouter les autres étrangers (10 personnes, soit 0,6% du total).  Mais même si on prend en considération les frontaliers suisses, qui sont 176 (10,3% de l'entreprise), on ne dépasse pas 16% (15,8%, pour être précis).  

Cinq n'égale donc pas cinquante, sauf en base staufférienne. Alors de deux choses l'une. Soit E. Stauffer a déjà oublié des informations qu'il aurait dû demander, en sa qualité d'administrateur de SIG prétendant défendre les intérêts des travailleurs genevois face aux frontaliers français, avant d'être destitué de son mandat. Et cela ne peut manquer d'inquiéter sur le sérieux de ce candidat à l'exécutif du canton. Soit il ment effrontément, en appliquant la règle: "plus c'est gros, plus ça marche auprès des gogos". Sa réponse ne manquera pas d'intéresser les Genevois.

Au passage, puisque les médias semblent avoir peu de temps ou peu d'intérêt pour décortiquer ce qu'Eric Stauffer affirme avec un applomb de (boni-)menteur, j'ai décidé de vérifier dorénavant ses dires dans les domaines de l'emploi et du chômage et de dénoncer le cas échéant ses erreurs, sinon ses mensonges. Du pain sur la planche...

Prochain épisode : les TPG et les frontaliers.  

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15/10/2009

L'effet répétition est un succès pour les milieux économiques

Répétez, répétez, il en restera toujours quelque chose. Telle a été au fond la maxime mise en œuvre avec systématique par les milieux économiques - dont la FER Genève - à l’occasion des toutes fraiches élections au Grand Conseil. Leur succès incontestable, surtout en comparaison de certaines autres listes professionnelles, s’explique. Il oblige aussi, au regard des enjeux de la prochaine législature, dont le premier est de faire prévaloir la raison sur la démagogie. Il met enfin en évidence le rôle mineur des appuis donnés par des associations souhaitant vérifier par questionnaire les affinités électives des candidats. 

L’appel à un engagement « responsable » ou encore « citoyen » de la société dite civile – par opposition à la société militaire ?... – est régulièrement lancé. La gauche s’en délecte. La droite lui donne dans ce scrutin une réponse sans la moindre ambiguïté.

En appliquant avec une cohérence quasiment sans faille un soutien croisé à leurs représentants, les milieux économiques rappellent certes que l’union fait la force. Le succès rencontré témoigne aussi de l’importance d’un réseau de membres nombreux et soudés à la fois, deux conditions cumulatives.

Celles-ci s’ajoutent à l’évidence à la personnalité des candidats que ces membres perçoivent comme leurs. A des actions passées aussi qui répondent de leur cohérence voire de leur courage à adopter des positions claires lorsque les circonstances ou l’intérêt supérieur de la République l’exigent. L’aménagement du territoire fait de grands projets urbanistiques, dont le PAV, et d’infrastructures de transport, comme le CEVA ou la traversée du Lac, les réformes de la fiscalité, de la formation, de la fonction publique en sont quelques exemples. La poursuite de ces objectifs bénéficiera de l’engagement et des convictions de députés élus pour promouvoir une certaine idée de Genève et de son développement. 

On est donc loin de l’image des pantins « sous influence » comme aimeraient à le faire accroire les critiques des lobbies (GHI du 8.10.2009). Des critiques qui contribuent au discrédit des corps intermédiaires de la société. Au profit de qui ? Poser la question, c’est donner la réponse que les urnes ont affichée. C’est dire au passage que la tâche des élus des milieux économiques sera de donner des réponses factuelles, argumentées, aux déclarations à l’emporte-pièce, aux propos infondés, aux généralisations abusives, voire aux accusations mensongères dont le tribun du MCG s’est fait le spécialiste[1].

Les milieux économiques ne sont pas les seuls à avoir enregistré des succès électoraux. Certaines associations professionnelles font au moins aussi bien. Par exemple l’Association des médecins de Genève, avec sept élus sur neuf candidats, dont certains ont bénéficié de l’avantage d’être salariés des HUG. Les policiers seront aussi représentés par sept élus, dont cinq dans les rangs du seul MCG. Une corporation qui se caractérise non tant par ses consignes de soutien que par celles de biffage. Cette présence massive de fonctionnaires d’autorité soulève au passage certaines questions auxquelles le Parlement devra répondre concrètement, sans attendre les résultats des réflexions de la Constituante. Surtout si le peuple les rejetait.

En revanche, les enseignants font preuve d’un moindre esprit de corps – ou leurs associations d’une moindre influence. Quant à l’Ordre des avocats, avec cinq élus sur treize candidats, il témoigne de l’individualisme viscéral de ces indépendants par excellence. Il évitera au moins la critique d’un Parlement aux mains des juristes. Quant à savoir si la qualité des lois y trouvera son compte…

(Paru dans Entreprise romande du 16 octobre 2009)



[1] Prétendre, pour ne prendre que cet exemple (L’Illustré du 14 octobre 2009), que 80 jeunes diplômés infirmiers sur 100 sont au chômage tient ainsi de l’affabulation pure et simple. A fin septembre 2009, l’Office cantonal de l’emploi (OCE) ne comptait pas plus de dix chômeurs recensés en tant qu’infirmiers ou soignants à domicile. Mais il est vrai que le vainqueur de ces élections applique avec constance une autre maxime : « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ».

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13/10/2009

La rigueur, toute !

Face à la nouvelle configuration du Grand Conseil, le respect de l'Etat de droit s'impose plus que jamais. Ivre de sa victoire - ou ignorant des dispositions formelles ? -, le co-chef du MCG - l'autre, transfuge du PDC, se tait encore - entend déjà tordre la loi en exigeant des sièges en commissions quand la simple arithmétique les lui refuse. Certes, il serait tentant de les lui accorder, pour voir le mésusage qui en serait fait, mais la démocratie n'est pas un jeu, et ses règles ne sont pas un chiffon de papier. Ce sera donc la rigueur, toute, qui devra régir l'attribution du nombre de sièges. Une rigueur qui n'en attribuera donc que deux au MCG, qui permettra à l'Entente de continuer à en détenir sept, à l'UDC de n'en avoir plus qu'un - le tout permettant une solide majorité de droite, du moins en théorie - et à l'Alternative d'en recevoir cinq, sans changement.

Au passage, ajoutons, pour passer de la forme au fond, que cet esprit de rigueur continuera d'inspirer ceux qui n'ont eu de cesse de s'élever contre son absence dans la gestion de l'Etat. Il est inutile de revenir aujourd'hui sur les exemples de dérapages que la commission des finances a réussi à éviter, sous l'impulsion le plus souvent des libéraux. 

Il vaut toutefois la peine de relever que l'engagement personnel manifesté par certains députés a trouvé un encouragement supplémentaire dans les résultats des élections du Grand Conseil de 2009. Face aux manoeuvres d'intimidation, dans la rue ou les blogs, la réponse s'inspirera de valeurs qui résistent à la démagogie. Elles ont pour noms courage, cohérence, équité, et aussi sens de l'Etat. Et s'il le faut, elles seront répétées à ceux qui entendraient s'en affranchir.

Quant aux compromis nécessaires, parfois, pour faire une majorité, ils ne pourront se faire que sur la base de positions de départ claires et après discussions sans compromissions. Comme dans n'importe quelle négociation entre partenaires sociaux. Car on ne peut plus négocier ce que l'on déjà abandonné comme position de départ. Donc rigueur dans la méthode aussi, évidemment. Cela peut ne pas plaire, mais, dans le long terme, c'est la seule manière convaincante de démontrer et la force d'une conviction, et la justesse d'une ligne. On ne fait pas de la politique pour être aimé, on en fait pour promouvoir une vision de la société. Une société de liberté, de responsabilité et de solidarité. Et si, à l'arrivée de l'étape, au jour du jugement ...populaire, on est confirmé dans son mandat, c'est là la plus belle des satisfactions.

Merci donc à tous ceux qui me permettent de continuer à mettre en oeuvre une politique de rigueur, encore plus nécessaire en période difficile. Une rigueur qui n'exclut pas l'humanité, au contraire. Car sans rigueur, il n'y a plus de justice possible dans les arbitrages fatalement nécessaires entre politiques publiques. Une rigueur qui rend possible l'innovation, les réformes, l'adaptation aux besoins d'une société qui change, dans laquelle les décisions nécessaires d'hier peuvent parfois se transformer en contraintes superflues pour demain. C'est dans cet esprit qu'il conviendra d'aborder les réformes et propositions législatives qui marqueront cette nouvelle législature. Sans jamais en négliger et les coûts, et l'efficience. Gageons qu'il pourrait y avoir du sport, dès le départ !    

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08/10/2009

L’EPFZ a classé les collèges; le début de la fin d'un tabou

Les écoles polytechniques et certaines universités suisses comptent parmi les meilleures d’Europe et même du monde. La publication de classements internationaux[1], évidemment perfectibles, attire l’attention sur elles de la part des futurs étudiants d’ici et d’ailleurs, qui en font un critère de choix du lieu de leurs études supérieures.

Les pouvoirs publics sont amenés à les prendre en considération, à l’heure du développement des contrats de prestation. Les entreprises aussi, qui établissent des partenariats, notamment en matière de recherche. Les institutions classées enfin y trouvent motif à s’améliorer. Bref, la concurrence, cela vaut aussi entre et pour les haute écoles. Mais pas seulement pour elles.  

         Car ce qui serait utile voire bénéfique pour une partie du système de formation serait-il tout à coup inutile sinon nocif pour une autre partie ? La transparence des uns devrait-elle s’accompagner de l’opacité des autres ? Les jugements objectifs aller de pair avec les préjugés ? C’est pourtant dans ces paradoxes que semblent se complaire des directeurs de collèges et lycées classés, mal pour certains, bien pour d’autres, par une étude récente de l’EPFZ[2]. Une étude qui a donné lieu à plus de deux cents articles de presse, essentiellement en Suisse alémanique, et à des discussions internes aux collèges sans fin. Mais pas sans effets.

Il y avait de quoi. Pour des notes de maturité oscillant à grande proximité de 4,8/6, les notes à l’examen de base, à l’issue de la première année du poly, s’étalent entre 3,5 et 4,5 lorsque les étudiants du poly de Zurich sont classés selon les collèges où ils ont accompli leurs études secondaires.

         Pour sortir de la polémique stérile, Economiesuisse a voulu en savoir plus sur les leçons tirées par les collèges de ce classement. En avril 2009, 129 ont donc été interrogés, et 81 d’entre eux ont répondu. Les résultats sont édifiants[3]. En effet, nouveau paradoxe, même si les collèges sont en majorité opposés à la publication de ces classements – un tiers y est toutefois favorable –, une moitié n’en a pas moins pris des mesures afin d’améliorer sa position. Et encore plus quand le classement est mauvais. Et là, ce sont les deux tiers des gymnases mal classés qui déclarent vouloir s’améliorer.

On peut conclure à une reconnaissance implicite, au moins partielle, de la validité de la démarche, quelles que soient les critiques. Car de deux choses l’une : soit le classement n’a pas de sens, et rien ne doit être changé à la qualité de l’enseignement offert. Soit, si des mesures sont prises pour l’améliorer à la suite de la publication du classement, c’est qu’il en a un. 

         Certes, les reproches faits à ce classement méritent d’être entendus. Certains gymnases bénéficient d’une sélection positive du fait de leur localisation. Les milieux sociaux, et notamment la part des élèves migrants, souvent excellents dans l’enseignement post-obligatoire au demeurant, n’y sont pas identiques. Ce qui nourrit des préjugés auprès des parents comme des élèves. Car le niveau final, à l’examen de maturité, n’est pas identique.

Outre les notes, les attitudes face à l’enseignement, les motivations à continuer des études peuvent différer. Les étudiants choisissant les EPF ne sont pas nécessairement représentatifs de leurs camarades choisissant d’autres voies ; d’ailleurs, le collège n’a pas pour vocation de ne préparer ses élèves qu’au poly. De plus, fréquenter une EPF implique des efforts différents si l’on est originaire du canton de Zurich ou du fin fond des Grisons.

Il n’empêche. Les résultats sont bel et bien différents selon les établissements de formation. Alors que faire pour répondre à ces critiques ? Tout simplement étendre à l’ensemble des hautes écoles, HES comprises, les études de réussite selon l’établissement de formation. Plutôt que de limiter la comparaison, de la biaiser éventuellement, autant la généraliser en prenant en considération tous les collèges du pays, romands et donc genevois compris. Du coup, la plupart des critiques tombent. Quant à la question du milieu social, les techniques d’analyse permettent d’en contrôler l’incidence.

         Qu’on le regrette ou qu’on s’en félicite, les comparaisons font partie de la vie. La recherche de la qualité est au cœur même du projet éducatif comme du projet entrepreneurial. Les hautes écoles le savent. C’est dorénavant aux collèges de prendre cette voie. Dans certains cantons, cela s’est déjà fait. Mais les résultats y sont à ce jour considérés comme des secrets-défense. Cette posture défensive ne doit plus avoir cours. Une fuite est si vite arrivée…

(A paraître dans Entreprise romande du 9 octobre 2009)



[1] Ces classements sont disponibles sur le site www.universityrankings.ch fait par le Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche et la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS). Les méthodologies utilisées y sont expliquées.

[2] „Maturanoten und Studienerfolg, eine Analyse des Zusammenhangs zwischen Maturanoten und der Basisprüfung an der ETH Zürich“. Décembre 2008-janvier 2009.

[3] « Les gymnases réagissent à une étude de l’EPFZ : les classements dans le secteur de l’éducation sont efficaces ». Economiesuisse, Dossier politique, n°17, 6 juillet 2009.

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01/10/2009

Libéralisme économique et smartvote, ou comment voter futé

Comment choisir un parti ? A l’approche d’une élection, cette question classique pour tout citoyen reçoit une réponse moderne. Elle répond en Suisse, depuis le début de ce millénaire, au doux nom de smartvote[1]. Certes imparfait, un brin réducteur aussi, cet outil, disponible sur internet uniquement, représente une amélioration indéniable de la panoplie des moyens qu’a le citoyen de s’informer. Et notamment de vérifier si ce que promettent les partis est cohérent. Y compris avec les réponses de leurs candidats. Une élection, c’est souvent l’occasion de promettre la lune et le soleil en même temps…

Smartvote s’ajoute ainsi aux efforts civiques des médias traditionnels, aux conversations entre amis ou en famille. Il offre surtout l’avantage de comparer les différences parfois subtiles, voire les oppositions fondamentales de l’offre politique. Bref, en améliorant la transparence, il permet de voter futé. Certains utilisateurs l’utilisent même pour se confectionner une liste sur mesure.

Et voter futé, pour tout entrepreneur, c’est savoir ou vérifier qui est favorable à l’économie de marché, à une politique fiscale mesurée, à des finances publiques obéissant à une gestion efficace, économe et efficiente. Petit voyage en smart…vote pour découvrir ce qu’il en est à Genève, à j-9 des résultats du futur Grand Conseil.

En six questions – sur un total de 57 que comporte le questionnaire, allant de la politique des migrations à l’éthique, de la justice à l’environnement – les contours du libéralisme à la sauce smartvote sont tracés. Etes-vous favorable, plutôt favorable, plutôt défavorable ou défavorable à la privatisation de certains services publics ? à l’initiative sur les salaires abusifs ? à la nouvelle loi sur le chômage ? à favoriser des producteurs locaux, quitte à payer plus cher ? à un salaire minimum ? à l’assouplissement des horaires dans les magasins ?

D’un clic, le classement des partis saute aux yeux. Les libéraux remportent, sans surprise, la palme du libéralisme économique avec un score de 70. Le contraire eût été inquiétant ! Ils sont suivis de près par les radicaux (64), puis par les UDC et les PDC (52). En revanche, les Verts (24) et surtout les Socialistes (9) et Solidarités (4) se caractérisent par leur non-libéralisme économique, voire par leurs préférences pour un système d’économie étatisant, dirigiste, protectionniste, en somme, pour un régime de contraintes pesant sur le chef d’entreprise.

L’exercice pourrait paraître superficiel à certains. A cela, les réponses aux questions portant sur la fiscalité et les finances publiques apportent un démenti. Le secret bancaire, les baisses d’impôt, la concurrence fiscale, les forfaits fiscaux, le Personal-Stop dans les administrations publiques sont autant d’indicateurs complémentaires d’une conception libérale de l’Etat. Des réponses données, il en ressort un resserrement de l’écart entre libéraux (75) et radicaux (72) dont les candidats partagent à l’évidence la même vision de l’économie et de la fiscalité : ils sont suivis par les démocrates du centre (61) creusant un peu l’écart d’avec des démocrates-chrétiens plus centristes (53). Quant aux partis de gauche, leurs scores marquent encore plus clairement leur étatisme glouton.  

Pique pour la route. Presque tous les partis se sont prêtés, prou plus que peu, à l’épreuve de la vérité à la sauce smartvote. Seules exceptions, le MCG et la liste des aînés. Les conducatori Stauffer et Grobet n’ont vraisemblablement pas donné à leurs suivants l’autorisation de s’exprimer. La transparence n’est probablement pas leur vocation. Pas besoin d’être futé pour s’en douter.

(A paraître dans Entreprise romande du 2 octobre 2009)

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24/09/2009

Hannetons, votations et élections

 

Dans la mémoire collective des Genevois, les hannetons, insectes aussi patauds que puants, étaient synonymes d’argent de poche pour les enfants qui les vendaient au kilo à la mairie de leur village. Ils finissaient brûlés, pour le plus grand bien des cultures. Les hannetons, pas les enfants ! C’est ainsi qu’en 1900, à Cartigny, 356 kilos de hannetons gluants, payés 15 centimes le kilo, avaient été récoltés par 28 personnes[1]. Il faut dire que depuis 1846 le canton levait un impôt pour compenser les frais occasionnés par la chasse à ces scarabéidés.

Dans le folklore politique cantonal, la coutume était naguère d’associer hanneton et élection.  Tout simplement parce que la durée de vie du premier est de trois ans, comme celle d’une législature genevoise jusqu’en 1957. Depuis, les législatures ont passé à quatre ans, et les hannetons ont été victimes du DDT.

La nature ayant horreur du vide, un prédicteur d’un autre type est venu remplacer les hannetons. Son nom ? Initiative ou, à choix, référendum, selon les goûts des partis et l’actualité parlementaire. C’est ainsi que l’on observe un pic tous les quatre ans. En témoigne, par exemple, la courbe des instruments de la démocratie directe cantonale soumis au verdict populaire depuis 1990. Parmi eux, 71 initiatives, avec résultat positif dans 15 cas, et 96 référendums comptant  26 cas de réussite (refus des lois votées).  

Le millésime 2009 ne faillit pas à la tradition. Sous réserve de surprise des derniers jours de campagne, ce ne sont pas moins de cinq initiatives qui ont été lancées, avec des chances d’aboutissement a priori inégales.

Par le parti socialiste qui réclame des allocations familiales « dignes de ce nom ». En oubliant primo que leur coût pour les employeurs a été augmenté au début de 2009, et que, secundo, les salaires sont plus élevés dans ce canton que dans ceux qui offrent des allocations familiales plus généreuses. Le PS est-il conscient que le principe des vases communicants s’applique aux salaires comme aux expériences des laboratoires de physique ?

Par le MCG qui lutte « pour la dignité des personnes âgées indépendantes ». Mécontent d’une loi qui ne vise qu’à sécuriser la gestion des EMS, voilà ce mouvement instrumentalisé par plus démagogue que lui.

Par l’UDC qui se souvient de l’idée d’une enjambée de la Rade. Au risque sinon de faire couler le projet d’une traversée du Lac, du moins de n’obtenir aucune participation fédérale.

Par un comité regroupant une partie des taxis genevois qui part du principe qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même et exige « un véritable service public et des taxis enfin égaux et moins chers ». En attendant le projet de loi du Conseil d’Etat, et dans la foulée de celui de l’UDC, la saga des taxis continue.

Par la liste Grobet et associés, faite de compagnons de route du troisième âge, de proches des squatters et autres défenseurs d’une Genève cacochyme et souffreteuse, qui veut maintenir – évidemment maintenir – voire rétablir « les prestations des établissements publics médicaux ». Sans en démontrer le moins du monde la nécessité. En clair, à ma droite, la direction des HUG a prouvé aux Genevois que l’on pouvait réussir l’épreuve d’une gestion efficiente du secteur de la santé,  mais, à ma gauche, Christian Grobet et ses groupies rêvent d’augmenter d’environ 700 le nombre d’employés des HUG. Juste pour dépenser une centaine de millions de francs. Pour les premiers, c’est les soignants au service des patients, pour les seconds, c’est le contribuable au service de la fonction publique.

Au peuple de se prononcer le cas échéant, si chacun de ces objets recueille 10 000 signatures. Espérons qu’il fasse preuve d’un esprit sélectif. Comme le 27 septembre au sujet de la nouvelle loi fiscale (LIPP) ou de l’OMC, pour les seuls  habitants de la Ville. Ou comme le 29 novembre, où ce seront des référendums concernant la complémentarité des moyens de transport (CEVA, traversée de Vésenaz) et l’aménagement de la Genève du 21ème siècle (le PAV) qui viendront animer le Landernau. De vrais objets scructurants pour l’avenir de la République.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 25 septembre 2009)



[1] Voir, pour plus de détails pratiques,  http://www.grhc.info/archives/documents/anneehannetons.pdf.

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18/09/2009

Enfin une fiscalité plus équitable !

            Moins injuste pour les couples mariés comme pour les rentiers, plus favorable aux familles, plus sociale et moins confiscatoire, telles sont les quatre principales caractéristiques de la réforme de la loi genevoise sur l’imposition des personnes physiques (LIPP). Initiée par les partis de l’Entente sous une forme plus généreuse, elle constitue un élément tangible de son bilan de législature. Soutenue ensuite, dans une variante plus modeste, par le Conseil d’Etat, elle a été votée par un Grand Conseil soucieux de consensus. Cette réforme est appuyée par les milieux économiques, et notamment par la FER Genève. Elle permet au canton, dix ans après l’initiative libérale ayant abaissé de 12% les impôts cantonaux, de se mettre - timidement - à niveau sur la scène suisse de la concurrence fiscale. Elle devrait être plébiscitée par les Genevois le 27 septembre 2009.

Pourquoi pareil optimisme ? Pas seulement parce que, seul des partis gouvernementaux, le parti socialiste a décidé, par dogmatisme, de s’y opposer, en allié finlandisé[1] de l’extrême-gauche locale. Même si, ce faisant, il accélère son divorce d’avec une population et notamment des travailleurs – les fonctionnaires – dont il ne défend plus les intérêts. Mais surtout parce que le projet de loi soumis aux citoyens représente pour la classe moyenne un ballon d’oxygène en des temps économiquement troublés. Face à d’autres augmentations du coût de la vie, voilà une diminution indispensable.  

            Cette réforme tient d’une petite révolution valant 321 millions de restitution de pouvoir d’achat aux contribuables en 2010, 387 millions en 2011 et 411 millions dès 2012. Ce qui correspond, selon l’administration fiscale, à 4% des revenus totaux de l’Etat en 2010 – il est donc loin d’être mis en danger d’appauvrissement – mais à 11% de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, un pourcentage d’enrichissement appréciable pour les contribuables. Sur l’échelle Richter des mesures de relance, difficile de faire plus rapide et efficace.

          Les détails de la réforme, c'est-à-dire le projet de loi lui-même, occupent 43 pages ( !) des explications de vote soumises aux électeurs. Sa substance peut se résumer plus simplement. Il tient tout d’abord en un mot magique : splitting. En offrant une division par deux du revenu imposable des couples mariés, il met fin à une injustice crasse. En effet, la progressivité de l’impôt discriminait les contribuables mariés travaillant tous les deux par rapport aux concubins.

Cette véritable révolution représente une incitation à travailler davantage  pour ceux qui craignaient de voir confisqué le fruit de leurs efforts. L’Etat a donc tout à y gagner. Et son ministre des finances le sait pertinemment. Comme il sait que depuis la mise en œuvre de l’initiative libérale, les recettes fiscales n’ont cessé de progresser. Des taux d’imposition plus bas, c’est davantage de recettes. Rien de plus logique. Car, si trop d’impôts tue l’impôt, moins d’impôts engendre des impôts ! Seuls ceux qui ne connaissent que la règle de trois et refusent de penser dynamiquement le comportement des acteurs économiques ne l’ont pas compris.

         La réforme est aussi favorable aux familles en remplaçant l’incompréhensible rabais d’impôt par des déductions, notamment pour frais de garde des enfants. S’ajoutant au splitting, elles constituent le 80% des effets d’une réforme qui rend aussi la fiscalité plus douce pour les revenus les plus faibles. A quoi il faut encore ajouter d’autres déductions sociales prévues pour les rentiers, y compris une exonération partielle des anciennes rentes du 2ème pilier.

         Enfin, cerise sur la gâteau, une ébauche de bouclier fiscal est, pour la première fois, introduite dans la fiscalité genevoise. Ce second mot magique se traduit par un taux maximal cumulé de 60%  pour les impôts cantonal et communal, à l’aune de la solution déjà mise en œuvre par le canton de Vaud. Ebauche, car il faut y ajouter l’impôt fédéral, qui peut atteindre 11,5%, voire, pour le contribuable actif, les diverses cotisations sociales. Gageons qu’avec pareil bouclier, il aurait fallu être Ivanohé pour vaincre l’hydre fiscale en tournoi…

         Certes, cette réforme ne franchit pas le pas de l’imposition individuelle, ni celui du « flat tax rate », certes, elle supprime la formule mathématique qui plaisait tant aux économètres, certes encore, elle augmente le nombre des « Gratis-Bürger ». Mais grâce à toutes les avancées qu’elle permet, cette réforme de la LIPP donne un signe très clair d’une modernisation équitable et sociale de la fiscalité des personnes physiques. Qui dit mieux ? 

(Paru dans Entreprise romande du 18 septembre 2009)



[1] Du temps du Rideau de fer, la Finlande, qui se trouvait aux marches de l’Empire rouge, se caractérisait par une politique étrangère pour le moins prévenante par rapport aux souhaits de Moscou.

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15/09/2009

la hargne furieuse des amis des syndicalistes enseignants

Les chiffres sont les chiffres. Même quand ils sont fluctuants. Même quand ils proviennent du DIP. Il est pour le moins piquant de constater où conduisent le déni de réalité, l'ignorance du dossier, le quasi illettrisme fonctionnel, voire un mélange des trois mâtiné d'attaques personnelles évidemment anonymes, dès lors que l'on publie des données qui l'ont le malheur de ne pas correspondre à la propagande des syndicalistes enseignants ou de leurs proches amis actifs sur le site de la Tribune de Genève.  

Tant le nombre de nouveaux élèves que le ratio d'élèves par poste que j'ai indiqués dans une note récente sont ceux que le DIP a lui-même calculés et rendus publics à la rentrée scolaire. N'en déplaise à ceux qui veulent voir le monde à travers leurs lunettes embuées de leurs déceptions. Les raisons de l'évolution des chiffres sont bien réelles. Elles tiennent entre autres au fait de vivre dans une société de liberté qui permet de remettre en cause ses propres choix scolaires.   

Un petit mot sur l'anonymat que les blogs favorisent sinon encouragent. Il rappelle que de Venise à Vichy, l'âme humaine éprouve une trouble jouissance à lorgner vers l'absence de courage.

 

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14/09/2009

Des chiens et des enfants (ou l'irresponsabilité bureaucratique récompensée)

 

Il y avait déjà « Des souris et des hommes », roman de Steinbeck d’une noirceur rare sur la brutalité et la solitude humaines dans l’Amérique des années trente. Il y a désormais « Des chiens et des enfants », produit de l’irresponsabilité bureaucratique de la Genève du XXIème siècle. Une œuvre collective au goût de « catastrophe frôlée », selon le conseiller d’Etat Charles Beer, chef du DIP. Son auteur principal ? Un assistant social non assisté et encore moins contrôlé par ses chefs du Service de protection des mineurs genevois (SMPI). L’homme  dans l’attente de son verdict pénal, un héritier de Mai 68, est désormais au bénéfice d’une retraite anticipée, aux frais des contribuables genevois. En matière de sanction administrative, on a vu plus sévère.

La toile de fond de cette œuvre nauséabonde est faite de déchéance liée à la consommation de drogue. Une mère et son compagnon d’infortune laissent sans soins leurs deux enfants de quatre et dix ans. Sommeil, repas, hygiène, études, tout manque aux enfants. Et s’ils sont sauvés du pire, c’est parce qu’il y avait aussi des chiens tout aussi abandonnés à leurs côtés et un service de l’Etat qui a la charge de nos amis à pattes ou plumes. Le raccourci est brutal ; il témoigne à sa manière du poids comparé des vies humaine et animale dans une société sans repères.

Dans cette œuvre se succèdent des chapitres contant des qualités humaines pour le moins inégales. L’irresponsabilité du SMPI y côtoie le sens des responsabilités d’une voisine, d’un collaborateur de l’Office vétérinaire cantonal, d’un policier, d’un juge ; son incompétence s’oppose à leur sens du devoir, son indifférence à leur générosité, son inhumanité à leur humanité.

Cette histoire remonte à 2007 ; c’est désormais un procès et bientôt un verdict. Il devrait être sans pitié pour cet assistant social arrogant « qui rétorque qu’on ne va pas lui apprendre à faire son métier » (Tribune de Genève du 3 septembre 2009) quand un inspecteur de la brigade des mineurs s’étonne de l’absence de clause péril dans un cas de pareille gravité. Sans pitié, car lui n’en avait aucune pour ces enfants qui auraient pu mourir, comme était morte une fillette à Meyrin, en 2001, à cause d’un autre cafouillage bureaucratique.

D’où cette première suggestion : une peine collective sans sursis, d’une durée à déterminer, pour le SMPI. Elle consisterait à le rebaptiser en Service de non-protection des mineurs. Pour que son appellation corresponde à une vérité qui a aussi existé, pour que les pratiques orwelliennes de novlangue n’y aient plus cours, celle dont les mots sont utilisés à rebours de leur sens (défense de la justice = promotion de l’injustice, tirer vers la vie = pousser vers la mort).

Une punition collective est certes injuste. Mais un électrochoc stigmatisant s’impose pour en finir avec « une vision obsolète et erronée de l’assistance sociale », aux dires de Charles Beer (Le Matin du 6 septembre 2009). Une vision qui interdit le devoir d’ingérence et qui promeut de fait l’abandon à leur sort de ceux dont on a la charge. Une vision hypocrite et lâche, où le travail s’arrête aux portes de la vie privée. Quitte à laisser la mort faire son travail. 

Face à ce SMPI qui a abdiqué le rôle de subsidiarité dévolu à l’Etat, celui de protection de mineurs que lui impose sa dénomination, une réaction forte des élus s’impose. Avant de lui octroyer la moindre augmentation de ses effectifs, une demande impudente incluse dans le budget cantonal 2010, il faut exiger de ce service une remise en cause de ses méthodes de travail, de sa conception même de protection de l’enfance. Quitte à ce que le personnel en désaccord le quitte. Les directeurs ne doivent pas être les seuls à y valser. Les solutions de facilité, ça suffit !

(commentaire paru dans Entreprise romande du 11 septembre 2009)

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04/09/2009

L'ingratitude périlleuse des syndicalistes enseignants

 

Jamais assez ! Alors à quoi bon donner ? Face aux réactions d’ingratitude des syndicalistes enseignants genevois traitant de « ridicule » l’offre de postes supplémentaires de leur employeur, en cette rentrée 2009, la tentation est grande de ne pas entrer du tout en matière. Le DIP en demande une quarantaine au Grand Conseil, mais ils n’hésitent pas à en réclamer jusqu’à 200, cinq fois plus ! Le point sur un conflit qui menace de déraper en grève du zèle, comme un refus de noter les élèves. Sauf retour responsable au sens des réalités, d’où ce rappel des faits.

Les effectifs du secondaire post-obligatoire sont croissants. Depuis 2000, les élèves se sont multipliés, en passant de 16 303 à (probablement) 21 521 en cette rentrée scolaire. Ceux des enseignants aussi, qui ont gonflé de 1451 à 1728 dans ce même laps de temps. Le ratio élèves/enseignants s’est certes modifié en une décennie. Mais à 12,45 élèves par poste, il est difficile de faire pleurer l’opinion publique, voire les collègues non-genevois. Un collège genevois, ce n’est pas une mine de Zola.

Aidée par une démographie à la hausse, la popularité de l’école post-obligatoire locale est grande. A l’exception du collège pour adultes, toutes ses subdivisions enregistrent des inscriptions en hausse depuis 2000. Une hausse faible pour le collège traditionnel comme pour le secteur de la formation professionnelle, une explosion pour les écoles de culture générale et de commerce.

En cette rentrée 2009, l’augmentation par rapport aux effectifs pris en compte pour le calcul du budget 2009 devrait finalement être de 620 élèves, le double de ce qu’avaient prévu en mars les spécialistes du Service de la recherche en éducation (SRED). Les raisons de cette erreur d’estimation sont multiples[1]. On peut toutefois s’interroger sur des procédures d’inscription peu resserrées.  Résultat de ces approximations : le DIP demande au Grand Conseil un complément budgétaire correspondant à un coût annuel de 6 millions. Petit problème d’arithmétique : sachant qu’il y a des élections à l’horizon, quel est le coût d’un poste supplémentaire ? Quant à son bénéfice…

Le parent lambda pourrait considérer que cette proposition est raisonnable. Un citoyen curieux pourrait toutefois se demander combien de cours se donnent avec moins de 12 élèves. Ce qui lui permettrait d’apprendre, grâce à un député tout aussi curieux, que, pour diverses raisons, il y en a encore 378, soit 7,5% des cours dispensés. Et qu’il y a donc encore une marge de rationalisation qui pourrait peser sur le sort de la demande du Conseil d’Etat à la commission des finances.

D’autant que Le Courrier, le quotidien syndical genevois – après tout, il y a bien un hebdomadaire patronal… – répercute les propos pour le moins revendicatifs de syndicalistes enseignants (22 août 2009). « Face à l’augmentation du nombre d’élèves ces dernières années, rien n’a été fait », prétend l’un. Quarante enseignants, « c’est ridicule », renchérit l’autre. D’ailleurs, les chiffres sont volontairement sous-estimés, réplique le premier. « Nous somme prêts à nous mobiliser comme en 2004 », conclut le second. Comme en 2004 ou comme en 14 ?

Alors, tant qu’à faire, puisque 40 postes de plus, « c’est ridicule », pourquoi entrer en matière sur 40 postes ? Sans poste supplémentaire, les quelque 620 élèves supplémentaires représenteraient moins d’un tiers d’élève de plus par enseignant. Une hausse qui ne serait que le quart de l’effort supplémentaire fourni depuis 2000.

Allez, messieurs les syndicalistes, un peu plus de réalisme à défaut de reconnaissance, sinon vos collègues risquent de faire les frais de votre ingratitude infondée !

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 4 septembre 2009)



[1] L’erreur est notamment due au fait que 220 élèves de plus que prévu, provenant des écoles privées, intègrent ou réintègrent l’école publique. Un effet possible de la crise qui influence aussi les retours de parents de l’étranger, plus importants qu’imaginé (+40 élèves). Mais aussi parce que davantage d’élèves frontaliers (+50) que prévu, de parents suisses ou étrangers, font de même. Et aussi parce que moins d’élèves (60) sont laissés à eux-mêmes, à la sortie de l’école obligatoire. A quoi il faut tout de même encore ajouter 250 cas non expliqués.

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21/08/2009

Vol des cendres de Madame Vasella :

La fin des frontières entre les violences faites à l’homme, être de chair vivant, et les violences infligées à ses cendres. Telle est la leçon d’inhumanité offerte, à la fin du mois de juillet 2009, par un groupuscule d’animalo-terroristes opérant à Coire[1]. Ils ont en effet poussé l’abjection jusqu’à voler l’urne funéraire contenant les cendres de la mère de Daniel Vasella, le patron de la multinationale bâloise Novartis. Prétexte : les liens naguère entretenus par cette firme pharmaceutique avec une entreprise anglaise pratiquant l’expérimentation animale, des liens qui les ont déjà, à plusieurs reprises, amenés à s’attaquer à des employés de Novartis.

Cette atteinte à la paix des morts, punie par le code pénal suisse de trois ans de prison au maximum, représente le comble d’autres profanations commises sur le caveau de famille des Vasella. Par leur action, ces animalo-terroristes n’ont pas fait que commettre un délit de vol, d’atteinte à la propriété ; ils n’ont pas fait que mépriser la piété filiale. C’est la mémoire collective qu’ils ont bafouée.

Certains enlèvent la vie, parfois même au nom de la vie. Par exemple, certains fanatiques opposés à l’avortement. En voilà d’autres qui n’hésitent pas à enlever la mort pour priver du deuil. Pénalement moins punie, cette violence infligée aux défunts est symboliquement d’une gravité qui ne peut être sous-estimée. Elle révèle en effet une double perte de repères. Les victimes en sont l’humanisme, notamment occidental, purement et simplement nié et, plus fondamental encore, le besoin d’éternité déjà exprimé par les hommes de la préhistoire lorsqu’ils inventèrent les rites funéraires, il y a quelque cent mille ans.

Disons-le clairement. Ces animalo-terroristes sont les nouveaux barbares. Tels des vampires, les voici errant dans les cimetières pour éliminer ce qui distingue l’homme mort de l’animal, sa sépulture. Sans le moindre hasard, ils s’attaquent au chef d’une entreprise dont le but est de sauver des vies ou, du moins, d’alléger des souffrances.

Aveuglément convaincus que la fin justifie les moyens, ils négligent les effets de leur action sur la popularité de leur cause. Cet autisme surprend moins quand un de leurs propagandistes, professeur de philosophie de l’université de Berne, n’hésite pas à comparer les chiens d’aveugle aux victimes de l’esclavagisme. La notion de pesée d’intérêts lui est décidemment un concept inconnu.

Mais il y a pire. Un membre du groupuscule d’origine anglaise, Stop Huntington Animal Cruelty (SHAC) qui pourrait se tapir derrière ce vol de cendres, met au même niveau l’homme et la bactérie : « (L’homme) n’est pas du tout indispensable à l’équilibre de la biosphère. Si les bactéries venaient à disparaître de la surface de la terre, la vie terrestre serait menacée ; si l’être humain venait à disparaître, ce ne serait pas le cas. En quoi est-il donc supérieur ? » (Tribune de Genève du 4 août 2009).  

Il y avait l’humanisme qui met l’homme au centre du monde et de la réflexion, parfois non sans excès, mais qui promeut des valeurs telle l’égalité – tous les hommes sont égaux. Il faut désormais compter avec ses concurrents, voire ses ennemis, l’animalisme – les hommes et les rats sont égaux entre eux – et le végétalisme – les hommes, les rats et les bactéries sont égaux entre eux. 

Tout se discute, mais toutes les idées ne se valent pas. Certaines sont loufoques, d’autres sont dangereuses. En l’espèce, les conséquences sur la santé humaine qu’impliquerait la fin des expérimentations animales ne sont pas à négliger. Et dans l’affaire de la violence faite aux cendres d’une défunte, on peut défendre l’opinion que la civilisation est en danger quand la mort du respect a tué le respect de la mort.

(Commentaire paru le 20.08.2009 dans Entreprise romande)



[1] Selon des sources officielles, la Suisse en compterait une cinquantaine, responsables d’un dixième des actions terroristes commises dans ce pays.

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07/08/2009

La mondialisation vue du Vatican

         La liberté responsable de chacun au service d’un « développement humain intégral dans la charité et dans la vérité », en clair, d’ « une mondialisation progressive et généralisée », pas simplement technocratique, mais orientée par l’humanisme chrétien. Le message de la dernière encyclique pontificale[1], Caritas in veritate (L’amour dans la vérité), s’adresse en premier lieu au clergé et aux fidèles laïcs de l’Eglise catholique-romaine, mais aussi, explicitement, à tous les hommes de bonne volonté. Et donc aux entrepreneurs soucieux d’en savoir plus sur la mise à jour de la doctrine sociale de cette confession chrétienne. Pour mémoire, elle en constitue le cinquième texte fondateur[2].    

La publication de L’amour dans la vérité était attendue pour 2007. La crise l’a retardée et, assurément, réorientée. Mais le texte final, de quelque 150 pages, est arrivé à point nommé, à la veille du Sommet du G8 de L’Aquila. Certes, il ne s’agit pas d’ « une lecture de plage », comme l’a relevé, pince sans rire, le cardinal genevois Georges Cottier, ancien théologien des papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Ce texte montre toutefois clairement que le pape actuel, en se référant vingt-neuf fois à la mondialisation, est loin de la diaboliser, sans en sous-estimer les travers. « Ni bonne, ni mauvaise, elle sera ce que les personnes en feront », avait au demeurant déjà dit Jean-Paul II.

Cette encyclique s’inscrit ainsi, selon la tradition romaine, dans le sillage de celles qui l’ont précédée, et notamment de Populorum progressio. Par exemple dans la reprise de la critique de l’idéologie technocratique. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, disait déjà Rabelais ; finance sans connaissance n’est que ruine du déposant, pourrait-on ajouter, face à la crise actuelle…

Le pape ne se place pas moins en défenseur résolu du progrès dès lors que ce dernier est complété d’une ligne directrice : « On finit par condamner (…) les découvertes scientifiques elles-mêmes qui, utilisées à bon escient, constituent au contraire une occasion de croissance pour tous. L’idée d’un monde sans développement traduit une défiance à l’égard de l’homme et de Dieu ». C’est donc un non résolu à une régression utopique de l’humanité à l’état de nature, à distinguer de justes préoccupations écologiques, dont Caritas in veritate se fait, pour la première fois, l’écho.

Au fond, cette encyclique se préoccupe de donner du sens au développement, dont le progrès technique est une composante. Un sens chrétien évidemment, car il ne peut être question de « séparer le progrès de son  évaluation morale et donc de notre responsabilité ». Le progrès est d’ailleurs une vocation de l’homme « qui réclame une réponse libre et responsable ».

Et c’est à ce propos que Benoît XVI inscrit son texte dans l’actualité, dans sa recherche d’une « nouvelle synthèse humaniste ». Et de faire état de ses préoccupations quant à certains aspects du modèle actuel de développement[3]. Le pape actuel n’en affirme pas moins que « le développement a eu lieu et qu’il continue d’être un facteur positif qui a tiré de la misère des milliards de personnes ».

Mais pour que le futur sourie à l’humanité, il importe de transformer la crise en « occasion de discernement » pour élaborer de nouveaux projets. Et d’aborder les difficultés du temps présent avec confiance plutôt qu’avec résignation. Car même si les inégalités augmentent, « la richesse mondiale croît en termes absolus ». Et d’enfoncer le clou : « bien que de façon fragile et non homogène, de nombreuses régions du globe se sont aujourd’hui développées », dans une interdépendance planétaire à maîtriser, mais pas à empêcher.

En bref, l’encyclique se prononce non seulement pour l’économie de marché, les investissements transnationaux « qui peuvent faire du bien », le progrès, un développement humaniste et donc contre la croissance zéro, contre le protectionnisme, contre l’obscurantisme antiscientifique, elle reconnaît aussi les bénéfices concrets de ce développement pour les hommes et les femmes de cette planète. Autant de résultats positifs que certains, à gauche, dans des chapelles d’obédience marxolâtre, s’échinent encore et toujours à nier.

Encore faut-il s’occuper de la promotion de l’homme, sorti de « sa raison obscurcie ». Car c’est à lui que revient, en dernière analyse, de faire que l’économie de marché concoure au bien commun.

Et c’est là que le pape retombe au cœur de son projet. Qui consiste aussi à rompre une lance contre le relativisme culturel, fait d’éclectisme non-critique et de nivellement, au risque d’asservir et de manipuler l’humanité. Mais cela est, partiellement, une autre histoire. Une autre encyclique ?



[2] En 1891 paraît Rerum novarum, la première encyclique faisant part de la doctrine sociale de l’Eglise catholique en faveur du syndicalisme chrétien. Suivent, en 1931, Quadregesimo anno, sur le principe de subsidiarité, Populorum progressio en 1971 et, en 1991, Centesimus annus sur l’économie de marché inspirée par la recherche du bien commun.

[3] Parmi ses préoccupations, le profit transformé de moyen en but, au risque « de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté », une activité financière mal utilisée, les énormes flux migratoires, l’exploitation anarchique des ressources de la terre. En somme, des déséquilibres et des problèmes dramatiques nouveaux par rapport à Populorum progressio.

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23/07/2009

La constitution de Helena... et celle de Genève

Helena, dans les Rocheuses, à deux pas du Canada, est aujourd’hui une obscure bourgade. Dire qu’en 1888, elle comptait 50 millionnaires en dollars de l’époque, ce qui représentait la plus forte concentration au monde ! Un an plus tard, elle devenait même la capitale du 41ème Etat à avoir rejoint les Etats-Unis d’Amérique sous la devise « Oro y Plata ». Or et argent, deux des ressources naturelles qui firent la fortune de certains colons.

Sur le plan constitutionnel, le Montana est moins riche de réussite initiale. Ce Territoire, qui avait même fait partie de l’immense Louisiane française, aurait dû avoir une constitution dès 1866, mais le texte se perdit avant d’arriver chez l’imprimeur…

Un deuxième essai de texte fondamental, en 1884, n’eut pas beaucoup plus de chance. Le Congrès, à Washington, traina même cinq ans, pour des raisons farfelues, à admettre le Montana dans l’Union et à entériner une troisième version. Vaille que vaille, cet Etat dont la fièvre aurifère et la notoriété adjacente retombèrent vite,  réussit à s’en satisfaire pendant près d’un siècle.  

En 1972, toutefois, le besoin de le rajeunir se fit sentir aux citoyens de cet Etat des Rocheuses, grand comme neuf fois la Suisse et peuplé de moins d’un million d’habitants. Cette fois-ci, en revanche, les choses se passèrent avec une facilité déconcertante.

Comme en Suisse, en effet, chacun des Etats de l’Union a sa propre constitution. Sauf que les modalités de révision ne sont pas directement transposables. Ce qui ne les empêche pas de susciter un certain intérêt, voire une certaine envie… Pour les leçons, on repassera, car « y en a point comme nous ».

Un des quarante constituants survivants de l’expérience de 1972, interrogé par un grand reporter du Figaro en voyage dans l’Amérique d’Obama, raconte fièrement son épopée dans l’édition du 15 juillet 2009. « Notre groupe (de 100) comportait des médecins, des fermiers, des journalistes, aucun avocat, homme de loi ou élu. Nous nous sommes enfermés dans le capitole de Helena. Nous avions cent jours pour réussir. Nous avons fini en cinquante-six jours, et remboursé à l’Etat quarante-quatre jours de frais. Nous avons écrit la constitution la plus achevée, la plus moderne, de tous les Etats de l’Union ». Et de fait, le peuple du Montana, le 6 juin 1972, adopta ce texte[1] par le biais du référendum 68.

A Genève, comparaison n’étant pas raison, les 80 constituants élus l’an passé ont encore trois ans pour réussir à rédiger leur devoir. Ils ont d’ailleurs en toute liberté choisi pour y parvenir trente-trois ordinateurs portables de la marque à la pomme, à 2279 francs l’unité, et quarante-sept portables d’une marque standard, à 1436 francs. Ils bénéficient aussi, au passage, de l’appui de onze assistants (à mi-temps), un par groupe d’élus, et de six collaborateurs administratifs.

Ils ne ménageront au demeurant pas leur peine, ce dont les Genevois devraient leur savoir gré. C’est ainsi qu’en 2010, selon leur première proposition de budget, ils pourraient tenir jusqu’à 24 séances plénières, 48 séances pour les 5 commissions, à quoi il faut ajouter 6 séances de la commission du règlement, au cas où les premiers mois passés à son adoption devraient en montrer des imperfections, 15 séances de rédaction, 15 séances de coordination, 4 séances de contrôle financier, 42 séances de bureau plus 10 séances entre le bureau et les chefs de groupe, 50 séances des quatre co-présidents, et enfin 10 séances de communication. Soit un total de 224 séances de 2 heures ou 448 heures pour cette seule année[2]. Sans compter les mandats attribués à des experts extérieurs de nature administrative et technique, les séminaires, les invitations, les manifestations et réceptions, etc.

Bref, constituant pendant quatre ans, cela exige temps et attention. C’est même un métier qui ne s’improvise pas. Le nombre de démissions en témoigne malheureusement déjà. Peut-être eût-il fallu, pour les éviter, enfermer les constituants genevois dans la salle du Grand Conseil pendant cent jours, comme à Helena ? Pour sûr, l’attrait du Lac, du chalet dans les Alpes ou de la résidence en Provence n’aurait pas manqué d’accélérer les travaux… Et de diminuer le coût de l’exercice.

Avec ou sans incidence sur la qualité du texte soumis au peuple ? Ceci est une autre histoire. Mais la responsabilité des élus locaux, qui disposent de conditions de travail sans égales, en est d’autant plus grande.

 

                                                                           Pierre Weiss

     

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 24 juillet 2009) 

 



[1] Disponible sur internet à l’adresse http://leg.mt.gov/css/Laws%20and%20Constitution/Current%2...

 

[2] On peut estimer le temps passé par les constituants du Montana à 448 heures (56 jours de 8 heures). La même chose qu’en une année à Genève. Mais sans le concours d’hommes de loi.

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29/06/2009

L'UMP, le PS genevois et la pratique des valeurs démocratiques

En France, l'UMP, le parti du président Sarkozy, appelle à voter au deuxième tour pour un candidat de gauche. Objectif: faire barrage à Marine Le Pen, candidate FN à la mairie d'une ville du nord, Hénin-Beaumont, qui n'est même pas une sous-préfecture.

A Vernier, le PS local, aveuglé par les ambitions personnelles du député Charbonnier et de ses sherpas pleins d'énergie rose, a maintenu son candidat au 2ème tour. Résultat: celui du MCG a été élu et est même devenu maire de cette ville en 2009.

Morale de cette histoire amorale: en France, on ne fait pas que parler des valeurs républicaines, on les pratique; à Genève, on ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. 

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21/06/2009

Le capitalisme, la croissance et la bicyclette nucléaire

 

 Ne pas tomber d’une bicyclette immobilisée ? Voilà un exemple d’exploit impossible, sauf pour les acrobates. Et faire marche arrière avec cette même bicyclette, propulsée ou non par de l’électricité d’origine (partiellement) nucléaire ? Encore plus improbable, sauf à chevaucher un engin de cirque. C’est pourtant ce que proposent dans les faits les – rares – partisans de la décroissance économique du monde réel.

Mais plutôt que d’attaquer de front, ces adversaires du libre marché comme du libre échange préfèrent les acrobaties rhétoriques. Et de prétendre que le capitalisme peut ou même, pire, qu’il doit s’accommoder de la décroissance. Or rien n’est plus faux ni plus impossible. Le capitalisme a besoin de la croissance, et réciproquement. Un besoin tout à fait soutenable dès lors que les effets en sont gérés.

Un rappel tout d’abord. La croissance, habituellement mesurée par la progression du PIB, n’est pas un but en soi. Elle ne constitue qu’un moyen grâce auquel davantage de biens et services sont proposés aux populations des Etats du vaste monde[1].

Elle a été rendue possible grâce à l’extension des libertés, et notamment de la liberté d’entreprise. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les performances des pays coupés en deux par la politique (Allemagne de naguère ou Corée d’aujourd’hui). Ou encore de comptabiliser les bénéfices sociétaux de la mondialisation des échanges. Que certains remettent en cause en s’attaquant aux projets immobiliers de l’OMC. On hallucine !  

Autre rappel. La croissance permet aux employés des entreprises productrices de gagner leur vie, aux actionnaires de recevoir une rémunération pour leur prise de risque, aux collectivités publiques de lever des impôts. Ce ne sont pas là des détails insignifiants.

Et ce moyen a de beaux jours devant lui, car nombre de besoins humains ne sont pas satisfaits, surtout dans les pays du Sud. Des besoins fondamentaux tout d’abord. Comme l’accès à des biens de première nécessité – boire, manger, se vêtir, avoir un toit. Ou la garantie des libertés fondamentales – fabriquer des vélos, des métros ou des autos permettant la libre circulation des personnes, produire des journaux physiques ou électroniques pour assurer leur information, pour ne prendre que ces exemples.

Ajoutons-y les besoins que certains considèrent comme artificiels, des articles de mode vestimentaire aux produits les plus sophistiqués de l’électronique. En soulignant que ce qui est artificiel aux yeux de l’un est essentiel pour son voisin, dès lors que l’objet en cause permet une amélioration perçue de son niveau ou de sa qualité de vie. Ou qu’il participe des symboles de statut rendant possible la distinction entre moi et l’autre, une distinction qui se joue sur les critères les plus variables[2]. En clair, l’homme a besoin d’une progression et veut donc que demain soit plus agréable qu’aujourd’hui.

Bref, il y a une demande potentielle énorme tant pour l’économie matérielle qu’immatérielle pour répondre aux besoins objectifs d’une humanité consommatrice. Et grâce ou à cause des envies subjectives, la croissance de cette demande est illimitée. En théorie. En pratique, les ressources de la planète constituent la vraie limite. Et dès lors que les humains sont habités par la vocation de transmettre un patrimoine à leurs descendants, il s’agit pour eux de trouver les solutions responsables afin que le patrimoine collectif – la planète terre – en fasse partie.

C’est là où l’on touche au cœur de la théorie de la croissance de Robert Solow. Ce prix Nobel de 1987 montre, primo, que la quantité de capital augmente la productivité et la croissance, secundo, que les pays pauvres peuvent bénéficier d’une croissance plus forte, en vertu de la théorie des rendements décroissants, et, tertio, qu’un état stationnaire de l’économie n’est jamais atteint, car le progrès technologique permet d’aller toujours plus loin.

En somme, la demande de biens est potentiellement infinie, et l’offre peut lui répondre dès lors que quelques conditions de base sont satisfaites. D’abord la liberté d’entreprise qui caractérise l’économie de marché. Ensuite la liberté de collecter de manière incitative des capitaux pour lui permettre de se concrétiser – en clair, le capitalisme. Enfin la liberté d’inventer pour répondre au défi de créer des biens qui préservent à long terme les ressources tout en accroissant la qualité de vie sur cette terre. Ou comment passer, grâce au capitalisme, de la croissance durable à la croissance éternelle. Par exemple sur une bicyclette à hydrogène, en attendant la télétransportation quantique …

(Editorial paru dans Entreprise romande du 19 juin 2009)


[1] Un ordre de grandeur permet de cadrer le débat, possible grâce aux travaux de l’économiste genevois Paul Bairoch. De l’époque des grandes découvertes, de la première mondialisation du seizième siècle, au début de la Révolution industrielle, vers 1820, la production de biens sur cette planète a passé d’une valeur estimée de 247 milliards de dollars à 695 milliards ; depuis lors, elle a explosé pour atteindre 33 725 milliards de dollars en 1998. Un montant qui, malgré la crise actuelle, a encore crû depuis lors. 

[2] Sur ce thème, on lira avec délectation le classique de Thorstein Veblen, The theory of leisure class, 1899.

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18/06/2009

Vive la révolution fiscale !

Le compromis est historique. Il englobe toute la droite et les Verts du Grand Conseil genevois ; il a aussi bénéficié de l’appui actif du Conseil d’Etat et notamment de son responsable des finances. La révolution – le terme n’est pas davantage usurpé – de la fiscalité genevoise est bel et bien en marche. Pour preuve essentielle, les revenus des couples mariés bénéficieront enfin du splitting intégral, une mesure de justice élémentaire en même temps qu’une incitation à travailler plus.

Seuls les socialistes du Parlement genevois se sont exclus de cette révision de fond en comble de la loi sur l’imposition des personnes physiques (LIPP). Leur volonté de punir leur électorat - tels les enseignants ou les personnels infirmiers et sociaux - est une manière bien singulière de se préparer aux échéances électorales de l’automne 2009. A moins qu’ils n’aspirent à répliquer la débâcle européenne des amis de la rose, un emblème à ce point fané qu’il va être abandonné !

Les familles et la classe moyenne, empiriquement approximée par les revenus des couples allant de 70 000 à 210 000 francs, sont les principaux mais pas les seuls bénéficiaires de la baisse ciblée des impôts votée lors de la présente session du parlement cantonal. Un bouclier fiscal, fixé à 60% du revenu net imposable, est aussi introduit, dès 2011 seulement, dans le but de conserver sur sol cantonal les contribuables les plus lourdement taxés ; il ne représente toutefois que 37 millions du montant de la réforme, ce qui témoigne de la modération de ses promoteurs. Quant au rabais d’impôt, une « genevoiserie » peu compréhensible, il passe à la trappe, remplacé par le retour des déductions sociales.

Au total, le supplément de pouvoir d’achat laissé à la libre disposition des Genevois devrait être de 321 millions en 2010, 387 en 2011 et 411 en 2012. En période de crise, en plus des dépenses d’investissements du budget 2009 et dans la limite des compétences et moyens cantonaux, cette aide à la relance par la consommation, d’inspiration fondamentalement libérale, peut difficilement tomber mieux à propos.

L’enjeu n’est pas mince. La fiscalité genevoise actuelle qui obère les personnes physiques est à la fois non conforme au droit fédéral, non concurrentielle et déséquilibrée. Or le projet de refonte met Genève à niveau sur le plan juridique. Il rattrape aussi le retard accumulé par rapport à tous les cantons, y compris le voisin vaudois, qui ont allégé leur fiscalité au fil de la dernière décennie. Sans pour autant mettre en péril leurs recettes.

Paradoxalement, s’il fallait trouver un défaut à la cuirasse de ce projet, c’est du côté de l’augmentation du nombre de Gratis-Bürger, des personnes qui, grâce à lui, ne seront plus soumises à l’impôt. Mais cette accentuation de l’exclusion fiscale est aussi une qualité, dans la mesure où elle démontre la générosité sociale de ses auteurs, forcément mâtinée de réalisme politique.

C’est d’ailleurs ce que souligne aussi une députée verte, à propos des effets de cette révolution sur la fiscalité communale : « on a bien ciblé les baisses, puisque les secteurs populaires sont ceux où les impôts diminuent le plus ». Dès lors, les quelque cent millions de modération de la fiscalité pour les 45 communes du canton doivent être compris par les édiles comme une incitation à faire des choix plus avisés que ceux de la Ville de Genève ; le Personal-Stop vient en effet d’y être levé, pour ne prendre que cet exemple. Mais les bonis importants de ces dernières années – environ 200 millions pour la seule année 2008 – permettent au demeurant à la majorité d’entre elles d’envisager sans crispation la nouvelle donne.

Les citoyens auront le dernier mot, le 27 septembre 2009, pour décider du sort à donner à ce projet fiscal phare de la législature, né de la ferme volonté des partis de l’Entente de respecter leurs engagements et leurs électeurs. A constater l’échec des dernières initiatives, en décembre 2007, de la gauche locale arcboutée sur l’augmentation des impôts, après tant d’autres de la même eau, à se rappeler le plébiscite, en 1999, de l’initiative libérale qui a réduit de 12% la seule fiscalité cantonale, cette nouvelle échéance peut toutefois être abordée avec une confiance raisonnée. En effet, pour 1,4% des contribuables, la facture ne va que marginalement augmenter, alors que pour 63,3% d’entre eux, elle va être drastiquement amputée. Qui dit mieux ?

(Paru dans Entreprise romande du 12 juin 2009)

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