11/06/2009

L'année de tous les dangers pour Genève

 

 

            Un référendum, un seul, et tout peut capoter, à l’image d’un château de cartes qui s’écroule à cause du battement de l’aile d’un papillon. Le référendum, c’est celui que les Verts genevois ont lancé, par réflexe automobilophobe, contre la traversée souterraine de Vésenaz. Car celle-ci a été enfin votée en mai 2009 par le Grand Conseil, après des années d’attente chèrement payée, notamment par les habitants de la commune de Collonge-Bellerive.

Et le capotage du tout, c’est d’abord l’ambition du Conseil d’Etat genevois, exprimée dans son Discours de Saint-Pierre, de « retrouver la liberté pour innover » et, plus généralement, pour améliorer les conditions-cadre nécessaires au développement du canton[1]. C’est au moins autant la faillite de l’autre objectif de cet exécutif, à majorité de gauche, de « gouverner autrement ». A quelques mois des élections cantonales, jouer la carte du référendum pourrait en effet transformer ses auteurs en fauteurs de discorde. Et là, c’est la politique des transports publics, condition sine qua non du développement de l’agglomération, qui risque un enterrement de première classe. Quel est le scénario plus que possible des enchainements désastreux qui menacent ?

Première victime, le projet de loi prévoyant dorénavant un crédit d’investissement d’un demi-milliard de francs sur dix ans en faveur de l’extension du réseau de tram de quelque vingt-cinq kilomètres (et non plus de trois cents millions « seulement »). Il y a en effet fort à parier que la majorité de droite du Parlement, lorsqu’elle aura à se prononcer, n’apprécie que modérément le mauvais coup fait à Vésenaz. Dès lors, les projets de lignes de tramways en direction du Grand-Saconnex, de Plan-les-Ouates-Saint-Julien, de Saint-Genis, ou encore de Vésenaz-Douvaine – bel auto-goal ! – seraient tous ou partie renvoyés aux calendes grecques.

Faire de la politique, c’est prévoir. Certains pourraient reprocher aux partisans d’un Vésenaz à nouveau vivable d’avoir tenu bon jusqu’au bout, en ignorant le risque d’un référendum. C’est prendre la paille pour la poutre. Les 39,3 millions[2] que coûtera au canton cette traversée ne sont rien en comparaison des centaines de millions mis à disposition des transports publics au fil de la dernière décennie.

Il ne faut donc pas s’étonner si le déclanchement des hostilités sur le front des transports se traduit en répliques létales. « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi se discute ». Cette maxime stalinienne, fille des Accords de Yalta, est en réalité la traduction exacte de la politique menée par les partisans des seuls transports publics, à Genève comme ailleurs en Suisse. Tous ensemble, quand cela les sert, non sans culpabiliser les hésitants au nom de l’intérêt général. Et chacun reprend ses billes, dès lors que les projets ne correspondent plus à leur vision d’un monde délivré des transports privés, pourtant complémentaires selon la Constitution cantonale. Or cette maxime n’est plus acceptable.

Cela augmente donc la probabilité d’un accident de parcours financier pour le CEVA, transformé en deuxième victime. La facture du chainon urbain manquant depuis un siècle entre les réseaux ferroviaires des CFF et de la SNCF pourrait en effet atteindre un milliard et demi, entre autres raisons pour répondre aux exigences des opposants. Mais ces derniers n’en croient rien et annoncent d’ores et déjà un référendum contre le crédit complémentaire de 113 millions que le Parlement s’apprête à voter en juin.

Mais du fait du coup bas de Vésenaz, toujours, des députés de droite pourraient être moins pressés et surtout moins unis à voter en faveur de ce projet pourtant structurant. Pire, les tergiversations genevoises ne vont pas manquer d’irriter le contributeur fédéral appelé à payer un peu plus de la moitié de la facture finale (53%). Tous les efforts de conviction déployés par le conseiller d’Etat Robert Cramer n’auront alors servis à rien. On n’est jamais mieux détruit que par les siens ! Dans cette perspective, le soutien annoncé d’une quarantaine de parlementaires fédéraux romands est certes rassurant, mais il devient d’autant plus indispensable.

Si l’on ajoute la carte anti-OMC où se fourvoie l’extrême-gauche locale, au nom de son combat contre un commerce mondial domestiqué, l’on a sous les yeux un panorama de catastrophes annoncées. PAV, trams, CEVA, OMC, décidément, l’automne 2009 sera un torrent en crue pour l’avenir du canton, pour sa réputation aussi. Avec des conséquences inacceptables pour les Genevois, citoyens et entrepreneurs réunis. A commencer par ceux du secteur de la construction.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 juin 2009)



[1] Celui-ci passe notamment par le levier du PAV (Praille-Acacias-Vernets), un projet-phare menacé par des référendums municipaux consultatifs (Voir Entreprise romande du 29 mai 2009).

[2] Notons que ce montant aurait pu être diminué d’une contribution fédérale, pour autant que le conseiller d’Etat responsable du dossier, le Vert Robert Cramer, l’eût défendu en temps opportun.

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28/05/2009

L'Asloca et Malthus: vive Genève, mais morte!

 

 

Qui veut faire l’ange fait la bête. La sagesse pascalienne est inconnue de l’Asloca, le lobby des locataires genevois présidé par Arlette Ducimetière – ça ne s’invente pas. Dernier exemple en date, le référendum lancé en Ville contre le préavis donné par le conseil municipal aux demandes de modification des limites de zone concernant le projet PAV (Praille-Acacias-Vernets). Alors même que le Conseil d’Etat confirme avoir augmenté le nombre de logements.

A la satisfaction des besoins du marché immobilier le plus tendu de Suisse, l’Asloca préfère la pénurie. Celle-ci lui garantit tout d’abord une rente électorale, celle qu’engendre le mécontentement de ne pouvoir trouver le « sweet home » de ses rêves qu’au terme d’un parcours du combattant. Et ses dénégations n’y changent rien.

Difficile de trouver, avec ce référendum, pire exemple de soutien à la tension du marché du logement déguisé sous des prétextes juridiques. Aux blocages dont l’Asloca s’est faite la spécialiste[1] s’ajoute une méfiance viscérale vis-à-vis de l’autorité. Le tout cache les motivations personnelles des dirigeants de cette association. Or, en cette période de crise économique, ses comportements ne sont tout simplement plus admissibles.

. En fait, l’Asloca enrage de ne pas voir déjà inscrites dans une loi ses exigences en matière de logements dits sociaux. Sauf que le texte législatif dont devra débattre le parlement cantonal porte sur un changement de zones, préalable nécessaire à toute construction de logements.

Sa rage la conduit à ignorer la réorientation profonde du projet PAV décidée par le Conseil d’Etat. Alors qu’initialement 6 000 logements et 20 000 emplois étaient proposés, l’exécutif retient dorénavant 14 000 logements et 15 000 places de travail. A noter au passage que cet équilibre quasi parfait correspond au vœu de la CGAS, un autre soutien du référendum. Sauf que l’association faîtière des syndicats genevois entend limiter à 8000 le nombre des uns et des autres.   

Sous couvert de préoccupation pour la délocalisation de certaines des entreprises sises actuellement dans le périmètre PAV, tout en étant muette sur l’ébauche de projet de nouvelle zone économique à Colovrex, près de l’aéroport, l’Asloca est aussi sourde aux promesses du conseiller d’Etat Mark Muller, pilote du dossier depuis son lancement. Notamment à son intention d’un seuil d’au moins 20% de logements dits d’utilité publique.

Alors, pourquoi cette opposition frontale de l’Asloca au projet PAV ? Derrière les prétextes ou la surdité opportuniste, pour le plaisir de mener un combat référendaire, il y a d’abord son refus d’une valorisation de terrains aujourd’hui publics par de futurs propriétaires privés. Et de lui préférer l’extension étatiste des droits de superficie. Il y a aussi sa conception marxiste de la société qui l’amène à refuser toute construction de logements pour les cadres et employés hautement qualifiés et rémunérés qui habiteront dans cette nouvelle Genève.

Dans le paradis « aslocien », il ne devrait en résumé jamais y avoir de logements autres que publics, et ces logements publics devraient tous être de nature éminemment sociale. A défaut, autant ne pas construire.

A défaut ? Un défaut qui est en fait une qualité pour l’Asloca. Ne pas construire, c’est bloquer le développement d’une société. Et bloquer son développement, c’est faire de Malthus le prophète d’une Genève morte. Un rêve pour Madame Ducimetière.

(Commentaire publié dans Entreprise romande du 29 mai 2009) 

                                        



[1] Autre exemple d’action de blocage de l’Asloca, son soutien aux manœuvres dilatoires du maire marxiste d’Ambilly concernant le projet des communaux homonymes.

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15/05/2009

Culture: la Ville a failli, place au canton et au PPP !

 

         La porcelaine n’aime pas les éléphants, même verts. La culture non plus, dont les acteurs ont parfois la fragilité diaphane de la céramique japonaise exposée au Musée de l’Ariana. Or la décapitation encore dégoulinante du directeur des musées d’art et d’histoire (MAH) de Genève ajoute une couche de sang à la saga des relations entre la Ville et ses grandes institutions culturelles.

Car c’est peu dire qu’elles sont à la peine. Musées l’un délesté de ses montres, l’autre de ses frises, Grand Théâtre aux mécènes rabroués, Comédie baladée, Carouge amputé, directeurs au mieux découragés, au pire démissionnés, les uns après les autres. Comme si ne comptait que l’éphémère, la marge ou l’illégalité des squats. Comme si la vocation de transmission du patrimoine culturel excluait toute veine créatrice. Comme si les audits hors sol avaient déjà remplacé le débat démocratique. Comme si la Ville se confondait encore avec l’Etat.

Plus important : cette exécution à la chinoise – le condamné en est presque à remercier son bourreau – met aussi en lumière le besoin de reconnaissance des artistes pour leur contribution à la vie d’une société. Y compris sur le plan économique, au travers de projets d’entreprises.

A cet égard, à côté du mécénat et d’initiatives purement privées où des Genevois s’illustrent depuis des lustres (BFM, Bodmeriana, Musée international de la Réforme, Musée Barbier-Mueller), les partenariats publics-privés (PPP) pour édifier des infrastructures d’envergure méritent un coup d’accélérateur. Le Musée d’art moderne et contemporain, le MAMCO, aurait pu en être un exemple. Raison de plus pour éviter que l’agrandissement, en gestation financière, du vénérable MAH ne passe à la trappe. Car peut-on croire une seule seconde que des investisseurs privés s’engageront à hauteur d’une quarantaine de millions de francs quand le « partenaire » municipal destitue l’un des acteurs-clés du dossier ? Un appel au dialogue est annoncé du côté du conseil municipal. Aussi bienvenu soit-il, il ne suffira toutefois pas, dans le long terme, à guérir le mal structurel dont souffre la culture à Genève. Car le problème n’est pas uniquement lié aux foucades d’un magistrat, même si les phares de la culture genevoise méritent des interlocuteurs plus altiers pour assurer leur simple survie.

Le problème est surtout institutionnel. En cause, une confusion des genres qui montre à l’évidence que les niveaux de responsabilités sont mal définis. Dans un rapport d’experts remontant à 2001, un diagnostic sévère avait été posé pour dénouer le sac de nœuds de l’offre culturelle genevoise[1]. A l’évidence, les bénéficiaires cantonaux, pour ne pas regarder au-delà, n’en sont pas les décideurs. Une négociation toute en finesse entre Ville, communes et Etat aurait dû aboutir à un nouveau partage des compétences et des charges financières. Cela n’a pas été le cas. Résultat : le simple maintien des prestations culturelles d’un intérêt au minimum cantonal est désormais en péril. Musique, théâtres, musées, toutes les grandes institutions sont touchées. Faut-il vraiment attendre qu’elles aient été coulées, au terme d’un mauvais mélodrame ?

Le moment est donc venu primo de reconnaître aux entrepreneurs culturels du secteur privé leur rôle de partenaires indispensables. Secundo, d’amener le canton à se doter d’une ambition culturelle à l’aune de l’aura dont Genève aime à se targuer. Et donc de procéder à un sérieux coup de sac cartésien. Chacun devra faire des concessions, à coût constant pour le contribuable : la Ville, en taillant dans ses compétences, les communes, en développant les collaborations, le canton, en assumant ses responsabilités. Pour cela, la volonté ferme du législateur et la force de la loi vaudront mieux que les haches rupestres…

(Paru dans Entreprise romande du 15 mai 2009) 

                                                                          


[1] Katia Horber, Alexandre Mariéthoz, « Etude de l’offre culturelle dans le canton de Genève », IDHEAP, 2001, 37 p.

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07/05/2009

CO: le retour de l’effort et de la rigueur

Après la réhabilitation des notes à l’école primaire, le retour des sections au cycle d’orientation (CO). Mais pas n’importe comment. Tel est l’objet premier du vote genevois qui oppose une initiative, déposée par le « Réseau école et laïcité » (Réel), un quarteron de dissidents de l’Association refaire l’école (Arle), à un contre-projet soutenu par les cinq partis de la majorité gouvernementale du Grand Conseil. Un contre-projet qui a aussi les faveurs de la FER Genève comme de l’ensemble des milieux économiques et syndicaux. Les enjeux d’une formation, notamment professionnelle, de qualité valent bien cette union !

 

Eclairage allant au-delà des questions de structures un brin byzantines. Qui ne doivent pas cacher que la qualité de l’enseignement suppose d’abord qualités pédagogiques et compétences professionnelles chez les enseignants. Mais c’est un autre débat, actuellement en cours au Parlement qui doit légiférer sur la formation des enseignants genevois de demain.

 

L’histoire du CO genevois est en effet jalonnée de débats et de décisions concernant sa structure. A telle enseigne que plus personne ne prend la défense de l’actuelle. Car il n’y a pas que la coexistence incohérente de deux systèmes (niveaux et options d’un côté, regroupements de l’autre donnant l’illusion que les trois quarts d’une classe d’âge peuvent poursuivre des études gymnasiales). Il y a aussi le laxisme qui se traduit non seulement par l’absence de distinction entre branches principales (mathématiques et langues) et secondaires, mais aussi par des conditions de promotion plus basses que dans les autres cantons romands (3,5 au lieu de 4).

 

Certes, les politiciens n’en sont pas les seuls responsables, les parents portant leur poids dans les demandes de promotion dérogatoires pour leurs rejetons au génie incompris. Les querelles de chapelles entre spécialistes souvent auto-proclamés, qui n’ont pas saisi le discrédit dont ils embrumaient le CO, ont aussi joué leur rôle. Résultat : un malaise diffus mais persistant qui explique le succès de la récolte par Réel de signatures pour un texte tout sauf lisible. Et encore moins applicable.

 

Pour l’essentiel, l’initiative propose six filières quasi-étanches (trois menant à la maturité, trois au CFC) ; elles déterminent en particulier le futur professionnel des apprentis en 8ème année du CO (alors que les contrats sont signés en moyenne à 18 ans à Genève !) ; le texte ajoute une année supplémentaire de scolarité pour permettre la transition vers le CO de ceux qui n’auraient pas acquis les connaissances fondamentales à l’école primaire. De son côté, après une première année où les élèves sont regroupés en trois niveaux (fort, moyen, faible), le contre-projet réplique avec trois voies plus perméables (littéraire-scientifique, langues vivantes et communication, communication et technologie) qui ressemblent comme des sœurs aux sections du CO de naguère ; des réorientations sont aussii possibles.

 

Si l’on essaie de prendre un peu de champ, force est de constater que l’initiative de Réel n’est pas compatible avec le processus d’harmonisation de l’école suisse adopté par le peuple (Harmos). Plus grave, elle met les élèves sur des rails dont les aiguillages ne dépendent pas que de leurs résultats ; l’absence de considération pour les efforts de dépassement de soi dont peuvent faire preuve des adolescents au cours de leur formation contredit même l’acception d’élève qui s’élève.

 

Certes, de son côté, le contre-projet est lisible et, partant, applicable. Mais il ne garantit pas que la direction prise vers plus de rigueur et l’accent mis sur la notion d’effort intellectuel se traduiront dans les faits. D’autant que la collaboration de tous les enseignants comme des parents ne va pas de soi. Sa mise en œuvre devra donc être suivie de près.      

 

Surtout que le débat sur l’école ne sera pas clos au soir du 17 mai 2009. En effet, une seconde initiative, radicalement opposée à la première en ce qu’elle veut imposer l’introduction d’une totale hétérogénéité au CO devrait être soumise au peuple le 27 septembre. Quitte à abuser de la démocratie[1]. De son sort dépendra en définitive celui du contre-projet.

 

Une chose est sure. Le temps des expérimentations hasardeuses comme celui des usines à gaz n’est plus tolérable pour une école en quête de lisibilité. Et la question de l’efficience du CO - le rapport entre le coût de l’élève et les résultats en termes de connaissances et de compétences -, devra finalement être mise sur la table. Ce débat-là ne sera pas le moins vif !

 

(Paru dans Entreprise romande du 1er mai 2009)

                                                                          


[1] Imposer, car ses auteurs, le groupuscule «Former sans exclure », n’ont que peu de considération pour la volonté populaire. « En 2001, nous avions fait 36%. Là, nous ferons peut-être 42%. Puis nous remettrons la compresse », martèle sans crainte de harcèlement démocratique l’enseignant B. Ramadan (Tribune de Genève du 27 avril 2009).

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29/04/2009

L'USS manipule les chiffres sur le chômage des jeunes

Il y a deux manières d’aborder une crise : paniquer ou raisonner. La première est interdite à qui entend exercer des responsabilités. C’est pourtant la voie choisie par l’Union syndicale suisse (USS)[1] et ses relais politiques. Entre manipulation des chiffres sur le chômage des jeunes et extravagance des propositions, la population a eu droit à des dérapages qui feraient rire si la situation n’était pas sérieuse à faire pleurer les premiers concernés. Raison pour laquelle un recadrage est nécessaire avant d’envisager toute piste de solution.

         Certes, le marché du travail se dégrade, mais les données disponibles ne sont pas catastrophiques. Certaines sont même encourageantes. Le pire des chômages, le chômage de longue durée (plus d’un an), a diminué de 6,1% entre mars 2008 et mars 2009 ; mieux encore : il ne concerne qu’un chômeur sur dix (11,8%). Voilà qui démontre que les mesures actives de retour en emploi fonctionnent, en plus des besoins des entreprises qui ne sont pas toutes frappées de catalepsie.

En témoignent aussi les intentions d’engagement des grandes entreprises suisses pour 2009 (voir en p. x). Certes, une entreprise de taille moyenne sur cinq songe à réduire ses effectifs cette année (Le Temps du 25 mars 2009), mais cela signifie aussi que les quatre autres ne l’envisagent pas. Globalement, selon le SECO, le taux de chômage pourrait passer de 3,8% en moyenne annuelle à 5,2% en 2010. Ce qui équivaut, pour 95 travailleurs sur cent, à garder leur emploi. Il y a pire tsunami. On notera que cette prévision est, pour l’heure, la plus pessimiste de toutes celles que livrent les instituts de prévision conjoncturelle. A ce propos, il n’est pas exclu que l’atterrissage de la récession actuelle ne s’approche. Ce qui pourrait inciter les entrepreneurs aux reins les plus solides à garder leurs collaborateurs, quitte à recourir plus largement au chômage technique.

Annoncer une explosion du chômage des jeunes de 15-24 ans tient donc, au minimum, de l’imprudence intellectuelle, au pire, de la manipulation de l’opinion pour créer découragement chez ceux qui sont en train de se lancer dans la voie de l’apprentissage. Le chiffre de 60 000 jeunes chômeurs, brandi par l’USS, relève, pour l’heure, de la pure spéculation. Car cette catégorie de travailleurs, mieux et plus récemment formée que le reste des actifs, reste moins longtemps dans cette situation. Rappelons qu’il y avait, à la fin de mars 2009, très précisément 22 128 jeunes au chômage, dont 18 045 depuis moins de 6 mois.

Au lieu de se focaliser que la centaine d’apprentis supplémentaire que l’UBS n’engagera pas à l’issue de leur formation, autant considérer plus largement les intentions des entreprises. Les plus importantes d’entre elles, responsables de l’embauche d’un apprenti sur dix dans ce pays, augmenteront même leur effort en 2009 par rapport à 2008 (Handelszeitung du 22 avril 2009). Qui l’eût cru ? Dénonciations démagogiques d’un côté, investissement dans la formation de l’autre. Ces données confirment au demeurant l’appréciation de l’OFFT, à six mois de la rentrée 2009 : « Globalement, la situation sur le marché des places d’apprentissage peut être qualifiée de stable ». Il peut y avoir dégradation ; il ne devrait pas y avoir de catastrophe. Même en Suisse romande. Même à Genève, selon les dernières tendances. Précision : depuis 1998, il y a une augmentation claire du nombre de formation en entreprise. Le nombre des nouveaux apprentis est ainsi passé en Suisse de 60 700 à 65 600, en 2007.

Et pourtant, les propositions les plus loufoques ont fleuri. L’armée, qui se voit investie malgré elle d’une mission nouvelle, devrait ouvrir ses casernes à ces jeunes sans perspective d’emploi, le temps que l’orage passe ! Impossible, répond en substance la Grande Muette (Le Matin du 18 mars 2009). Les prophéties les plus irresponsables ont été faites : « Nous risquons les mêmes émeutes qu’en Grèce en décembre 2008 », n’a pas hésité à déclarer le président du PSS, moderne Nostradamus. Pour les uns, cofinancer des places d’apprentissage et de stage, pour les autres, subventionner des emplois. Et les millions de francs de pleuvoir, par centaines.

Objection et contre-proposition. Les jeunes ne sont pas une espèce plus en danger que d’autres, au contraire. Les familles monoparentales ou les travailleurs plus âgés méritent aussi considération et soutien. Parmi les jeunes, certains sont dans pire situation que les apprentis, par exemple ceux qui abandonnent tout projet de formation à l’issue de la scolarité obligatoire. Plutôt que de réfléchir en termes de publics-cibles, une option obsolète, mieux vaut se pencher sur des modalités individualisées d’aide.

Toutefois, si certaines entreprises viables avaient besoin d’un appui conjoncturel à la marge, un dispositif étatique pourrait être envisagé. Par exemple sous la forme d’une participation au coût salarial, en fonction du potentiel des apprentis concernés. Ce qui se fait à Genève pour les chômeurs de longue durée, par le biais des allocations de retour en emploi, pourrait aussi s’imaginer en Suisse pour les apprentis. Une allocation de maintien en post-apprentissage, voilà un thème de discussion concret. Mais qui exige, pour une discussion tripartite, de sortir des fantasmes et des exagérations qui dévaluent l’effort de formation effectué par les jeunes. Quant aux élucubrations…

(Editorial paru dans Entreprise romande le 24 avril 2009)



[1] Voir les propositions de l’USS sur son site http://www.sgb.ch/fr/f-download/07_JCS_Places-apprentissa....

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27/03/2009

Coût de la police genevoise : Malaise au Conseil d'Etat

Il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire comme il y a des faits qui ne sont pas agréables à reconnaître. Même s’ils sont dénoncés depuis belle lurette, telle la gestion « complexe » des quelque soixante horaires de la police genevoise[1]. Car la première leçon à tirer du rapport le plus critique, celui de la Cour des Comptes[2], est que l’arbre des heures supplémentaires ne peut cacher la forêt des conditions salariales de la police, au sens large, de l’engagement à la retraite[3] ! 

Quelques faits choisis. A son entrée en fonction qui suppose, au minimum, la possession d’un CFC, « le traitement de base d’un collaborateur de la police judiciaire est de 69 455 F par an (classe 13 annuité 0, en 2007). Considérant les avantages connexes dès la confirmation de l’engagement, le traitement comparable au sein de l’Etat est de 110 147 F et correspond à la classe 23 » (p. 46). Celle-ci exige un titre universitaire ; on y trouve des chefs de service juridique, des concepteurs en informatique, etc. Du point de vue de l’équité de traitement, on a vu mieux. Au Conseil d’Etat de démontrer que l’analyse de la Cour est erronée.

Deuxième fait singulier, la retraite, qui explique bonne partie du surcoût de la rémunération totale. Qu’elle puisse être prise dès 52 ans (54 ans en moyenne), après 30 ans de service, était connu, d’autant qu’il s’agit d’une exception en Suisse. Qu’elle coûte au seul employeur 40% du total des salaires soumis à cotisation l’était moins. Qu’elle ne puisse plus l’être avant 58 ans, dès 2011, en vertu de la législation fédérale, est encore ignoré de beaucoup. La Cour estime à ce propos que le taux de cotisation baissera du coup de quatre points de pourcentage (p. 28). Quatre points qui mériteront d’être recomptés.

Entre l’engagement et la retraite, il n’y a pas que la durée du travail la plus basse, là où un minimum de 40 heures hebdomadaires est la règle dans les autres cantons, ou les jours de congé les plus nombreux. Il y a aussi un système qui « engendre 75 000 heures supplémentaires chaque année (…), quels que soient l’activité et les besoins du terrain. Dès lors que les heures supplémentaires sont majorés en durée, il se crée (surtout dans la gendarmerie) une spirale qui les augmente au fil du temps » (p. 5). Il y a encore une kyrielle d’indemnités qui se doublonnent pour certaines. Il y a enfin les cotisations d’assurance maladie payées par l’employeur, contrairement « à d’autres métiers exposés à des risques au moins similaires » (p. 36), tel le personnel hospitalier.

La seconde leçon du rapport de la Cour des Comptes est que le fond des faits mis en évidence, qui doit encore être soumis à la critique, ne doit pas cacher la forme difficile de sa récolte, en raison du « manque de collaboration » (p. 6) du chef du département des institutions avec la Cour des Comptes. Comme s’il y avait quelque chose à cacher. Comme s’il fallait ajouter la faute aux erreurs. La faute serait une tentation grandissante au sein de l’exécutif de résister aux investigations de ce nouveau pouvoir. Perdre le monopole du savoir, c’est dur. Laisser savoir que l’on n’a pas remis de l’ordre dans le désordre, c’est peut-être insupportable.

Parmi ces faits désagréables, des contrôles lacunaires sur les processus de rémunération et des données non disponibles intégralement (p. 3), l’inexistence de nombre de bases légales ou réglementaires. Résultat, un dérapage des dépenses de l’Etat. Pour la durée du travail, 11 millions pourraient ainsi être récupérés selon la Cour (p.25) ; une meilleure planification des horaires permettrait aussi d’économiser environ 20 millions par an (p.34). Critiques de technocrates, comme le prétend le conseiller d’Etat responsable du dossier ? On se gardera de trancher si péremptoirement.

Mieux vaut attendre la mise en œuvre des recommandations de ces deux nouveaux audits. Pour l’heure, le Conseil d’Etat n’a pipé mot du second. Mais certains veilleront au coût des réformes nécessaires. Sans illusion.

(Commentaire publié dans Entreprise romande du 27 mars 2009) 

 

                                                                

 

 

 

 

 

 



[1] Outre l’audit d’Arthur Andersen, de 1996, lire le rapport Annoni, du nom de son auteur, disponible sur le site http://www.ge.ch/di/presse/welcome.asp?rubrique=conference-de-presse&nId=238.

[2] Le rapport de la Cour des Comptes est disponible sur le site http://www.ge.ch/di/presse/welcome.asp?rubrique=conferenc.... 

[3] C’est ainsi que la rémunération brute annuelle perçue par les gendarmes, à raison de 35,5 heures hebdomadaires, est en moyenne de 119 911 F, mais que le coût total pour l’employeur est de 165 722 francs. Ce coût dérape à 179 484 F si l’on se base sur le temps de travail effectif (33,5 h) ramené à l’horaire théorique (35,5 h), selon des calculs de la Cour des comptes contestés par le syndicat des gendarmes.

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23/03/2009

La guerre de position commence

 

 

 

            Préserver les intérêts de l’économie suisse dans son ensemble, accessoirement ne pas répondre aux provocations d’un ministre allemand à l’humour saumâtre, mais céder sur une partie de la conception traditionnelle du secteur bancaire, sans renoncer à protéger la sphère privée des clients étrangers et suisses. Le Conseil fédéral tente de réussir la quadrature du cercle pour éviter qu’il ne devienne nœud coulant. Un nœud préparé pour le G20 par une OCDE à la botte de ses membres les plus puissants.

Dorénavant, la vraie question est de savoir si le gouvernement y réussira dans la durée. Après une première sinon défaite du moins retraite[1], partagée avec d’autres places bancaires internationales, le tout sous la pression de grands Etats aux abois sur le plan financier, la responsabilité qui pèse sur les diplomates suisses monte en puissance. La renégociation des conventions de double imposition va donc être capitale. Jouer la montre, en attendant que la crise ne s’estompe, est indiqué, ne serait-ce que pour préparer dans le calme la transition vers des règles du jeu partiellement nouvelles. Compenser les concessions par l’octroi d’autres avantages fait aussi partie du b-a-ba du petit négociateur. Enjeux et pistes qui ne doivent pas inciter au défaitisme.

Le premier enjeu est de comprendre que les entreprises suisses sont toutes dans le même bateau. Celles qui vivent du marché intérieur sont dépendantes de la santé de celles qui sont actives sur le plan international. Les unes comme les autres permettent une création de richesses et une redistribution de revenu qui offrent aux habitants de ce pays un des niveaux de vie les plus élevés au monde. Pour que ces caractéristiques ne se transforment pas en souvenirs nostalgiques, y compris dans le monde bancaire, le Conseil fédéral a dû couper dans le vif.

En acceptant de négocier ce qu’il avait toujours refusé, le gouvernement a une justification qui vaut ce que valent les rapports de force. En effet, la position relative de la Suisse par rapport aux autres places financières ne se modifie globalement pas, car elles aussi ont cédé à l’offensive menée par de grandes puissances à la recherche de boucs-émissaires. Mieux, « le Conseil fédéral a pris une position clairement proactive », comme l’a évalué dans l’Agefi Ivan Pictet, le président de Genève Place Financière. Il s’agissait d’éviter l’opprobre de figurer dans la liste noire des Etats-voyous.

Il faut dire que certains en rêvent éveillés, tel le ministre allemand des finances. On ne peut même pas dire qu’il ait pris la Suisse par surprise. A l’automne 2008, devant les ministres de l’OCDE, il n’hésitait pas à déclarer que « si la carotte ne suffit pas, il faudra utiliser le bâton, fouetter la Suisse ». Et maintenant que la Suisse partage cinq lettres avec le suivisme, il ajoute l’insulte à l’humiliation en se gaussant de ceux qui « fuient la cavalerie comme des Indiens ». Ces propos le disqualifient. A Etat-voyou (allégué), ministre-voyou et demi (démontré) !

La capacité d’action du Conseil fédéral va étroitement dépendre des réactions sur le front intérieur. Le Parlement sera appelé à ratifier les conventions de double imposition révisées. Le référendum facultatif pourrait permettre au peuple de se prononcer. Alors que certains jusqu’au-boutistes conservateurs, faisant fi de la nouvelle donne, exigent  l’inscription déclamatoire du secret bancaire dans la Constitution, alors que d’autres, à gauche, se travestissent en parti de l’étranger, tout à prôner la reddition sans condition, les partisans de la défense économique nationale réaliste auront fort à faire.

Il va s’agir, à l’évidence, de cadrer la future procédure d’assistance administrative. Et notamment d’exclure la transmission automatique d’informations sur la base de simples soupçons de fraude fiscale pour des listes de clients sortant du recensement de la population des Etats-Unis ou d’Allemagne. Les campagnes de pêche au chalut et à l’aveugle, exclu !

En revanche, des mesures autonomes pour redonner à la Suisse des avantages compétitifs s’imposent, notamment en révisant – à la baisse – certains impôts, tel le droit de timbre. Voire en les supprimant. Il suffit de penser à l’incongruité que représente l’impôt sur la fortune qui n’existe que dans une petite minorité de pays de l’OCDE. Du pain sur la planche pour le Conseil fédéral et les partis qui le soutiennent vraiment.

Et puis, il serait piquant de repartir à l’assaut de clients dans le vaste monde, pays émergents compris, avec les atouts de la concurrence. Comme peut-être les fameux trusts de la concurrence britannique. Après tout, la confiance devrait être un argument sonnant plutôt que trébuchant…

(Editorial publié dans Entreprise romande du 20 mars 2009)



[1] Concrètement, l’abandon des réserves relatives à l’article 26 du modèle de convention fiscale de l’OCDE se traduira à l’avenir par un échange d’informations en cas de soustraction comme d’escroquerie fiscales dans des cas clairement documentés.

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03/03/2009

Secret bancaire : La 5ème colonne prépare la capitulation

            Il faut appeler un chat un chat. Un traître un traître. Et un ennemi un ennemi. La crise du secteur bancaire international, partie des Etats-Unis, s’est transformé en catastrophe pour certaines banques – Kaupthing islandaise, Fortis belgo-hollandaise, UBS. La liste n’est ni exhaustive, ni définitive ; de la France aux Pays baltes en passant par l’Allemagne, d’autres pâtissent aujourd’hui de leur gestion imprudente.

Cette crise donne des ailes comme jamais aux critiques-ennemis intérieurs de l’économie de marché[1], des anciens socialistes crypto-marxisants aux jeunes extrémistes verts, comme aux concurrents-ennemis extérieurs de la Suisse, des USA à l’UE.

Les premiers comme les seconds se déguisent hypocritement en moralisateurs de la place financière helvétique. Les premiers n’ont apparemment pas compris que les seconds, aussi féroces que des chacals se disputant la chair d’un lion à terre, entendent prendre les parts d’un marché en forte implosion, la gestion des fortunes « off shore ». Les seconds ont parfaitement compris qu’en faisant de la Suisse un bouc émissaire, ils détournaient l’attention de leur opinion publique de leur propre impéritie. De plus, à contempler l’efficacité de leur action d’intimidation sur certains élus de ce pays, ils doivent même se dire que la guerre est bientôt gagnée.

Rien n’est moins sûr. Le message interne et externe à leur adresser doit exclure la moindre ambiguïté. Non, le secret bancaire n’est pas mort dans son principe, oui, le secret bancaire peut être amélioré dans son fonctionnement, la coopération internationale renforcée pour lutter contre la fraude fiscale, une fois celle-ci documentée et avérée. Non, la Suisse ne se rend pas. Oui, l’ensemble de l’économie suisse entend faire front commun pour lutter contre ses adversaires et en appelle aux partis gouvernementaux pour agir de manière cohérente sinon unie.

Il faut dire que les collabos de l’intérieur ne ménagent pas leur peine, tout frétillants dans leurs manœuvres de déstabilisation. Exemples de la même eau saumâtre.

Le parti socialiste n’a ainsi de cesse de dénoncer le secret bancaire sans la moindre nuance. En s’attaquant  au « camouflage de l’évasion fiscale » dans un communiqué au titre fallacieux, il renonce explicitement à la distinction « qui doit disparaître » entre fraude et évasion « pour mettre un terme aux agissements des délinquants »[2]. En clair, il se met volontairement en position de capitulard en prévision des discussions internationales, où les diplomates suisses devront batailler ferme, en ne proposant que de « négocier une période transitoire ». A ce propos, le silence assourdissant de Micheline Calmy-Rey sur la question peut au mieux être interprété, pour l’heure, comme le signe d’une politique étrangère active en coulisses. Une recherche de discrétion étonnante après ses déclarations sur le Kosovo, l’Iran ou la Palestine.

Quant aux attaques du président du PSS, Christian Levrat, contre le secret bancaire « dont nombre de banques suisses abusent »[3] et pour une reddition sans condition aux demandes des pays étrangers  auxquels « il faut accorder systématiquement et rapidement notre aide », elles tiennent de l’irresponsabilité la plus crasse, de la part de cet ancien syndicaliste, envers les intérêts même de tous les travailleurs du secteur concerné. Sans même évoquer les rentrées fiscales perdues sans espoir de retour pour le financement de l’Etat social. Avec l’appel de Carlo Sommaruga à abolir le système de l’imposition à forfait, on comprend que la boucle est bouclée. Mais le peuple suisse sait résister.

Le peuple suisse n’est pas non plus aveugle. La naïveté de certains Verts n’est pas une excuse valable à leurs prises de position « pour la levée du secret bancaire » dont ils ont « exigé à plusieurs reprises l’abolition »[4]. Certes, on peut imaginer leur désarroi à constater que les citoyens entendent privilégier leur survie économique plutôt que de disserter sur l’avenir de la planète. Primum vivere, deinde philosophari. Au lieu de se préoccuper pour le réchauffement climatique, chacun se soucie désormais de la glaciation économique.

A ce propos, on ne peut que déplorer les attaques d’un Antonio Hodgers contre « nos élites financières et leurs valets politiques »[5] qui troublent pour le moins l’image de ce jeune élu. Suffit-il de griffer pour exister ? Sa tirade en faveur de la légitimité de l’action américaine – qui place la force au dessus du droit national –, sa banalisation des manœuvres « d’une administration étrangère qui cherche à faire son boulot » étonnent en tout cas dans la bouche d’un connaisseur des Etats de non-droit, telle l’Argentine des colonels. Quant à son appel à « des prestations bancaires de qualité, de sécurité et de durabilité », il ne fait que mettre en évidence soit son ignorance, soit son ralliement à un ordre nouveau étranger.  

Contre cet ordre étranger, certains se battront ici. Clarifier les positions est un préalable indispensable. Négocier n’est pas se rendre. Lutter n’est pas sans espoir car les placards de l’ennemi débordent de cadavres bien peu recommandables. Sur 31 paradis fiscaux (dont la Suisse ne fait pas partie) au sens de l’OCDE, neuf sont des territoires britanniques et 14 des ex-colonies de la Couronne ! Et que sait-on de l’instruction par la justice américaine du cas Madoff ?

A bons moralisateurs…

 

 

                                                                                               

Quelques chiffres à méditer – Pour une morale de responsabilité qui vaut de l’or !

 

Le secteur bancaire à Genève              Le secteur financier en Suisse

20980 emplois (2005), soit 15,7%                  195600 emplois (2008), soit 5,8%

24,4% du PIB (2007)                                     11,8% du PIB (2006)

29,8% de l’impôt sur les bénéfices (2003)       13,3% de l’ensemble des recettes fiscales (2006)

 

 (Cet article a paru dans Entreprise romande du 27 février 2009)



[1] Laissons pour l’heure de côté les déclarations fracassantes d’un capitaine déboussolé, que l’on espère isolé, de l’industrie horlogère, apparemment oublieux de l’apport bancaire dans la construction de son succès entrepreneurial.

[2] PSS, « La place financière suisse n’a pas à protéger les fraudeurs du fisc », communiqué de presse, 24.02.2009.

[3] Le Matin du 22.02.2009.

[4] Les Verts, « Le secret bancaire au service des fraudeurs », communiqué du 19.02.2009.

[5] La Tribune de Genève du 24.02.2009.

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11/01/2009

le docteur Guillotin n'est pas une légende urbaine

Les Suisses tiennent dans leurs mains leur avenir européen immédiat. Un engagement décidé en faveur du oui est nécessaire. Mais une victoire du non est possible jusqu’au décompte de la dernière voix, car deux logiques, incompatibles, s’entrechoquent.

Celle de l’ouverture, de l’espoir que l’avenir de notre pays se bâtisse grâce aux expériences positives de notre histoire, dont le libre-échange. Celle des craintes liées à la conjoncture, de la peur des étrangers, d’un protectionnisme qui ne fait que repousser les problèmes en les aggravant.

Des Suisses pourraient donc dire non le 8 février à la poursuite et à l’extension de la libre circulation des personnes avec tous les Etats membres de l’UE. A ceux qui le feraient par souci de précaution, sans conviction profonde, il importe de dire que leur décision aurait de graves conséquences. Car elle équivaudrait à une dénonciation de l’ensemble des accords qui nous lient à nos partenaires.

Un sondage, publié le 9 octobre, montre qu’une légère majorité des Suisses est consciente de ce risque, alors qu’un tiers des sondés en doute. Ce doute doit être absolument levé.

C’est l’honneur de ce pays que de voter sur des sujets qui engagent son avenir. Et c’est le devoir de ses citoyens de prendre une décision en étant éclairés quant à ses conséquences. Or voter non le 8 février revient à tirer nous-mêmes sur la chaîne qui laissera tomber sur nos emplois le couperet de l’instrument inventé par le docteur Guillotin. 

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04/01/2009

Mettre l'église au milieu du PAV

Les projets des urbanistes sont-ils faits pour les hommes, dans toutes leurs dimensions, ou n’expriment-ils que le cartésianisme d’une vision épurée de la Cité se traduisant en un monde réifié, privé de toute spiritualité ? Ces questions méritent d’être posées face au projet d’aménagement de la zone du PAV, le nouveau quartier de la Praille-Acacias -Vernets, la Genève 3 du 21ème siècle.  

Un peu d’histoire. La première Genève s’est construite surtout autour de Saint Pierre et un peu de Saint Gervais. La deuxième, voulue par Fazy au-delà des anciennes fortifications, a été entrelardée de divers temples et églises, dans un esprit de tolérance retrouvée. A chacun le sien : orthodoxe, franc-maçon, juif, catholique, en plus des édifices réformés et sans même évoquer des constructions sectaires.

Or voici un projet de troisième Genève qui franchit le fossé de l’Arve, qui a pour vocation de donner un nouveau souffle à un canton souffrant d’une absence de visions ambitieuses de développement. Un canton qui a aussi besoin d’une solution en tout cas partielle à la pénurie de logement due aux visions du monde fondamentalement malthusianistes de certains des prédécesseurs du conseiller d’Etat Mark Muller. Un canton qui est mis en demeure de prouver sa capacité à se développer.

Certes, associer logements et emplois dans le périmètre du PAV, c’est bien. Y ajouter des voies de communication et des moyens de transports complémentaires, comme ce sera le cas, c’est encore mieux.

Mais pour que la vie jaillisse, pour que la ville existe, il y faut au moins trois ingrédients supplémentaires. Des commerces à proximité, une offre culturelle sous la main. Et puis une présence cultuelle.

Parenthèse. C’est ce qui, d’une certaine manière, avait été fait à Milano Due dans les années septante. Milano Due, une création de Berlusconi du temps où il était promoteur immobilier, avant de se lancer dans ses aventures médiatiques… et où les Milanais disposèrent d’une église. (http://it.wikipedia.org/wiki/Milano_2 et http://www.panoramio.com/photo/9942016)

C’est ce qui n’avait pas été fait à Nowa Huta, la Cracovie 2, une véritable ville, bâtie autour de l’aciérie Lénine, imposée par les Soviétiques pour lutter contre l’idéologie bourgeoise de la première Cracovie. Les Polonais, la foi chevillée à l’âme, se mirent d’eux-mêmes à y construire une église. Coïncidence : Jean-Paul II a été archevêque de Cracovie. Quant au complexe sidérurgique, il a commencé par perdre son nom au début des années nonante et a dû entreprendre une lourde reconversion. Restent les immeubles qui abritent pas loin du tiers des Cracoviens d’aujourd’hui, exemples archétypiques du socialisme réel. Pour esthètes cyniques et autres « ostalgiques » (les nostalgiques de l’Ost-Europa)…   (http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=774 et http://www.visite-cracovie.com/program69)

Certains protesteront. Nos églises sont vides. Le 21ème siècle n’a pas à être spirituel. Malraux n’oblige pas.

Mais d’autres leur répliqueront que la demande peut dépendre de l’offre. L’économiste Say l’avait bien dit. Et de construire d’abord. La Providence trouvera les moyens de remplir le temple.  

Les pragmatiques – il y a en a parmi les croyants – proposeront des économies d’échelle. Comme au Lignon, l’édifice offrira les services catholique et réformé. Et plus si entente !

Les investisseurs prudents iront jusqu’à imaginer une construction pouvant aussi servir de temple… de la culture. Avec peut-être quelques échoppes franchisées pour les marchands du Temple.

Et les partisans d’un témoignage architecturalement pérenne se tourneront vers le magistrat cantonal pour lui demander d’offrir à la nouvelle Genève hors les murs un concours ouvert aux plus grands architectes. La seule cathédrale construite au 20ème siècle en France, à Evry, n’est-elle pas due au talent de Mario Botta ? (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_de_la_R%C3%A9surrection_d%27%C3%89vry)

Le projet du PAV mérite un supplément d’âme. Ses responsables, partisans de l’économie de marché, ne peuvent se borner à un capitalisme réel de bas étage, eux qui rêvent de gratte-ciel. Adam Smith était aussi théologien.

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07/12/2008

Les corbeaux aiment les blogs

L’animal favori de trop de blogueurs, encouragés par des médias soucieux d’audience, de « hits », fait des ravages. Se cachant derrière des pseudonymes indignes d’une démocratie, ceux-là utilisent la liberté de parole sans la moindre prise de responsabilité pour les propos tenus. Et de se répandre en considérations qui, quelque intérêt qu’elles puissent avoir, resteront virtuelles, car elles n’atteindront jamais à la dignité élémentaire d’une conversation de Café du Commerce. Là, au moins, on sait l’identité des interlocuteurs, qui créent du lien social au moins autant qu’ils échangent des idées. Ou des préjugés.
Au fond, l’anonymat des blogueurs fait songer aux Vénitiens du temps des doges. Là, la « boca de le denunzie » servait d’exutoire aux frustrations d’une population privée des droits démocratiques tout en permettant aux gouvernants de prendre son pouls.
Mais quelles sont les raisons qui font porter à certains aujourd’hui les masques des Vénitiens anonymes de jadis ? Quels sont les risques du Genevois lambda d’aujourd’hui à se cacher derrière un pseudo ? On ne les voit guère, ou plutôt, on ne les croit guère sérieuses.
Et si, d’aventure, il devait y en avoir, pourquoi ne pas laisser la rédaction des médias concernés recourir à la pratique du courrier des lecteurs en précisant « nom connu de la rédaction » ?
Ou faire preuve du courage de la Basler Zeitung pour le courrier qui lui parvient :
Kommentare mit Phantasienamen oder mit ganz offensichtlich falschen Namen werden ebenfalls nicht veröffentlicht.
Sauf à considérer que le courrier réel mérite plus de respect, exige plus de précautions que les courriels virtuels. Un courriel dévalué de ce simple fait.
« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ». Voilà un chant dont on doute que nos blogueurs anonymes soient de grands partisans. 

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22/11/2008

Solidarités (re)dresse la démocratie...

Hypothèse pour électeurs abusés par Solidarités (et peut-être contents de l'être...). Vous avez choisi de voter pour ce parti à la Constituante ou pour des candidats présentés par ce parti. C'est votre droit. Mais aviez-vous imaginé qu'au lieu de respecter votre choix, ses dirigeants s'entendraient sur votre dos pour "redresser" votre verdict, comme il y a des redresseurs de torts ? Peut-être pas, vous, les grands naïfs qui faites confiance aux régles démocratiques, où les premiers sont les premiers. Pour Solidarités, en revanche, les premiers ne peuvent être les premiers que s'ils incluent des premières. Quitte à éliminer d'autres premiers. 

Concrètement, vous avez eu tort, vous qui avez été 203 à préférer Gilles Godinat à Jocelyne Haller, le première des viennent-ensuite, ou qui avez même été 754 à toujours mettre ce même M. Godinat devant Claire Martenot de Haller. Vous n'avez pas mis en oeuvre le principe d'égalité entre les sexes. Vous avez cru que vous étiez libres de préférer des hommes, même si vous étiez des électrices. Vous n'existez donc pas. Vous êtes niés dans vos choix.

Dans le monde selon Solidarités, les dresseurs de voix veillent. Des dresseurs qui sont à la démocratie ce que les menteurs sont à la vérité. C'est à dire leur exact opposé.      

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18/11/2008

La prime pour les cadre sup': une victoire d'étape contre l'égalitarisme délétère

Rendre hommage et justice en même temps aux cadres supérieurs de la fonction publique genevoise tiendrait-il du blasphème ou, au minimum, de l’audace faite politique ? C’est l’impression qui se dégage du débat ayant précédé l’adoption de la loi accordant un treizième salaire à tous les collaborateurs de l’Etat, pour 87 millions, que complète un amendement donnant une prime destinée à une partie des cadres supérieurs exerçant des responsabilités hiérarchiques. Un amendement pour lequel les libéraux ont dû lutter pied à pied dès le début des discussions en commission des finances. Retour sur une victoire d’étape contre l’idéologie égalitariste qui imprègne l’actuel statut des fonctionnaires. Et qui a ce faisant transformé de fait un rapport de minorité en rapport de majorité, pour la plus grande joie du rapporteur d’ex-minorité et la plus grande surprise du rapporteur d’ex-majorité…
(voir leurs rapports http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10250A.pdf).
Sur le 13ème salaire, tout a été dit. De sa nécessité, tout d’abord, qui modernise enfin un système de rémunération obsolète qui prenait trop en compte l’ancienneté.
De son coût, ensuite, dérivant de sa vocation à bénéficier automatiquement à quelque 25 000 collaborateurs.
D’un autre automatisme, celui de son indexation à l’indice des prix, de son caractère favorisant à l’excès les classes de salaire les plus basses – il suffit pour s’en convaincre de jeter ne serait-ce qu’un coup d’œil au tableau figurant en page 60 du rapport parlementaire –, autant d’éléments qui firent l’objet d’amendements libéraux en commission, amendements motivés par une opposition à un système déconnecté du marché du travail, même en comparaison des autres fonctions publiques.
De l’imperfection de sa conception, encore, qui fait obstacle à une juste rémunération des connaissances, des compétences et des fonctions – sauf pour ceux qui pratiquent la confusion des valeurs, considérant que tout se vaut, une absence de diplôme et un diplôme universitaire, un travail d’aide-soignant et un diagnostic de médecin.
De son injustice, enfin, qui conduit à une progression identique et donc peu motivante, quelles que soient les prestations ou, osons le mot, le mérite de celui qui décide de servir l’Etat.
Certes, il aurait été préférable que le 13ème salaire ne fût décidé qu’après avoir réformé le mode de rémunération des cadres supérieurs. Mais s’il fallait toujours mettre la charrue derrière les bœufs, l’Etat de Genève en serait encore à travailler avec des bouliers… Et puis, disons-le clairement, le sort des cadres en général, des cadres supérieurs en particulier et d’un régime spécifique qui les singulariserait n’est une priorité ni pour le conseil d’Etat, ni pour la plupart des partis représentés au Parlement.
Il suffit pour s’en convaincre de rappeler quelques moments-clés de la saga de cet amendement. Refus de le fixer à 15% et même à 12%, comme si son coût eût pu être un contre-argument pour qui acceptait sans broncher le 13ème salaire généralisé. Refus de l’accorder à tous les collaborateurs des classes de fonction concernées, amenant à ne viser que ceux qui exercent une véritable autorité hiérarchique, encore à définir. Refus de l’étendre, en ne saisissant pas une perche lancée lors du débat, à des classes immédiatement inférieures, peut-être au motif implicite que les dispositions sur les heures supplémentaires pouvaient suffire (jusqu’à 6% de salaire supplémentaire en 2007). Refus de déboucher sur des salaires supérieurs à ceux des conseillers d’Etat, hors les primes que ceux-ci perçoivent pourtant et sans compter le régime spécifique de retraite qui est le leur.
Bref, refus d’accorder une reconnaissance à ceux qui font fonctionner l’Etat de Genève pour des motifs dont la hauteur de vue n’est pas toujours présente.
Le rapport de majorité rappelle tous ces votes de refus, en précisant la position des partis, et le fait que systématiquement les impulsions ont été libérales.
Au total, cependant, il faut constater que les députés de la droite parlementaire ont finalement uni leurs efforts en plénière. Les libéraux en acceptant l’idée de ne pas bouleverser la hiérarchie salariale au détriment des conseillers d’Etat. Les radicaux en déposant un sous-amendement à cet effet. Les démocrates du centre en veillant à ce que la teneur de l’amendement fût dénuée d’ambiguïté. Les démocrates-chrétiens en apportant l’onction de leur soutien à tous ces efforts. Si fait que la gauche, une fois le vin tiré pour les cadres supérieurs, ne put que le boire jusqu’à la lie, car refuser à ce moment la loi, c’aurait été refusé le 13ème salaire !
Mais tout n’est pas bien qui finit provisoirement bien. Et qu’on ne se méprenne pas sur ce qui attend les collaborateurs de l’Etat.
Certes, l’extrême-gauche ne lancera évidemment pas de référendum afin de ne pas lâcher la proie du 13ème salaire, même abâtardi à ses yeux par des dispositions favorables à des cadres, pour l’ombre d’un retour à un égalitarisme le plus absolu possible.
Certes, les libéraux respecteront leur engagement en faveur d’une loi globalement dispendieuse et imparfaite - et pour bien plus longtemps que ce qu’a annoncé David Hiler, un ministre des finances optimiste en l’espèce -, car mieux valait la certitude d’un supplément pour les cadres que la probabilité d’une victoire devant le peuple contre le projet de loi originel.
N’empêche que cette loi ne règle rien au fond du problème qui est le maintien d’un système désuet où l’engagement individuel et de groupe n’est pas récompensé.
On peut évidemment attendre de voir les propositions de David Hiler pour réviser le système d’évaluation des fonctions, annoncées pour 2008 et qui devraient arriver en 2009. On peut toutefois être sûr qu’elles ne supprimeront pas l’exception genevoise que le projet de loi de l’Entente sur la fonction publique entendait supprimer. Tôt ou tard, il faudra y revenir. Sa réinscription à l’ordre du jour se fait chaque jour plus pressante. Ceux qui s’y opposeront porteront une lourde responsabilité dans le bilan que l’Entente fera de cette législature.

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13/11/2008

Contre l'uni, l'affabulation et la pleutrerie

Le débat sur l'uni organisé ce mercredi par la Tribune a mis en évidence deux des armes plus qu'émoussées des adversaires de la nouvelle loi, en plus de la manipulation de la peur : l'affabulation et la pleutrerie. Le caractère clairsemé du public a aussi montré que la communauté universitaire était au fond peu intéressée à entendre les arguments du rectorat et du conseil d'Etat comme ceux des opposants. Et les applaudissements d'étudiants venus soutenir leur représentante, une salariée à temps partiel de leur association faîtière, ne firent pas illusion.    

Comme naguère les bains chimiques révélaient les photos, les débats publics révèlent les personnalités des intervenants, en noir plus qu'en blanc. En tout cas pour ceux dont les arguments peinent à se renouveler, voire à s'articuler. A cet égard, la rhétorique agressive du syndicaliste Gilardi est tombée vite fait bien fait dans l'exagération, la répétition et la pure affabulation. La volonté du législateur aurait ainsi été d'inciter à augmenter les taxes, ou encore d'inciter à la soumission de la recherche à l'économie privée. Lire la loi telle qu'elle est, écouter les explications du recteur ou du conseiller d'Etat, inutile pour celui qui sait qu'il y a en réalité un complot néo-libéral pour démanteler l'université et sa liberté de recherche et d'enseignement.

Quant au discours de la représentante du groupuscule parlant au nom des étudiants, les participants ont pu constater son côté fuyant, au propre comme au figuré. Pressée de s'expliquer sur l'absence, unique parmi les organisations d'étudiants, de son organisation genevoise aux discussions fédérales sur la modernisation du système des bourses, elle s'excuse par la concentration de ses activités sur la loi, depuis deux ans le seul objet à l'avoir mobilisée, apparemment. Et puis, trouvaille, elle n'est que salariée, elle ne fait qu'obéir aux ordres, qu'elle n'a pas reçus en la matière!

Mais l'exemple d'absence de prise de responsabilité le plus crasse, elle le donne lorsque le recteur de l'uni de Lausanne est invité à prendre la parole. Là, vexée qu'on invite un cravaté - elle semble avoir un problème avec les cravattes - à s'exprimer, elle se lève - elle l'avait dit, elle avait menacé, on ne l'avait pas écoutée, alors, ni une ni deux, elle met sa menace à exécution. La salle en tremble encore. Elle fuit le débat. Elle se ferme les oreilles. Elle fait l'autiste. Peu importe, elle donne le pire exemple qui soit dans une institution qui est parfois malade de débats: elle pratique l'intolérance. Elle abandonne en même temps le terrain à son adversaire, elle fait preuve de pleutrerie. Pauvres étudiants, du coup plus représentés.

Bilan de la soirée: victoire aux points pour Charles Beer et Jean-Dominique Vassalli, par la sobre probité de leur explications. Défaite par forfait - c'est le cas de le dire - des opposants, qui avaient une tribune, et ont choisi de la piétiner en se réfigant dans le n'importe quoi sauf la réalité et la vérité, ou dans l'irresponsabilité et la fuite. On en peut qu'espérer une sanction exemplaire par le peuple de ces attitudes indignes d'un débat académique ou simplement démocratique.

 

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11/11/2008

Université: une autonomie incomplète mais nécessaire et réelle

Une histoire d’autonomie, certes incomplète, mais réelle, porteuse d’espoirs, d’avenir fait de réformes, mais aussi de craintes favorisant une crispation conservatrice. Tel pourrait être le résumé des réactions que suscite la nouvelle loi sur l’université.

Les plus de cette nouvelle loi se ramassent à la pelle, c’est de saison…Car l’autonomie voulue par les partis du Grand Conseil, pour une fois unanimes, doit permettre à l’université de tenir son rang dans le champ de la recherche mondiale. D’attirer à elle des étudiants et des enseignants étrangers, contribuant ainsi à sa place dans les classements internationaux. De gérer ses ressources au mieux. De clarifier ses structures de gouvernance.

Les moins tiennent de l’exagération, sinon du fantasme. Avec la loi actuelle, aucune limite n’est fixée à une hausse des taxes (9 millions sur un budget de 630 millions) ; à l’avenir, en revanche, une nouvelle loi spécifique la limitera, outre l’arme du référendum. La liberté académique sera garantie par un comité d’éthique et de déontologie. Le statut du personnel ne subira aucune modification, sinon un brin de souplesse pour des professeurs réellement extraordinaires.

Cette loi n’est qu’un pas dans la marche délicate vers davantage d’autonomie. Elle réussit l’exploit d’être portée tant pas la gauche que par la droite. Ce pas mérite un soutien résolu. On ne joue pas au poker menteur avec une institution qui fait, qui est Genève depuis 450 ans. La formation de 15 000 étudiants, l’emploi de 8 000 collaborateurs sont en jeu.

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08/11/2008

Budget 2009: MM. Hiler et Pictet disent (presque) la même chose

M. Soli Pardo, président des démocrates du centre genevois, peine à comprendre la différence d'évaluation des effets de la crise financière actuelle sur les recettes de l'Etat de 2009. Pour Ivan Pictet, elle pourrait priver le canton de 450 à 600 millions de francs; pour David Hiler, chef du département des finances, elle ne sera que de 115 millions.

En réalité, l'effet pour les finances publiques aurait dû être de 294 millions, soit un montant se rapprochant sensiblement de l'estimation du président de Genève Place financière. Alors pourquoi "seulement" 115 millions. Tout simplement parce que le canton bénéficiera de recettes extraordinaires provenant d'impôts sur des successions particulièrement élevées, pour un montant total de 179 millions.

Deux leçons peuvent être tirées de cette réduction de l'écart entre l'évaluation du banquier et les prévisions de l'argentier.

La première, c'est que Genève tire un réel bénéfice, dans la situation difficile que le canton va devoir affronter, de l'imposition au forfait qui y attire de riches étrangers lesquels laissent au canton une part non négligeable de leur fortune à leur décès.

La seconde, c'est qu'il ne faut pas systématiquement douter de ceux qui détiennent des informations liées à leurs fonctions ou à leur position. En s'adressant aux députés de son parti membres de la commission des finances - ou à son président... -, M. Soli Pardo se serait épargné des soucis mathématiques. On ne peut que se réjouir de les lui enlever.

En précisant que le vrai souci n'est pas de nature formelle. Le vrai souci, c'est de voir le budget repasser dans les chiffres rouges, et le Conseil d'Etat ne pas proposer un troisième plan de mesures pour l'éviter. Mais au contraire se lancer dans une augmentation des dépenses salariales mal conçue, car elle va s'effectuer au détriment des cadres supérieurs de l'Etat. A moins qu'un amendement libéral ne soit adopté.

Mais ça, c'est une autre histoire, que va raconter la prochaine session du Grand Conseil, jeudi 13 ou vendredi 14 novembre.   

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31/10/2008

L'Avivo drague les jeunes

A l'Avivo, la préparation à la retraite commence à 30 ans. Pour preuve, la lettre-circulaire reçue par un proche, à peine âgé de 30 ans, que cette association invite à réfléchir au temps qui passe et à la retraite qui arrive... De deux choses l'une. Soit ses fringants meneurs ont besoin de rafraîchir leurs connaissances informatiques. Soit l'avivo nous annonce une initiative dont l'extrême gauche locale a le secret, au titre alléchant à souhait: pour une retraite flexible, de 7 à 77 ans. 

Autre possibilité, horrible en vérité: l'avivo aurait acheté une base de données frelatée... Ou alors, dernière éventualité, impossible évidemment: elle aurait oublié quel est son public privilégié, pour lequel elle reçoit au demeurant une subvention officielle, et se serait mise à faire de la publicité électorale tous publics. Allez savoir, par les temps qui courent.

Morale de l'histoire: qui dit lutter pour les vieux drague les jeunes.  

 

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17/10/2008

L'intimidation anonyme contre les députés ne passera pas !

On peut être pour ou contre (55% des internautes s'exprimant grâce au sondage de la Tribune) le versement d'une prime aux policiers genevois.

On ne peut qu'être contre les basses manoeuvres d'intimidation anonyme auxquelles se livre ChrisPi, un internaute partisan du versement de la prime, peut-être policier lui-même. Par le biais d'un "commentaire", il donne en effet la liste des membres de la commission des finances. Il fait suivre son dur labeur de copiste de la seule mention "ABE", pour "à bon entendeur". Le message n'est pas assez clair ? Alors, il faut préciser que ce commentateur lâche, dans un message précédent, appelle à se souvenir du nom des traîtres à la cause policière lors de la prochaine échéance électorale.

Ce faisant, il se tire plusieurs balles dans le pied.

D'abord, il discrédite la liberté d'expression dont bénéficient les utilisateurs de la toile, et ici ceux de la Tribune. Souhaite-il la présence d'un modérateur-censeur pour éviter le non-respect des usages, des bonnes manières, du courage ?

Ensuite, il discrédite les policiers qui ignorent le fonctionnement de la démocratie genevoise. A leur intention, quelques explications sur une décision que leurs représentants syndicaux n'ont, apparement, pas comprise.  

Une procédure doit être respectée. Le Conseil d'Etat ne peut en effet décider seul de verser des montants hors budget. Il a obligatoirement besoin de l'accord de la commission des finances. L'exécutif l'a écrit aux syndicats de la police, même s'il s'est mal exprimé. C'est au fond un système de double signature qui est là pour empêcher les abus, qui assure le contrôle démocratique. Que diraient les citoyens si l'exécutif pouvait "puiser dans la caisse" des impôts sans explication pour distribuer des cadeaux à divers lobbies ?  

Précisions sur les montants versés.

Cette prime se serait ajoutée aux 770 470 F (entrant dans le cadre du budget 2008) au titre de l'indemnité "mutualisée" de 700 F par gendarme, de 641 F par inspecteur et de 385 F par membre de la Police de sécurité internationale, en remplacement des indemnités journalières et nocturnes ordinaires, pour le travail normal, est-on tenté d'ajouter. 

Elle se serait aussi ajoutée au paiement de 113 heures supplémentaires, en moyenne, effectuées les policiers affectés à cet événement, pour un total de 7 875 375 F. A noter que le total de 137 784 heures comprend des heures réellement travaillées (86 154 heures supplémentaires "nettes") et des heures supplémentaires "majorées" (51 630 h), pour lesquelles le temps réellement travaillé n'est pas directement déterminable.

Qui plus est, ces heures sont augmentées de 40% pour que le revenu net du policier ne soit pas "pénalisé" par une hausse d'impôt. Petite question non innocente: est-il normal de payer des heures supplémentaires en les défiscalisant de fait ? Autre petite question: y a-t-il d'autres catégories de travailleurs qui réussissent à éviter la progressivité de l'impôt (payer plus d'impôt quand on gagne davantage) ? Une réponse est certaine: le respect des lois ne gagne rien à ces pratiques. 

Malgré ces faits, la commission des finances a quand même estimé qu'elle devait payer les heures supplémentaires dans leur totalité, en plus de l'indemnité "mutualisée" déjà perçue. En revanche, pour la prime, elle s'en est tenue à la position initiale du Conseil d'Etat du 28 mai 2008, qui n'envisageait pas le paiement d'une prime exceptionnelle.

Il faut parfois avoir le courage de dire non. Ce n'est pas manquer de respect aux pliciersd. C'est au contraire appeler au respect des institutions. Ceux qui prêtent serment de le faire, qu'ils soient députés ou policiers, ne doivent jamais l'oublier. Ils ont tout à y gagner. Notamment au moment où l'ensemble du système de rémunération va être remis à plat, discuté et enfin voté. Pas dans la rue, mais au Parlement.

Ultime détail. La police genevoise touchera 227 millions cette années au titre des charges salariales, et le budget pour 2009 prévoit une augmentation de 6,1%, qui porte ce montant à 240 millions. Sachant que la police compte 1557 postes, cela correspond à un coût salarial de plus de 150 000 francs par collaborateur (salaires, indemnités, primes, assurance maladie (?), charges patronales, etc.).  

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30/03/2008

Calmy-Rey et la dhimmitude

Il y a de la cohérence dans la politique étrangère décidée pour la Suisse par Micheline Calmy-Rey. Et même beaucoup plus qu'il n'en faudrait.

En se soumettant au port du voile, humiliant pour une féministe socialiste suisse, ardente prosélyte de la Journée de la femme et de tant d'autres causes nobles pour nous, elle témoigne que tout se vaut, l'égalité des droits prônée ici, l'inégalité des statuts pratiquée là-bas. Elle se donne en spectacle en tant qu'actrice du relativisme des valeurs.

En officialisant de sa présence la signature d'un contrat de fourniture de gaz naturel entre les autorités iraniennes et une entreprise suisse, elle offre un gage d'antiaméricanisme à ce pays. L'avait-il demandé? Ou l'a-t-elle précédé? On a en tout cas quelque difficulté à croire que les diplomates suisses ne l'aient pas mis en garde contre les interprétations qui pourraient en être faites. Mais l'anti-américanisme, c'est aussi le pain quotidien de toute une mouvance socialiste romande. La sienne.

En allant au-delà de la position de l'UE face à Israël, elle témoigne aussi de la propension de la gauche bien pensante à transformer les Palestiniens en agneaux. Comme si cette région se comprenait en blanc ou noir. Comme si la Suisse pouvait faire fi de l'héritage de sa politique de neutralité. Il est vrai que l'anti-israélisme, c'est une autre caractéristique de la gauche socialiste romande, depuis quelques lustres. La sienne, toujours.

En inaugurant l'ambassade suisse à Pristina, elle rend plus aigue nos relations avec la Serbie et, derrière elle, la Russie. Comme si la reconnaissance hâtive du Kossovo n'avait pas suffi à transformer la Suisse en un pays partisan dans ce conflit, lui aussi d'une complexité à l'aune des Balkans.

Bref, en se mettant à dos les Suisses attachés aux valeurs des Lumières, les Etats-Unis, Israël, la Serbie et la Russie, Micheline Calmy-Rey témoigne de son attachement à la dhimmitude, la variante islamique de la finlandisation.

Et à supposer qu'il ne s'agisse que de forme, et non de fond, un peu moins de politique spectacle ne nuirait pas. N'est pas Carla Bruni qui veut...

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24/03/2008

Robert Cramer ne pilote pas (non plus) les Mouettes !

Après les TPG, les SIG, le tram de Meyrin - et en mettant de côté la gestion politique locale du dossier du CEVA que le peuple risque encore de sanctionner - c'est maintenant au tour des Mouettes. Car les insuccès se succèdent pour le Vert Robert Cramer. Il n'a ainsi trouvé aucune majorité au sein de la commission des finances pour octroyer un contrat de prestation de 1,9 million de francs pour 2008 à une société, les Mouettes genevoises, qui en doit entre 500 000 et 700 000 à l'Etat. Le moment de mettre le holà à une dérive dans la Rade était arrivé. Il ne reviendra plus au Grand Conseil qu'à le confirmer en plénière.

L'affaire serait cocasse si elle ne démontrait pas une perte de maîtrise qui impressionne par son ampleur. La lecture du rapport - public depuis sa parution à l'automne 2007 - de la commission de contrôle de gestion du Grand Conseil est à cet égard édifiante (http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/RD00727.pdf).

Au fil des auditions, on en apprend ainsi de belles. Et d'abord que les contradictions, résumées dans la conclusion, abondent. On ne sait pas si l'Inspection cantonale des finances (ICF) a investigué le cas des Mouettes d'elle-même ou à la demande du département du territoire (DT), présidé de Genève ou de Berne par M. Cramer. On ne sait pas si le collaborateur du département du territoire qui a informé l'ICF a eu un rôle important ou non. On ne sait pas non plus le montant précis des montants dont l'Etat estime qu'ils lui reviennent. Ni le nombre de collaborateurs qui travaillent pour les Mouettes. Ni si les griefs en matière de gestion du personnel sont reconnus ou pas par la direction des Mouettes.

En revanche, le rapport "démontre très clairement les carences du contrôle interne du département du territoire". Au point d'en faire "un cas d'école". Lenteur à réagir, suivi du dossier inexistant, quasiment depuis Sirius, par le service "compétent" (pp.39-40).

On apprend aussi, de la bouche de M. Cramer, que les bateaux exploités par les Mouettes ont été payés par l'Etat (p. 30 du Rapport). Notamment les bateaux solaires, ajoute son secrétaire adjoint à la mobilité. Normal, ça permet de revendre du courant vert à SIG...   

Alors que n'importe quelle entreprise en relations d'affaires avec l'Etat est soumise aux très strictes conditions de l'Accord intercantonal sur les marchés publics (AIMP) - un accord auquel les partis du Grand Conseil ont donné leur bénédiction, au point, pour certains, de vouloir le renforcer par l'adjonction de clauses supplémentaires -, la société des Mouettes pourrait, elle, imposer à l'Etat ses conditions. Mais comment peut-on avoir encore confiance, à la Tour Baudet, après tant de mésaventures ? 

La très lente reprise en mains du dossier par le chef du DT fâché de voir l'ICF et le Grand Conseil mettre leurs nez dans sa gestion aléatoire doit certes être soutenue.

Mais il faut aller plus loin. Soit l'Etat obtient des Mouettes la restitution du trop perçu, en raison de l'incurie administrative tant des Mouettes que du DT, ou met la main sur ses bateaux, et le contrat de prestations peut être signé. Soit les Mouettes font de la résistance, et il n'y aura pas de contrat de prestations avec cette société. Le chantage de la fin de ce service public à la gestion très particulière passera d'autant moins que la CGN serait intéressée.

Il y a un moment où il faut passer son brevet de pilote professionnel. Dans la Rade comme dans les bureaux du DT. Et demander aux dilettantes de choisir leur casquette. 

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10/03/2008

L'assassinat de la femme et le chant de l'oiseau

L'amour des oiseaux, c'est bien, l'amour et le respect de la vie des hommes et des femmes, c'est mieux.  

"Je revenais ce matin de la mosquée après avoir accompli la prière du matin. En me rendant au bord du quai, j’ai été frappé par la beauté mélodieuse du chant d’un oiseau haut perché quelque part dans les arbres". (...) "Pour qui chantait cet oiseau, faisant écho à la récitation recueillie des imams ?"

Le hasard fait que la veille où, sur son blog de la Tribune, un soutien déclaré de la lapidation des couples adultèrins était frappé par le piaillement d'un oiseau, j'ai eu l'occasion de voir "Les cerfs-volants de Kaboul". Après le poids des mots du livre, le choc des images qui permettent de voir des pierres frapper la tête et le corps d'une femme sur un stade de Kaboul, à la mi-temps. Et la foule des spectateurs du match de lever les bras au ciel, et d'acclamer les talibans dans leurs basses oeuvres.

 Qui veut faire l'ange fait la bête. La maxime tient toujours. Elle me remet au passage dans les yeux, je me demande par quelle association d'idées, ces images de dictateurs sanguinaires qui adorent les animaux. 

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20/10/2007

Genève-Berne et au-delà.. Bravo M. Mange !

Ajouter aux 4 pistes autoroutières - insuffisantes - qui traversent le Plateau suisse, 2 voies de TGV, voilà une idée à étudier, sinon à creuser... C'est celle d'un ancien professeur de l'EPFL, Daniel Mange, par ailleurs responsable vaudois de la CITRAP, une association qui oeuvre au développement des transports publics. Il s'est peut-être inspiré de la solution retenue par l'Italie entre Turin et Milan où s'est construite, à côté de l'autostrada une direttissima qui continuera vers Trieste.

Toutes les objections sont possibles. Le projet Mange oublie Fribourg, Boncourt ou Cudrelien, il ne dessert pas le centre des villes, il arrive tard. Mais il a l'avantage d'exister, de proposer au lieu d'ergoter, d'être améliorable, par exemple vers Bâle et l'Allemagne, et peut-être même plus facilement finançable que le Swissmetro dans lequel certains ont tant investi et d'autres espéré. Il relierait du même coup Cointrin et Kloten, contribuerait à la diminution du trafic aérien sur courtes distances, permettrait l'interconnection avec le réseau européen de TGV sans rupture de charge, sans devoir donc changer de véhicules. Bref, il ferait des villes du Plateau les quartiers d'une agglomération. En changeant l'échelle, il nous installerait dans le XXIe siècle.

Que ceux qui seront élus par les Genevois à Berne le 21 octobre songent que leurs successeurs pourraient y arriver plus vite. L'altruisme commande donc de dire bravo au professeur Mange!

 

 

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17/10/2007

Elections: la raison l'emportera, malgré tout!

Le suspense est grand, les candidats tremblent, et pourtant une chose est sûre: les Suisses auront appris quelque chose de cette campagne électorale. Et apprendre, ce n'est pas simplement sentir, seulement ressentir, uniquement dégouliner de bons sentiments qui confinent à l'hypertrophie cardiaque. C'est, au contraire, le résultat d'une réflexion.

Ce qu'ils auront appris ne plaira pas nécessairement aux docteurs en correction politique: la volonté de redéfinir l'identité nationale parfois au risque du nationalisme, le souci d'indépendance confinant au protectionnisme, le culte du chef avant le ronron des idées, et aussi le développement durable érigé en catéchisme. Bref, ils auront passé par où les libéraux s'engagent: par la liberté de penser leur avenir. Sans tabou. Parfois aussi sans frein, et cela s'est vu par des exagérations inadaptées à la qualité de citoyen. 

Ils ne donneront pas nécessairement toutes les réponses souhaitées par les premiers défenseurs d'une société ouverte, d'une économie dynamique, d'une recherche audacieuse. D'une vie politique où la recherche du consensus l'emporte sur l'anathème, le respect des minorités sur l'exclusion majoritaire, le fédéralisme sur le centralisme.

Mais l'on peut être confiant, notamment à cause du caractère cantonal des élections fédérales, qu'ils composeront les futures Chambres avec un lot non seulement maintenu, mais encore renforcé d'esprits qui donnent la priorité aux vrais défis de la Suisse en ce début de 21è siècle: la qualité de la formation, l'aménagement d'une société donnant envie d'entreprendre pour soi et avec les autres, une sécurité sociale adaptée aux mutations démographiques et économiques. C'est dans cet esprit, si je suis élu, que j'entends aller sièger à Berne, pour contribuer au futur de ce pays au fond si attachant, réflexion faite! 

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14/10/2007

SIG transit gloria...

Le problème de la gouvernance des établissements publics autonomes (SIG, TPG, AIG, HUG, Hospice général, notamment) mérite mieux que l'obstructionnisme érigé en vice partisan. Il faudra donc attendre un mois de plus pour offrir aux citoyens de ce canton des lois permettant des conseils d'administration plus efficaces, moins politisés - l'un pouvant aller avec l'autre! Mais à toute chose malheur est bon.

Car ces réformes sont insuffisantes. L'actualité a montré que l'opacité pouvait être mise à profit. Et que l'occasion fait le larron. Et le citoyen de découvrir que le président (socialiste) de SIG a pu faire grimper son revenu pour ses activités de service privé au service public jusqu'à 1000 francs par jours, samedis, dimanches et jours fériés compris.

Pareille rémunération est peut-être justifiée, voire insuffisante. Mais elle manque singulièrement de transparence, en une période où cette valeur prend une importance accrue. Raison pour laquelle il est nécessaire de compléter les projets de loi en question. Ce sera chose faite dès demain grâce aux propositions de trois députés - dont l'auteur de ce blog - qui ont à coeur d'offrir aux Genevois un Etat efficace, irréprochable et transparent à la fois.

Morale partisane de l'histoire: au PS, on aime faire la morale... aux autres. ça ne coûte pas cher, ça n'empêche pas de rapporter gros, à court terme. Mais ça peut décourager ce qui reste d'électorat populaire à voter avec leurs pieds en direction des partis populistes. Ou bien, espérons-le, de ceux qui prônent et assument la responsabilité individuelle. 

  

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12/10/2007

Politique et amitié: merci Mario!

La politique crée des liens d'amitié. Au sein de son parti, cela va -ou devrait- aller de soi. Mais aussi avec les membres d'autres partis. Mario Cavaleri est ainsi devenu mon ami, au fil des ans. C'est un homme pondéré, fin, intelligent. Mais aujourd'hui, j'aimerais dire que je fais plus que ressentir les liens que nous avons tissés. Je ressens aussi une certaine colère pour tous les coups qu'il a reçus cette année.

Les derniers sont les plus mesquins. Une néo-conseillère administrative, qui semble ennivrée de son pouvoir, n'est pas plutôt élue qu'elle commence une chasse à l'homme. Et de mettre à pied, à son pied pour les expulser de son dicastère, plusieurs de ses cadres. Parmi ceux-là, Mario.

Outre que ces pratiques sont étrangères à nos moeurs, elles sont surtout indignes. Elles font fi de la qualité d'engagements professionnels, elles humilient ceux contre qui elles sont dirigées. Elles ont un seul avantage: elles mettent à nu l'âme de celle qui les a prises. Et en montre la couleur. Noire comme un mouton.

 Mario, je suis convaincu que tu rebondiras. Grandi par celle qui a cru pouvoir t'abaisser.

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07/10/2007

Un champignac d'or pour le dernier précieux ridicule de la FAPSE

Pauvres élèves qui ignorent, tel Monsieur Jourdain, qu'ils sont désormais des "apprentis compreneurs" pour un des maîtres de leurs maîtres, professeur à la FAPSE. Et qui sont le prétexte à un double gâchis: financier et linguistique.

Car il y a des instituteurs genevois qui ont encore du bon sens. Ce sont ceux ont été choqués par le coût de l'organisation, sur leur horaire de travail, de trois conférences données par un enseignant de la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FAPSE), qui ont rendu nécessaire l'engagement de remplaçants pour un coût estimé à 80 000 F. Certains ont même proposé que les conférences de recyclage se tiennent dorénavant le mercredi, jour de congé. Au DIP, on dit y réfléchir pour le futur. Vaut mieux tard que jamais, au coût de l'heure de réflexion!

Mais ces conférences, par leur titre, étaient en elles-mêmes une provocation rare: "Tout ce qu'il faut savoir pour aider l'apprenti compreneur". D'autant qu'elles faisaient partie, précise la Tribune de Genève, d'un plan lecture.

Une chose est sûre, il n'y avait personne en salle pour la relecture. Car un tel titre ne peut qu'encourager tous les préjugés que la FAPSE avait nourris par le soutien de certains (la moajorité?) de ses membres à la lutte contre le retour des notes à l'école primaire. Si cette faculté se sentait la vocation de passer pour un avatar des "Précieuses ridicules", elle ne pouvait mieux tomber !

Au surplus, le dernier précieux professeur ridicule de la FAPSE semble ignorer que le terme d'apprenti n'a plus droit de cité en Suisse, et donc à Genève, depuis la nouvelle loi sur la formation professionnelle. Les apprenants l'ont remplacé. Aidons donc l'apprenant compreneur de la FAPSE à relire ses classiques, dans l'attente de son Champignac d'or.

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29/09/2007

Elections: le droit de savoir, le devoir de se prononcer

Les questions de la Cicad "déplaisent à la gauche", dixit la Tribune de Genève du 28.09.2007. Soit. Un point de vue libéral n'est donc pas superflu. Car j'ai décidé de répondre à ce sondage, comme à de nombreux autres,  fort en l'occurrence de mes convictions qui m'ont amené à devenir vice-président de la Licra (ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme)  à Genève. Voici mes raisons.
1. Certes, les candidats voient les questionnaires se multiplier dans leur courrier à l'approche d'une échéance. Mais n'est-ce pas normal que des associations tiennent à connaître leurs opinions sur les causes qu'elles promeuvent ? Si l'on a envie de représenter notre canton à Berne, il faut donner de son temps, pas seulement dans les stands, mais aussi derrière son écran. Le temps des comices agricoles de Flaubert n'est plus. Le respect du citoyen, de l'électeur passe ainsi par le dialogue électronique. 
J'ai ainsi répondu récemment, entre autres - la liste n'est pas exhaustive -, aux questionnaires de l'AMG (association des médecins de Genève - voir ma réponse sur le site www.amge.ch), du Nomes, de la Chambre de commerce et d'industrie. Et à celui de la Cicad.
Il y a donc, qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse, un droit de savoir de la part de la société dite civile. Je considère même que le fait qu'elle prenne le pouls des candidats oblige et honore ces derniers. 
2. De même il y a un devoir de se prononcer, quand on est candidat, pour aider à la formation de l'opinion publique, au choix ultime du citoyen.
Dans certains pays, les citoyens votent avec leurs pieds. Dans le nôtre, le cerveau est l'instrument usuel, qui n'exclut pas les tripes! Pour bien faire, il faut s'informer évidemment grâce aux médias, mais aussi par tous les moyens dont dispose une société libre, dont les courriers des associations. Or ces associations ont aussi besoin de l'avis des politiciens.
3. Certes, l'on peut être gêné par les questions fermées. Mais, même en faisant abstraction de la possibilité de lles commenter, comme le permettait le questionnaire de la Cicad, la cristallisation de l'opinion qu'elles exigent suppose le minimum de ce qui doit être exigé d'un candidat, à savoir le courage de son opinion, au service de causes où l'on n'hésite pas à prendre parti.
4. La vie amène à choisir son camp. Je n'hésite pas à choisir le mien, et à assumer mes choix, face à la Cicad comme face à d'autres associations. Et à faire preuve dans la durée d'une constance et dans mon intérêt pour les causes qui m'ont motivé, et dans les positions défendues. J'espre le faire avec le maximum d'esprit critique et de réflexion que ne doit pas obscurcir l'engagement pour les causes que je crois justes.
C'est l'occasion de rappeler que je m'engage dans cette marche vers Bene - encore trois semaines ! - pour la promotion de certaines valeurs. Au premier rang, les libertés, sous toutes leurs formes. Celle de penser, celle de croire. Celle de s'exprimer, et donc de critiquer. Celle de s'associer encore, notamment pour lutter contre les discriminations. Voilà, quelles que puissent être les reproches formels que l'on puisse faire à un questionnaire, pourquoi je n'ai pas pris le prétexte de la forme pour refuser d'entrer en matière sur le fond. Et que j'ai donc répondu.
Et j'ajouterai que j'ai d'autant mieux fait de répondre que, contrairement à d'autres associations, la Cicad ne juge pas les réponses, ne distribue ni bons ni mauvais points. Elle se contente de mettre à disposition une base de données permettant au ciotoyen intéressé et patient... de voir les réponses brutes de décoffrage de près de trois candidats romands sur cinq.

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25/09/2007

Immeuble secondaire à squatter !

Certains ont leur résidence secondaire, d'autres leur immeuble secondaire. Ils y vont le weekend, invitent des amis, des amis d'amis, se font "une petite bouffe", un grand feu de joie, avec la maîtresse au milieu. Un peu de saleté ne nuit pas , pas mal de déprédations et surtout beaucoup de bruit. Petit détail sans importance, l'immeuble secondaire n'est pas le leur, mais c'est précisément secondaire. Inutile de dire que c'est du dernier chic.

Le lundi, après la plainte du propriétaire légitime, face à la police qui vient les déloger, ils fuyent courageusement vers leurs immeubles primaires, où ils paient peut-être leur loyer, en "pantères grises" qui, le temps d'un weekend, ont voulu se donner le frisson des années où l'on squattait en rond et en long. On a les anciens combattants qu'on peut.

Et ils passent le reste de la semaine à prospecter pour trouver un nouvel immeuble pour le weekend suivant. Pour retrouver une convivialité qui ne saurait s'accomoder de loyers payés, aussi vulgaires à leurs yeux que les congés payés étaient incongrus avant guerre. Pour faire de l'improvisation musicale, pour donner dans la diversité culturelle.

En fait, ces sqautters-là sont des zappeurs. Des zappeurs de la démocratie libérale qu'ils méprisent, sauf lorsqu'ils y retournent pour user et abuser du recours à la justice.

Triste temps, tristes sires, qui ont enfin trouvé face à eux un Etat qui réagit, un procureur qui sévit. La tolérance zéro est dorénavant la seule attitude face à ces abuseurs de l'Etat de droit. 

A quand une étude sociologique sur ce nouveau mouvement social, si branché, si tendance ?

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23/09/2007

Le Grand Théâtre en danger !

Un million de francs en moins. La décision de la Fondation Wilsdorf de mettre fin à son mécénat en faveur du Grand Théâtre, pour autant qu'elle soit définitive, est la première conséquence sonnante et trébuchante de la crise qui a secoué la scène lyrique genevoise cette année. La politique de Gribouille de la Ville, et notamment de son magistrat chargé de la culture, Patrice Mugny, commence à coûter. Elle risque de mettre en difficulté notre opéra.

La mention du soutien de Wilsdorf au nouveau système de surtitrage, visible aux yeux des spectateurs qui ont eu l'occasion de voir les Troyens, le superbe spectacle qui ouvre la saison 2007-2008, risque fort d'être une dernière.

Que faire? La saga de la désignation d'un nouveau président du conseil de la Fondation du Grand Théâtre n'incite pas à l'optimisme. Certes, il est toujours possible d'espérer l'arrivée - ou le retour - d'autres mécènes. Une augmentation de la subvention municipale ne doit pas être exclue a priori.

Mais à défaut, il faudra songer à une intervention du canton, compte tenu du rôle du Grand Théâtre pour l'attractivité de Genève et son rôle international. Les modalités devront en être discutées, mais les errements et la versatilité de la "politique" municipale ne laissent pas place à un attentisme qui serait irresponsable.

 A terme, une restructuration des responsabilités devra suivre, à l'instar de ce que font d'autres cantons, dont Berne. Elle devra confier la responsabilité des lieux culturels d'envergure régionale, voire plus, au canton, des autres aux communes. Le Grand Théâtre n'est pas seul concerné; la Comédie, le Théâtre de Carouge, voire le Musée d'Art et d'Histoire méritent que leur sort ne soit pas dépendant de l'imprévisibilité érigée en doctrine. Ce qui reste du Musée de l'Horlogerie constitue au demeurant une autre preuve que l'amateurisme n'est plus tolérable.

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20/09/2007

A raciste, raciste et demi

Le point commun entre Lionel Jospin, Hergé et l'UDC? Le racisme.  

Lionel Jospin, le protestant sévère, est accusé par Madame Royal d'être raciste pour l'avoir critiquée. Sexiste, ça ne suffit plus à faire recette. Voilà au moins qui le sort de son semi-oubli en le rendant sympathique, tellement l'attaque est outrancière, pire: ridicule. Et dévalue les vrais comportements racistes, un fléau de tous les temps, mais du nôtre en particulier

Hergé, quoique mort et enterré, serait lui aussi un fieffé raciste pour son Tintin au Congo, écrit du temps où les têtes de nègre ne s'appellaient pas encore têtes au chocolat. Du temps des colonies. Du temps où, effectivement Hergé véhiculait des préjugés alors nauséabonds aux nez d'une seule minorité. 

Patrice Mugny ne pouvait pas manquer l'occasion de se glisser dans la peau d'un censeur. La posture est habituelle, dans les sphères du politiquement correct, de s'en prendre à certains provocateurs politiques de notre temps. On peut comprendre le fond de son raisonnement, on ne peut en admettre la manière. Car il le fait sans manière. 

En attaquant l'UDC au sujet de ses affiches récentes, il réussit surtout à discréditer les critiques basées sur une appréciation objective de l'affiche des moutons. Car dire de l'UDC que ce parti pue, c'est faire le trottoir, c'est tomber au niveau du caniveau, de l'égout.

De la part d'un actuel conseiller administratif, c'est irrespectueux. De la part d'un ancien président de la Licra, c'est plus qu'une erreur, c'est une faute. Car on ne peut pas, comme le fait Patrice Mugny dans son interview de la Tribune, à la fois prôner l'intégration (des étrangers, des différentes comunautés religieuses) et pratiquer l'exclusion des mal-pensants. A vouloir faire l'ange, il fait la bête; en voulant stigmatiser le racisme, il se fait sans s'en rendre compte raciste à son tour. 

Même avec les mal-pensants, il faut dialoguer, sans relâche ni angélisme. A l'UDC en particulier (sans évoquer ici les plaintes pénales qui reviennent sur ce parti comme des boomerangs), il faut expliquer que certaines affiches sont en totale opposition avec les valeurs humanistes de notre pays, avec la conception du respect de l'autre des libéraux. Je ne désespère pas que vienne le jour, après le 21 ocotobre?..., où des oreilles s'y feront plus attentives. Mais pour l'heure l'insulte ne peut tenir lieu d'argumentation.

La démocratie suisse, en cette fin d'été, fait mal au coeur.

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